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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 11:18

Je cherchais un livre pour Clopinou - pour ses vingt-et un ans, plus précisément, et j'avais trouvé un mince ouvrage du défunt Bernard Maris, au titre amusant "Marx, ô Marx, pourquoi nous as-tu abandonnés" ? J'étais contente, car le cadeau était bien adapté au fiston, et à l'impressionnante somme de questions qui traverse sa jeune et néanmoins curieuse cervelle,  mais du coup, mes yeux ont glissé sur la table de litté. Presque malgré moi, j'ai ouvert le livre qui était présenté là, à portée de main...

 

J'ai lu, très vite, d'un coup, comme un violon joue "glissando" une saison vivaldienne, les deux premières pages. Et voilà. J'étais "captée", à cause du style - qu'on ne peut décidément comparer qu'en transposant l'univers des bandes dessinées : il faut ici aussi, à mon sens, parler de "ligne claire" - et du propos. Matois, le propos.

 

Je suis sûre que mes visiteurs auront déjà deviné. Oui, malgré mes résolutions et mes préventions, j'ai acheté le dernier Houellebecq...je ne fais pourtant pas trop, d'habitude, dans la "soumission"...

 

M'en mordrai-je les doigts ? En  tout cas, je rendrai compte de ma lecture ici, et en toute honnêteté intellectuelle, évidemment !

 

A part ça, quelqu'un disposerait-il d'une musique sans paroles,  rythmée, à fort potentiel dramatique mais pas trop, illustrant des images de courte durée, un peu "hachées" et un peu "péremptoires" à la fois ? Si oui, je suis preneuse... C'est pour du cinéma...

 

(et encore à part ça, je vais chez mon dentiste cet après-midi. C'est à mon sens l'illustration parfaite du masochisme, puisqu'en sortant, on paie le bourreau....)

 

6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 11:57

C'est vrai, quoi, un (ex) président du FMI qui croit dur comme fer à la gratuité, perso je trouve ça beau. Ca se trouve,  il ne supporte pas la pauvreté non plus, il doit se battre comme un lion contre toutes les injustices et il est prêt à faire payer les exploiteurs d'enfants... Ca se trouve....

 

Parce que, quand même, présenter comme ligne de défense devant un tribunal qu'on est tellement niais qu'on se sait pas reconnaître un service payant, qu'on croit que les jeunes femmes qui s'affairent autour de vous  sont simplement "libertines", ben c'est un peu comme croire au père Noël ou bien vivre chez Disney.

 

Je vous propose donc de faire un comité de soutien à la naïveté, et à la belle croyance en la gratuité de notre DSK hélas national...

 

(Et ça se trouve, Dodo la saumure va entrer aux compagnons d'Emmaüs, tant qu'on y est)

5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 11:51

Parce que, quand même ! La fantastique pub pour la "box home" de SFR est, à mes yeux, une étape essentielle franchie... dans l'asservissement féminin !

 

Voilà : ça se passe au boulot, déjà. Oh, bien entendu, un chouette boulot, puisque l'héroïne peut se permettre de poser son cul (joli, le cul, et bien habillé...) sur la table de réunion. Y'a bien un petit souci : c'est tard le soir. Notez que ça ne se voit pas sur la tronche de l'héroïne, hein : fraiche comme le jour !

 

L'orage éclate au-dehors. Le souci n'est évidemment pas de se prendre la flotte dessus, hein. Non, il est ailleurs : à la maison...

 

Notre héroïne comprend de suite, en voyant l'orage, que d'un, son petit n'enfant va avoir peur, et que deux, son mec est en train de roupiller devant la télé ouverte.

 

MAIS GRACE A LA FANTASTIQUE BOX HOME DE SFR, elle te va me gérer tout ça TOUT EN BOSSANT DITES DONC !

 

EH OUI, plus aucun souci ! Je te pilote la baraque en deux coups les gros  hop, un bouton, et le petit n'enfant entend une zolie berceuse qui l'empêche de se réveiller. Hop, un autre clic, et la télé s'éteint, ce qui réveille le père inconséquent...

 

Ben voilà. On en est là. Donc, si  t'es une femme moderne, tu bosses comme une malade jusqu'à 23 heures, et tu arrives en même temps à bercer ton môme et faire des reproches à ton mec (qui lui est vautré devant l'écran, quel père incompétent dites donc).

 

Et en plus, t'es jolie, tu souris, et tu ne sens pas sous les bras....


Mais comment, comment, COMMENT en est-on arrivé là ? Et pourquoi les nénettes qui voient ça ne pianotent pas sur le bouton adéquat, pour faire péter la télé et la pub qu'li y a dedans, hmmmm ?

2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 09:32

5 : 59 s'affiche sur le réveil de ma table de nuit, et je me réveille enfin, la bouche mauvaise. Mes larmes d'hier ont ensemencé ma nuit, et mes rêves tout entiers  ont tourné autour du film - c'était tout sauf plaisant.

 

Clopin me reprochait (il le fait aussi "pour de vrai", pas que dans mes cauchemars) le prix que coûtaient les droits musicaux : une minute de Rameau peut, effectivement, se révéler exorbitante pour notre plus que modeste budget. Je lui répliquais sèchement que les images animalières de son pote P. valaient aussi leur prix, bien pesé, et la discussion s'envenimait...

 

Dans mon rêve, j'avais pourtant le dernier mot : j'allais chercher, je ne sais où, des partitions que je rapportais sur la table de la cuisine, et que je laissais claquer en tombant, devant un Clopin raide comme la justice. Voilà, disais-je avec une joie mauvaise, tu vas arrêter maintenant, tu vois bien qu'avec ça, on peut faire ce que l'on veut...

 

Dans mon rêve, j'avais obtenu de Jim qu'il transcrive l'air de Rameau que nous avons en vue pour le film, et qu'ainsi des partitions de clarinette et d'accordéon étaient juste disponibles, à la disposition de nos potes du Mans, qui pourraient ainsi les jouer tout à  loisir...

 

(Je tiens à faire remarquer que ce rêve est parfaitement cohérent ; après tout, Jim avait  obtenu son prix de Conservatoire en composition grâce à un septuor de clarinettes, et il jouait de l'accordéon, entre autres... Ecrire des transcriptions pareilles l'aurait très certainement amusé, voire passionné, et il l'aurait fait "les doigts dans le nez", j'en suis absolument certaine !!!)

 

"Ma" musique, celle que j'ai choisie pour le film, était ainsi sauvée...

 

Clopin se levait en bougonnant et quittait la cuisine, mais j'avais gagné la partie (tion, ahaha !) : je filai donc voir Jim, toute contente...

 

Il m'ouvrait sa porte comme autrefois, mais hélas : il se mettait à pleurer en m'expliquant qu'il ne pouvait plus faire de la musique... Et l'angoisse, l'impuissance,  envahissaient mon rêve, et mon coeur.

 

5: 59 : un mauvais jour se lève. Foin des rêves et des désirs.  Les droits musicaux pour une minute de Rameau sont exorbitants, et Jim, enfin, celui qui était Jim pour moi,  n'est plus là, seule sa pauvre carcasse continue de déambuler, mal soignée, dans les couloirs de l'EPAHD de Rouen, pendant qu'Aldo Ciccolini (Jim m'avait fait écouter ses interprétations de Satie) vient de s'éteindre lui aussi...

 


 

 

 

1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 21:24

Je suis, ma parole, à l'image de cette neige qui tombe et fond aussitôt, de cette blancheur qui n'arrive pas à sublimer le gris, de cette menace qui n'en est pas une : je n'arrive à me réjouir de rien de ce que je fais (de bien).

 

Je devrais pourtant être contente : Clopin "s'y est mis", et les premières images du film sont à la hauteur de nps espérances, je trouve. Le prologue, surtout, est si percutant qu'à mon sens, il faudrait avoir les yeux bouchés pour ne pas en voir la beauté. Et, un bonheur n'arrivant pas seul, Clopin me suit  dans mes choix musicaux (pour l'instant !)

 

Je suis partie du 17è siècle - normal, pour une histoire bocagère, rurale, française ! Et je compte bien arriver à mes fins, à savoir utliser en alternance  Rameau et Couperin. Certes, pas au clavecin - ce serait le mieux, mais c'est comme l'orgue : les oreilles contemporaines ne peuvent hélas vaincre tous leurs préjugés à la fois. Cependant, déjà, des  transcriptions piano, guitare, voire une curieuse adaptation des Indes Galantes avec hautbois, harpe et violon - nous avons là,  vraiment, tout ce qu'il nous faut.

 

Les tout premiers essais m'ont enthousiasmée, et je devrais être satisfaite. Bé non. Est-ce parce que je suis, depuis si longtemps déjà que j'en perds le souvenir, bancale, claudicante, sûre de rien et surtout pas de mon lendemain ? Est-ce à cause du climat tendu de la maison, de ces reproches trop vivement émis, trop durement reçus ?

 

Je voudrais  me détacher de ce film, je crois qu'il en est temps. Il appartient avant tout à Clopin, et c'est un mauvais service que je nous rends en ressentant ces images trop intensément,  comme je le fais.

 

Certains pas de côté ne se font pourtant pas en sautillant légèrement : et me voici aussi lourde qu'un sillon d'hiver, encombré d'une neige fondante et glacée.Rien de fort agréable, quoi - et c'est tristement ironique, mais ce que je viens d'écrire est  AUSSI la première image de notre film !

29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 21:03

Je me réveille, je pense aux Kurdes de Kobané, qui, quelque part au coeur de l'hiver, ont, paraît-il "gagné" : on peut compter sur les kurdes pour ça. Comme on peut compter sur les Corses : la "gagne". Coûte que coûte. Les Kurdes sont les Corses de la Turquie...  Mais bon, qui peut dire l'enjeu, qui peut lire les lignes brouillées de l'avenir ? Faut-il vraiment se réjouir ?

 

Je me réveille, je pense à Clopin. Sa charge est lourde, au  moment même où elle devrait s'alléger. Mais bon, peut-on  échapper impunément au sort des générations précédentes, qui elles ont connu tant de débâcles, en espérant  se soustraire aux devoirs les plus élémentaires, même si prendre soin d'une vieille mère se rélèle aussi lourd que pousser la pierre de Sisyphe ? Non, n'est-ce pas, et Clopin fait face. J'aimerais pouvoir en dire autant.

 

Je me réveille, je pense à Clopinou. Je l'ai trouvé si maigre, à sa dernière venue. Si frêle. Oh, je sais bien "qu'il ne faut pas que je m'inquiète" : le concours est dans trois mois, et "si lui ne l'a pas qui l'aura ?".  Et en plus, je sais que derrière cette apparence commune au père et au fils, si fragile, se cache une lame d'acier, résistante à l'extrême et aussi résolue qu'un sabre de samouraï. N'empêche : qu'elle est longue et douloureuse, la métamorphose de la chrysalide du petit étudiant de prépa en futur "lauréat"...

 

Je me réveille, je pense à Jim qui meurt, à Baudruche qui est mort, aux tombeaux en général et au mien en particulier. Ils ne seront pas nombreux, à accompagner ma dépouille. L'aurai-je vraiment mérité ?

 

Nous sommes au coeur de l'hiver : ce doit être pour cela.

 

Je me réveille. Il faut que je me secoue.

27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 11:34

Vous ai-je raconté que nous avons (enfin) remplacé la vieille moquette pourrave des chambres par un superbe parquet de chêne ? Oui, bien sûr, puisque j'en suis vraiment contente, et fière, comme d'hab', du résultat. Mais par contre... Le petit pincement au coeur ressenti hier au soir n'était pas prévu au programme...

 

Je crois que tous ceux qui, dans un grand élan, changent la disposition de leurs espaces intérieurs ressentent la même chose : à savoir "faire de la place", envoyer au diable, en même temps que la poussière accumulée, les mauvaises petites habitudes qui aboutissent à caler l'armoire avec un pauvre livre ainsi martyrisé, à garder une roufougnousse particulièrement hideuse ou, simplement, à laisser sous la table de nuit les emballages de chocolat grignotés dans le silence complice de la nuit... Au diable tout cela ! Il y a, dans l'installation d'un nouveau mobilier, literie ou parquet, comme une envie de grande lessive, de ménage-à-fond, voire de nouveaux départs moraux. Des bonnes résolutions pour ces petites révolutions !

 

Ainsi Clopin, dont la chambre fut finie la première, a lui aussi été contaminé par l'aspiration du vide. Brayon pur sucre, et donc imprégné d'une obligation aussi morale qu'inflexible "il ne faut RIEN jeter, TOUT peut servir", il gardait donc  tous ses vêtements, dont certains remontaient allègrement avant l'apparition d'internet voire même de  la couleur à l'ORTF (c'est dire). Il faut reconnaître  aussi que sa morphologie n'a que fort peu bougé au fil des ans (pas comme la mienne, snif), ce qui lui permettait d'envisager encore la possiblité de revêtir certaines superbes chemises à carreaux, raidies, grisonnantes et ayant fait largement leur temps... et autres petites tenues fleurant bon les trente dernières années..

 

Bref, il a fait du tri. Pas moins de quatre à cinq énormes sacs poubelles sont ainsi partis à la recyclerie. De l'air, vous dis-je, et je l'approuvais sans réserve, moi qui, a contrario, ne garde jamais plus de cinq  ans les quelques pièces de  ma fort modeste garde-robe, et peux tout jeter sans une larme. J'ai sous ce rapport une aspiration à l'ascétisme, et un de mes voeux serait de ne posséder que deux tenues, interchangeables et uniformes, ce qui m'éviterait d'avoir à me poser des questions... Bref.

 

Le problème est que ma chambre aussi a été finie, et qu'inexorablement, il a fallu ranger, trier, faire que toute la chambre  soit conforme au nouvel esprit du parquet : à savoir lisse, ciré, agrandi et spacieux...

 

Eh oui. Moi, ce ne sont pas les fringues que j'ai dû jeter, mais bien... Des livres.

 

Oh, j'ai évidemment sélectionné les doublons, puis les agaçants ("l'hypothèse des sentiments", par exemple, regrettable, inutile, snobinard et complètement creux ouvrage du papa Enthoven, fut un des premiers déposés dans la caisse), puis ceux qui tombaient en poussière et enfin ceux dont le titre ne me disait plus rien du tout.

 

Et puis j'étais soutenue par la vision de ma liseuse, toute fine et tenant si peu de place sur la table de nuit, dont la minceur extrême recèle pourtant, potentiellement,  tout le contenu des rayonnages  d'Alexandrie et des alentours...

 

Je n'ai pas pu, malgré leur poids et leur encombrement, jeter un seul des dictionnaires. Et pourtant, franchement, entre taper sur google et aller laborieusement tirer le Larousse d'entre les étagères, y'a pas, y'a plus photo, non ?

 

J'ai eu  beau ainsi me conforter dans ma décision, m'en féliciter presque, en tout cas m'y tenir fermement, n'empêche que...

 

J'ai honte.Un peu, certes, mais  honte quand même.

 

Il me semble que les couvertures des survivants, sagement rangées sur les étagères, me suivent désormais des yeux, comme les cariatides de Cocteau suivant la Belle au château de la Bête : Qu'ai-je fait donc, en ME SEPARANT DE MES LIVRES (qu'il me faudra donner, en plus !)? Me voici coupable, et du pire : d'une traîtrise à moi-même   - comme un loup qui poserait un piège, à sa propre patte tendu.

 

 

23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 21:08

J'ai bien peur  que la France, le dimanche 11 janvier, n'ait en réalité incarné Pyrrhus  : vous savez,  le roi grec  qui s'écriait : "Encore une victoire comme celle-là, et nous sommes perdus"...

 

Car je trouve que la réaction nationale qui a suivi l'attentat terroriste, qui était censée démontrer notre courage et notre détermination, n'a finalement servi que de prétexte à la lâcheté ordinaire : une exposition sur les dessins de Charlie Hebdo devait avoir  lieu au musée Hergé. Elle est annulée, "à cause des risques d'attentats"

 

!!!

 

19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 15:33

Chambres bouleversées et, pour Clopin, échine douloureuse : nous voici en train de parqueter les chambres du haut.

 

Il y en avait besoin.

 

Nous marchions sur -non, pas une moquette, même pas cela,- mais un vieux tapis "aiguilleté" marron foncé, posé là bien avant ma survenue, et qui avait quelques solides défauts. Son aspect et sa couleur, certes, mais aussi sa matière : le moindre poil de chien venait non pas s'y poser, mais s'y amarrer quasi définitivement. Surtout ceux de Ti'Punch, pourvus d'une sorte de crochet,  qui s'enfonçaient sans la moindre résistance, pour ne plus vouloir se décoller du sol. Le Bartleby du poil, en quelque sorte, manifestant silencieusement  mais irrévocablement son droit à rester là, en dépit de tous les aspirateurs du monde. Même la brosse à chiendent baissait les bras, si j'ose dire...

 

Il faut savoir qu'au début de Beaubec, les règles étaient plus strictes que maintenant : les chiens n'avaient pas le droit de monter à l'étage. Désormais... Nous dirons que Ti'Punch aide son maître à se lever le matin. Nous pourrions dire aussi que le règlement intérieur, passé de "collectif" à "familial"  et désormais quasiment "individuel" s'est assoupli autant que le caractère du maître du chien. Nous pourrions tout autant, si  nous étions méchante mais il est bien connu que nous ne le sommes pas, voir du ramollissement dans cet assouplissement,  de la faiblesse de l'âge dans ce recours au chien, et de l'emploi du temps de retraité dans ces langueurs matinales...

 

En tout cas, le parquet est fait "à la beaubecoise", c'est-à-dire avec un soin extrême. Clipé, puis passé au mélange térébenthine et huile de lin, il est fini "à la chaussette de laine", c'est-à-dire ciré : les senteurs qui en résultent sont aussi jolies que le vocabulaire des ingrédients nécessaires...

 

Le parquet est donc blond, d'une blondeur suédoise ou germanique, aux lames larges et confortables au pied,  à l'aspect chaleureux et sensuel. L'Anita Ekberg du plancher - et cela va être un plaisir de balayer de là tout les Bartleby's poilus du monde...

16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 17:32

Discussion serrée autour de la table, hier, parce que L.T. et son épouse sont passés, et qu'il s'est agi d'évoquer l'"après". Or, L.T., qui est tout sauf un imbécile, s'est depuis quelques années laissé séduire par les idées du Front National.  Et pourtant, ce fils de famille nombreuse et ouvrière, ce petit patron, cet ancien soldat  parti en "stage commando" en Guyane , a une curiosité intellectuelle bien plus acérée que ce que l'on pourrait croire - et il a de solides notions historiques, jointes à un athéisme viscéral. 

 

C'était d'autant plus intense autour de la table, d'autant que le niveau sonore montait de minute en minute. Nous avons tous fait des efforts -nous pour ne pas stigmatiser ce qui relevait de la Marine dans les propos de notre hôte, lui pour écouter et discuter nos arguments, mais pourtant, quelle sournoise propagande s'infiltrait là...

 

L.T. est arrivé "arc-buté",  fulminant contre la République, qui "a laissé se dégrader l'école", au point que "des élèves ne respectent pas les minutes de silence", ce qui lui paraît découler du même  "laxisme" qui consiste à adapter les menus des cantines scolaires aux religions des enfants, à autoriser le bain de femmes musulmanes "voilées et niqabées" dans les piscines municipales (??? Euh... en se fichant de l'hygiène minimum ???), et à laisser nos abattoirs aux mains des immams venant tuer les animaux "à l'hallal" (i).... Ses premiers mots ont été pour fustiger les musulmans, et prôner une répression "sans faille".

 

Faut-il préciser que, dans nos villages, les problèmes de cohabitation entre populations de diverses origines n'existent pas, pour la bonne et simple raison que nous sommes majoritairement Gaulois, à 98 %, et que les problèmes de voisinage se réduisent à des polémiques "rurales", dirons-nous (telle parcelle cédée à tel propriétaire, tel "coup fourré" opéré à  la coopérative, etc; ?) Le monde agricole est extrêmement bien organisé,  marchant au pas de syndicats tout-puissants, structuré et peu poreux : seuls les travailleurs saisonniers, et encore, peuvent avoir la peau de couleurs différentes...

 

Bien sûr, appuyée par les autres participants de la discussion qui s'est opérée là, j'ai plaidé l'éducation contre la répression, la tolérance contre la haine, une vision précise de la laïcité contre l'amalgame visant à désigner l'arabe, le musulman, comme coupable...

 

Mais cependant, ce serait tellement plus facile si L.T. n'avait que tort !!! Or, force est de reconnaître que, c'est vrai, les menus spéciaux à la cantine ne se justifient pas. Bon sang, ne peut-on faire signer, par les familles, un accord préalable sur la composition des menus -et surtout réserver les repas spéciaux aux besoins médicaux (allergies...) ? C'est vrai que ça me chie à la gueule, moi aussi, qu'on "réserve" des plages horaires "non-mixtes" dans les piscines municipales (même si la vision de femmes en burka trempotant dans l'eau javellisée  relève  du fantasme pur et dur). C'est vrai que la laïcité se défend bien mal. Mais enfin : pour nous mettre d'accord, L.T. et nous, il faudrait dans ce cas cesser tout de suite le moindre financement des écoles publiques catholiques, décrocher les crucifix alsaciens et fermer les aumôneries des lycées. Ca me soulagerait, parce que du coup, on pourrait enfin traiter tous les croyants, quels qu'ils soient, sur le même pied d'égalité...

 

Nous avons au moins fait l'effort de nous écouter, L.T. et nous. Mais qu'il est difficile de démêler les brandons rougeoyants des amalgmames racistes, attisés par le souffle haineux du Front National, de la défense des valeurs républicaines...

 

L.T. prophétise sombrement un avenir cruel - il n'en est pas encore, enfin je l'espère, à le préparer. Il nous faudrait la force de conviction d'un Gandhi, et les Lumières d'un Voltaire ou d'un Condorcet, pour le faire changer d'avis. Il nous faudrait de la vertu. Oh, à Beaubec, nous en possédons bien un peu... Mais là-bas, à Paris, de quel stock dispose-t-on ?

 

Là est peut-être la vraie question.

 

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