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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 05:41

Jim est désormais totalement incapable de se prendre en charge. Or, il vit seul dans sa petite maison de Rouen, son frère-curateur vit au Havre, et aucun de ses proches ne peut vraiment ni l'accueillir, ni le prendre en charge complètement, en passant du temps chez lui tous les jours par exemple. Moi compris... 

Bien entendu, nous le savons tous : il y a de l'inéluctable dans l'air, puisque la maladie de Jim est incurable, et que son état va se détériorer. C'est le coeur lourd que j'évoque, de temps en temps, le "placement" de Jim , qui sonnera certainement le premier glas de la dégradation définitive. Mais je sais que nous ne pourrons y échapper...

 

C'est pourquoi l'arrivée de Mehdi dans la vie d'Alain a été une vraie éclaircie. Quelqu'un à domicile, qui prenait soin de la maison et faisait à manger à Jim, qui lui achetait des chaussettes et le faisait parler, qui éteignait les lumières la nuit et réparait l'électicité qui sautait sans arrêt... Une sorte de garde-malade habitant là : le mieux qui pouvait arriver !

 

 Oh, certes, ce Mehdi est un peu "sorti de nulle part", il est venu à Rouen s'occuper de ses deux grands enfants mais a, derrière lui, une vie antérieure sur la côte d'azur et de fréquents séjours au Maroc, sa patrie d'origine. Visiblement, il vadrouillait, sans ressources,  quand il est tombé sur Jim, qu'il connaissait vaguement.  Le contrat paraissait satisfaisant pour tout le monde : Mehdi habitait là et avait le second étage de la maison pour lui, il était chauffé, éclairé etc.,  en échange de ses soins à Jim. Un petit contrat formalisant cette présence (indispensable pour le frère-curateur de Jim, qui doit rendre des comptes de sa tutelle au juge) a été signé.

 

Sauf que... Mehdi, très doucement, très gentiment, (et je tente de ne pas le juger, car que ferais-je dans sa situation ?) vit quand même beaucoup sur le pays et surtout  fait pression sur Jim, pour obtenir des sous. Pour manger, pour vivre, certes. Mais la petite retraite de Jim, 1200 euros par mois,  joint aux dettes qu'il a joyeusement faites ces dernières années, ne lui permet pas de nourrir et lui, et Mehdi, et les enfants de Mehdi, etc.

 

Le plus embêtant c'est que Mehdi ne dit jamais rien de précis, il se sert d'abord et après se justifie. Par exemple, il a commencé à utiliser le téléphone de Jim (et il a beaucoup de communications à passer, avec son fils au lycée à Rouen, sa fille qui fait des petits boulots, ses ex sur la côte d'azur, sa famille au Maroc) et a fait exploser la facture qui a augmenté de 200 %, tout doucement et sans en faire état... Et puis Mehdi laisse des ardoises chez le boucher et ne sait absolument pas faire des courses "pas cher". IL cuisine de bons petits plats marocains..; mais  avec des produits achetés sur le marché et qui sont onéreux. Il tape  tout ce qui passe à portée, sans dire à l'un ce qu'il a obtenu de l'autre, évidemment (250 euros par ci, 280 euros par là...).

 

Autre "détail" fort embêtant :  si je lui demande carrément pourquoi lui, qui est sans ressources, ne touche pas le RSA, Mehdi répond qu'il ne souhaite pas être inscrit au RSA, pour ne pas être marqué défavorablement, socialement parlant. Ce que j'ai du mal à entendre. Le RSA est le fruit de notre  solidarité, c'est un droit, et quand on est dans la merde, on n'a pas les moyens de ce genre de coquetterie morale, à mon sens. Et la pauvreté n'est pas une honte, comparée à l'action de soutirer petit à petit les ressources d'une personne aussi  vulnérable  que Jim..

 

Bref le climat s'alourdit, et le plus triste, c'est que Jim commence à haïr véritablement son frère-curateur. Ce dernier tient effectivement "serrés" les cordons de la bourse. Mais c'est son rôle, d'une part, et d'autre part, les affaires de Jim étaient dans un tel état que son frère chargé de la curatelle doit redresser la situation (et je sais par ailleurs que Jim est redevable de beaucoup de sous à ce frère-curateur, qui a avancé de coquettes sommes pour Jim et sa maison, comme 12 000 euros pour la réparation de la véranda, par exemple...)

 

Je sais que la paranoïa est un des effets de la maladie de JIm. Mais je ne peux pas faire l'autruche : c'est aussi le gentil Mehdi qui fait pression par derrière... Or, si la curatelle a été mise en place, c'était  pour libérer Jim des angoisses et des soucis financiers. S'il devient obsédé de l'argent à cause des soucis...  de Mehdi... L'enfer n'est pas loin... 

 

Et puis Mehdi, s'il en voit l'intérêt, est bien entendu susceptible de partir à tout moment. Alors que le méchant frère curateur devra bien continuer, lui... 

 

Et Mehdi continue à faire le tour des proches de Jim, pour les "taper" tour à tour... Tout en tentant de préserver son image de type formidable, généreux et tout, qui s'occupe de Jim par grandeur d'âme et pour l'amour d'Allah. 

 

Pendant que le pauvre Jim maudit son frère, obsédé qu'il est des soucis de Mehdi. 

 

Faut-il vraiment que cette sale maladie recouvre tout de son sombre nuage, porteur de souffrances et de tourments ? 

 

Je ne sais trop que faire. Mais se tordre les mains n'a jamais rien résolu, n'est-ce pas ? 

 

 

 

 

 

Published by clopine - dans Vies de Jim
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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 07:47

Telle fut la dernière nuit, autour de ma demeure entourée. Le vent a commencé à se lever vers 20 heures, et puis il a joué sa sarabande autour de la maison. De ma chambre, où, sur  mon lit, ne cohabitaient pas moins de deux chats et un chien (bien décidés à restreindre  mon isolement  provisoire, faudrait pas non plus que je me crois seule au monde hein), j'entendais la vieille maison craquer, et la pluie réclamer de plus en plus durement, sur les fenêtres, un droit de passage  (qui lui fut heureusement refusé ! ).

 

J'ai vécu pourtant, rugissantes et hurlantes,  de bien pires tempêtes,  mais d'habitude Clopin est là. Hier, j'ai dû seule descendre dans la nuit, attraper la grosse torche et faire le tour de la maison, histoire de mieux fixer les volets qui eux aussi battaient les murs. Aussitôt sortie, le vent a attrapé mes cheveux et, kairos tempêtueux, les a dressés tout droits. Et puis, quel souffle sitôt passé le coin de la maison... Pour paraphraser Anne Sylvestre, je suis plutôt "comme un beau navire, entoilé largement, et pour que (je) chavire, c'est qu'il y faut du vent" - eh bien, ça y était presque ! 

 

J'ai eu du mal à trouver le sommeil, pendant que les animaux, eux, pas bilés pour un sou et se rendant compte que je ne les mettrais pas dehors, en profitaient pour s'étaler de tout leur long - et puis ce matin, tout semble calme, très calme. Trop calme ? 

 

 

4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 16:26

J'ai gagné au DLA du jour. Bon, ça ne veut peut-être rien dire aux visiteurs de ce blog, mais le DLA étant un jeu littéraire particulièrement redoutable, je me sens autorisée à pavoiser, voilà voilà voilà...

 

Pavoisons.

 

3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 05:42

Ca y est, ils sont partis. Comme tous les ans dorénavant, me voici à la tête d'une semaine de solitude, pour cause de ski alpin. Cette année, Clopin et Clopinou  font le voyage et vont séjourner à Valloire  avec une bonne amie à moi et ses deux enfants. Oh, bien sûr,  j'ai eu un petit pincement au coeur : la dernière fois qu'un de mes amants est parti en vacances avec une de mes amies, ça s'est assez mal terminé pour moi - disons que je les ai perdus tous les deux, l'amant et l'amie, le plus banalement du monde, exactement comme dans un bouquin de la collection Arlequin : mon amant de l'époque a trouvé mon amie fort pertinente quand elle évoquait mon caractère, ça leur faisait un sujet de conversation n'est-ce pas, et puis elle était fort attirante... Quant à elle, poussée par son bon coeur très certainement, ce doit être en pensant à moi qu'elle s'est retrouvée dans son lit à lui... Ah ah ah.  Bon, là, il n'en est pas question - la confiance règne bien sûr, et je n'ai jamais été d'une jalousie féroce,  mais je dois cependant fermer cette petite inquiétude qui, du côté de mon coeur, me rappelle que perdre d'un coup deux affections n'est pas forcément facile à vivre...

 

D'autant que la dernière soirée a été assez intense, dirons-nous. Clopinou a laissé tomber, comme une héroïne de théâtre laisse tomber un petit mouchoir de baptiste, les mots "ma copine" au détour d'une phrase... J'ai osé demander le prénom d'icelle, et me suis retrouvée accusée d'être aussi lourde qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Bon sang, ce que je suis contente de ne plus être jeune - de ne plus avoir ces infinies pudeurs, ces soubresauts sentimentaux, cette sensibilité à fleur de peau, ce que je suis contente de ne pas avoir à refaire ce parcours-là !

 

Je n'ai donc aucun autre effort à faire, tant vis-à-vis de mon amie et Clopin, que par rapport à Clopinou et "sa" copine, qu'à m'exercer à la bienveillance lointaine et détachée de l'épouse-et-mère sûre d'elle. Les quelques 800 kilomètres qui vont nous séparer vont très certainement m'y aider, ah ah ah.

 

Les menus travaux qui découlent de l'absence de Clopin vont également me distraire. D'autant que cette année, à côté des ânes, des moutons, des oies et des poules, j'ai également sur les bras une vieille bique, dirons-nous en atténuant ce qualificatif d'un sourire de belle-fille. Ah ah ah derechef ! 

 

D'un autre côté, à moi la radio dès le matin (Clopin en a horreur), les repas allégés, la maison en ordre - ou pas, le libre choix du programme de télé et la disposition pleine et entière du gigantesque ordinateur de Clopin. Et toute cette solitude qui est, pour moi, ce qu'un gâteau à la chantilly est pour un gourmand : un égoïste et savoureux plaisir. Tant la solitude, si elle est choisie et non subie, peut être féconde...

 

N'empêche que j'aimerais pourtant bien savoir, simple curiosité n'est-ce pas, le prénom de  la copine de mon Clopinou de fiston. Disons qu'il est parti ce matin, et il faut désormais que je m'y habitue, sans détourner les yeux... Notez qu'à son âge, moi aussi je me pressais en chantant  ces mots-là  : "adieu, adieu" !!!

 

 

 

 

 

 

2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 09:35

Ca y est, j'ai reçu mon premier commentaire négatif sur SCRYF, ce site d'écriture partagée initié par Marc Séfaris (auteur dont j'aime beaucoup l'honnêteté par ailleurs...). C'est un certain Nicolas Gracias qui s'y est collé :

 

"Histoire de contraster un peu avec les autres avis, je n’ai pas apprécié ce texte. Je l’ai trouvé un peu mou, peu passionnant (certes, je suis un urbain, mais j’ai tout de même bougé un peu), pas vraiment « profond » – et, pour tout dire, exhumant un fond de bien pensance de conte moraliste un peu vieillot qui ne m’a pas permis de retrouver l’ardeur et le bien-être des 5 ou 6 premières nouvelles des petites histoires familiales, etc… Désolé"

 

Il fallait bien que cela arrive un jour, me direz-vous, et quoi ? Hélas, j'ai le caractère ainsi fait que la critique est pour moi plus importante, m'atteint bien plus,  que l'éloge - sauf en cas de malveillance caractérisée, comme sur la Rdl, où c'est une sorte de sport. Mais ici ce n'est certes pas le cas, et la courtoisie de Nicolas Gracias accompagne d'amitié son avis, avec beaucoup de tact je trouve.


N'empêche que, tact ou pas, mon problème est que j'adhère tout de suite au point de vue du critique. Oui, il a raison Nicolas, le texte mis en ligne était vieillot et bien-pensant. Je SUIS vieillotte et bien-pensante, de toute façon, à cause de mon éducation religieuse qui m'a marquée ben tiens ! Certes, je suis désormais profondément athée, me proclame "femme sans confession" (même si j'avoue beaucoup de choses, ah ah ah) et ne suis plus attirée, dans les églises, que par la beauté des architectures et des oeuvres d'art. Mais on n'abolit pas comme cela les règles apprises dans l'enfance : je me suis surprise à donner du "ma soeur" à une religieuse que j'aidais à traverser la rue, presqu'instinctivement c'est dire, mon premier réflexe est toujours de préférer l'autre à moi-même, jusqu'à un certain mépris de l'apparence physique  qui est très catholique et dont j'ai  le plus grand mal à me débarrasser. Je crois que tous mes textes laissent affleurer, malgré moi ai-je envie de dire, cette éducation que j'ai dû sévèrement combattre. Il y a une allusion à la vierge Marie dans le texte critiqué par Nicolas, que j'ai laissée parce que je trouvais qu'elle élargissait le propos, mais qui fait "remonter", ainsi, derrière un récit de ma vie actuelle, le clocher de l'église Notre Dame de la Couture, les leçons de  catéchisme et  la douleur aigüe de mes genoux écorchés par la paille des prie-dieu.  

 
Bon, je ne suis pas entièrement d'accord pour autant avec Nicolas, notamment sur le côté "mou" du récit. Ou bien disons que je touche là une de mes limites - car je ne peux pas écrire de manière plus concise, plus tendue, plus ramassée que cela. Je ne suis ni célinienne, ni américaine (ah, j'aurais tant aimé être Carson Mac Cullers, mais il faut s'accepter telle que l'on est, pas vrai ?). La terre me colle désormais aux talons, et la mollesse relevée par Nicolas n'est peut-être que la lourdeur glaiseuse qui me caractérise.  

 
Et j'ai l'impression d'avoir touché là, aussi, la limite de ma participation à de tels sites. ON peut y voir, bien entendu, un orgueil démesuré, une vanité refusant de supporter les réserves et un égoïsme empêchant de s'intéresser à l'autre. Mais en fait, le problème de la valeur de ce que je fais m'est récurrent, permanent, douloureux à l'extrême. Il m'a inhibée pendant des années, et encore maintenant, si l'adhésion n'est pas totale, je ne peux m'empêcher de préférer tout détruire plutôt que de tenter de modifier un texte d'après les critiques reçues. Ce risque, tout détruire d'un trait, d'un clic plutôt, est si réel qu'il s'étend jusqu'aux blogs (quand j'ai fermé le premier, c'est Clopin qui a tenu à préserver le tout) et jusqu'aux plus modestes de mes écrits. Ah là là.

 
Bien entendu, je pourrais aussi, dans ces conditions, aller sur SCRYF uniquement pour lire et critiquer les autres auteurs. Il y a tout un tas de gens bien là-bas, animés par les mêmes espoirs que les miens, fiers et modestes à la fois. Comme une petite famille bien chaude et enveloppante - qui peut, peut-être,  briser la solitude ontologique des scribouillards de mon espèce. Sauf que, là encore, je sais que je peux blesser profondément et sans le vouloir, et comment courir ce risque ? Si je décide de ne pas le courir, alors je suis hypocrite. Si je décourage quelqu'un, je suis dégueulasse... Tout le monde n'a pas le tact ni la délicatesse de Nicolas, et il doit en être, sur SCRYF, comme partout ailleurs : la tendance à, en toute honnêteté, juger "bon" le texte d'une personne que vous trouvez aimable, et "mauvaise" la production de quelqu'un qui, pour une raison ou une autre, vous a déplu, doit être bien forte... 

 
Et d'ailleurs, je déteste Nicolas Gracias à présent. 

 

ahaha. 


Pourtant, c'était un bel essai, et j'y suis allée avec confiance. Mais c'est trop dur pour moi, en fait. Je crois que je n'irai plus là-bas, malgré la qualité, la modestie et le talent des contributeurs, qu'en dilettante. Comme pour tout le reste, quoi... 

29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 09:51

Les motifs pour lesquels Marine Le Pen fustige les abbattoirs halals sont parfaitement répugnants, l'odeur de racisme qui s'en dégage y est particulièrement fétide. 

Cependant, si ces sinistres déclarations pouvaient avoir un seul effet bénéfique, à savoir attirer l'attention sur la souffrance animale et participer à une prise de conscience collective, cela aurait servi au moins à cela.

 

Hélas, nous en sommes bien loin. Seule la haine est attisée par le souffle de Le Pen - et non le bien commun !

 

A Forges-Les-Eaux, par exemple, l'ancien abbattoir municipal vient d'être cédé à une chaine Halal. Le Journal La Dépêche a rendu publics les motifs qui ont fait choisir cette entreprise : ils sont uniquement économiques - le pognon et l'emploi.

Pas un mot sur le mode d'exécution des bêtes et la souffrance qui en résulte. Or, c'est le seul légitime motif qui pourrait, à mon sens, faire pencher la balance, et nous délivrer de la thématique religieuse. Considérons que chacun a le droit de croire en qui il veut, ça fait partie des droits de l'homme et basta. Mais exigeons que la cause animale ne fasse pas les frais des croyances et supersititions des uns et des autres... Les animaux n'ont pas accès aux droits de l'homme, c'est entendu. Mais  est-ce une raison pour que NOUS ne les traitions pas avec ce qui fait notre caractéristique, et qui est notre bien commun, à savoir avec... humanité ? 

 

Et arrêtons de fustiger les musulmans (car ce n'est pas en stigmatisant cette unique religion qu'on fait avancer le shmilblic, au contraire), mais condamnons TOUS les actes, religieux ou laïcs, qui accroissent une souffrance au lieu de l'amoindrir. 

 


Published by clopine - dans Vies de Bêtes
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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 11:33

Je n'ai pas rendu hommage à Maurice André - et pourtant, cet homme-là, grâce à Jim bien sûr qui me le fit découvrir, a contribuél lui aussi à me débarbouiller les oreilles, qui en avaient tant besoin. 

Parce que les préjugés, dieu sait que j'en avais, contre la trompette !

Dans le milieu d'où je viens, la musique n'était que populaire, et j'ai longtemps confondu la trompette et le clairon. IL y avait quelque chose de martial dans l'art de la trompette - elle représentait pour moi un corps bien droit, fiché en terre avec raideur, un cou levé, un son qui vous frappait droit devant, clair et métallique comme une salve. Et à part la musique militaire, la trompette n'était associée qu'à Bourvil, et sa chansonnette à double sens :

"Ah dis chéri ah joue-moi-z'en, d'la trompette, car c'est chouette, comme cela doit être amusant, joue-moi-z'en, oh oui, joue-moi-z'en" 

soupir...

Bref, vous l'avez compris : la trompette, bof, triple bof. 

Et puis on m'a fait découvrir le jazz. Miles Davis était le contrepied parfait de tout ce que j'associais à la trompette. D'abord, il ne se tenait pas droit, mais presque en position foetale autour de son instrument, l'enveloppant et le tenant comme une mère fait de son enfant. Et la trompette  était souvent dirigiée vers le sol , comme si Miles cherchait à aspirer, à travers lui, le souffle des abîmes. Si vous ajoutiez la sombre couleur de la beauté physique de Miles, fulgurante, et l'incroyable diversité qu'il donnait à son instrument, bien entendu vous obteniez un coktail tellurique et fortement diabolisé. Plus rien ne subsistait de l'instrument enregimenté - il y avait là de la sexualité sombre et sûre d'elle-même, de quoi vous faire promptement perdre la tête...

J'ai commencé à écouter, attentivement, le son de la trompette. Et puis, sans doute pour faire contraste, Jim m'a un jour offert un disque de Chet Baker. Ah ! Autant la trompette de Miles était puissante, tellurique et sexuelle, autant celle de Chet était toute douceur, sensualité, murmure... J'ai déclaré à Jim qu'on pourrait faire un tableau vivant avec les deux artistes. Leurs couleurs de peau étaient déjà installées : il aurait suffi de rajouter une queue et des cornes sataniques  à l'un, de flanquer une paire d'ailes à l'autre, et le tour aurait été joué... Chet Baker n'avait pas la puissance créatrice de Miles, cela me semblait évident, et il était parfois presque sirupeux. Mais sur certains morceaux, il décollait complètement, et, à mon sens,  tutoyait les anges. 

Jim a souri de mes éculubrations, mais m'a pourtant offert l'autobiographie de Chet Baker, qui s'appelait, comme par hasard, tenez-vous bien : "comme si j'avais des ailes". J'avais donc touché juste !!!    

 

Hélas, Chet Baker n'a cessé de déchoir - à la fin, il ne pouvait plus jouer de trompette, parce que ses lèvres éclatées, son corps épuisé de drogue, ne le lui permettaient plus. Sa voix de crooner pouvait lui en tenir lieu, mais elle n'était pas assez forte, à mon avis, pour aller frapper à l'huis du paradis...

Et puis il y a eu Maurice André. Sa rondeur, sa simplicité, son côté franco-français "baguette-saucisson"  ne le prédisposait pas, pour moi, à se hisser au niveau des trompettes de jazz, et de leur souffle tout sensuel. Je l'aurais presque rangé du côté du mirliton, et je disais à Jim : à part souffler plus longtemps que les autres, qu'est-ce qu'il a ? 

J'étais d'une injustice bornée par mes préjugés. Maurice André avait une extraordinaire sensibilité musicale, et surtout il s'attachait, presque méthodiquement, à sauter les barrières des genres. Sa virtuosité était mise au service des plus invraisemblables mélanges, et qui d'autre, à part lui, pouvait passer d'une interprétation de Bach parfaitement maîtrisé à un duo avec Michel Legrand, qu vous remplissait les oreilles d'une saveur unique et pourtant jazzy ? Qui, hein, pouvez-vous me le dire ? 

Ils sont tous morts, ces trompettiste qui m'ont réconciliée avec le son de cet instrument si incroyable qu'est la trompette. Le Vent les a bien entendu emportés, et je souhaite qu'ils continuent leur chemin ailé sur son souffle puissant...

Et pour tenter d'illustrer mon propos, voici trois interprétations du plus célèbre des standards de jazz, "round midnight". Vous verrez que l'interprétation d'André ne le cède en rien, pour la force, à celle de Davis. Quant à Chet, pauvre ange déchu... Bon, je n'en dis pas plus - rendons-leur hommage tout simplement. 

 


 

 

 

27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 07:52

Lu dans "Guerre et Paix", ou "La Guerre et la Paix", ce mot "Hofkriegswurstschnapsrat". Je n'ai jamais étudié l'allemand, et n'ai donc pu repérer, dans cet invraisemblable mot-insecte tout bardé de pattes et d'antennes, que les mots "krieg" et "schnaps", et encore, je ne suis point sûre du deuxième. Pendant que mes yeux tentaient donc d'attraper l'animal, je repensais aux récurrentes discussions, chez Assouline, à propos des traductions - et je me disais qu'on se fichait parfois du monde, chez les traducteurs. Car Elisabeth Guerik n'a pas jugé utile, pendant qu'elle traduisait Tolstoï, de mettre un petit astérisque au mot qui se tortillait là, hérissé et furieux, pour nous dire de quoi il est question. Le contexte, à savoir une discussion entre le prince André et son vieux père sur les relations entre Napoléon et l'Allemagne, éclaire certes quelques pans de l'animal, mais... Heureusement, me dis-je, je vis une époque formidable, où google me tend sa bannière à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Tant pis pour les traducteurs ! Un clic, et  voici la bête disséquée, pensai-je... Hélas. J'ai pourtant soigneusement recopié toutes les lettres, en bon ordre,  dans la barre en question, ai sélectionné un dictionnaire de traduction, ai cliqué promptement. Et me voici en possession de ... " Hofkriegswurstschnapsrat : Conseil d'eau-de-vie de saucisson de guerre de cour"... Elisabeth Guerik, au secours ! 

 

Vu mon grand chat noir se glisser en-dehors de la maison, la nuit dernière. J'ai pensé que je savais où il allait - grimper tout là-haut, se faufiler derrière le  vieux rideau de velours sombre ,  piqueté de minuscules trous de lumière, qui nous protège depuis quelques millions d'années... De la pointe de ses griffes , il allait agrandir un des petits trous, et venir coller au croissant ainsi déchiré son oeil doré, précieuse sphalérite - et mon chat veillerait ainsi toute la nuit, laissant tomber le rayon jaune de son oeil empierré, au droit du faîte de ma demeure entourée. 

 

 


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Entendu l'inénarrable Finkielkraut, il y a quinze jours, discuter âprement avec une enseignante, et remettre une fois de plus le couvert sur son thème préféré, à savoir qu'il n'y a plus de jeunesse ma bonne Dame à cause du laxisme ambiant et même qu'il leur faudrait une bonne guerre ça se trouve. L"exemple du jour était celui d'élèves "de banlieue", emmenés à l'opéra par l'enseignante, et dûment prévenus qu'un effort de toilette était recommandé. Les élèves n'en ont naturellement rien fait, et Finkie, impérial, de dénoncer l'incivilité de ces jeunes abrutis, préférant le costume collectif de leur groupe d'âge, jean et baskets, à l'adoption du code social qui marche avec la soirée à l'opéra. L'enseignante, elle, voyait dans l'anecdote l'illustration de la différence entre l'incivilité (qui gêne l'autre et renvoie à la délinquance) et l'impolitesse (qui doit être tolérée si elle ne porte pas préjudice à l'autre. Après tout, on peut aussi bien écouter Mozart en jeans qu'en frac...). Pendant que les deux "répliquaient" ainsi, j'attendais... ce qui n'est évidemment pas venu. A savoir que, si les jeunes en question n'avaient pas fait l'effort de changer de tenue, c'est peut-être, tout simplement, qu'ils n'en avaient pas d'autre, et surtout  ni le temps ni les moyens d'aller acheter ou louer des costumes pour une seule soirée... Mais Monsieur Finkielkraut connaît-il seulement le montant du SMIC, et celui du RSA ?

 

PS : respectivement  1096,94 et 560 €, nets mensuels. C'est déjà ça, me direz-vous. Oui. C'est déjà ça.  

 

et au fait (copiécollé sur internet) : de 30 € à 110 € pour 1 jour de location + 10 € pour les frais de pressing. Les pièces sont uniques et n’existent qu’en une seule taille et une seule couleur. Chèque de caution non encaissé : 500€.

 

 

 



26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 11:12

Vous ne connaissez pas Daaphnée. Mais ce n'est pas grave, parce qu'il existe beaucoup de Daaphnées, et que chacun d'entre nous, hélas, en a croisé une un jour dans sa vie... Vous savez, cette prof un peu pimbêche, qui virait facilement hystérique et se vengeait du désordre de sa classe au travers de notes injustes - sans compter qu'il ne valait mieux pas être une jeune fille fraîche et jolie dans ses cours, car Daaphnée professe le même penchant que la méchante Reine à se mirer dans les miroirs flatteurs, et n'hésite pas à abuser de son pouvoir pour se venger, fût-ce de la simple supériorité d'une jolie jeunesse. Oh, quand elle pose, avec satisfaction un "3" à une copie qui en vaut 12, elle ne songe pas qu'elle détourne la notation de sa fonction première, qui est d'apprécier la valeur de l'élève. Il lui suffit d'assouvir, comme les plus petits esprits, sa soif de réparation...

 

Perso, ma première Daaphnée, je l'ai rencontrée à Rouen. J'avais 17 ans, je sortais d'une famille plus que modeste et j'étais entrée dans l'église Sain-Ouen, où une répétition avait lieu pour un concert du soir. Il devait bien y avoir 80 choristes, et j'étais si impressionnée de ce que j'entendais que j'ai osé demander à la dame en fourrures, assise à côté de moi et qui avait parlé pendant toute la répétition, le nom du morceau. Elle avait laissé tomber un regard de haut en bas vers moi, s'était visiblement demandé s'il convenait de me répondre, puis avait fini par lâcher, avec tout le mépris possible, que c'était "le requiem de Mozart, évidemment !" avant de se retourner (de peur d'être contaminée par mon ignorance ?) vers ses amis... 

 

Les Daaphnée sont ainsi. Pire que Finkielkraut, elles sont assises sur l'agréable sentiment de leur supériorité, attestée par des diplômes qui sont pour elles (comme le prix de Conservatoire pour Morel, dans la Recherche) le bâton de Maréchal de l'intelligence - alors que ce ne sont, en fait, que des attestations de présence. Je ne veux pas dire que les études ne soient pas des gages de culture, au contraire. J'ai la plus grande admiration pour les érudits - mais j'ai remarqué que les esprits les plus étincelants, les professeurs les plus savants, les diplômés les plus brillants sont souvent des personnes de grande valeur morale - qu'elles sont d'une simplicité sans égale, et cherchent avant tout à partager leur savoir. Daaphnée, elle, considère son savoir comme Sarkozy ses amis du Fouquet's. Une façon de se prémunir contre les mains sales du peuple, si celui-ci avait l'idée saugrenu de s'approcher de la culture, voire même d'en revendiquer l'accès. Quelle horreur ! Daaphnée ne consent qu'à parler qu'au bac + 5, et encore, n'est-ce pas, pas n'importe lesquels. Les esprits choisis par elle devront, avant tout, faire allégeance, et la flatter agréablement.

 

j'ai rencontré Daaphnée chez Assouline, et bien entendu j'ai fait un grand détour pour ne pas fréquenter cette agréable personne. Mais elle s'est déchaînée, accablant des internautes comme Lavande de son mépris, professant une coquetterie sans borne pour les machos qui croisent (et ils sont nombreux, hélas) dans les couloirs de la République des Livres, et surtout tentant d'imposer silence à toutes les voix discordantes, dont la mienne. Au moment de l'affaire DSK, (elle était évidemment convaincue de l'innocence et de l'excellence de ce dernier, professait la hauteur de la "séduction" française entre les sexes, honnissait les sales féministes et coquetait de plus belle), comme j'évoquais la figure de victime de Diallo, elle ne sut plus que glapir "taisez-vous, Clopine, taisez-vous !" Ce qui, je dois le confesser, m'a légèrement échauffé les oreilles. Non mais...

 

Depuis, elle me vomit d'une haine féroce. Cette haine lui déforme tant les traits qu'on croirait une figure d'Ensor, comme celle-ci :

 

 

 

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Mais ce risque d'être caricaturale ne pèse pas bien lourd, pour Daaphnée, devant la folie de la détestation qui la saisit, dès qu'il s'agit de moi. IL faut absolument qu'elle se répare de ma présence sur cette planète, et surtout de ce que je représente, qui est à l'opposé de ses certitudes, de son élitisme, de sa pratique de la coquetterie. Elle m'appelle "la gardeuse d'oies", ou "la fermière" -ce qui est pour elle la plus grande des insultes...

Pauvre Daaphnée ! J'en viens presque à la plaindre, tant cette "haineuse" se dévoile facilement, et tant sa rage est impuissante, pour de vrai. D'un autre côté, elle peut m'être utile - car il existe tant de Daaphnées qu'on  peut  utiliser ce matériau, même boueux, si l'on veut témoigner de son temps. La Haineuse - il me semble que, dans la Femme Rompue, Simone de Beauvoir donnait la parole à une représentante du genre, dans un monologue frisant la folie. Un jour, peut-être me risquerais-je à en faire de même pour la Daaphnée qui me hait ? Si j'ai du temps pour ça, évidemment. 

25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 18:00

Clopinou part une semaine à Lille, à Sciences Po, afin de préparer le concours d'entrée de Sciences Po Paris, qu'il passera  juste après son bac de juin. Oui, c'est un peu bizarre  :  son lycée de Forges-les-Eaux est en convention avec l'I.E.P. de Lille, mais Clopinou n'a aucune envie d'aller là-bas. Jeune Rastignac, c'est "à nous deux, Paris" qu'il proclame à tout va, et il ne cédera son éventuelle place à Sciences Po Paris qu'à la condition d'entrer dans une "prépa" prestigieuse, style Henri IV, Jeanson de Sailly ou autres. A Paris toujours...

Autant dire que ma bienheureuse ignorance de ce genre de cursus (dire que je ne savais même pas ce qu'était une "prépa" !) a été priée de céder la place à une écoute attentive des projets clopinoutiens : le garçon est organisé, méthodique, et surtout il semble avoir "les dents dans le bifteck". IL nous a tracé, à son père et à moi, toujours un peu ébahis (mais qu'avons-nous donc pondu là ???) un plan de carrière avec bifurcations, options, issues de secours et voie royale.

 

Cela devient un peu surréaliste : après l'avoir écouté conclure son exposé par "... Donc, ce sera Normale SUP ou HEC, mais je préfèrerais HEC, c'est rentable plus vite" ("rentable" !!! Nous dire ça à nous !!!), nous nous regardons, je vois dans les yeux de son père la machine à calculer qui se met à dérouler à toute vitesse, façon bandit manchot, le pognon que tout cela risque de coûter, et nous arrivons à placer notre avis ("HEC euh ben... D'abord nous n'avons pas les moyens, et puis franchement... HEC tu es sûr ?"), avis accueilli d'un haussement d'épaules par le jeune homme. 

 

Ce sont des rêves bleus, certes, mais il faut bien reconnaître que le Clopinou " s'y voit déjà". Sa terminale ne semble plus qu'une formalité, et il piétine au lycée, dont il a visiblement "fait le tour"... Nous tentons bien de le mettre en garde, de le prévenir de l'extrême difficulté de la voie où il souhaite s'engager, de lui parler nombres de places et niveau d'excellence,  de le freiner un peu quoi, mais comment demander à  un jeune homme de replier ses nouvelles  ailes, de renier son ambition,  alors qu'il est sur le bord du nid, qu'il regarde bien en face le vide où il va devoir se  jeter, et que, sûr de sa jeune force, il élabore déjà, tout seul comme un grand, l'itinéraire son premier vol ? 

 

Je lui ai acheté une grande valise noire, à roulettes et poignée étirable, pour préparer l'année prochaine - je me souviens du métro parisien, de ses couloirs et de ses wagons bondés, et à mon avis la valise lui sera plus pratique que le sac à dos. 

 

Il a préparé la semaine lilloise avec quelques heures de révision supplémentaire... Et une liste de courses. J'ai été, comment dire ? Romaine sur ce coup-là. Car, en parcourant la dite-liste, qui allait des mouchoirs en papiers à la provision de copies doubles, je n'ai absolument rien laissé paraître en lisant "un rasoir - avec triples lames". Je n'ai pas cillé, pas bronché. Je n'ai pas fait la plus petite remarque...

Et pourtant, un rasoir, alors qu'en tout et pour tout, il doit bien y avoir quatre poils sur ce jeune menton, et encore,  blonds les poils en question, hein... 

Mais je comprends fort bien qu'un jeune homme qui s'apprête à avaler Paris tout cru, dès qu'il aura fini de déboucher la bouteille, ait besoin d'un rasoir triple lame ! 

 

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