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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 16:57
Ne pas se faire niquer à Guernica
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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 15:09
montage à vache (asturienne)
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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 09:41

J'ai toujours éprouvé, lors de mes  randonnées en montagne (précisons de suite que je ne suis en rien une alpiniste, et que les montagnes ainsi parcourues :  la Vanoise, les Pyrénées, la chaîne des Puys et donc, cette année, la Cordillère Cantabrique, le sont à l'altitude généralement désignée par l'expression  "montagne à vaches", à la portée de n'importe qui), j'ai toujours éprouvé, à un moment ou à un autre,  ce spécifique moment de désespoir qui accompagne l'effort physique, quand ce dernier commence à atteindre ses  limites.

Désespoir qui peut d'ailleurs aussi envahir vos ou  votre compagnon(s) de randonnée, non soumis à l'épuisement mais saisi(s) par le doute : l'histoire se finira-t-elle bien ? 

Jusqu'à aujourd'hui, la réponse a été "oui", malgré le temps qui passe et  m'a alourdie, m'a enlevé de l'énergie et de la force, sans compter cette maudite clopinerie qui, désormais, retient chacun de mes pas, surtout pendant les descentes. Ma peur de trébucher sur un caillou qui roule, sur des herbes coupées qui rendent le sentier glissant, mon souffle court, ma "surcharge pondérale", mes soixante ans en un mot, rendent d'année en année les boucles des GR toujours plus épuisantes.

Mais je m'obstine, ne consentant à sacrifier que  les parcours les plus difficiles, et entreprends malgré tout les jolies petites grimpettes, les petits dénivelés des ondoyantes courbes de niveau, si minuscules sur les plans - et pourtant si redoutables : 600 mètres d'écart, certes, c'est amplement suffisant pour éliminer d'office la majorité des touristes fréquentant les panoramas remarquables des sites asturiens, et cela est une bonne chose. Mais sous le soleil, le sang aux tempes, cela peut parfaitement tourner à une certaine forme de cauchemar.

 

Je pourrais me demander pourquoi je me force ainsi - pour ne pas déchoir aux yeux du sec, maigre et vigoureux Clopin, bien  sûr, mais cette orgueilleuse motivation n'explique pas mon obstination !

 

En réalité, ce qui m'attire et m'a toujours attirée dans les randonnées montagnardes, c'est le changement du rapport au monde. Pas seulement la verticalité soudaine de la nature, si différente des calmes collines brayonnes, et la beauté des sites toujours renouvelée, dès que vous parcourez quelques mètres.

Il s'agit d'autre chose : du vertige de l'oxymore, dirais-je.

 

Car l'exercice de la randonnée me force à me concentrer sur ce que je néglige, d'habitude : l'admirable mécanique du corps. La façon dont le pied se pose par terre, dont les muscles, les tendons, les articulations, réagissent à l'appel. Plus je clopine, plus je scrute  les quelques centimètres de sentier qui devancent ma marche : il me faudra grimper sur cette pierre, descendre cet éboulis pentu, précisément. Y poser le tarse, le métatarse : c'est comme si je regardais, sur un livre d'anatomie, la décomposition du moindre de mes mouvements...

 

Cette attention extrème au plus infime de mon corps, à ce pas qu'ailleurs,  j'oublie et néglige si complètement, réduit ma capacité d'appréhension sur un point précis, sur quelques centimètres de peau, de muscles, d'os, posés sur un sentier. Et ainsi, le contraste, quand je lève le nez et regarde, tout autour de moi, le panorama que je suis venue précisément chercher, est absolu, vertigineux, aussi opposé que le noir au blanc.

 

La vision des pics, des amples mouvements des pierres pourtant immobiles, ces soulèvements arrêtés, cette nature bruissante, ces cirques s'ouvrant sous le ciel azuré : cette respiration du monde sensible comme bloquée au maximum, ouverte, béante, sans arrêt élargie  - et, au milieu de toute cette force indifférente et sublime, le sentiment de mon existence réduit au plus petit de moi-même, à ce pied posé là, à cette marche fatigante qui n'existe que grâce à mon obstination à être ici, déplacée et minuscule...

 

C'est comme un fil ténu, comme la ligne tracée par des oies sauvages dans un ciel immense : ma route au milieu des sommets confronte ainsi l'immense et le minuscule, la pérennité de la pierre et l'invisibilité de ma présence au monde.

 

Et plus que la beauté des sites, c'est ce vertige de l'humain devant l'inhumain, cet oxymore absolu de la fragile marche  au milieu de l'indifférence sublime des pierres levées d'elles-mêmes, que je recherche.

Si j'y ajoute,  une fois le désespoir passé, la fierté et  l'intense satisfaction d'avoir réussi à surmonter la fatigue, les craintes, et mon corps défaillant, l'explication est ainsi donnée : tant que je le pourrai, je continuerai, quand l'occasion m'en sera offerte, de clopiner sur les étroits sentiers des montagnes à vaches...

2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 17:40

Bon, très honnêtement, je ne sais pas s'il m'était vraiment indispensable de me bander les yeux ou d'écrire de la main gauche pour faire ressurgir, chez moi, les parfums de mon enfance. N'ai-je pas déjà commis l'exercice, au point d'en faire un livre ?

Mais cependant, je dois admettre que ce "décalage", ces consignes imposées légérement, avaient quelque chose d'excitant. Cela me faisait penser aux jeux oulipiens, et ces indications données par une autre forçaient l'inspiration : "de la contrainte naît l'imagination", la célèbre formule se révélait une fois de plus efficace.

Et puis les participantes étaient toutes si bienveillantes (ceci dû à leur pratique commune des ateliers d'écriture ?), que je décidai, d'un coup, de ne pas dissimuler, comme je le fais d'habitude lors des stages de formation professionnelle ou autres, où je m'applique, d'habitude, à "suivre le rythme" - ce qui fait que je m'y ennuie souvent, puisqu'ayant terminé lectures et exercices toujours un bon quart d'heure avant tout le monde, je patiente, patiente...

Là, profitant de l'exceptionnelle tolérance du groupe, j'ai pu, sans honte, "me lâcher", et abattre de la bonne besogne. J'y était incitée aussi par l'exceptionnelle qualité des textes des autres. Toutes différentes, certaines avaient un sacré sens de l'humour et toutes "jouaient le jeu" franchement, sans coquetterie ni fausse pudeur.

et c'est ainsi qu'au fur et à mesure que la journée s'écoulait, quelque chose était en train de se passer, de lentement se construire... Comme une unité dans nos textes, pourtant si disparates. Nous nous retrouvions toutes dans nos jardins ou demeures d'enfance. Nous avions toutes un tilleul planté dans nos souvenirs, et étalant son parfum, même celles qui détestaient l'infusion et sa "fadeur honnie" (dixit l'une d'elles !)

J'étais si en confiance que je proposai un, deux, trois, quatre, cinq textes. J'en aurais proposé plus, si je m'étais écoutée ! Et les textes "des autres" étaient d'une sacrée bonne qualité (or, quand j'en vois un, je sais s'il est bon ou non). Que de jolies trouvailles, de délicatesse, de précision dans les souvenirs. La Tante Sidonie de l'une valait bien la Tante léonie de Marcel, n'en déplaise à tous ceux qui sacralisent le succès, et qui circonscrivent la littérature aux cercles autorisés (souvent universitaires), et en interdisent l'accès - au nom de quoi, d'ailleurs ? - aux humbles passionné(e)s...

franchement, à la fin de la journée, j'étais fière de nous, d'autant plus que ce "nous" n'était certes pas gagné d'avance, surtout pour moi. Je crois bien, ma parole, que c'était la première fois qu'un groupe ne me rejetait pas !

Je suis évidemment en demande d'un site où toutes nos productions de ce jour-là seraient accessibles. En attendant, je vais déjà dactylographier celui que je pense envoyer à Renée, comme étant celui qui m'a paru à la fois le plus abouti, pour un premier jet, et celui qui me ressemble le plus.

Vous allez dire qu'avec une journée aussi particulière, je devrais désormais m'inscrire à tous les ateliers qui passent... Non. Je ne vais pas prendre ce risque (le risque d'être déçue, et de décevoir tout autant). Ce sera certainement (à moins que, sait-on jamais, écrire à Nohant serait sans doute troublant aussi...Même si, pour Manosque et Giono, c'est désormais râpé...) une expérience particulière, certes, mais aussi unique.

En tout cas, bravo à nous !

(postage du texte en question "le prie-dieu de tante Léonie", plus tard.)

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 11:51

La première chose qui frappe,dans la maison de Tante Léonie, c'est sa banalité. Certes, c'est une "maison bourgeoise". Mais l'aisance qui se décline là est vieillotte, et surtout surannée. Les pièces sont petites, et encombrées de meubles imposants. Chaque pièce a sa fonction, aussi représentative que fonctionnelle. Et il a fallu toute la magie de Marcel Proust pour nimber d'émotion le cuivre du baromètre, les assiettes peintes, l'ordinaire de chambre...

Je n'ai d'ailleurs pas osé demander où était la chambre de Robert. Toute la maison de Tante Léonie se reconstruit autour de l'image de l'enfant choyé et malheureux, tendu dans l'attente solitaire du baiser de sa mère - éminemment solitaire. On nous dit que l'escalier "n'est pas le bon, le vrai est à Auteuil". On met sous globe l'énorme lanterne magique (de peur du vol ?) de la petite chambre sans souligner l'invraisemblance des "deux lits" nécessaire à la scène du livre : il y a à peine la place pour un. Mais les courtines, les coquillages, les objets pieux sont là, c'est vrai.

la magie est-elle donc envolée définitivement ? Il faut croire que non, et que l'esprit de Marcel rôde encore, délicat et nerveux, entre le jardinet et la cuisine de Françoise. La preuve, cet "atelier" qui pouvait paraître incongru était, en réalité si parfaitement "à sa place" qu'il semble que ce soit la maison qui ait irrigué nos créations littéraires.

La maison, et l'animatrice de l'atelier, Rénée Combal-Weiss. En la rencontrant, j'ai compris de suite que ce que j'avais pu entrevoir des "ateliers d'écriture", ailleurs, relevait du charlatanisme. Elle, elle légitimait l'exercice. Et comment !

Tout d'abord, elle l'a placé d'autorité sous deux auspices : la bienveillance et le plaisir. Nous n'étions ni dans une compétition, ni dans un "apprentissage" qui aurait débouché sur l'acquisition de savoir-faire. Non, il s'agissait de partage, de jeux, et de ce quelque chose que j'aurais cru impossible, sagissant de littérature, c'est-à-dire d'un exercie parfaitement intime à mes yeux : une sorte de création collective...

En plus, Renée proposait la ligne directive ("des écrits d'enfance", que faire d'autre dans la maison de Tante Léonie ?), et suggérait les méthodes pour y parvenir (faire surgir les souvenirs à partir d'exercices sensoriels : Renée démontrait que malgré une connaissance "imparfaite", selon ses termes, de l'oeuvre de Marcel , elle en avait parfaitement saisi le message...

Il nous fallut donc nous bander les yeux, écrire de la main gauche, nous allonger, tenir une tasse pleine de feuilles de tilleul à la main, nous promener dans toute la maison (privilège inouï : elle fut pour nous seules pendant deux heures !), tout cela dans l'unique but d'incliner nos écritures vers le ressurgissement du temps perdu.

J'étais, je vous l'ai raconté hier, à la fois sceptique, sur mes gardes, mal à l'aise et apeurée à l'idée de commettre des impairs, de perturber le groupe.

Mais il faut croire que c'était la crème de la crème des ateliers d'écriture. Je ne sais par quelle magie, nous avons toutes (nous n'étions que des filles, ce qui n'était certes pas plus mal) été comme "transcendées" par la journée.

L'honnêteté m'oblige à dire qu'il n'y avait que deux néophytes dans notre groupe, et que les six ou sept autres participantes étaient toutes, elles-mêmes, animatrices d'atelier d'écriture. L'une de nous, Anne B., semblait même avoir été la pionnière du genre. Et la plus jeune était justement en formation...

Les qualités d'animatrice d'atelier d'écriture sont donc fondées sur :

- un amour indéniable de la littérature, de la lecture, de l'écriture,

- l'apprentissage de techniques d'animation basées sur le respect d'autrui, le partage, la proposition plutôt que l'injonction,

- un sacré travail de préparation et de documentation,

- une aptitude à la dynamique de groupe (savoir réfréner les impatients, pousser les attardés, donner la parole aux timides et modérer les bavardages des extravertis)

- un zest de passion.

Renée les possède toutes, et elle y ajoute en plus une grâce naturelle, l'avenance d'un physique souriant. Et, chose qu'elle ignorait mais qui a instantanément joué pour moi un rôle positif, quelque chose de ma grande soeur : la petite taille, la vivacité, le timbre rieur de la voix...

J'étais mûre pour ma première expérience positive de plongée dans un groupe...

(suite et fin demain)

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 12:17

Et la première particularité d'entre toutes, c'était que j'allais vraiment participer, pour la première fois, à un "atelier d'écriture". Oh, j'ai bien tenté, ici ou là, sur la toile ou ailleurs, de me joindre à des groupes : écritures, variées, plurielles, allant du simple apprentissage à des "courants" beaucoup plus expérimentés, comme ceux de Françoise Guérin par exemple. Toujours en vain : je suis fort peu soluble dans le collectif.

Et l'écriture est pour moi solitaire, intime, j'allais dire égoïste...

Les seuls "ateliers d'écriture" où j'ai un peu persévéré n'en étaient pas vraiment : il s'agissait plutôt de "mini-concours", organisé par le journal Télérama, où les lauréats (j'en étais souvent, parfois, non, bon d'accord, passons outre les scrupules de la modestie : souvent !) n'avaient comme récompense que le passage "papier" dans le journal, et des récompenses envoyées par la poste et assez hétéroclites : l'oeuvre complète de Léo Ferré, dans un joli coffret dont la tranche représente les touches noires et blanches d'un piano, un "pavé de 68" dans une boîte regroupant des documents reconstitués, un "annuaire des films français" exhaustif mais s'arrêtant, hélas, en 2002, etc., etc. Et puis Télérama a arrêté de faire des appels à textes. Mon expérience des "ateliers d'écriture" a suivi le pas.

Les maigres autres tentatives ici ou là ont toutes tourné court. En vrai, le problème des ateliers d'écriture, c'est le regard des autres portés sur votre travail, alors même que ces "autres" ne sont pas des lecteurs lambda, mais des écrivains, apprentis-écrivains, amateurs et autres : demandant une sorte de camaraderie et d'égalité de groupe dont je ne sais si je suis capable.

Et je suis d'ailleurs suffisamment orgueilleuse (ce qui m'a d'ailleurs coûté quelques "amis" ne supportant pas ma "prétention"), non pour remettre en cause la légitimité des regards en question, mais pour ne demander conseil qu'à moi-même. Je suis suffisamment exigeante, surtout avec le temps qui passe, pour déceler seule les défauts de mes textes, leurs boîteries, leurs maladresses. Et je revendique de seule décider si oui, ou non, je vais y remédier...

Et puis les ateliers d'écriture ont encore un autre défaut à mes yeux. C'est que l'honnêteté y est ma foi impossible, ou presque : comment exprimer à une personne en tout point respectable, qui fait l'effort de s'exprimer et qui est attirée par cette forme de création, qu'on n'apprécie en rien ce qui sort de sa plume ? J'ai trop d'empathie pour les vrais amateurs, aux rangs desquels je me range, pour ainsi adopter le terrible "qui aime bien châtie bien". Car qui sait pourquoi on aime, ou on n'aime pas ?

Je suis persuadée que le physique des participants de tels ateliers, ce que leur manière de parler ou de se taire révèle de leurs personnalités, même sur un temps très court, la façon dont on sent leur attrait ou au contraire leur rejet de votre propre personne, tous ces a priori instinctifs et non analysés, interfèrent à la façon d'écrans, entre la lecture de leurs textes et votre jugement...

Il fallait donc tout l'attrait de Combray, et l'espèce de gageure qui consiste à inviter un groupe de personnes à écrire dans la maison même de Tante Léonie, plus la rencontre "pour de vrai" avec Patrice Louis pour que je me lance...

Et que je tente de vaincre, surtout, la peur qui se cache derrière toutes les considérations ci-dessus : à savoir la peur d'être rejetée, de ne pas savoir comment exactement "me tenir", moi qui déborde sans cesse, qui suis sans cesse exclue, de perturber encore une fois un groupe, sans même le vouloir...

Et aussi, allez je racle le fond de mes appréhensions, un peu, aussi, la peur de m'ennuyer.Cela m'était arrivé lors d'une tentative complètement ratée : un écrivain parisien ayant loué un ancien atelier de travail du vitrail, et qui, tout en promettant aux participants de son ambitieux "atelier", monts et merveilles (pourquoi pas l'intervention d'Umberto Eco ?) se contentait de réclamer de tous les malheureux qui avaient répondu à son invite, énergie, idées, et réalisations, tout en sortant toutes les dix minutes fumer sa clope dans le jardin, et se répandre en mondanités.

J'avais bien juré de ne plus me laisser prendre...

Mais bon. Ce qui m'attirait plus que toutes ces échecs passés, c'était le lieu, magique pour qui a lu Marcel Proust. Ecrire dans la maison de Tante Léonie ! Si les participants de l'atelier étaient snobs ou simplement ennuyeux, si l'animatrice était incompétente, j'aurais au moins goûté un peu de cette émotion-là, qui s'apparentait, dans mon esprit, au plaisir ressenti lorsque, lors d'une dédicace de son livre, je m'étais retrouvée à épeler mon nom, à faire la dictée en quelque sorte, à Pascal Quignard !!!

Certes, la maison de Tante Léonie n'est pas celle de Proust écrivain, mais celle de son enfance. N'importe : toute la Recherche, déployée comme la roue du paon, provient bien de là, et y est donc, même à l'état de graine, déjà enfermée...

Les dés en étaient jetés : Patrice m'emmenait déjà devant le portail, agitait le grelot, et dans l'ombre des arbres, je franchissais pour la première fois le seuil de la maison d'enfance de Marcel Proust.

(la suite à demain).

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 08:45

Le solstice est encore tout proche, en cette fin de juin : j'ai donc bénéficié d'une (très) longue journée lumineuse, ce qui était parfait pour traverser, de Nonancourt à Courville en passant par Mainente ou Chennevière, les plaines à blé de l'Eure et Loir.

J'allais à Combray... Et, toute seule dans ma petite twingo noire, j'étais comme cachée, sur les toutes petites routes de mon itinéraire, par les blés qui arrivent en ce moment à maturité. Les épis en perdent d'ailleurs leur brillant, et deviennent mats, secs et sablés, friables comme des gâteaux bretons. Mais quel élan, et quelle force, dans ces champs à perte de vue, où les épis se pressent les uns contre les autres, tendus tout droits sous le soleil, bougeant à peine au vent, ondulant à grandes lampées pour retrouver ensuite, tout de suite, l'aride immobilité du blé prêt à être fané.

Nul doute qu'un tel spectacle puisse éveiller des sentiments forts différents, et fort diffus. Je présume que, pour les agriculteurs du coin, la vue de telles récoltes à venir est une promesse de richesses - avec cette satisfaction que Pharaon devait déjà éprouver, pendant les années de vaches grasses, en contemplant ses greniers remplis.

Les militants écologistes, eux, éprouvent sans doute un autre sentiment devant ces champs immenses et vides, où les bleuets et les coquelicots d'antan ont bien entendu disparu, et où les énormes machines agricoles transforment le processus vital en industrie...

Quant à moi, perdue dans l'immensité des plaines à blé, j'éprouvais le même isolement qu'un voyageur traversant à pied un désert : dans cette région, on passe sans transition des champs à perte de vue aux petits villages clos sur eux-mêmes, où se réfugient les arbres, le vert des petits jardins, et les chants des oiseaux. C'est aussi soudain que la nuit aux Antilles : à Fort-de-France, si à 18 heures il fait jour, à 18 h 02 il fait nuit. L'absence du crépuscule est étonnante, pour qui a besoin de transition.

Il en est exactement de même en Beauce : l'instant d'avant, vous suiviez une route sinueuse et cachée, déserte et bordée de récoltes à venir. Et hop, vous voilà dans un bourg-ilôt, rond, compact et resserré, qui ne s'ouvre que difficilement devant nous, et que vous quitterez tout aussi brusquement.

Les villages de l'Eure-et-Loir sont comme les éléments d'un archipel, ou d'un Sahara : séparés les uns des autres par la continuité des champs de blé, comme les oasis sont séparées par les déserts...

Je me disais, en approchant de Combray, que le sentiment de "l'entre-soi" devait être ici plus fortement ressenti qu'ailleurs, et que c'était sans doute un des éléments qui expliquent l'étonnante froideur des Islériens (quel vilain nom, dirait Patrice Louis) vis-à-vis de leur (immense) gloire locale : Marcel Proust.

Certes, Illiers a accolé son nom à celui inventé par l'écrivain, il y a une quarantaine d'années. De quelle façon cette transformation a-t-elle été opérée ? Les habitants se sont-ils vus imposer, sans concertaition, une telle augmentation de leur identité, ainsi "redoublée" ?

Oh, bien entendu, on trouve des madeleines proustiennes dans les boulangeries d'Illiers-Combray, des itinéraires proustiens sont fléchés, et la maison de Tante Léonie est ouverte aux visiteurs.

Mais comment comprendre que Patrice Louis, homme bienveillant, affable et généreux, qui vous offre les clés du Combray de Proust comme il vous confierait son trousseau personnel, grand intellectuel, journaliste au long cours à la plume plus qu'alerte, étonnant "retraité" (du genre qui se fiche comme une guigne de son âge et déploie plus d'énergie qu'un jeune homme de vingt ans...), venu s'installer à Combray par amour de la Recherche, ne soit PLUS le Président de l'Office du Tourisme, pourtant niché précisément sous les pierres si admirablement décrites de l"'"Eglise", à tout jamais l'Eglise, du petit Marcel ?

Certes, même si les islériens "ne demandent rien", ils passent, à mon avis, à côté de cette opportunité incroyable : l'implication de Patrice au service du partage de la Recherche, qui aurait dû, au contraire, les rendre fiers...

Je ne crois pas du tout que ce soit les préjugés habituels qui pèsent encore (soupir !) sur le personnage de Marcel Proust, (son homosexualité, son appartenance à une classe extrêmement riche de la société de son temps), qui puissent expliquer le rejet d'Illiers-Combray vis-à-vis de l'Oeuvre monumentale, internationale et foisonnante qui étend de plus en plus, à mesure que le temps passe, sa notoriété.

La froideur des habitants de Combray pour l'oeuvre de celui qui fut l'enfant du Pays ne me semble donc relever ni de l'homophobie hélas ordinaire, ni de la lutte des classes. Tout simplement, "nul n'est prophète en son pays", ou, pour être plus précis, il est sans doute plus simple de mépriser ce que l'on ne comprend pas, et la paresse est souvent plus confortable que la curiosité intellectuelle... Ou bien est-ce la peur de ne pas "arriver à comprendre" ce qui s'est passé là, cette entreprise inouïe, ce monde littéraire en construction ?

C'est d'autant plus injuste que, si Marcel Proust mord et déchiquette à belles dents le monde parisien, aristocratique ou grand bourgeois, de son âge adulte, il n'est que tendresse dans l'évocation des lieux de son enfance...

En tout cas, je suis arrivée directement des plaines à blé beauceronnes à la terrasse où Patrice m'attendait, dans l'ombre portée des murs de l'Eglise et de l'oeuvre de Proust. Cette journée si particulière pouvait donc, enfin, commencer...

(suite plus tard)

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 18:31

Paul Edel, alias Jacques-Pierre Amette, ne supporte plus depuis longtemps que j'ose parler littérature, dès lors que je semble avoir une "opinion" (horreur !) ... Et précise, sur son blog, qu'il n'a "que peu de choses en commun avec moi". Et qu'il trouve "ignoble" un certain portrait de lui posté à la suite d'une enième rebuffade de sa part... (comme "homme de lettres parisien vieillissant et supportant sans doute difficilement de n'avoir plus d'influence directe, depuis sa mise à la retraite", portrait auquel j'associais mes propres difficultés à vieillir et à ne plus correspondre à l'image que je donnais de moi, plus jeune...)

je lui ai envoyé un courrier.

Evidemment, silence radio. Quand on pense que cet homme n'hésitait pas, il y a quelque temps, à me téléphoner longuement, le soir, dès qu'il avait besoin d'une oreille empathique...

Ah là là.

Je copiecolle ici la dernière missive :

"Dites Paul Edel, vous trouvez ignoble le portrait que je dresse de vous... Et le (ou plutôt « les », car depuis quelques mois, vous n’arrêtez pas de me « taper dessus ») portrait que VOUS faites de MOI, Paul, comment devrais-je les prendre, à votre avis ?

Je vous ai déjà témoigné de ma reconnaissance pour la bonne critique que vous avez bien voulu apporter à mon petit livre « petites histoires familiales et nombreuses ». Mais faudrait-il, alors même qu’en tant que critique vous vous targuez d’une certaine « objectivité » littéraire, qu’en remerciement je passe ma vie à ne plus avoir d’opinion, à vous célèbrer alors même que vous êtes capable d’injustice, bref, à rester sagement à une place que VOUS m’assigneriez ?

Je ne pense certes pas avoir une autre opinion que la vôtre sur Bernanos, par exemple. Je l’ai lu, tout comme vous, et j’en ai tiré à peu près les mêmes conclusions. Mon post sur lui était un « miroir » de ce que Bernanos a fait à Proust, voilà tout.

Le portrait de vous qui vous blesse tant ? Je le trouve, moi, plutôt mesuré : d’abord, je m’y associe (moi aussi vieillissante, etc.) Ensuite, il est l’explication de votre lecture « désespérée » de Proust, qui nous sépare tous les deux. Vous ne relevez, dans l’oeuvre de Proust, que le constat d’échec. J’y vois, moi, la croyance en une rédemption par l’art…

De plus, la manière dont vous témoignez de notre relation, à vous et moi, sur ce blog (et en me renvoyant au mien), me laisse, comment dire ? Comme un parfum de mensonge. La posture du « vrai homme de lettres », agacé par une amatrice présomptueuse et casse-couilles, et la renvoyant dans les cordes avec bienveillance, ne reflète certes pas la réalité de nos relations, et vous le savez bien, Paul, vous le savez bien…

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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 14:35

Et surtout malgré la nouvelle plate-forme "simplifiée" d'overblog, que j'ai en horreur, et qui me le rend bien...

Bon la période est dure pour tout le monde, alors, je vais arrêter de me plaindre et vous raconter une belle histoire du vingt-et-unième siècle.

Les lecteurs raréfiés de ce blog savent que le grand frère du Clopinou a pris une année sabbatique qui le conduit, en short,  tout autour du monde. Les photos sont là, qui en témoignent...De l'Australie à Singapour, des Etats-Unis à Djakarta, la balade est belle.

Justement, en Indonésie, le frère du Clopinou et sa belle compagne ont été hébergés dans une jeune et sympathique famille, celle de Rama. Puis ils ont poursuivis leur route...

Pendant que Rama, voici une poignée de jours, est venu en Europe. En Belgique, puis en France, il a ensuite envie d'aller voir Barcelone, Florence et Berlin...

Sentez-vous comme l'ombre d'une conjonction internautique autant qu'universelle se produire ?
Vous y êtes. Rama a profité trois jours du petit appartement parisien du Clopinou (nous le rendons le 19, snif), et il arrive ce soir à  la gare de Serqueux.

Demain, nous l'accompagnons sur les plages du Débarquement : il est curieux de la commémoration du D-DAY, et nous, sommes curieux de voir ce que cela donne, un indonésien devant un blockhaus...

Dimanche, c'est lui qui nous accompagne avec notre pote français Peter à la foire aux âne d'Aux Marais : nous y présenterons Eloi, le petit orphelin de père, que nous cherchons à vendre (Quenotte attend une progéniture posthume de Dagobert...).

Que de coïncidences, combien de progrès informatiques, que de "connections" (ce terme si "contemporain") n'a-t-il pas falllu pour que cette rencontre s'opère ?

Bien entendu, je suis sur les dents. Les photos de Rama et sa famille, déposées sur l'Aventure en Short, témoignent de l'accueil somptueux réservé au frère de Clopinou, là-bas. Le repas, notamment, avait tout d'une ripaille gargantuesque.
 

Il va me falloir être à la hauteur, ce soir... Heureusement, le jardin commence à donner. A Rama, les radis roses et croquants, la petite salade qui va bien avec. Si j'y ajoute un filet mignon de porc caramélisé au miel clopinien, de petites pommes de terre primeurs de Noirmoutier, un coeur de Neufchâtel et des poires au sirop maison de compagnie d'une glace vanille, avec un petit apéritif-surprise (tomates-cerises garnies, petits canapés tiédis, pommeau bio ou pastis avec glaçon), le tout arrosé de muscadet, cidre-maison ou coteaux du layon pour le dessert, d'après vous, Rama sera-t-il conquis par la cuisine française ?

 

Heureusement que les nourritures terrestres sont là, pour sceller les amitiés virtuelles, improbables et capiteuses nées du web. Ceci me consolera sans doute des trahisons, grandes ou petites, que mon inconcevable naïveté m'attire, plus souvent qu'à mon tour...

 

 

 

 

 

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 09:33

Notre grand Dagobert est mort ce matin, vraisemblablement d'une leucémie.

Je ne peux même pas souhaiter qu'il repose en paix, car là n'est pas le sort des animaux domestiques...

Mais je sais que son âme d'équidé, paisible, affectueuse et vaillante, contnuera d'arpenter nos champs.

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