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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 10:04

Comme j'aime beaucoup Marc Séfaris, j'ai suivi le conseil de Nicolas qui me recommandait, plutôt que tenter ma chance à des concours, d'aller sur le site de SCRYF ; contrairement à des sites de mise en ligne de textes comme IN LIBRO VERITAS, qui certes est libre d'accès mais se veut néanmoins une entreprise commerciale, par le biais de l'auto-édition offerte aux participants, SCRYF est associatif, indépendant, et n'offre rien d'autre que la bonne volonté de ses participants (si j'ai bien compris).

 

Bon, jusqu'à présent, l'essai n'est guère concluant : j'ai envoyé le recueil de nouvelles là-bas, un "lecteur" n'a pas pu ouvrir le fichier et l'autre a téléchargé, mais visiblement reculé devant les 72 pages. 2 seuls lecteurs, donc, mais comme le site est compliqué et peu visible, cela peut peut-être s'améliorer. Donc, en fait, ce n'est rien, c'est le jeu, mais le plus embêtant est qu'il faut , là comme ailleurs, apprendre le fonctionnement visiblement compliqué du site, s'y retrouver entre "groupes" et une multitudes d'onglets, voir une discussion s'ouvrir ici mais ne pas savoir comment la rejoindre etc. C'est la plaie courante du web : les sites, même les mieux faits, demandent un apprentissage fastidieux... Si je n'ai pas encore (et j'en bâille d'avance,  à l'idée de devoir intégrer les différents clics nécessaires pour aller en tel ou tel point, bref...) réussi à simplement échanger avec qui que ce soit là-bas, je dois reconnaître que le téléchargement est, lui, vraiment facile à partir de l'onglet "écrire". Contrairement à la pesanteur qui règne sur In libro veritas. 

 

J'ai lu un texte ou deux "des autres". Là encore, aucune simplicité pour commenter : je n'ai pas encore trouvé le chemin adéquat, et puis il y a un invraisemblable code chiffré pour répertorier votre commentaire (oui oui. Genre, commentaire poussé niveau4, commentaire moyen niveau 2, etc !!!) parfaitement rebutant. Là encore, visiblement un apprentissage du site (savoir où répertorier votre genre de comm" avant même de commencer à l'écrire) est nécessaire, et fastidieux. 

 

m'enfin j'imagine qu'avec un peu de persévérance on doit pouvoir apprivoiser ce labyrinthe complexe. Mais la persévérance demande du temps, hélas ! Et en ai-je tant que cela ? S'il s'agit de simplement mettre mes textes en ligne et d'attendre des retours, in libro veritas fait parfaitement l'affaire.. 

Enfin, le plus sérieux reste à venir. 

 

D'abord, le principe même. S'il est très généreux de proposer d'échanger textes et jugements, le tout sans aucune perspective commerciale, cela relève pourtant, à mon sens, de l'utopie. Car les textes, même et surtout ceux des parfaits amateurs, sont souvent  écrits avec une plume trempée dans la chair des sentiments, et le sang de l'émotion. Tout jugement négatif risque (je dis bien "risque") de rencontrer, en retour, une "réaction" humaine, si humaine... Si j'en juge par moi-même, c'est une sorte de crime suprême - comme lorsqu'on semble attaquer mon fils, tenez - que de méconnaître la valeur d'un de mes textes. J'ai une tendance à détester si instinctivement celui qui ose me dire qu'il n'apprécie pas vraiment ! Et je crois que nous en sommes tous là. Il faut donc rencontrer une grande bienveillance, a priori, et avoir confiance dans cette bienveillance pour accepter la critique. Or, par définition, les participants d'un site comme Scryf sont un peu des concurrents, non ? 

 

Enfin, the last but not the least, je suis allée là-bas à cause de la suggestion de Nicolas, comme une sorte d'alternative aux concours de nouvelles. Or, il ne faut pas plus de trois minutes pour tomber... sur la liste des concours de nouvelles ouverts aux amateurs... 

 

Je reconnais donc la générosité de la démarche, mais j'émets les plus grands doutes sur sa pertinence. J'aimerais bien que Marc m'en parle un peu plus ! En tout cas, je suis de temps en temps "démarchée", ou simplement informée,  pour participer à des sites de la même sorte. Hélas, je ne vois pas trop ce qu'ils peuvent m'apporter de plus que l'accueil neutre, un peu indifférent mais néanmoins efficace (j'ai des nouvelles qui ont ainsi reçu plus de mille lecteurs...) d'In libro Veritas. 

 

Seule différence : l'absolu désintéressement, a priori, des constructeurs du site. Mais, littérature ou pas, quand il s'agit de bénévolat, le plus beau et le  plus complexe des réseaux ne tient bien souvent qu'à l'implication d'une ou deux personnes, pas plus. Quand ces dernières sont fatiguées, et qu'il n'y a pas de relais...

Eh bien, on en revient aux bons vieux concours de nouvelles, pas vrai ?

Clo  

23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 09:25

IL semble que mes visiteurs d'hier ne soient pas d'accord entre eux. Certains, certaines, trouvent très bien les concours de nouvelles. D'autres les dédaignent, pire, les critiquent au motif, si j'ai bien compris, qu'ils encourageraient une certaine médiocrité. Quant à Paul Edel, il est catégorique : ce serait ni plus ni moins qu'une sorte de démagogie...

 

Bon, mettons mon cas à part (de toute manière, j'ai l'habitude), et examinons la question calmement. Perso, je connais des lauréats de concours de nouvelles qui ont, semble-t-il, bien mis à profit l'exercice. Françoise GUERIN et ses chroniqueurs, dans "MOT COMPTE DOUBLE", par exemple, ont démontré que cette voie-là en vaut bien une autre (me semble-t-il). 

 

Vous allez me regarder d'un drôle d'air, j'en suis sûre. Si c'est si génial que ça, pourquoi ne fais-je pas partie de cette sympathique équipe, mmmhhh ? Hélas ! Vous oubliez que je ne suis pas soluble dans le collectif. Et si je croise ici ou là une Désirée Boillot, une Karine Fougeray, un Marc Séfaris ou un Georges Flipo et pardon pour ceux que j'oublie, je ne peux guère  leur prodiguer autre chose qu' un petit coucou de la main voilà tout. Mais néanmoins, leur existence même prouve qu'on peut emprunter des voies détournées...

 

L'autre avantage du concours, c'est qu'il est anonyme. 

 

Ca n'a l'air de rien, mais... Le monde de l'édition est réputé pour ses copinages et tripatouillages. Pourquoi donc aller sonner à des portes dont il faut visiblement connaître les digicodes pour qu'elles s'ouvrent ? Le concours de nouvelles, lui, permet d'avoir tout de suite une sanction, qu'elle vous plaise ou non, sans pouvoir soupçonner là derrière une quelconque complaisance. 

 

Puisqu'il s'agit dans les deux cas, édition ou concours de nouvelles, de se faire du mal, autant que de ce mal puisse sortir éventuellement un bien, non ? 

 

Bon je pense ainsi aujourd'hui, hein. Ca se trouve, je ferai autrement demain. Mais l'essentiel est pourtant... de participer... 

 

Ahahah. 

21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 15:55

J'ai honte de moi.  J'ai écrit chez Assouline que j'étais parfaitement indifférente à toute publication d'aucun de mes textes, et que cette indifférence alimentait bien ma paresse. Ce n'est que partiellement vrai, bien sûr. Je suis indifférente, parce que je préfère cela à la souffrance. Pour de vrai, je ne supporte pas bien le retour, refusé, d'un texte proposé. Il est bien plus facile et bien plus reposant de rien risquer du tout, de ne rien envoyer, de ne rien travailler. 

 

Bon, c'est parfaitement contradictoire avec tout ce que je pense de la création - et surtout avec la rage qui me prend quand je pense à Jim, qui a toujours mis sous le boisseau son intelligence et son talent - désormais perdus irrémédiablement. Comment puis-je être, à  la fois, aussi exigeante pour les autres, et aussi laxiste pour moi-même ? 

 

C'est décidé, je vais au moins présenter un texte ou deux à un concours de nouvelles. Que je gagne ou que je perde, même en grinçant des dents,  tout vaudra mieux que cette espèce de refuge confortable de l'ennui,  dont je m'enveloppe si facilement, et cette paresse à laquelle je cède avec une vague nausée. 

 

 

image.php.jpeg

 

Ainsi, je n'aurai plus honte. Je ne serai peut-être pas plus avancée pour autant, mais... Le refus, le reflux, le rejet, ne viendront pas de moi, mais des autres... Ca ne change rien, certes, mais ce "rien" porte juste un nom : l'estime de soi. 

 

 

ps : j'ai trouvé cette illustration en flânant sur le net, (recherches sur l'épicurisme). l'auteur en est inconnu, c'est un certainLouis Boniffasi qui l'a acquise chez un broc et reproduite sur son blog.  C'est une petite eau-forte, datée de 91 et signée illlisible. Si jamais quelqu'un connaît l'auteur...Je suis preneuse ! 

 

 

 

 

 

16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 18:06

Que faire quand on a froid, une sorte de froid de février, qui semble jusqu'à l'os vous gratter de ses mauvais augures, comme autant d'ongles bleus ?

 

Aller chercher de la chaleur ailleurs, pardine. A nous l'Afrique, au moins par la musique puisque que je ne peux partir goûter le reste,  et hommage à la grande famille de griots maliens, les Kouyaté (oui, oui, on prononce "couille à thé", si le sieur Bouguereau passe par ici, je l'autorise à découvrir ses grandes canines...), aussi talentueux que nombreux, et dont j'ai l'honneur de connaître l'un des membres...

 

 

-"Je suis griot. C'est moi, Djeli Mamadou Kouyaté, fils de Bintou Kouyaté et de Djeli Kedian Kouyaté, maître dans l'art de parler. Depuis des temps immémoriaux les Kouyaté sont au service des princes Kéita du Manding: nous sommes les sacs à parole, nous sommes les sacs qui renferment des secrets plusieurs fois séculaires. L'Art de parler n'a pas de secret pour nous; sans nous les noms des rois tomberaient dans l'oubli. Nous sommes la mémoire des hommes."

 

 

 

 

15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 12:12

La neige a fondu si vite. Le jardin est réapparu, détrempé et flétri comme des paupières fatiguées  après une mauvaise nuit. Comme le printemps me paraît encore loin ! Je soupire, tant je voudrais déjà assiter à la floraison des roses. 

 

Ce goût des roses me vient de mon enfance. Ma mère faisait de grands bouquets,  composés d'iris et de roses du jardin, que ma soeur disposait dans  les vases. Les iris tremblants, fragiles, étaient d'un bleu mauve pâle, frissonnant, et me semblaient contenir chacun une Poucette prête à naître, comme dans la tulipe du conte. Les roses... Comme elles paraissaient définitives, assurées, à côté des iris ! 

Ma mère planta un jour un rosier, en me l'offrant : "Ce seront des roses orange", me dit-elle, "elles t'iront bien". J'attendis avec curiosité la floraison de ces roses qui m'étaient dédiées. Elles furent parfaites, si délicatement déterminées, aux pétales à peine enroulés,  sentant bon en plus... Certes pas  autant que  la "Charles-de-Gaulle", dont le parfum est le plus suave que j'ai jamais respiré, et dont la couleur "vieille france" va bien au nom. Mais cependant un parfum suffisamment fort pour que, les fins d'après-midi d'été, ma mère ouvrit les fenêtres de la salle à manger, au motif "d'aérer", mais en vrai pour que le parfum de mes roses saisisse en premier tous ceux qui montaient l'escalier.


Malheureusement, j'ai oublié le nom de la variété des roses orange - et je ne l'ai jamais retrouvé. Quant aux iris, ceux des yeux de ma mère copiaient leur nuance de bleu. Le savait-elle ? Cette nuance-là non plus, je ne l'ai jamais retrouvée...

 

Voyez, pendant mon enfance, nous habitions un pavillon fort laid, et le goût de ma mère, en matière d'ameublement, était assez commun. Mais il suffit d'un jardin, d'iris et de roses, pour toucher du bout des yeux la beauté possible de ce monde. Les roses, surtout, du rose pastel au rouge violent, en passant par l'orange abricot, déclinent toutes les nuances du ciel, au lever et au coucher du soleil. Homère disait si bien, quand il parlait de "l'aurore aux doigts de rose"... 

 

Tous les ans, je réclame de nouveaux rosiers à Clopin. Tous les ans, celui-ci soupire qu'il y en a bien assez déjà, avant de souligner ma paresse au jardin. Mais j'aimerais tant revoir les roses orange de mon enfance, et me pencher sur l'incendie de leurs pétales...

 

 

 

 

 

14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 08:37

J'avais un peu peur en mettant en ligne le texte d'hier : ma position de belle-fille entache l'expression de mes inquiétudes, j'en suis bien consciente. Mais je ne savais pas que, si Cactus pouvait trouver un peu de réconfort dans un tel récit (et je crois qu'il en a besoin), Paul allait me faire chanceler sous le poids de la référence - au point que mon incrédulité allait me faire secouer la tête, tel un cheval rétif à l'obstacle. J'ai un peu de mal à supporter qu'on en appelle à Proust - même pour un mauvais texte, et le recueil "les Plaisirs et les Jours" fait partie des très mauvais textes de Marcel, qui, je crois, a fait des pieds et des mains pour le renier - pour qualifier mes élucubrations. Par contre, la suggestion de Judith, à savoir me servir de tout cela pour bâtir une nouvelle, a  eu une répercussion directe sur mes neurones ! Il suffirait, je crois,  de peu de chose  :  un style direct, un léger suspense,  pour que je puisse effectivement transformer le témoignage en fiction. Et comme le projet de scénario est au point mort (Clopin s'occupe du  site de Beaubec Productions, et semble  mettre le projet  temporairement de côté), pourquoi ne pas profiter de mes derniers moments de liberté professionnelle pour écrire ? 

 

Et puis je voudrais dire merci au jeune Stoni. Il fait partie de ces merveilles permises par le web, à savoir que deux personnes, voire deux personnalités, les plus différentes possibles se mettent à communiquer. Et c'est un bon lecteur - je lui rends la pareille, je suis cliente de sa sincérité masquée ! 

 

Voilà, merci à tous et surtout toutes, je me sauve à Rouen, et vous conseille de cliquer aujourd'hui sur la bannière Google. Certes, on n'y échappe pas à la mièvrerie commerciale de la Saint Valentin, mais curieusement, la fête des amoureux y est nappée de féminisme, sur fond de bluette sentimentale. Oui, vous avez bien lu : de féminisme... Et les petites images de la fin, pour ratisser large, ont le mérite de n'oublier personne (même pas le crapaud-prince charmant.)

 

Du coup, allez, hop, mettons un "e" à la Saint-Valentin, plus une voix rocailleuse, plus un coup de blues. Ca donne ça :

 

 

13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 07:25

L'esprit de ma belle-mère est donc un oiseau en cage, qui aurait lui-même construit, un à un, tous ses barreaux. Le plus déconcertant, de prime abord, est sans doute le "double langage" dont elle se sert. Elle présente en effet une première histoire, qui a l'air cohérente et exprimer une opinion - par exemple que les enseignants de l'éducation nationale sont de nos jours bien médiocres... Mais cette conversation, dans  laquelle vous, moi, n'importe qui pourrait s'engager 'au premier degré" n'est émise que dans le but caché de parler de telle personne de sa belle-famille, devenue institutrice "par protection" et qui sert de preuve, et de motif, à Mamy pour recuire la haine qu'elle porte envers sa propre belle-famille depuis une cinquantaine d'années. Cette dernière est d'ailleurs  coupable de tant de péchés capitaux divers et variés (toujours sur fond de lèse-Papy, qui n'aurait pas eu assez de soutien dans sa jeunesse) qu'il est étonnant que la Justice Humaine ne l'ait pas condamnée.

Mamy, elle, l'a fait, et le couperet est tombé lourdement. La réclusion dans leur coquet petit pavillon n'est que la conséquence des coups de couperet qui se sont ainsi abattus, au fil des ans, de plus en plus nombreux, de plus en plus radicaux, s'exerçant  sur l'entièreté du monde extérieur, isolant Papy et Mamy dans une bulle indestructible. 

 

Jusqu'à ce que la vieillesse, sans s'essuyer les pieds, pénètre dans le pavillon à la chaleur étouffante, aussi cadenassé que Fort Knox (songez que Mamy ne peut supporter qu'on pose une main sur le crépi extérieur de sa maison, de peur de le salir...). Et  la vieillesse, accompagnée de sa complice la maladie, a  commencé à tordre un à un les barreaux de la cage : le cerveau de Mamy, affolé, volète depuis du haut en bas de la maison, elle cherche des solutions pour concilier la cage et les courants d'air froids qui désormais la parcoure, elle colmate ici, repousse là, tente de bâtir de dérisoires barricades... 

 

Elle me fait de plus en plus penser à Miss Havisham. Et il suffit d'un instant pour, par empathie, comprendre que les "solutions" présentées par Mamy, et qui peuvent paraître d'une cruauté extrême, ne sont que les conséquences logiques, les résultats d'une déduction rationnellle. L'absolue logique de la folie.  

Ainsi, c'est la maladie de mon beau-père qui l'empêche de faire les courses quotidiennes (une heure de rang, puisque le pain au chocolat ne peut être acheté dans la même boulangerie que  la baguette, et que la tranche de jambon doit venir de tel endroit et non d'un autre, etc.). C'est cette même maladie qui a obligé, ô crime, de déranger une pièce du rez-de-chaussée, pour y installer un lit. C'est parce qu'il est malade qu'il faut clouter les tapis, et surtout trouver une garde qui vienne le ramasser quand il tombe, confectionner les repas si Mamy a une gastro-entérite (elle ne mange pourtant "rien", mais le vomit souvent) et, horreur, "venir dormir chez eux". Clopin se refuse obstinément à jouer le rôle de garde-malade, il serait pourtant le seul qui contenterait Mamy. 

Au lieu de cela, "on" a osé leur présenter une étrangère, s"exprimant difficilement en français, "grosse" et "affreuse",qui en plus s'est permis d'entrer dans la maison sans s'annoncer et en gardant aux pieds ses chaussures pleines de neige. ..

 

Comment ne pas aditionner deux et deux, repenser aux "bonnes voisines" si bien décrite par Doris Lessing dans le Journal de Janet Somers (c'est le seul livre que j'ai lu qui décrive précisément l'extrême vieillesse de certains femmes) et comprendre le mécanisme qui joue ici ?

Car, pour reconstituer sa belle cage dorée, Mamy en a logiquement conclu que c'est Papy l'obstacle. S'il n'était plus là, pense-t-elle,  de nouveau, aucune étrangère non agréée dans le règlement ne pénétrerait dans la cage, les graines seraient rapportées correctement et mises au bon endroit, les barreaux retrouveraient le lustre d'antan et Mamy pourrait de nouveau, tous les matins, lever le rideau sur son théâtre personnel...

 

Que Papy soit désormais pratiquement aussi incapable qu'elle d'affronter le monde extérieur, qu'il aime sa maison au point de se remémorer chaque clou qu'il y a planté, qu'il soit horrifié par toute activité collective (je lui avais proposé, pour le "sortir" un peu de la cage, de l'emmener faire un scrabble une fois par semaine au club du troisième âge de la petite ville. Ca l'a proprement horrifié, et Clopin m'a traitée de folle.), peu importe... Que le pari que Mamy fait, à savoir que le temps va se suspendre et qu'elle restera à jamais ce qu'elle est aujourd'hui, soit iréel, peu importe aussi... 

Papy s'est mis, il y a cinquante ans, au service de Mamy. S'il n'est plus capable de le remplir, pire, s'il l'empêche de jouer le rôle qu'elle s'est choisi et qu'elle répète sans se lasser, tant  ce drame est prenant, plein de rebondissements, haletant et omniprésent, tant pis pour lui.

 

Elle, on ne lui imposera certes pas la présence d'une Polonaise qu'elle reconnaît être "pleine de bonne volonté", n'est-ce pas, mais qui a été incapable de lui rapporter la botte de carottes dont elle avait besoin. Elle s'emploiera par tous les moyens à contourner ce sort horrible...

 

Quitte à chasser Papy ; qu'il parte en maison de retraite !  Cela peut paraître cruel, mais si vous vous placez à l'intérieur de son cerveau malade, c'est d'une logique étincelante. "The show must go on", voilà tout.

 

Mamy  nous oblige du même coup, Clopin et moi, à nous pencher sur les dilemnes qui sont communs à tant de notre génération. Car, même si Mamy nous complique un peu plus la vie que d'autres grands vieillards, à cause de sa foutue maladie mentale, les problèmes sont toujours les mêmes : soit vous trouvez pour vos vieillards une solution type "maison de retraite", mais encore faut-il que les vieillards en question soient à même de l'accepter (et mes beaux-parents, vous l'aurez compris, ne font hélas pas partie de cette catégorie. Je ne leur laisse pas trois jours avant d'en périr...),  soit vous vous y coltinez vous-même.

Et dans cette dernière option, encore deux sous-choix : soit, quand vous voudrez partir en vacances ou simplement avoir une journée entière à vous, vous aurez réussi à imposer à Mamy l'affreuse étrangère qui assurera sa sécurité, soit vous partirez en emmenant avec vous, dans une jolie petite valise dorée, votre inquiétude et votre culpabilité, comme des morceaux de cage légués en partant...

 

Nous en sommes là. Et je n'arrive plus guère à regarder Papy en face...   

11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 10:20

Statistiquement, je devais un jour ou l'autre être confrontée à la nouvelle donne attribuée à ma génération, à savoir être placée entre de très jeunes gens qu'il convient d'établir, et de très vieilles personnes qu'il faut soutenir. La ligne de vieillesse a changé, elle a reculé : on dirait une vague de la Manche, laissant de plus en plus d'estran entre le sable sec et l'eau profonde. La traversée risque d'en être allongée. 

 

Dans mon, ou plutôt notre cas particulier, la grande vieillesse de mes beaux-parents se double de la maladie mentale de ma belle-mère, qui dure depuis plus de cinquante ans et qui n'a jamais été, ni diagnostiquée, ni soignée. A la décharge de ses proches, ma belle-mère appartient à une génération où les troubles psychiques étaient si stigmatisants qu'aller consulter un psychiatre revenait à consentir à l'enfermement asilaire. On comprend que son mari ait reculé. 

 

N'empêche que, du coup, les troubles psychiques ont suivi le même developpement que toutes les maladies : ignorés, voire mieux, admis et flattés, ils ont prospéré tranquillement. Ma belle-mère vit désormais entièrement coupée de la réalité, dans une sorte de théâtre dont elle est l'auteur, le metteur en scène et l'unique actrice. Elle est l'héroïne d'un drame, qui se joue et se rejoue à guichets très fermés. Cela fait cinquante ans, tout comme pour La Cantatrice Chauve, qu'il n'y a pas eu  relâche. 

 

L'argument de l'acte un  est simple : ma belle-mère, pour survivre, doit contrôler la moindre parcelle venue de l'extérieur, et pénétrant chez elle. Toute irruption non contrôlée dans la maison est vécue comme un viol. Le contrôle s'opère d'après un règlement intérieur qui n'est affiché nulle part, mais que tous connaissent implicitement. La folie réside dans l'acceptation de ce règlement, mais il est trop tard, désormais, pour en changer le moindre mot. Ma belle-mère, héroïne tragique, vit chaque journée de son drame domestique comme une victoire qu'elle remporte à grand'peine contre les forces barbares de l'extérieur. Elle doit y mettre toute son énergie, qui n'est pas mince... Et le jour qui baisse, la nuit qui vient, sont pour elle des signes tangibles de son succès quotidien. Elle se retire alors, et se couche : le bruissement de ses draps de satin remplace les applaudissements du public. 

 

Il existe bien entendu d'autres actes à la pièce de théâtre. L'acte III, par exemple,  dit "de Luchon", est lui aussi un grand moment de tension dramatique, qui sous-tend tout le reste de la pièce. Mais l'acte I introduit bien la dramaturgie. 

 

Je me souviens d'être arrivée chez elle, des légumes plein une petite cagette, d'être entrée dans la cuisine et d'avoir posé la cagette sur la table. Il y avait là, outre ma belle-mère, son mari et Clopinou. Dès que j'eus posé la cagette sur la table, j'ai pris conscience de la tension qui, d'un coup, montait dans la pièce. Clopinou, dans le dos de sa grand'mère, écarquillait les yeux en me montrant, silencieusement, la cagette. Papy avait pris son air "bison" et ouvrait légèrement la bouche, histoire de faire pénétrer un peu d'air dans son gosier. Ma belle-mère ne disait rien, terrible et immobile, une main sur le dossier de la chaise.

J'avais contrevenu à un point du règlement - que j'ai du même coup  pu reconstituer : il ne faut RIEN mettre qui puisse, sait-on jamais,  salir la nappe en tissu qui recouvre la toile cirée qui recouvre la sous-nappe en boulgomme qui recouvre le bois ciré de la table. Bref, voici une table sur laquelle ne peuvent être posés que les objets choisis et contrôlés par Mamy.

 

Ceci n'est qu'un exemple, car le règlement comprend quelques centaines, que dis-je, quelques milliers d'articles... (entre autres, voici bien dix ans que nous n'avons plus le droit  à l'unique repas annuel qui était organisé, auparavant, dans cette maison. Nous devons désormais, un peu avant Noël - car Mamy ne fête pas Noël le 25 décembre, elle laisse "ça" aux autres - nous rendre au restaurant. De la même manière, en vingt-cinq ans, Mamy a dû franchir deux  fois seulement le seuil de la porte de Beaubec, cette "étable à cochons". Et, la dernière fois, elle en était si malade que non seulement elle n'a pas avalé la moindre bouchée, mais encore elle est allée "rendre" aux toilettes. J'ai dit, une fois qu'elle fut partie, qu'elle avait fait comme Jules César : "Veni, vidi, vomi". Mais ça n'a arraché qu'un très mince sourire à Clopin... )

 

Seulement, voilà. La vieillesse, la très grande vieillesse, a rattrapé Mamy - et nous voici, Clopin et moi, confrontés aux mêmes problèmes et aux mêmes dilemnes que tant d'autres de notre génération. Un peu plus compliqués par la maladie de ma belle-mère, certes, mais cependant les mêmes. La statistique des emmerdements est hélas exacte...

 

A savoir comment concilier le respect que nous devons à nos aînés, l'aide que nous devons leur fournir pour qu'ils continuent, le plus possible, à vivre "comme avant", et les soins et les bouleversements que leur grand âge, et son cortège d'infirmités,  rendent nécessaires ? 

Mon beau-père, Papy, a désormais la maladie de Parkinson. Il n'est plus capable de faire les courses quotidiennes, contrôlées et dûment approuvées, dont Mamy a  l'habitude. De plus, il tombe, et se fait mal. Il n'arrive plus à monter ou descendre les escaliers. Et ne remplit plus les tâches que Mamy lui avait confiées, comme savoir enregistrer un film à la télé, gérer les appareils électriques...

Sa présence même induit, dorénavant,  une remise en cause du décor si patiemment et si complètement construit par Mamy.  Par exemple : du médecin aux petits-fils, tous désormais, en entrant chez eux, pointent du doigt les jolis petits tapis qui sont disséminés ici et là sur le parquet ciré, et qui sont aussi glissants qu'une plaque de verglas. Papy risque sa vie à chaque fois qu'il pose le pied dessus. Mais il n'est pas question, pour Mamy, de renoncer à un quelconque accessoire de la pièce qu'elle joue... Clopin a collé certaines des petites carpettes. Mais cela ne suffira, ni à rassurer le pas si chancelant de mon beau-père, ni à contenter l'esprit malade de ma belle-mère. 

 

(suite à demain)

 

10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 09:42

 

Je lis sur internet que la "vague de froid a fait au moins huit morts en France".

 

Euh... Ce n'est pas la vague de froid qui a tué... C'est le mec qui a branché la couverture chauffante. Oui, oui, la couverture chauffante. Ce c...-là l'a installée  sur la pelouse du stade Geoffroy-Guichard, "afin de préparer au mieux  le terrain pour les prochains matchs" (authentique !!!), au lieu de l'étendre sur les gens qui gelaient. Oups, quoi. 

 

(je me demande si je ne vais pas inaugurer une nouvelle catégorie, moi, uniquement pour célébrer la formidable civilisation à laquelle j'appartiens). 

 

10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 09:16

Franchement, cela me faisait mal aux seins de penser que j'appartenais à la même civilisation que Claude Guéant :  aïe. Et puis,  j'ai entendu Françoise Héritier ce matin sur France cul : ouf. 

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