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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 14:33

J'ai (forcément) regardé le documentaire sur Gérard Depardieu, sur FR3, hier.

 

Pourquoi "forcément", allez-vous me dire ? Certes, je suis de la génération qui a pris la liberté testostéronée des Valseuses en pleine poire ("on n'est pas bien, là, décontractés du gland ?"), cette liberté absolue transcendant tout, et même le légitime procès féministe qu'on pourrait intenter à Blier ... Certes, l'époustouflante beauté du Gérard jeune (mon tout premier amoureux, à l'école maternelle, s'appelait Gérard !) est encore rehaussée par le contraste qu'offrent aujourd'hui sa déchéance et sa décrépitude. Certes, il aura beau prendre toutes les nationalités qu'il voudra, il est inscrit pour toujours dans l'identité française, à côté d'Obélix le Gaulois, du saucisson et du pinard. Certes,  "l'immense talent", la "fragilité du colosse",et puis toutes les anecdotes, et les Femmes et la Mort du Fils, certes, certes, certes : démesure et errements (même l'islam, nom de zeus !)

 

Mais ce n'est pas cela qui m'a attirée devant l'écran, hier au soir. C'est le sous-titre : "l'homme dont le père ne parlait pas".

 

Je connais ça.

 

15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 10:46

Très bel article, sur la République des Livres de Pierre Assouline, au sujet de Schubert et de son "voyage d'hiver". Dommage que les trolls m'en aient chassée,, car j'aurais témoigné à la fois de la gratitude à lire de telles lignes, sur un tel sujet, et de ces mystérieuses accointances qui, dès le début, m'ont attachée à ce blog. Contre toute attente, bien évidemment, car rien de plus éloigné que l'univers assoulinien et le mien...

 

Et pourtant, pourtant : tenez, ce fameux "voyage d'hiver", par exemple : il a été pour moi un chemin de Damas, un pilier de Notre-Dame ou un syndrome de Stendhal, au choix... J'ai raconté l'anecdote à une journaliste de France Musique, qui en a fait état le lendemain même à l'antenne - et si elle est authentique, on peut néanmoins la croire aussi fantastique qu'un conte, tenez :

 

Il était une fois une petite fonctionnaire qui pestait, car il  lui fallait aller travailler un dimanche, pour un salon territorial quelconque. Mais le devoir, c'est le devoir, alors, la voilà sur les routes, au volant de sa vaillante petite twingo, montant et descendant les collines, et prenant son mal en patience. Pas grand'monde sur les dites-routes, par ailleurs, un dimanche, vers les 7 h 30 : l'attention vacante, voici notre victime laborieuse qui cherche à se distraire, et se branche donc sur France Musique, sans concentration excessive bien sûr.

 

IL faut tout de suite préciser que, question musique, l'héroïne n'y connaissait pas grand'chose. Elle ne pouvait même pas se revendiquer d'être autodidacte, parce que le peu qu'elle connaissait, elle le devait à autrui :  un ami qui, sans même le vouloir, avait commencé à lui ôter l'épaisse couche de cérumen, formée par des années de Maritie et Gilbert Carpentier bien profond dans les oreilles, qui l'empêchait de ressentir ce qu'elle entendait.

 

Mais pourtant, elle butait encore, comme pas mal de gens d'ailleurs, sur tout ce qui était chant lyrique ou opéra. Si elle écoutait Wagner, elle ne dépassait pas les ouvertures, par exemple. Et il n'y avait guère que l'inévitable Carmen qui lui était accessible, surtout s'il s'agissait de brailler que l'amour est l'enfant de Bohème, tout en se savonnant sous la douche.... Comme tout le monde...

 

C'est pourquoi elle n'était absolument pas préparée à ce qui allait lui arriver. Parce qu'à la radio, une voix masculine s'était mise à chanter, accompagnée d'une simple cadence au piano : quelque chose d'absolument dépouillé.

 

Or, notre fonctionnaire croyait savoir ce que c'était, qu'une musique triste. Il y fallait des violons, d'abord et avant tout. Des violons comme des saules : parfaitement pleureurs. Et puis de longues et très étirées mélodies, avec des volutes...

 

Bref, le contraire absolu de ce qu'elle entendait là, cette voix toute simple et si puissante, ce piano cadencé on aurait dit presqu'à deux doigts seulement : pourquoi donc avait-elle, en écoutant ça, tant envie de pleurer qu'il lui fallut arrêter la voiture, se garer sur le bas-côté, et écouter jusqu'au bout, pendant que ses yeux se mouillaient tout seuls, aurait-on dit ?C'était de l'allemand, en plus : elle ne comprenait pas un traître mot de ce qui se disait là. Mais elle était envahie d'un coup par une telle tristesse, sans comprendre comment ni pourquoi, qu'il lui fallut se calmer, après le morceau ("auf dem fluss", apprit-elle plus tard), avant de repartir.

 

Rentrée chez elle, après sa journée de travail (rassurez-vous, elle était quand même arrivée à l'heure à son poste),  la fonctionnaire attrapa le télérama de la semaine et se mit à chercher : voilà, ce qu'elle avait entendu s'appelait "le voyage d'hiver", de Schubert, et le chanteur s'appelait Thomas Quasthoff.

 

Thomas Quasthoff.

 

Il y avait une photo...

 

Mystérieuses accointances.

 

 

 

 

 

 

 

 

5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 10:39

(on aura évidemment compris, au titre du jour, que j'en appelle aux mânes de Rembrandt, Joyce, Butor et surtout à celui qui m'a jadis  planté un recueil de nouvelles en plein coeur, à savoir Dylan Thomas. Je sais, on peut trouver cette liste pleine de prétention. Mais tant qu'à faire qu'à invoquer des esprits, autant se doter d'une famille nombreuse.)

 

De nouveau une période incertaine et "inactive" professionnellement, doublée de troubles physiques bien communs et fort désagréables - encore qu'il m'ait fallu attendre la soixantaine pour ressentir ce que certaines de mes copines, toutes jeunes femmes à l'époque , évoquaient d'un air à la fois énervé et entendu,   comme les petites filles parlant des mystérieuses "règles" qui allaient leur tomber dessus un jour - à savoir la "cystite", affection considérée  comme un passage obligé de  la féminité, alors qu'il s'agit tout bonnement d'une infection urinaire. Bon, ça fait mal.

 

Mais j'ai décidé de renverser  cette trouble période  à mon avantage. Et je le déclare hautement sur ce blog, comme on prend à témoin un futur électeur :  d'ici lundi, ma prochaine nouvelle, bonne ou mauvaise,  doit être terminée. Sinon ! Que je meure ! Puisqu'au moins, dit Villon "à celui qui meurt tout est permis de dire"...

 

D'autant que dès demain matin je serai seule. L'idée bienvenue est du Clopinou : celui-ci termine demain le troisième (et dernier) "concours blanc" avant les vraies épreuves de fin avril. Il a cravaché tant et plus, et a renoncé, pour ce faire, aux vacances d'hiver traditionnelles.

 

Or, par un concours de circonstances imprévues, (une panne de voiture immobilisant la Kangoo à Grenoble), voici que Clopin retourne vers les Alpes. L'occasion est rêvée, après l'extrême tension des révisions du concours blanc, d'ouvrir une mince fenêtre avant les épreuves définitives.Clopinou et son père vont donc passer un gros week-end à Chamrousse, avant de remonter vers Paris pour l'un, la Normandie pour l'autre, dans la voiture réparée.

 

J'aurai donc à la fois le loisir, l'occasion, l'envie et le courage de m'atteler à la tâche que je me suis assignée. De quoi faire battre le coeur de toutes les vieilles chiennes du monde !

 

 

26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 11:14

Clopin, ce matin :

 

"- Et qu'est-ce que tu lis ?

 

 - Alice Munro.

 

- ?

 

- Munro. M U N R O. Tu ne  peux  pas connaître  : elle est juste prix nobel de littérature..."

 

D'habitude, je n'emploie pas ce genre de "raillerie" à l'égard de Clopin, pénétrée que je suis de mon ignorance dans tous les domaines variés, de la charpente aux logiciels de montage cinématographique en passant par les mises bas ovines,  où il excelle. Mais justement : j'étais en train de lire Alice Munro !

 

Cela faisait des mois que Jacques Chesnel battait le rappel, spécialement à mes oreilles d'ailleurs, pour que je lise cette auteure. Il faut dire qu'elle avait a priori tout pour me plaire : canadienne écrivant en anglais, de la lignée des petites-filles de Jane Austen, c'est-à-dire de cette famille qui, pour moi, est l'avenir de la littérature (bien près d'avoir été mise au tombeau après la fougue du romanesque du dix-neuvième siècle), elle est en plus une novelliste : là encore, le Nobel a consacré une écriture  "différente".

 

Je ne sais donc  pourquoi j'ai mis tant de temps à "aller voir". Mes mauvais yeux ne sont pas une excuse, ni le fait qu'à  la réception de ma liseuse-cadeau, j'ai d'abord téléchargé les livres gratuits, c'est-à-dire les classiques -  mais  l'écriture de Munro est en fait classique ! Elle est vraiment dans la droite ligne de  ce chemin commencé avec Austen et parcouru avec Woolf, Mac Cullers, ou Doris Lessing, et encore tant d'autres. Doris Lessing surtout est comme la soeur aînée de Munro, non pas tant à cause de la durée qui les sépare, (Munro est née en 1931, Lessing en 1919) qu'à cause du rôle de "témoin" qu'elles endossent toutes deux.

 

De façon différente, bien sûr : les profonds et solides romans de Lessing, s'ils embrassent la majorité des utopies et des réalités sociales de leur temps, ont besoin de se déplier comme de grandes cartes routières. Ce qui est impossible à faire dans le cadre étroit de la nouvelle, bien sûr.

 

Mais pourtant, à travers les interstices de ce délicat art du "non-dit" que les écrivaines de langue anglaise partagent presque toutes, c'est bien le basculement d'un monde machiste vu à travers le regard féminin (je ne dis pas "féministe") qui est brossé là. Les deux écrivaines s'arc-boutent sur le quotidien, mais là où Lessing va jusqu'au bout, soulève enfin la tasse délicate de tisane  victoirienne pour mettre au jour la cruauté infinie des rapports entre les êtres, Munro pratique l'art de l'ellipse.

 

Elle use aussi  avec un brio incroyable de  la technique de "l'accéléré-décéléré", avec autant de facilité que je change de vitesse dans ma petite twingo. Par exemple, dans une nouvelle comme "Fiction" (la première que j'ai téléchargé, 99 centimes !), elle va s'attarder sur une scène quotidienne, pour ensuite, sans avertissement, partir à quelques années de là, et enfin faire un retour arrière avec la précision d'une focale, d'une optique matricielle.  Faulkner, bien sûr, était lui aussi capable de ce genre de prouesse : étourdir le lecteur jusqu'à ce qu'il perde -presque- pied, tout le mystère et le talent étant dans ce "presque"...

 

Et puis Munro cache si bien son jeu ! Par exemple, la trame à peu près identique de toutes ses nouvelles( -avec un narrateur qui peut être aussi bien masculin que féminin, et qui reproduit bien souvent, dans ce qu'il laisse deviner de lui, des traits de caractère aussi caractéristiques que ceux du Lokwood de Wuthering Heights), lui permet de nous  faire croire que les histoires qui sont racontées là sont de simples "histoires d'amour", avec les variations habituelles : adultères, amours impossibles, trahisons, souffrance et moments de grâce. Comme en plus elle traite sans détours de la sexualité féminine (qui fait tout simplement "perdre la boule" à ses héroïnes, et les conduit à vouloir dissimuler à leurs partenaires la puissance qu'ils possèdent sur elles), robustement hétérosexuelle (-mais je n'ai pas tout lu, loin de là, et peut-être Munro s'est-elle attaquée à l'homosexualité, outrepassant en cela les "allusions" woolfiennes... ), on pourrait croire tout bonnement à des "historiettes" sur fond de décennies du vingtième...

 

Or, pas du tout. Ce n'est pas cela qui intéresse Munro, car il s'agit là de vieux tapis rebattus, de carpettes usées. Ce qui l'intéresse, au moins dans les nouvelles que je viens de parcourir, c'est bien la vision féminine, et surtout le rapport des femmes entre elles. Même s'il n'est pas écrit mais suggéré (j'y reviendrai, tant j'ai été éblouie !)

 

En ce sens, il ne faut pas faire la même erreur que Pierre Assouline a commise avec Jane Campion, qui est, dans le domaine du cinéma, ce que Munro est dans le domaine littéraire : non, ce n'est pas Keats qui intéresse Campion dans "Bright Star", mais bien Fanny Brawne.

 

De la même manière, ce sont les relations féminines, entre elles mais aussi avec le monde qui les entoure, qui sont le vrai sujet de Munro. Dans "fiction", par exemple, on pourrait croire que c'est la vie amoureuse, avec un mec,  de l'héroïne qui est la matière de la nouvelle, avant de se rendre compte qu'il s'agit bien plutôt des ravages que la jalousie peut provoquer sur  une enfant (très Mac Cullersien, ce thème), dans sa relation avec  la  femme  jalouse. .. 

 

Et il y a même une nouvelle -admirable, "quitter Maverley"  ! Où le vrai sujet de la nouvelle, à savoir la relation entre deux femmes, est traité de manière stupéfiante : les deux héroïnes, Leah et Isabelle, ne se rencontrent pas une seule fois. Mais bien entendu, tout l'art de Munro est de cacher derrière les "anecdotes" -réalistes, quotidiennes, - des histoires "de couple" racontées là son vrai sujet : comment ces deux femmes vont-elles bâtir leurs vies, l'une après l'autre, avec le même homme... Suggérer, oui. Le pinceau de Munro est trempé dans ce verbe-là !

 

Ah, ces miniatures que sont les nouvelles de Munro brillent en réalité d'une telle lumière  : elles sont plus puissantes que n'importe quel projecteur, et elles balaient nos vies avec une précision tragique. Munro continue ce qu'Austen et Woolf ont commencé de construire, ce que Lessing a abordé franchement, et ce qu'une Campion dessine elle aussi au cinéma : un regard aussi incisif que féminin...

 

En France, je veux dire les écrivaines de langue française, n'y arrivent tout bonnement pas. Oh, certes, nous avons de charmants monstres, grands comme une Duras capable d'atteindre au lyrique absolu avec un sujet, un verbe et trois compléments, ou petits comme une faussement superficielle Sagan. Et nous avons de sacrées bonnes techniciennes, comme une Nothomb ou une Salvayre, sans aucun doute ! Mais une authentique héritière d'Austen ?  Il n'y en a pas, ou bien je ne l'ai pas encore rencontrée ! Non, même pas Ernaux, trop "sèche", trop "chirurgienne" pour nimber son écriture de la grâce infinie d'une Munro.

 

Je crois (mais là je divague, ce qui n'a d'ailleurs aucune importance parce que PERSONNE  ne va finir de lire cet article bien trop long, donc je ne risque rien !) que c'est dû, précisément, à la différence notoire des rapports entre sexes, de l'univers anglo-saxon à l'univers français... Ce que les "féministes au petit pied" (toutes ne le sont pas), ces Dames Parisiennes, revendiquent en flûtant leurs cils eyelinés : la légendaire et célèbre "courtoisie  française" qui adoucirait la lutte des sexes, permettrait à chacune d'établir des rapports exquis avec l'autre sexe. Dire que j'ai dû entendre, par exemple, une défense et illustration de ce concept de courtoisie, s'agissant de... DSK ! Ah là là.

 

Mais il est vrai qu'au moins en surface (car le fond est lui toujours le même, hélas), le monde anglo-saxon est bien plus "rude", moins "policé" pour ce qui est des rapports entre sexes. La radicalisation des luttes féminines anglo-saxonnes, leur systématisation (lire Roth à ce sujet !) ont amené une sorte de brutalité qui permet AUSSI à une Alice Munro d'aller droit au but dans son dessin. (et à Campion également, dans la série télé "top of the lake", par exemple), ce qui pourrait me mettre mal à l'aise.

 

Il n'en est rien, grâce au format court et ramassé de chaque nouvelle, grâce aussi à l'art de l'ellipse, du non-dit, chez Munro. Je peux projeter mon inconscient dans ces interstices, moi qui, bonté divine, passe ma vie au milieu d'hommes. Je dois être une  lectrice  appropriée, parce que j'en ai BESOIN, pour faire de chaque héroïne de Munro une amie, une amie regardée avec acuité et sans admiration exagérée, une amie DECELEE, mais aussi si bien comprise et tendrement aimée. En tout cas, c'est comme cela que je lis Munro : comme j'écouterais une amie parlant, d'une voix douce, dans une chambre que l'obscurité envahit peu à peu, de l'infinie cruauté de nos vies achevées... 

22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 13:28

Ma voisine, qui sait beaucoup de choses, m'informe ce matin qu'elle a trouvé la parade à l'envahissante publicité : il suffit, d'après elle, "de rester sourde à ses appels du pied"

 

...

 

Ah ! De quel regard chargé d'admiration ne l'ai-je pas contemplée, à ce moment précis !

 

Franchement, Eric Chevillard, vous devriez en prendre de la graine, plutôt que cette poudre d'escampette manifestée ICI...

21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 08:26

Hier, le cousin du pauvre Jim m'a remis une dizaine de gros albums photos : en effet, il vide la maison de Rouen pour pouvoir la vendre, et il lui faut se débarrasser des centaines et des centaines d'objets amassés là. Le cousin essaie de répartir au mieux les disques, brochures, écrits divers, photos, et autres objets pouvant avoir une valeur sentimentale pour tel ou tel.

 

Sur les albums photos qui sont donc désormais en ma possession, j'apparais à peu près à toutes les pages - cela fait une drôle d'impression de se revoir vingt cinq ans plus tôt - mon dieu, que j'étais mince !

 

Et mon dieu aussi, combien de repas ai-je donc confectionnés, dans ma vie ? Les albums en témoignent formellement : ce sont des tablées à peu près partout, à Rouen, à Beaubec, ailleurs... l'ambiance est souvent la même - comme dans un film de Sautet, où c'est autour d'une table que la vie se fait et se défait.

 

J'ai commencé à cuisiner pour les autres très tôt, dès mon premier appartement,  en fait. J'avais quitté les austères petites chambrettes où je végétais seule pour m'installer avec mon premier "compagnon officiel", un grand gaillard qui étudiait l'histoire et gagnait sa vie en étant pion. Moi, je passais de petit boulot en petit boulot. Nous n'avions littéralement pas un rond, mais par contre nous avions beaucoup d'amis, dont la caractéristique première était d'être aussi démunis que nous :  étudiants pauvres, boursiers pour la plupart, qui tentaient leur chance à l'université.... C'était aussi des années allègres et  pleines de promesse : nous étions tous aussi légers que nos porte-monnaies !

 

Ca a donc commencé dans l'austérité la plus totale. J'avais bien, dans ma kitchenette, des gobelets, des assiettes et des couverts en abondance : c'était facile, les restaurants universitaires les fournissaient "gracieusement". Mais à part trois casseroles et deux poëles, je n'avais rien d'autre pour "faire la cuisine". Or,  les copains, les amies, préféraient tout de même les dînettes improvisées aux mauvais  repas bon marché des restaus U - surtout le soir, où, sur les campus, ne restent plus guère que les étudiants boursiers, et où la tristesse pèse sur les marmites...

 

Voici comment je procédais : je récurais soigneusement la cuvette dont je me servais pour la vaisselle. Je faisais cuire du riz blanc, en grosse quantité. Je délayais des petites boîtes de double concentré de tomate jusqu'à obtenir une sorte de jus, qui colorait de rose les grains de riz premier prix. J'ajoutais à cela des oeufs durs coupés grossièrement, et des boîtes de thon entier nature (moins chères que les miettes à l'huile). Je touillais le tout dans la grande cuvette, et je l'apportais dans la seule pièce à vivre de l'appartement.

 

On posait une nappe sur la moquette marron, les assiettes et les couverts tout autour, on s'asseyait à même le sol et on se partageait "la Patouille", comme je l'appelais. Notre seul luxe était la bière : nous achetions de la Valstar verte, réputée plus alcoolisée que la Valstar rouge,  mais un peu plus chère...

 

Oui, c'est comme cela que j'ai commencé à cuisiner pour les autres : à un degré de gastronomie voisinant le zéro absolu, ou tout au moins aussi peu élevé que le coût du repas !  Mais je ne savais pas, en remuant la Patouille, que jamais plus je ne m'arrêterai. Et que j'y trouverai un plaisir renouvelé, continu, absolu. Les assiettes pleines, au-dessus desquelles s'entrecroisent des mots légers, sont pour moi ce que les  libations, sacrifices, offrandes et autres hécatombes étaient aux anciens Dieux : un signe de confiance dans le destin, l'attente d'une frairie pleine d'allégresse...

 

Et je suis contente, aujourd'hui, quand je referme les lourds albums où le pauvre Jim a gardé le souvenir de nos années communes, que ce dernier en ait eu sa part...

13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 10:41

Prise par les préparatifs du film, j'en ai complètement oublié ma résolution de parler ici, "en toute objectivité", du dernier bouquin de Houellebecq, qui fait un véritable carton - sans doute à cause de l'odeur de soufre qui l'accompagne.

 

Eh bien, à la lecture, je vous le dis franchement : l'odeur de soufre s'évanouit, pour laisser place à une fragrance bien moins excitante et fort peu ragoûtante, telle qu'on pourrait la sentir,parfois, au fond du pantalon trop large d'un triste Auguste de cirque.

 

Auguste avec lequel Houellebec partage encore un autre trait : les pompes trop larges, qui   relèvent elles aussi du même registre - ne parle-t-on pas d'"écrase-merdes" ?

 

Soupir, parce qu'H. est si diablement doué ! Pourquoi ce don ne vient-il qu'aux doigts d'un bouffon qui se veut sinistre ? 

 

Voilà le point : Houellebecq part tout simplement d'une des plus sinistres rengaines du Front National, à savoir que la France est en train de s'islamiser à toute vitesse. Il brode, autour de ce prédicat, une sorte de "politique-fiction", où, dans un avenir proche, les partis traditionnels de droite et de gauche étant totalement décridibilisés (bon, là pas besoin d'être Houellebecq pour l'analyser !) , et la société à la dérive,  seul un nouveau parti, représenté par un chef charismatique, pourra sauver la France de la tentation du fascisme. Ce nouveau parti serait "musuman et modéré". Il tendrait vers une nouvelle définition de l'Europe, reconstituant peu ou prou, via des alliances avec les pays musulmans du pourtour méditerranéen, l'ancien empire romain...

 

C'est écrit à la ligne claire, les idées qui s'expriment là font référence aux débats d'aujourdhui, les références de H. sont sérieuses, documentées, les analyses économiques et politiques "se tiennent". Alors, pourquoi ai-je eu tant envie de hausser les épaules et comme la main qui me démangeait ?

 

Je sais que Bernard Maris, par exemple, admirait beaucoup Houellebecq, à cause de la liberté de parole de ce dernier, de son sens de la provocation, et de la pertinence de l'analyse issue du regard froid, sans compassion mais sans complaisance, que l'écrivain porte sur la société et ses contemporains.

 

Mais les balivernes de ce livre, bien qu'elles puissent paraître d'un cynisme candide - le même cynisme candidre qui qualifie le mieux leur auteur, sont grotesques. Elles ne seraient QUE grotesques, on pourrait s'en amuser franchement. Mais elles sont aussi pernicieuses. Je suis sûre de ce que je dis : des lecteurs de ce livre vont prendre pour argent comptant les élucubrations du pauvre pitre pirouettant. Il y a de l'auto-humiliation, sans arrêt, chez Houellebecq. Ses lecteurs ne vont pas le voir, ou bien, volontairement, pas s'y intéresser, ou encore affirmer le contraire... Tant il faut bien dire que Houellebecq a définitivement raison sur un point : ses contemporains sont bel et bien, pour l'écrasante majorité d'entre eux, des cons ! 

 

Or le héros Houellebecquien, qui partage tant avec son auteur, est si pitoyable qu'il faudrait en réalité, non pas ricaner avec lui, mais juste hausser les épaules. Songez qu'avec sa "ligne claire", Houellebecq parsème son bouquin de scènes de culs aussi précises que dérisoires - et suffisament pronographiques  pour qu'on puisse confondre, pour lui, les ardeurs des étreintes de celles des épreintes ! Tout est à l'avenant. Le héros, 45 ans aux fraises, est lâche, dénué des sens moraux les plus élémentaires (par exemple, s'arrêtant dans une station-service, il découvre des corps déchiquetés par un attentat, et plus rien autour. Il gagne la ville suivante. S'arrête-til dans un commissariat, un hôpital, tente-t-il de donner l'alerte ? Non, il cherche un hôtel...  Sa mère meurt-elle en province,  isolée ? Le héros non seulement ne se déplacera pas (il a pourtant, un moment, caressé l'idée de se faire héberger par elle, en cas de guerre civile !) mais la laissera être inhumée au carré des indigents. Etc.) 

 

Pitoyable, enfantin, cynique et dérisoire, Houellebcq décrit son milieu professionnel (l'enseignement supérieur) à l'avenant. Tout est ici aussi veule que le héros. Quant aux femmes - ce n'est pas que Houellebecq les "hait", ou bien qu'il cherche avant tout à les "dominer". Il se contente de les "chosifier", dans la plus pure traidtion machiste, et ne leur promet, sombrement, qu'un avenir guère éloigné à celui qu'Hitler avait assujetti aux "fraulein". Bouffe plus plumard, et soumission... pour que la pauvre petit quéquette houllebecquienne se redresse encore parfois, il lui faut du 15 ans d'âge, pas plus. Et dans son assiette, des ortolans cuisinés par une seconde épouse. Le tout mijotant dans une société tout aussi raciste, éllitiste, machiste qu'un émirat arabe...

 

Oh, on pourrait trouver bien sûr, à cette entreprise de démolition, quelque chose d'énergique et de nécessaire. Comme une peinture d'ENSOR, tenez, à qui elle fait constamment penser, bien plus qu'à ce "HUYSMANS" dont le héros est spécialiste...

 

Mais Ensor était animé au moins lui, par la colère. Houellebecq (et je frémis aux lectures "pieds de la lettre" que son livre va occasionner !) n'est animé que par le plaisir masturbatoire d'une sorte de "revanche" apocalyptique sur son propre destin. "Maman, pourquoi tu m'as fait j'suis pas beau". Ce n'est plus un stylo qu'il manie, mais les doigts qu'il vient tout juste de se sortir du cul, sans s'apercevoir que le monde excrémentiel qu'il décrit ne provient, finalement, que de son propre fondement.

 

ensor-l-intrigue.jpg

29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 21:03

Je me réveille, je pense aux Kurdes de Kobané, qui, quelque part au coeur de l'hiver, ont, paraît-il "gagné" : on peut compter sur les kurdes pour ça. Comme on peut compter sur les Corses : la "gagne". Coûte que coûte. Les Kurdes sont les Corses de la Turquie...  Mais bon, qui peut dire l'enjeu, qui peut lire les lignes brouillées de l'avenir ? Faut-il vraiment se réjouir ?

 

Je me réveille, je pense à Clopin. Sa charge est lourde, au  moment même où elle devrait s'alléger. Mais bon, peut-on  échapper impunément au sort des générations précédentes, qui elles ont connu tant de débâcles, en espérant  se soustraire aux devoirs les plus élémentaires, même si prendre soin d'une vieille mère se rélèle aussi lourd que pousser la pierre de Sisyphe ? Non, n'est-ce pas, et Clopin fait face. J'aimerais pouvoir en dire autant.

 

Je me réveille, je pense à Clopinou. Je l'ai trouvé si maigre, à sa dernière venue. Si frêle. Oh, je sais bien "qu'il ne faut pas que je m'inquiète" : le concours est dans trois mois, et "si lui ne l'a pas qui l'aura ?".  Et en plus, je sais que derrière cette apparence commune au père et au fils, si fragile, se cache une lame d'acier, résistante à l'extrême et aussi résolue qu'un sabre de samouraï. N'empêche : qu'elle est longue et douloureuse, la métamorphose de la chrysalide du petit étudiant de prépa en futur "lauréat"...

 

Je me réveille, je pense à Jim qui meurt, à Baudruche qui est mort, aux tombeaux en général et au mien en particulier. Ils ne seront pas nombreux, à accompagner ma dépouille. L'aurai-je vraiment mérité ?

 

Nous sommes au coeur de l'hiver : ce doit être pour cela.

 

Je me réveille. Il faut que je me secoue.

27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 11:34

Vous ai-je raconté que nous avons (enfin) remplacé la vieille moquette pourrave des chambres par un superbe parquet de chêne ? Oui, bien sûr, puisque j'en suis vraiment contente, et fière, comme d'hab', du résultat. Mais par contre... Le petit pincement au coeur ressenti hier au soir n'était pas prévu au programme...

 

Je crois que tous ceux qui, dans un grand élan, changent la disposition de leurs espaces intérieurs ressentent la même chose : à savoir "faire de la place", envoyer au diable, en même temps que la poussière accumulée, les mauvaises petites habitudes qui aboutissent à caler l'armoire avec un pauvre livre ainsi martyrisé, à garder une roufougnousse particulièrement hideuse ou, simplement, à laisser sous la table de nuit les emballages de chocolat grignotés dans le silence complice de la nuit... Au diable tout cela ! Il y a, dans l'installation d'un nouveau mobilier, literie ou parquet, comme une envie de grande lessive, de ménage-à-fond, voire de nouveaux départs moraux. Des bonnes résolutions pour ces petites révolutions !

 

Ainsi Clopin, dont la chambre fut finie la première, a lui aussi été contaminé par l'aspiration du vide. Brayon pur sucre, et donc imprégné d'une obligation aussi morale qu'inflexible "il ne faut RIEN jeter, TOUT peut servir", il gardait donc  tous ses vêtements, dont certains remontaient allègrement avant l'apparition d'internet voire même de  la couleur à l'ORTF (c'est dire). Il faut reconnaître  aussi que sa morphologie n'a que fort peu bougé au fil des ans (pas comme la mienne, snif), ce qui lui permettait d'envisager encore la possiblité de revêtir certaines superbes chemises à carreaux, raidies, grisonnantes et ayant fait largement leur temps... et autres petites tenues fleurant bon les trente dernières années..

 

Bref, il a fait du tri. Pas moins de quatre à cinq énormes sacs poubelles sont ainsi partis à la recyclerie. De l'air, vous dis-je, et je l'approuvais sans réserve, moi qui, a contrario, ne garde jamais plus de cinq  ans les quelques pièces de  ma fort modeste garde-robe, et peux tout jeter sans une larme. J'ai sous ce rapport une aspiration à l'ascétisme, et un de mes voeux serait de ne posséder que deux tenues, interchangeables et uniformes, ce qui m'éviterait d'avoir à me poser des questions... Bref.

 

Le problème est que ma chambre aussi a été finie, et qu'inexorablement, il a fallu ranger, trier, faire que toute la chambre  soit conforme au nouvel esprit du parquet : à savoir lisse, ciré, agrandi et spacieux...

 

Eh oui. Moi, ce ne sont pas les fringues que j'ai dû jeter, mais bien... Des livres.

 

Oh, j'ai évidemment sélectionné les doublons, puis les agaçants ("l'hypothèse des sentiments", par exemple, regrettable, inutile, snobinard et complètement creux ouvrage du papa Enthoven, fut un des premiers déposés dans la caisse), puis ceux qui tombaient en poussière et enfin ceux dont le titre ne me disait plus rien du tout.

 

Et puis j'étais soutenue par la vision de ma liseuse, toute fine et tenant si peu de place sur la table de nuit, dont la minceur extrême recèle pourtant, potentiellement,  tout le contenu des rayonnages  d'Alexandrie et des alentours...

 

Je n'ai pas pu, malgré leur poids et leur encombrement, jeter un seul des dictionnaires. Et pourtant, franchement, entre taper sur google et aller laborieusement tirer le Larousse d'entre les étagères, y'a pas, y'a plus photo, non ?

 

J'ai eu  beau ainsi me conforter dans ma décision, m'en féliciter presque, en tout cas m'y tenir fermement, n'empêche que...

 

J'ai honte.Un peu, certes, mais  honte quand même.

 

Il me semble que les couvertures des survivants, sagement rangées sur les étagères, me suivent désormais des yeux, comme les cariatides de Cocteau suivant la Belle au château de la Bête : Qu'ai-je fait donc, en ME SEPARANT DE MES LIVRES (qu'il me faudra donner, en plus !)? Me voici coupable, et du pire : d'une traîtrise à moi-même   - comme un loup qui poserait un piège, à sa propre patte tendu.

 

 

12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 09:40

 

C'était, je crois, l'argument  principal,   avancé par les réfractaires de la "marche citoyenne" : la "récupération politique", par tous les bords. Certes. Sauf qu'hier,  les millions de marcheurs étaient si diversement bras dessus-bras dessous, ensembles dans leurs différences ontologiques,   qu'ils finissaient, à force, à ne  représenter qu'eux-mêmes, et rien de plus : aller gratter quelque chose là-dessus, vous...

 

En fait, mes potes anarchistes ou trotskystes qui appliquent leurs grilles d'analyse politique, suivant leurs convictions profondes et sincères, et donc ont refusé  de participer au rassemblement, soit parce qu'il "n'était pas question de défiler derrière Merkel ou Sarkozy", soit parce qu"accepter l'unité nationale, c'est accepter le renforcement d'un régime policier, en prévision de l'instauration d'une sorte de  Guantanamo à la française quoi, et abandonner l'internationialisme social", peuvent aussi (surtout ?) être soupçonnés d'anti-bisounoursisme primaire...

 

Tout le paradoxe était là. Nos "tontons flingués" (si j'emprunte au grand frère du Clopinou le concept de "tontons" pour qualifier les caricaturistes assassinés de Charlie Hebdo) étaient tout, sauf des bisounours. Alors le grand élan compassionnel, les Marseillaises entonnées à pleins poumons, les sourires aux policiers et la mine grave des grands de ce monde, le flot humain où le punk à chien (on en a vu un particulièrement conceptuel, tout y était, jusqu'au pack de Kro) côtoyait le loden de la bourgeoise (qui affirmait  "je suis Charlie" alors qu'elle se serait sûrement évanouie à la lecture de Maurice et Patapon, qui était quand même une sorte d'indépassable du scatologique !), cela "faisait rudement drôle".

 

Pas étonnant que l'équipe de Charlie, Pelloux en tête, se sente "écrasée" : voici les vilipendés d'autrefois, les "poils à gratter", les bouffons qu'on ne se gênait pas de couvrir d'amalgames aussi faux que nauséeux, promus au rang de Héros Républicains, de Sauveurs de la Patrie. Alors que, quand même, le bleu-blanc-rouge n'étaient pas leur palette préférée, et c'était souvent dans le rouge, le noir, sans oublier le vert écolo,  qu'ils plongeaient leurs stylos !

 

Très modestement, je crois que les abonnés ou lecteurs assidus de Charlie avaient eux aussi la tête qui tournait un peu (enfin, la mienne n'était pas très stable), hier : je me suis retrouvée plongée dans des tas de conversations, dont une particulière, avec deux "dames" qui ne connaissaient de Charlie que la fameuse une "Bal tragique à Colombey : un mort". Cette "une" les avait choquées, elles ne l'avaient même pas comprise, et m'ont demandé de la "décrypter". 

 

Je ne sais pas si j'ai réussi ma démonstration, parce qu'elles étaient"trop" : "trop" gentilles, "trop" respecteuses d'autrui, "trop" sincères dans une foi religieuse qui les protège  contre le sordide du réel, pour s'extraire suffisamment d'elles-mêmes pour rire enfin, d'un grand rire libérateur...Mais comment ne pas parler à qui manifeste avec vous . La douceur, l'urbanité qui régnaient dans cette manifestation étaient une grande première pour moi. Les gens n'avaient pas seulement envie de se parler : ils avaient surtout envie de se sourire !

 

Bon,  ce que je suppose, c'est que les tontons flingués, eux, auraient bien ri de voir mes efforts (sincères, en plus)  pour être au diapason de cette harmonie "universelle"... Mais qu'ils auraient été touchés, quand même, finalement, par la  douceur citoyenne  du Grand Bisounours Souriant qui a présidé toute la journée, et qui tentait de dépasser ainsi les crimes qui ont associé dans le sang juifs, flics, citoyens lambdas et Charlie.

 

A part ça, on a réussi à s'engueuler Clopin et moi (petite touche discordante dans l'universelle bienveillance de la journée), mais ça s'est arrangé, et puis on a eu un succès fou. Enfin, "on" n'est pas le vrai sujet. Ce sont surtout nos crayons qui ont été tellement photographiés qu'on s'attend, Clopin et moi, à les retrouver dans certains coins du web.

 

J'avais demandé à Clopin de nous fabriquer de "gros" stylos, qu'on pourrait brandir commodément pendant la manif et qui proclameraient "je suis Charlie". Clopin s'est appliqué, bien entendu, comme il le fait toujours, et il a ainsi concentré les trois concepts qui parcouraient la manif : à savoir le slogan "je suis Charlie", le symbole du "crayon" et la métaphore du "crayon = une arme".

 

et-pas-qu-un-peu--.jpeg

 

 

Voici la photo des crayons en question. Comme ils condensaient effectivement les concepts, ils ont attiré fortement l'attention - et j'en étais à la fois excitée et émue, toute "fiérote" quoi,   tout en relativisant, bien sûr.

 

Mais comment et pourquoi relativiser l'émotion, au fait ? N'est-elle pas aussi puissante que la raison et la révolte, finalement ? Je n'en sais rien encore, mais je dois bien avouer que j'ai été transportée, hier, de la République :

 

 

république

 

 

à la Nation :

 

la-nation.jpg

 

Et qu'importe si les "vrais" lecteurs de Charlie n'étaient qu'un minuscule  grain dans ce flot humain ? Qu'importe même si le prénom "Charlie" était ainsi "volé" à ses légitimes propriétaires, les auteurs, journalistes et dessinateurs, pour que tout le monde, c'est--à-dire n'importe qui, se l'approprie ? Qu'on l'appelle "liberté" ou "Charlie", ce grain-là ne peut mourir !!! 

 

Nos Tontons Flingués n'auraient pu s'empêcher de la trouver belle, la manif d'hier. Aussi belle que le regard grave et fier de  l'inconnue (qui pourrait s'appeler Marianne) qui les célébrait ce jour-là....

 

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