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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 08:52

En 1986, quand Jim et moi avons acheté une petite maison, sur les hauteurs de Rouen, nous avions fait appel à M., une amie, pour qu'elle refasse les peintures des pièces du bas.

 

M. possède en fait un CAP de peinture et un CAP de menuiserie-ébenisterie, elle travaille vite, bien, est consciencieuse et tout-à-fait professionnelle. Autant dire qu'elle n'a JAMAIS pu trouver, dans sa branche, de postes stables, tant les préjugés sont tenaces, et tant le milieu du bâtiment développe un machisme virulent.

 

Mais c'est pourtant à elle que le frère-curateur de Jim a confié la rénovation de la maison. Jim m'a en effet racheté ma part, quand je suis partie habiter avec Clopin, il y a une bonne  vingtaine d'années de cela. Et il n'a jamais plus entretenu la maison, ni même passé le balai,  sitôt la porte refermée sur moi...  Alzeihmer et les cinq dernières et terribles années par là-dessus, plus un incendie accidentel : pour pouvoir vendre une maison que Jim ne pourra plus jamais habiter, et consacrer l'argent de la vente à la pension de la maison de retraite, un gros chantier de peinture était indispensable.La boucle est bouclée : c'est de nouveau M. qui s'en occupe...

 

Mais M. est également une amie qui fut très proche de Jim ; elle fait partie des (très) rares à continuer d'aller voir notre malheureux ami dans son "mouroir" ; et son courage m'étonne ! Comme nous tous, M. éprouve un respect très grand pour l'intelligence, aujourd'hui disparue, de JIm  : elle a donc parcouru, après son travail,  les quelques carnets de Jim qui sont restés là-bas. Et m'a téléphoné pour m'en parler...

 

M. a en effet été si sensible à la lecture des carnets de Jim qu'elle ne pouvait se résoudre à les voir enfermés, pour toujours, dans un carton quelconque, chez le frère-curateur. Notamment les analyses et commentaires musicaux que Jim a rédigés jour après jour, toute sa vie. Elle se demandait si on ne pouvait pas mettre les carnets à la disposition des élèves du Conservatoire de musique de Rouen (le même où Jim a décroché son premier prix de composition), tant la richesse des observations, et l'élégance du style de Jim, la frappaient. Et me demandait mon opinion.

 

Je suis très contente de la réaction de M., car elle conforte la mienne : oui, les carnets de Jim sont exceptionnels, je l'ai toujours su. Et oui, encore : Jim aurait sans aucun doute autorisé une diffusion "publique" de ses carnets, car il les laissait volontiers lire à ses proches, et en a légué (par prescience de sa maladie ?) la plus grande partie à une association de diaristes, qui s'est justement donné pour but la conservation et la mise à disposition des journaux intimes qu'on leur transmet.  Déjà, certains des carnets de Jim ont intéressé une universitaire de Montpellier, ce qui ne m'étonne absolument pas...

 

Plutôt qu'une mise à disposition des élèves du Conservatoire, qui me semble bien compliquée à mettre en place -et ni M. ni moi ne sommes vraiment qualifiées pour cela, il me semble plus intelligent de continuer à verser la totalité des carnets à l'association des diaristes, qui au moins les conserveront et les tiendront à la disposition du public. Je suis persuadée que c'est ce que Jim aurait voulu. Et je suis non moins persuadée qu'un jour ou l'autre, ces écrits seront "promus", ou au moins intelligemment exploités ; songez que ce n'est pas simplement un "journal" que tenait JIm : il avait également mis en place toute une architecture, commentant dix ans après tous les "mercredis" rédigés auparavant. Bref, c'est non seulement un témoignage exceptionnel, comprenant des analyses de livres, notamment philosophiques (Jim avait une maîtrise de philo), des analyses musicales d'oeuvres multiples et diverses, dans une quantité proprement incroyable, mais aussi le récit d'une vie paradoxale : d'une richesse intellectuelle étonnante, cachée dans un quotidien "cheap", qui mettait le boisseau sur les capacités de notre pauvre ami...

 

Mais évidemment, ce n'est que mon avis, et celui de M. Le seul qui peut désormais décider du sort des carnets de Jim, c'est son frère-curateur. Nous nous plierons bien évidemment à sa décision !

 

Je suis allée voir Jim, sur ce. J'avais apporté les préludes de Debussy : il les a écoutés avec tant d'intensité que ses main, inconsciemment, bougeaient, comme sur les touches de son cher piano "trois-quart de queue"... Ah là là.

 

 

 

Published by clopine - dans Vies de Jim
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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 09:22

Défilé du premier mai. Avec mon pote P. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on était pas très enthousiastes pour y aller, tant on appréhendait un pavé désert... Avec la rage de savoir que l'autre, là-bas, à Paris, allait aligner des milliers de connards avec elle...

 

incise : ai-je bien entendu, ce matin sur france-Cul, qu'une mairie FN avait refusé d'accorder des logements à des familles au motif, je cite "qu'il y avait déjà trop d'antillais et d'africains dans les hlm " ? Non mais là alors je rêve tout debout. Ca ne mérite pas la taule, tout bonnement, ça ? Fin de l'incise.

 

En fait, le pavé rouennais était mouillé, mais les pieds qui l'arpentaient étaient plus nombreux que prévus : bonne nouvelle, le trajet initial a du coup été rallongé. Deuxième bonne nouvelle : le côté "syndicaliste" de la manif du premier mai était cette année radicalement plus politisé, notamment une grande banderole anti-Front National m'a bien réconfortée  : et encore, je n'avais pas connaissance de l'incise ci-dessus, qui me choque tant que je crois bien que je vais adhérer à Ras l'front parce que, quand même...

 

Comme je le disais à mon pote P. : "si nous n'y allons pas, qui ira ? Si pas nous, qui, bon sang, qui ?

 

...

 

Bon, passons à autre chose; Demain, retour du frère de Clopinou et de sa copine, qui viennent passer 15 jours en France :  : les deux frères ont cette année respectivement 30 et 20 ans. Donc, dans une semaine,  méchoui, soirée feu de camp, tipi et barnum. J'espère que tout se passera bien, car nous nous contenterons d'assurer le minimum syndical d'intendance. Affaire à suivre !

 

...

 

Une cigogne tournicote autour de la maison ; certes, les cigognes, quoique moins nombreuses qu'en Alsace, fréquentent néanmoins la région. Mais celle-ci a ceci de remarquable qu'elle est noire. Comme nous ne sommes pas du Front National, c'est avec espoir que nous scrutons les champs - et un photographe de la LPO est passé hier au soir, sur le même sujet....

 

...

 

Quand même, l'être humain : il se croit le maître du monde, sans pouvoir garder l'oeil sur lui. Et c'est bien plutôt le monde qui le berce quand, toutes les nuits, il ferme les paupières...

 

 

28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 09:11

Passée remettre un papier à un ami travaillant à l'administration, je suis donc retournée au lycée : j'ai de nouveau poussé ces portes lourdes, aux clenches compliquées (on ne pousse  ni ne tire, il faut tourner mais pas trop), franchi l'agora à la fontaine tarie depuis des lustres, aux tables repoussées le long des murs, j'ai tourné à droite vers l'administration, contourné le "jardin d'hiver" qui éclaire cette partie du bâtiment et qui est bien plus triste, et bien moins beau, que la chanson de Savador, grimpé à l'étage : et j'ai, avant d'entrer au secrétariat faire ma commission, revu les trois petites chaises alignées le long du mur, juste à côté du bureau directorial du Proviseur.

 

Ah là là.

 

Les trois petites chaises offertes à ceux qui poireautent avant l'engueulade.

 

Plus l'engueulade va être  sévère, plus l'attente est longue.

 

Je le sais : je les ai usées sous mes fesses, ces trois chaises-là.

 

Non que Clopinou ait eu des problèmes de résultats  (il caracolait systématiquement en tête de classe, et était plus qu'apprécié de ses professeurs), mais disons qu'il avait une manière bien à lui de se retrouver dernier en "vie scolaire" ; ce qu'il expliquait, à l'époque, en tentant de me persuader que les règlements intérieurs, la discipline, la soumission  et la discrétion demandés n'étaient bons que pour les "kékés" bêlant gentiment dans la cour. Il refusait obstinément, semblait-il ("mais je ne peux pas faire autrement, c'est que de la connerie leur règlement-là") , la grégarité scolaire.

 

Fort bien, fiston, fort bien...

 

Mais qui se retrouvait le cul assis devant la porte du Directeur, le sac sous le bras, le soupir aux lèvres et la migraine montante ? Clopine et Clopinou, pardine !

 

Nous avons eu une telle brochette de convocations !

 

Il y eut celle des "branches extraterritoriales" : Clopinou, grimpé sur un arbre dont les branches débordaient la grille du lycée, refusait d'obéir au pion lui sommant de descendre, au motif qu' étant désormais à  l'extérieur de l'établissement, il n'avait pas à obtempérer.

 

Il y eut celle dite "du boudin". Clopinou avait trouvé très drôle, à l'internat, d'aller fourrer un bout de boudin noir sur l'oreiller d'un camarade qui s'appelait "Boudin". C'est du fin, Messieurs Dames, c'est de l'extra-fin !

 

Celle du "vide sanitaire" ne fut pas mal non plus. Au lieu d'aller en récréation, c'était tellement plus marrant, avec son copain K., de contourner le bâtiment, d'aller soulever la grille menant au vide sanitaire sous le bâtiment, et de descendre farfouiller. Quel exploit, n'est-ce pas, surtout quand la dite-grille est descellée, que personne ne vous voit... Personne ? Ah, mais c'est que la grille est juste en -dessous, à pic, du bureau du Proviseur, et que ce dernier est précisément en train de regarder par la fenêtre, et assiste ainsi à toute l'opération... Pas de chance !

 

Une des plus belles fut celle du "pense-bite". Prenez un agenda scolaire. Garnissez-en consciencieusement la couverture de fort jolis dessins, dérivés de ces fresques subtiles que l'on peut admirer dans les wc publics, et qui représentent des sortes de longues saucisses renflées au bout de deux hémisphères. Une fois que votre géniale impulsion picturale est achevée, barrez solennellement, le sourire aux lèvres, le titre "agenda" de la couverture et remplacez-le par "pense-bite". Attendez qu'un pion passe, non pourvu de votre sens de l'humour...

 

Mais nous avons aussi connu "la convocation de Madame N."  : en seconde, Madame N.,  prof de maths fort proche de la retraite, fort amère et fort méprisante vis-à-vis de ses élèves, démotivée et dépressive   n'était pas, n'était plus une pédagogue investie dans sa mission. OK, je l'admets ; mais c'est ça aussi, l'école : comme partout, tu  peux tomber  sur des incompétents ou des personnalités "incompatibles". Il était bon, d'une certaine façon, que Clopinou vive cela, aussi : il pourrait très certainement, dans la vie,  avoir à faire avec un chef incapable et déplaisant. Apprendre à "vivre avec" fait partie de l'éducation.

  Sauf que Clopinou, lui, réagisait par la provoc. Fallait-il, par exemple,  pour épondre à une convocation (que j'avais moi-même demandée sans que Clopinou le susse), composer  cette missive  si parfaitement "foutage de gueule",  que je reproduis in extenso (fautes d'orthographe comprises) !

 

"Le 30  mars 2010,

 

Chère Madame N.,

 

Comme vous le savez certainement ma mère, vous et moi avons convenu d'un rendez-vous dont la finalité était de remédier à mon comportement saugrenu voir incongru dirais-je, qui a entraîné moultes altercations lors de vos cours de mathématiques.

Cette entrevue, qui n'est en aucun cas une quelconque bouffoneries, a été fixée le 1er avril 2010. Malheureusement, le voeux de ma présence ne pourra être exaucé car le devoir m'appel  : en effet, c'est ce même jour qu'aura lieu de le critérium interlycée de Haute-Normandie auquel mes 5 camarades pongistes et moi-même iront fièrement représenter les couleurs du lycée, suite à notre glorieuse victoire aux interclasses. Je vous prie donc de vien vouloir agréer mes excuses et de vous contenter de la présence de ma pauvre mère. Mes sincères salutations."

 

No comment.

 

Les petites chaises d'attente du couloir de la Direction, cette fois-là, étaient carrément brûlantes...Mais ce n'était rien encore : nous eûmes, en tout, plus de dix convocations, et des encore plus calorifiques, dont je vous fais grâce parce que, pfffff...

 

Et voici que, revenue sur les lieux des crimes clopiniens, je les revois : sagement rangées, inoffensives, prêtes à accueillir confortablement des séants irréprochables...

 

ah là là...Va me falloir encore un peu de temps avant que je n'en rigole franchement.

 

25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 10:05

Les connaisseurs auront identifié la date : c'est le jour où s'ouvre Notre Dame de Paris, de Victor Hugo.

 

Parmi les livres qui auront accompagné ma vie, celui-là tient vraiment une place particulière. Celle de l'admiration. Je sais que les critiques ne rangent pas Notre Dame de Paris parmi les chefs d'oeuvre hugoliens : je le sais, mais je m'en fiche.

 

A chaque fois que  je rouvre le livre, le même vertige revient. Non seulement le premier chapitre est d'une impressionnante virtuosité, mais il montre en plus une érudition éblouissante.

 

Ce premier chapitre est tout entier construit autour d'une métaphore : "la foule est une mer". Hugo va donc, d'une part, utiliser les courants qui agitent cette eau pour décrire l'endroit où se déroule la scène (l'ancien Palais de Justice de Paris, dont on apprend au passage l'exacte disposition, les faits historiques qui s'y sont déroulés, et l'incendie , avec hypothèse criminille ou non, en 1618), en entraînant le lecteur exactement comme, de nos jours, au cinéma, ou dans les jeux vidéo, on peut être "emporté" sur l'eau, dans les airs, dans un wagonnet de mine, etc., et d'autre part, utliser la foule pour "cibler", dès l'abord, quelques personnes, là encore comme le ferait une caméra de cinéma.

 

Cette exposition du sujet est si vivante, si mouvementée, que le lecteur s'en étourdit d'office. Enfin, moi. Et pour finir de m'achever, le vocabulaire employé là, et les renvois historiques, sont d'une telle richesse que je n'ai jamais réussi à en "faire le tour".

 

Certes, aujourd'hui, internet et google devraient pouvoir m'aider ?

 

Ben... J'ai tapé, tout à l'heure, l'entrée "tenue des archers bretons de Monsieur de Berry". Google n'a rien fait d'autre que me renvoyer au livre d'Hugo. Si tout est comme cela, je ne saurais jamais résoudre les énigmes de ce premier chapitre...

 

Par exemple, les tenues !

 

A quoi peuvent bien ressembler un hoqueton de camelot violet, un manteau de sandal noir, un surcot de tiretaine, une cotte-hardie, une brigandine, un bicoquet, des passequilles ?

 

Et les références !

 

Qui est ce Saval qui a dessiné le château de Montargis, ce Du Bunel qui, en 1549, admire l'enluminure bleue de la grande salle du Palais de Justice, qui est l'antipape Bénédict, pourquoi les écoliers ont-il assiégé "les vignes de Laas", qui est le Roi Robert décrit par Helgaldus,, etc. , etc; enfant, je croyais qu'Hugo inventait carrément ces références. Ma croyance reposait sur mon ignorance !

 

Et quant à la "biscornette", inconnue de moi  :  j'ai imaginé, petite, que c'était une sorte de chapeau, un bicorne en plus petit. Mais voici ce que me révèle google... Qui a très certainement inspiré Hugo...

 

 

Google, interrogé, dévoile peu à peu les références hugoliennes. Mais Victor a quand même quelques longueurs d'avance !

 

Bah, je préfère cela. Si je savais déchiffrer tout l'inconnu de ce premier chapitre, je perdrais le goût du mystère (celui de Pierre Gringoire, bien sûr !)

23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 08:43

J'ai tant vécu au beau milieu de tempêtes émotionnelles, dans l'oeil du cyclone émotif pourrait-on dire,  que la question me monte souvent aux  lèvres : pourquoi n'ai-je pas connu une vie sans histoires ? Je croise, ici ou là, de calmes personnes, aux vies petites et rangées, certes, mais non sans charme ; je les envie, moi qui ne peux rien faire sans déclencher des rires ou des ires contre moi. Je voudrais m'ennuyer, un peu, comme on fait en province, éprouver de la satisfaction à contempler mes biens, être aimablement présente aux autres, absente aux autres, n'importe... Mais impossible : le calme ne m'envahit que dans la solitude. J'ai la société mouvementée, débordante, qui me déséquilibre et me volcanise...

 

Depuis toujours ? Me voici à huit ans, marchant dans le bac à sable de l'école, très absorbée. Je regarde attentivement l'empreinte de mes chaussures dans le sable. Je serre les poings, histoire de m'imprégner du serment que je fais. Non, je n'oublierai pas. Jamais. On a beau, à la maison, quand on est trop lassé par mes pleurs, me répéter que je vis les plus beaux moments de ma vie, qu'il faut que j'en profite, que l'enfance est le meilleur,  que je la regretterai bien sûr : c'est un mensonge.  Il ne faut pas que j'y croie. La preuve ? Le soin que je prends à enfoncer mes pieds dans le sable, histoire que l'empreinte dure suffisamment pour que j'y repense ce soir, et demain, et demain soir...

 

Et toujours. Je n'étais pas malheureuse à l'école proprement dite. C'était dans la cour que ça coinçait. Déjà petite, et malingre, née en décembre, on m'avait fait sauter une classe. J'étais toujours la plus jeune. La nouille.  Celle qui restait sur le bas-côté, pour la balle au prisonnier. Dont personne ne voulait dans son équipe. Qu'on bousculait en courant. Qui ne savait pas sauter à la corde. Incapable de dribbler un ballon. Affublée de lunettes, en plus : d'autant fragile. Utile à aucune des petites filles de l'école (non mixte) de Ferdinand Buisson, ensachées dans des blouses à la couleur unique, qui se disputaient les carambars, les barrettes à cheveux et les photos des chanteurs yéyés. Eprouvant la pire des solitudes : celle que les autres voient.

 

Pour toujours ? Heureusement, il pleut en Normandie. Ces semaines-là , tant, que les fillettes, à la récréation,  sont toutes groupées sous le préau, à regarder tomber le Déluge, pour le moins. On s'ennuie. Un peu, beaucoup, énormément. C'est là que le miracle a  lieu : j'ai commencé à raconter. Je mélangeais toutes mes lectures, bibilothèque rose, verte, rouge et or, et les contes de fées, et Victor Hugo, Fantômette et Andersen. J'en tirais une drôle d'histoire, que je variais d'une récré à l'autre. A défaut de ballons, les petites filles attendaient mes rebondissements. De plus en plus ardemment : j'étais sommée de parler. Je m'adossais contre le mur moisi du préau, elles se groupaient autour de moi. J'y allais... Tant et si bien que, le soleil revenu, certaines fillettes ont continué à préférer l'ombre du préau, et mes petites histoires. Ca a duré jusqu'à ce qu'une maîtresse, remarquant le manège, n'y mette le holà. La récréation, c'était fait pour courir, sinon, après, en classe, cela allait être encore pire. Je fus interdite d'histoires... Mais j'avais séché mes larmes. A défaut d'être comme les autres, je pouvais au moins faire ça. Vivre ça.

 

Une vie avec. Avec histoires...

 

 

 

 

22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 10:57

Je dois acquérir (et ça, ce n'est rien, c'est la lecture qui suit qui m'intimide) coup sur coup, des livres de Pynchon (Vineland), Blanchot (n'importe lequel, dirait-on), Bergson (tous !!, m'intime le Clopinou), et j'ai envie du Reynolds, coup de coeur de Paul Edel. ; ma carte bleue risque fort de ne pas y résister. Je vais donc louvoyer sur les secondes mains de la Fnac ou d'amazon : pas le choix.


Bon, je râle et je me plains, mais en fait je suis touchée et plutôt contente qu'on ait ainsi envie de partager des textes avec moi. Le partage, symbolisé par une main tendue, m'a toujours attendrie. D'où la surprise quand, confiante, on s'avance, et qu'en guise de râteau,  on se prenne la même main, mais roulée sur elle-même, hérissant les os de ses phalanges comme les chiens retroussent leurs babines sur leurs crocs, et pointée droit sur votre figure. Effet assoulinien garanti !

 

...

 

J'écoute "carmina burana", et me surprend à en marteler les notes guerrières . Mais l'arrière-plan de cette musique monumentale , historiquement placé du côté du fascisme, est quelque peu réfrigérant (comme certains aspects de Junger, par exemple) : nous pourrions dire que le fonds de l'air effraie...

 

Bon, d'accord, je sors.

 

 

 

 

 

21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 12:03

Encore un peu de plan-terrier  (c'est fini après, je vous jure, mais ça vaut le détour, sisisi) : 

 

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Il faut bien regarder : on voit les poiriers dessinés en cône, les pommiers plus ronds, chacun avec leur ombre étendue devant eux, dessinée à main levée, d'un trait si fin.... On voit bien aussi que le long des routes "anciennes" , vers Serqueux et Neufchâtel, ce ne sont que des alignements de haie, ici des tétards,  qui étaient soigneusement gérés : au 18è siècle, le bois devient une ressource indispensable pour des besoins toujours plus croissants. Le chemin de Forges à Gournay, en bas du plan, n'est pas encore planté : c'est qu'il vient tout juste d'être pavé, comme le plan en témoigne. Chaque parcelle, si minuscule et découpée soit-elle, est entourée de haies, différenciées sous la plume du feudataire. Nous sommes ici en plein coeur du Forges de l'époque, très dissemblable de celui de nos jours : l'église représentée est sur l'actuelle place Brévière, qui n'a rien gardé de l'édifice... Et un "arbre remarquable" est planté à peu près en face de l'actuel office de tourisme.

 

 

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Nous voici maintenant en plein coeur du plan : on voit nettement la rivière de l'Epte, avec ses arbres plus espacés, d'espèces différentes,  que les haies, son pont enjambant la mare, et le marécage du fond des terres du Plix ("les rosières", sûrement à cause des roseaux qui y poussaient) : remarquez que la zone marécageuse est elle aussi encerclée soignement de têtards ! Les longères (mon dieu, ce qu'elles ressemblent à la nôtre !) sont  ici habitées, car on y discerne nettement des cheminées : cela ne veut pourtant pas dire que ce sont des propriétaires qui y habitent, mais peut-être des fermiers, des ouvriers agricoles. Regardez comme la parcelle 200 est étroite : enclavée dans des champs de céréales. D'après Joseph, le zébrage plus foncé (parcelle 232) devait représenter les récoltes d'automne. Les zébrure claires, 198,199,181, celles de printemps. La grande parcelle sans numéro, (il est inscrit plus loin sur le plan), à droite de la route d'Amiens, est très certainement une bouverie.

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La "Source" indiquée sur le plan est celle de l'Epte. Là encore, on voit nettement la différence entre les poiriers triangulaires et les autres arbres, dans les clos, et l'alignement fantastique des haies du bocage. Vous remarquez aussi que la parcelle 97 contient trois bâtiments, dont deux non habités (pas de cheminées). Enfin, que dire de cette rose des vents, et de sa représentation du monde, cette Afrique rebondie et joufflue dessous une Méditterranée démesurée ? Nous sommes ici aux confins de trois paroisses : Serqueux, le Thil qui n'est pas encore le Thil Riberpré, et Compainville.

 

Plus brayon que ça, tu meurs !!! (et dire que maintenant, quand tu passes à Serqueux, la seule chose remarquable c'est le Super U et son parking de mort...) ; au 19è siècle, le bocage était encore là, mais les surfaces cultivées avaient laissé la place aux pommiers, toujours plus nombreux à cause du cidre ou de la piquette (la piquette, c'était la boisson obtenue avec des pommes et de l'eau des mares : la fermentation en faisait une boisson hygiénique, mais si !) ; on a pu décrire le pays de bray, à l'époque, comme une "mer de pommiers". Quand ils enfilaient, comme maintenant, leurs robes de mariées, ça devait être assez fantastique !!! 

 

Bon, encore un peu de Thierry Maillard ? Ma foi, ça ne se refuse pas...)

 

 

20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 07:53

"Pas de Terre sans Seigneur" : ce principe fondamental de la monarchie est à l'origine du plan terrier du 18è siècle si bien analysé par notre ami l'historien. Et j'ai été charmée de toute l'histoire :

 

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Parce que ce plan si admirable, si finement dessiné, provient d'une commande seigneuriale des années 1760/1770. A l'époque, les seigneurs voulaient rétablir toutes leurs prérogatives, quelque peu émoussées avec le temps ; mais pour presser les paysans jusqu'à en recueillir la moindre goutte, pour qu'aucune botte de foin, litre de lait et motte de beurre,  kilo de viande, tonneau de cidre, céréales et fruits,  dûs via les fermages, les bouveries, les pâtures et les récoltes, ne leur échappe, il fallait connaître précisément et les ressources des habitants, et la moindre des parcelles cultivées. D'où cette incroyable précision des plans-terriers, distinguant chaque clos, chaque arbre (le paysan était tenu de remplacer l'arbre mort, d'où la nécessité pour le seigneur d'en connaître précisément le nombre), disposant d'une gamme de couleurs et d'un système de hachures et de zébrures pour codifier chaque culture, chaque pré à bétail, ici la mare, là le bois planté, etc. Pas moins de 240 parcelles, de la plus minuscule ("la terre des pauvres", gérée par l'église) au plus vaste herbage (ceux du manoir de Plix sont assez imposants !), en un patchwork coloré. Une multitude de propriétaires, certains dans l'aisance, comme la famille du Plix, le plus grand nombre dans la misère. C'étaient les veuves qui pâtissaient le plus. Certaines d'entre elles ne jouissaient que d'une seule pièce sans fenêtre, étaient "obolisées" (exempte des impots du culte et du seigneur), ne possédant strictement rien...

 

 

 

 

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C'est ainsi, et c'est un signe qui aurait intéressé Proust : ce splendide plan-terrier, dont la finesse et la fidélité à la réalité confinent à l'oeuvre d'art, était un instrument du pouvoir, je crois qu'on peut même parler d'oppression. Car le tiers-état, accablé de taxes, supportant l'église et le seigneur, allait bientôt faire entendre ses doléances : et les plans seigneuriaux, instruments de domination, allaient en pâtir.

 

 

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Mais n'allons pas trop vite, et revenons à notre seigneurie de Cerqueux, alliée à celle du Fossé et dépendant toutes deux d'une famille rouennaise, de noblesse de robe, installée au coeur du parlement de justice, détenant ainsi une position garantissant les privilèges aristocratiques et le pouvoir judiciaire Je vais les appeler "de Grumeny" (parce que j'ai oublié le nom exact prononcé par Joseph),  je pourrais les appeler "Corneille" (encore que ces derniers, au 17è siècle, n'étaient que récemment anoblis), mais nous allons éviter de faire trop de littérature, l'histoire s'en charge à notre place !

 

L'âpre seigneur de Grumeny, possesseur du Fossé et de Cerqueux,  avait donc déboursé une coquette somme dans les mains de son feudataire, pour établir les plans lui permettant d'exercer en plein ses droits. Cela faisait trente ans de cela.... Je l'imagine sec, au menton carré, de petite taille mais se tenant inexorablement droit. Une main d'acier dans un gant de fer...  Et pourvu d'un certain nombre d'enfants, mis régulièrement au monde par son épouse. Evidemment, noblesse oblige, une gouvernante était devenue, au fil du temps, nécessaire pour régir la marmaille... Et c'est là que l'histoire de notre plan-terrier devient particulière.

 

Le fils de la famille, un jeune homme sensible et qui, ça se trouve, lisait Corneille, et sûrement Voltaire, voire Rousseau,  tomba amoureux de la jeune et jolie gouvernante. Grand Scandale sur la place du Vieux-Marché : un noble, avec une roturière, et ce au moment où l'aristocratie était engagée dans une lutte pour conserver toute sa suprématie ? Impossible à concevoir ! Les deux amoureux durent s'expatrier, et se réfugièrent en Suisse (déjà...).

 

Mais la vie n'y était pas forcément facile sans les ressources familiales. Le seigneur  de Grumeny, sournoisement malin, laissa passer quelque temps. Puis, quand il estima que les charmes de la gouvernante devaient s'être quelque peu émoussés au contact du rude quotidien, il proposa à son fils son pardon absolu, à condition qu'il revienne à Rouen. L'éponge serait passée, on n'en parlerait plus...

 

Le jeune repenti reprit donc le chemin de la Normandie. Mal lui en prit. Le père, bien loin de passer l'éponge, profita de son pouvoir paternel et de sa position au parlement de justice pour fourrer tout unîment son rejeton en prison. La farce était amère...

 

Nous étions au printemps 1789.

 

A l'été, le jeune homme sortit de prison : il était devenu révolutionnaire, rejetant à la fois son père et sa classe, résolument pour la réforme et l'abolition de la monarchie. Puis ce fut la Bastille : son père en mourut donc, de rage. 

 

Or, les seuls plan-terriers qui nous soient parvenus proviennent tous de  seigneuries dont le chef de famille, en 1789, a choisi le parti de la révolution.

 

Les autres, tous les autres, ont été brûlés. Pourquoi ? Parce qu'après l'abolition des privilèges, la constituante avait établi que les paysans pourraient racheter leurs terres aux seigneurs, moyennant un prix lui-même assujetti aux droits pesant sur les parcelles. On comprend que les plans-terriers, avec leur redoutable précision,  pouvaient permettre d'enchérir les contrats : les paysans les brûlèrent donc tous...Sauf ceux des nobles alliés aux révolutionnaires, qui abandonnaient d'eux-même, sans les monnayer, leurs droits féodaux...

 

Comment voulez-vous que je ne divague pas là autour ? Je regarde mon plan de Cerqueux, et je me demande, rêveuse, ce qu'a bien pu devenir la jolie Gouvernante exilée, à l'amour de laquelle  nous devons d'avoir conservé comme une photographie aérienne d'un bourg brayon,  prise un matin de mai, en plein 18è siècle...

 

(c'est une histoire taillée pour le talent de Tracy Chevalier, pour sûr. Ca s'appellerait "la gouvernance du coeur"....)

 

 

19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 16:32

Hier, aux archives départementales, tournage avec notre historien Joseph D. , pour le film documentaire "des racines et des haies".

 

C'était passionnant.

 

Sans rire.

 

Jospeh a commenté un plan terrier du 18è siècle : pour rendre la scène encore plus vivante, je lui posais des questions. Je ne sais si la sincérité de ma curiosité va "passer" à l'écran, mais en tout cas, j'écoutais avec toute l'attention possible les explications de l'historien, et cela dépassait de loin la simple description du bocage au 18è siècle ; certes, ce siècle est non seulement celui des lumières, mais aussi celui de l'apogée du bocage. Nous commentions un plan terrier de la seigneurie de Cerqueux (qui s'écrit aujourd'hui avec un "s", mais en cette période bénie, personne n'en avait grand'chose à faire de l'orthographe. Sur le plan, en haut "dîme" s'écrit... "dîme", mais en bas "dixme", sans que l'auteur n'ait sourcillé d'un poil.). Serqueux vient de "sarcophage", car sous l'époque mérovingienne, un cimetière y était implanté...

 

Serqueux (ou presbyte pour les facétieux) est situé à cinq minutes de chez nous. C'est là qu'on vient chercher les visiteurs en provenance ferroviaire de Rouen ou de Paris. J'y passe tous les jours...

 

Et j'avais donc sous les yeux un plan magnifique, précis au détail près : les longères 'habitées" sont dessinées avec un panache de fumée s'élevant des cheminées, à l'inverse des autres bâtiments agricoles; les arbres, tous différenciés, ont chacun, d'un minuscule trait de plume, leur ombre qui s'étale devant eux...

 

Joseph nous a tout expliqué, et voilà que j'ai dans la tête la matière à des textes, des nouvelles, des récits.. Une brassée, que je n'aurai garde de laisser retomber...

Si tous les jours de tournage sont comme celui-ci, ça va être génial de tourner ce film !

17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 10:51

Je crois que ma génération (les quinquas d'aujourd'hui) fait partie des premières à devoir résoudre, très concrètement,  le problème du vieillissement de la population. Certes, les familles d'autrefois acceptaient plus facilement la cohabitation entre générations - mais l'espérance de vie, plus courte, abrégeait cette dernière. Nous sommes désormais en face de très vieilles personnes, qu'il faut gérer. Et la "cohabitatoin" est, dans mon cas précis, tout bonnement inenvisageable...

 

Mamy, depuis que Papy est parti, est forcément prise en charge par son fils unique, Clopin, pour les courses, la gestion des comptes et de la maison, les rendez-vous médicaux, et les visites tous les deux jours. Ce n'est pas toujours facile pour elle, je le reconnais : Clopin peut être brusque, expéditif, il la "remue" dans ses habitudes quotidiennes qui sont désormais tout pour elle (d'un autre côté, cela fait cinquante ans qu'elles sont tout pour elle ; Mamy souffre d'agoraphobie et de diverses névroses, qui remontent à l'exode, et l'ont à tout jamais empêchée d'avoir un rapport "normal" à l'extérieur), habitudes qu'elle ne peut plus changer, même pour un empire. Mais Clopin est là, c'est l'essentiel...

 

Quant à moi... Cela fait des années qu'il y a une sorte de match secret entre Mamy et moi. Oh, bien sûr, j'ai adopté l'attitude générale de la famille vis-à-vis de Mamy,  mélange  de respect tacite de son univers délirant, jamais remis en cause officiellement, et de résignation soupirée devant les exigences de la désormais très vieille dame. Mais quand j'estime que Mamy va trop loin, je la "contre", un peu sournoisement, je l'avoue.

 

Un exemple : du temps où Papy et Mamy gardait Clopinou, après l'école, je venais le rechercher à la sortie du travail, et j'échangeais parfois quelques mots avec Papy. Comme il était lecteur de Libération, les articles du journal  pouvaient servir de sujet de discussion. Un jour, nous étions dans l'escalier, et nous avons entamé une conversation plus soutenue que d'habitude, mon beau-père et moi. Nous étions tous deux d'une opinion différente, mais nous goûtions tous les deux notre débat, tout comme nous prenions beaucoup de plaisir, lui et moi, à nous affronter au scrabble ... Or, Mamy, qui ne lit pas le journal, qui ne joue pas aux jeux de société  , ne supporte que très difficilement que Papy puisse ainsi "lui échapper". Ce jour-là, levant la tête, je l'ai vue qui, du haut de l'escalier, laissait tomber sur Papy et moi un oeil  noir et coléreux, qui avait tout  de l'oiseau de proie. J'ai senti le froid dans mon dos, j'ai du coup abrégé la conversation... Mais nous, Papy et moi, n'en étions pas quittes pour autant. Au mois de janvier suivant, Mamy a annoncé que "pour faire des économies" (alors que mes beaux-parents étaient  assis sur une galette ma foi assez moelleuse), "l'abonnement à Libération serait supprimé". C'était la punition de Papy, et je l'ai parfaitement compris ainsi. Mais si Mamy est particulièrement habile à couper tous les ponts entre l'extérieur et son univers, fût-ce un journal quotidien, j'ai moi aussi quelques tours dans mon sac. Faisant semblant de croire à son argument, j'ai tranquillement annoncé que la décision de désabonnement me fournissait l'occasion d'un cadeau : ce serait moi qui abonnerait Papy à Libé, cette année-là ... Et Papy a ainsi pu continuer à lire son journal, lecture qui était la bouffée d'air de ses journées...

 

J'étais contente d'avoir ainsi "contré" Mamy, mais je n'ai pas pu l'empêcher d' évincer la pratique des jeux de société, auxquels nous jouions une fois par an : désormais, l'après-midi passée ensemble serait remplacée par un repas au restaurant gastronomique du coin.

On ne peut pas gagner tous les jours : un partout.

 

Papy, qui a été le rempart et l'esclave de Mamy, n'est plus là. Mais elle reste si redoutable que le match, tenu secret, souterrain, continue encore. Aujourd'hui, c'est la prise en charge de Mamy pendant les vacances de Clopin qui devient problématique. Ce n'est pas une question d'argent, bien entendu. C'est qu'il faut que Mamy accepte qu'un étranger  puisse pénétrer chez elle...

 

Or, il y a trois semaines, venant lui apporter quelques courses, j'ai de nouveau senti le froid qui pénétrait mes épaules. Mamy était en colère ce jour-là. Et elle m'annonça, sur un ton aussi glacé que son oeil d'autrefois, que "le problème était que nous partions loin, et que ça elle ne le supportait pas". J'ai bien compris que Mamy estimait impossible d' être trop isolée (sans pouvoir pour autant sortir de chez elle), ce que je peux comprendre, mais sa façon d'envisager les choses, j'en ai été persuadée dès ce moment-là,  allait être de tout mettre en oeuvre pour nous empêcher de partir, puisqu'elle en avait décidé ainsi.

 

Clopin se démène pour tenter de trouver quelqu'un à qui nous pourrions, pendant la semaine passée à Saint- Pétersbourg, confier la charge de Mamy, et qui pourrait aussi la soutenir, lui permettre de rester à domicile, décharger un peu Clopin, le reste de l'année.  Mais Mamy refuse toute solution qui ne répondrait pas à un cahier des charges précis : il  lui faut trouver une personne qui ne fasse jamais mention d'une quelconque foi religieuse, qui soit "propre sur elle" et si possible bien maquillée, bien coiffée, bien vêtue, qui parle un français impeccable et surtout sans accent, qui comprenne d'instinct le règlement intérieur (comprenant quelques milliers d'articles) régissant la maison, qui écoute Mamy sans se lasser et qui soit disponible pour l'épauler si elle se sent malade ou simplement trop fatiguée.

 

Evidemment, si vous ajoutez à ces exigences  sa résolution secrète, qui est de nous empêcher de partir,   vous comprenez que Mamy ne puisse trouver personne, pardine.

 
Alors Clopin vitupère et menace "de partir en la laissant se débrouiller". Clopin est candide, ma foi. Mamy sait bien qu'il ne pourrait ainsi laisser sans protection sa vieille mère de 86 ans. De toute façon, je ne le  permettrais pas, parce que tout le voyage serait alourdi, obscurci, par notre inquiétude et notre culpabilité.  J'ai réfléchi au problème, et je trouve que les "menaces" de Clopin sont inefficaces, et surtout lui donne le "mauvais rôle" - un fils indigne qui part en laissant une faible femme (Mamy, une faible femme ? Soupir !) seule face à son destin tragique de personne âgée délaissée... 

 

Ce que je voudrais, c'est la mettre face à ses responsabilités, ce qui changerait la culpabilité  de côté. Lui dire "Mamy, vous savez bien qu'on ne peut se permettre de partir en vous laissant seule. Donc, si vous ne trouvez personne pour venir vous épauler, nous ne partirons pas. Mais nous avons besoin de ces vacances pour nous retrouver, Clopin et moi. Notre couple risque d'en pâtir, si nous ne pouvons plus jamais prendre de vacances loin de vous. Que pensez-vous donc faire ? "

 

... Résultat du match ? A suivre ! Mais le voyage est programmé pour le 25 mai, alors...

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