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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:58

J'en appelle à Eole, et à tous les vents !  - le zéphir et l'aquilon, certes, mais aussi le Mistral, l'Autan, la Traverse, la Burle, la Lombarde jusqu'à l'écorche-vel : qu'est-ce que vous foutez, tous, enfin vous les  vents de France ? Pourquoi ne les soutenez-vous pas, ne les portez-vous pas, pourquoi ne pas leur offrir vos rapides coulées,  votre aisance, vos souffles  enfin ? Ne voyez-vous donc pas que  je les attends ? 

Mes yeux ne sont pas assez puissants pour les attirer, ma tête renversée ne peut que scruter l'azur, mes mains ne peuvent servir à autre chose qu'à ouvrir la porte de la grange... Seuls les vents pourraient les  aider  à revenir auprès de ma maison.  Mais rien, depuis une semaine désormais j'attends -  aucune longue queue ne vient cisailler le ciel au-dessus des toits, aucun "piouuuu" ne vient réclamer son dû, et l'ancien nid de terre séchée reste vide, malgré le soleil,  les jonquilles qui se balancent, et les insectes qui, commençant à déplisser leurs bourdonnements, pourraient  nourrir mes hirondelles. 

Chaque année, j'ai peur qu'elles ne reviennent pas. Clopin s'en fait beaucoup moins -  n'ont-elles pas déjà colonisé la nouvelle étable, où le  nid de l'année dernière les attend  ? Mes craintes sont pour lui absurdes, et il se remet tranquillement à planter le romarin, la ciboulette, le basilic  ou l'armoise dont nous aurons besoin cet été. Mais moi, c'est tout de suite que j'ai besoin de mes hirondelles. Contrairement à ce que dit la chanson, c'est elles qui font, pour moi, le printemps...

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Je veux les voir glisser sur l'aile et rentrer, dans un virevoltant looping, sous la grange. Je veux les admirer - elles sont pour moi comme des alliées, comme des grains de féminité dans ce Beaubec si masculin. Je manque de compagnie féminine, voilà. Oh, certes, j'ai l'habitude. Ce doit être à cause de mon enfance, où je traînais derrière mes frères - et puis aussi le fait que je ne suis en rien sexuellement agressive (pour dire ça comme ça) -   toute ma vie j'ai manqué de compagnie féminine. Jeune fille, je m'effrayais d'être sans arrêt avec des garçons, et je recherchais des amitiés de filles,  sans les obtenir vraiment, à part quelques notables exceptions bien sûr mais.... Encore aujourd'hui, quand je m'apprête à passer une soirée amicale mais que je me rends compte qu'une fois de plus, je serai la seule fille autour de la table, j'ai un petit pincement au coeur. Certes, je n'arrive pas bien à partager l'univers féminin disons  "traditionnel". Les magazines spécialisés ont une tendance à me glisser des doigts, et je préfère toujours une bonne discussion politique, avec coups de gueule si besoin, à n'importe quelle séance de shopping, où je suis, il me faut l'avouer, carrément nulle. (Clopinou s'en plaint, d'ailleurs, parce que malgré tout le soin que j'ai de lui, je n'arrive pas à m'intéresser à ses achats. Il me traîne parfois, à force de supplications ou de menaces, une ou deux fois l'an,  dans les magasins, mais je manque tellement d'air là-dedans, je m'ennuie si fort qu'en bougonnant il me rend ma liberté  : il m'installe devant le rayon librairie et vient me chercher quand il a fini). Mais enfin, toutes les filles ne se reconnaissent certes pas dans ces  modèles convenus, dont les fameux "blogs de filles" sont souvent l'émanation déplaisante à mon goût. Je dois reconnaître aussi qu'en venant habiter à Beaubec, je savais bien que je n'améliorerais pas le modèle. Certes, Clopin doit avoir, comme chacun d'entre nous, une part de féminité. M'enfin elle est bien cachée, dirons-nous... Bef, c'est sûrement ma faute, quoi. 

 

Bah ce n'est pas si grave, parce que j'ai mes hirondelles, et que je peux peupler mon univers d'images à ma convenance, si j'ai besoin de féminité autour de moi. Ici même, si je veux ! 

 

 

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Published by clopine - dans Vies de Bêtes
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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 10:30

Suis-je la seule à trouver la défense de Monsieur Dominique Straus-Khan, dans l'affaire dite "du Carlton", particulièrement... inefficace ? 

 

Parce qu'enfin, si ça ne s'appelle pas jouer au con, quel nom ce genre de tour de passe-passe mérite-t-il ?

 

Voici un des puissants de la Terre. Le Patron du FM, autrement dit  le Fonds Monétaire International. Un organisme qui contrôle le commerce universel. Qui s'occupe exclusivement de POGNON. De marchés. D'échanges financiers. Son Directeur n'ignore rien du poids respectif du dollar et de l'euro, du cours du cacao et des soubresauts de la finance mondiale...

Ce Directeur est un chien de chasse du pognon. Du commerce. Il anticipe, soupèse, sa main contient toutes les monnaies, il sait exactement le prix des choses, depuis le cours du  bouton de culotte jusqu' au prix de la vie humaine, suivant qu'elle s'estime sous l'uniforme d'un G.I ou sous les haillons d'un paysan du Sahel. 

Et l'on voudrait nous faire croire que cet expert des relations commerciales ne sait pas reconnaître une prostituée, quand il en voit une ? Qu'il n'est pas au courant que le sexe tarifé est, à l'égal hélas des autres commerces, une activité lucrative ?

 

Ou alors il faudrait alors croire, angéliquement, que lorsqu'on lui propose une partie de poker dans un casino,  DSK croit jouer au monopoly dans un salon de thé.

Peut-on vraiment le considérer comme un expert ? L'inviter sur un campus ? Lui confier des responsabilités financières ?


Il joue au con...  

Mais il joue gros. Car il perd, soit son procès, soit sa crédibilité d'expert de la finance...

27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 10:51

Toujours dans la série "Les copains d'abord", je voudrais vous présenter une nouvelle-née : une revue d'histoire populaire rouennaise, dont le premier numéro sur "la Révolution de 1848 à Rouen et dans ses environs" est passionnant. 

Ce sont des copains politisés, syndicalistes et autres, qui ont monté l'association loi de 1901 "Mémoires du Mouvement Ouvrier". Le  but est de retrouver et d'utiliser toutes les archives du mouvement ouvrier dans ses luttes, partis, syndicats et associations. Un devoir de mémoire, en quelque sorte. 

Ils n'ont pas (encore) de site internet, mais le travail réalisé étant tout à fait remarquable, cela ne saurait tarder. En tout cas, la pertinence du point de vue permet de faire revivre une mémoire spécifique, qui était "recouverte" jusque là, puisque ceux qui la faisaient, cette histoire des grèves et des mouvements sociaux, n'étaient pas ceux qui en rendaient compte, la parole étant l'apanage de la bourgeoisie de l'époque (Flaubert assistant au Banquet Républicain de Noël 1847, à côté de 1800 électeurs censitaires). 

Nul doute que ce cahier historique, rigoureux et éclairé, dont la qualité étonne venant d'amateurs (mais il est vrai que les potes ont plus de loisirs vu qu'ils abordent aux rivages de la retraite, tempus fugit !)  ne soit le premier d'une longue série. Vous pouvez le commander près de l'association "mémoires du mouvement ouvrier", mmo76@laposte.net, ou MMO, 21, rue des Epis, 76300 SOTTEVILLE LES ROUEN. IL vous en coûtera 3 euros, mais franchement, on a envie de donner plus pour que cela continue.

L'association est ouverte à tous ceux que la connaissance du mouvement ouvrier rouennais intéresse, et les copains sont à la recherche de toute documentation, affiches, tracts, courriers, témoignages... Qu'on se le dise ! 

 

Et, pour vous appâter, voici un extrait : 

 

"(après la loi du 22 mars 1841)... Et à l'usine tout est fait pour ne pas laisser place à la distraction. Dans son roman très documenté, Le Roman des Ouvrières, Amélie Bosquet peut noter que l'on place les fenêtres en hauteur dans les ateliers, afin que personne ne puisse regarder dehors. "Cette précaution est plus rigoureusement prise encore dans les ateliers destinés aux femmes, comme les tissages. Pour qu'une femme travaille bien, dit-on, il faut qu'elle ne puisse apercevoir ni une fleur, ni un oiseau. "

 

 

 

 

25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 20:46

La soirée de samedi a tenu ses promesses, jusqu'au dimanche après-midi au moins, toute la maison était aux anges et il me faut remercier, d'abord, Didier DELAHAYE que je vous recommande. C'est une sorte de magie créée par Brassens - qui fait que d'un coup, la maison se gonfle, s'arrondit, se met à s'élever, légère, au-dessus d'elle-même - comme une bulle de savon irisée qui laisserait échapper des accords de guitare, des fous rires, des refrains pris en choeur et la superbe voix, basse, chaude, mélodieuse et si finement mise au service de Brassens (que Didier traduit pour un public américain) que tout vibre à l'unisson. Aaaaahhhhhhh quoi ! 

 

Bon, accessoirement, nourrir les uns, les autres, me coucher fort tard, et disons de "bonne humeur",  et me lever encore un peu plus tôt, toutes ces menues occupations  ne m'ont  pas permis de participer à l'atelier du SCRYF, malgré mon intention :  que Marc Séfaris me pardonne !  Bah, de toute manière, imprégnée que j'étais de mauvaise réputation, de vieux Léon, de funérailles d'antan, et autres,  ma trompette (même non renommée) aurait été mal embouchée... Pardon quand même. 

 

Dès que je le peux, je vais mettre en ligne ici même la version anglaise du Gorille, par Didier (qui par ailleurs va se produire très prochainement à Evreux, qu'on se le dise). L'arrangement du thème musical à la guitare (un peu "pauvre" dans l'original) a été revisité, et comment ... 

 

 

Aaaahhhh  derechef... 

(cliquez sur "Gorilla)... 

 

 

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The Gorilla

On the fairgrounds of Orilla
Schoolgirls under science pretense
Ogled a mighty gorilla
Behind the safety of a fence
The pride of the academy
Was lost in the contemplation
Of a part of anatomy
That it’s not proper to mention.
Go, go, gorilla!

Of a sudden the enclosure
That made the beast an exhibit
Swung open, I will conjecture
That someone forgot to lock it
The big ape sprung out in a bound
Its simian expression vergin’
On manic as forth it was bound
To no longer be a virgin.
Go, go, gorilla!

The zookeeper, his mouth agape
Blurted out by the open gate
“Holy cow! This horny primate
Has never met a lady ape!”
As soon as the maidenfolk un-
derstood the gorilla’s mission
Instead of hitting a home run
They hit the road in unison.
Go, go, gorilla!

Those same girls who moments ago
Lusted after a virile taste
Were now tossing their libido
Onto the back burner posthaste
How unfortunate that they should
Reverse position, as it were
For in bed a gorilla could
Be quite a catch, their moms will swear.
Go, go, gorilla!

From then on all are on the run
Out of reach of the big primate
Save a nonagenarian nun
And a dressed-to-kill magistrate
Seeing that everyone had fled
The randy beast on all hands sped
Towards the ones who would not budge
Namely, the abbess and the judge.
Go, go, gorilla!

“Ah!” said she with ancient wisdom
“That I should now stir up desire
Could be a gift from kingdom come
Please awaken a dormant fire!”
Knowing himself to be so wise
The judge said “Surely I cannot
As a female monkey be thought!”
He would be proven otherwise.
Go, go, gorilla!

Now, like the gorilla pretend
That for some reason you must probe
Under a habit or a robe
Which one will satisfy your end?
Speaking for myself, should the choice
In such terms before me be laid
I can say with an assured voice
That the sister will be my maid.
Go, go, gorilla!

If the gorilla, we surmise
In love play is a contender
It will never win any prize
For good taste or pleasant manner
Thus instead of picking the nun
Like would have done a good Christian
With a manly squeeze on the bun
It grabbed the surprised patrician.
Go, go, gorilla!

The rest of this little ditty
Would be worth a chuckle or two
Though it doesn’t seem proper to
Tell it all, it is so naughty
But at some point, I will just say
The judge was having a good cry
Like the poor Joe whom on that day
He had sent down the line to die.
Go, go, gorilla! (x4)
Gorilla came.

© Didier Delahaye, 2002

Le gorille

C´est à travers de larges grilles
Que les femelles du canton
Contemplaient un puissant gorille
Sans souci du qu´en-dira-t-on
Avec impudeur, ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que, rigoureusement ma mère
M´a défendu de nommer ici.
Gare au gorille !

Tout à coup la prison bien close
Où vivait le bel animal
S´ouvre, on n´sait pourquoi, je suppose
Qu´on avait du la fermer mal
Le singe, en sortant de sa cage
Dit “C´est aujourd´hui que j´le perds !”
Il parlait de son pucelage
Vous aviez deviné, j´espère !
Gare au gorille !

L´patron de la ménagerie
Criait, éperdu : “Nom de nom !
C´est assommant car le gorille
N´a jamais connu de guenon !”
Dès que la féminine engeance
Sut que le singe était puceau
Au lieu de profiter de la chance
Elle fit feu des deux fuseaux !
Gare au gorille !

Celles là même qui, naguère
Le couvaient d´un œil décidé
Fuirent, prouvant qu´elles n´avaient guère
De la suite dans les idées
D´autant plus vaine était leur crainte
Que le gorille est un luron
Supérieur à l´homme dans l´étreinte
Bien des femmes vous le diront !
Gare au gorille !

Dès lors toutes se précipitent
Hors d´atteinte du singe en rut
Sauf une vielle décrépite
Et un jeune juge en bois brut
Voyant que toutes se dérobent
Le quadrumane accéléra
Son dandinement vers les robes
De la vieille et du magistrat !
Gare au gorille !

“Bah ! soupirait la centenaire
Qu´on puisse encore me désirer
Ce serait extraordinaire
Et, pour tout dire, inespéré !”
Le juge pensait, impassible
“Qu´on me prenne pour une guenon
C´est complètement impossible…”
La suite lui prouva que non !
Gare au gorille !

Supposez que l´un de vous puisse être
Comme le singe, obligé de
Violer un juge ou une ancêtre
Lequel choisirait-il des deux ?
Qu´une alternative pareille
Un de ces quatre jours, m´échoie
C´est, j´en suis convaincu, la vieille
Qui sera l´objet de mon choix !
Gare au gorille !

Mais, par malheur, si le gorille
Aux jeux de l´amour vaut son prix
On sait qu´en revanche il ne brille
Ni par le goût, ni par l´esprit.
Lors, au lieu d´opter pour la vieille
Comme l´aurait fait n´importe qui
Il saisit le juge à l´oreille
Et l´entraîna dans un maquis !
Gare au gorille !

La suite serait délectable
Malheureusement, je ne peux
Pas la dire, et c´est regrettable
Ça nous aurait fait rire un peu.
Car le juge, au moment suprême
Criait : “Maman !”, pleurait beaucoup
Comme l´homme auquel, le jour même
Il avait fait trancher le cou
Gare au gorille !

Georges Brassens, 1952 © Éditions Musicales 57

 


23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 11:12

Est-ce le soleil, les jonquilles dans le jardin, les petits moutons qui s'amusent à se faire peur avec les poules, une plaisante soirée en vue sous le signe de Brassens, du Canada et de la guitare réunis, le chat qui s'étire dans l'allée pierrée ? En tout cas, j'ai envie de rire, pas de ricaner, hein, ni de sourire, ni de glousser, ni de flûter, mais bon sang de  rire, comme on rit à huit ans, et pas plus- et merci à l'ami qui m'a envoyé ceci, (huit ans d'âge lui aussi), ce qui participe à l'allégresse printanière de ce beau jour de mars ! 

 

 

22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 09:42

Mathurin Régnier est mort à Rouen en 1613. Tout chez ce type m'attire, ses satires, sa rebellion contre un avenir qui lui était tracé d'avance, jusqu'à sa fin (débauches, alcoolisme et tripots divers) due à l'incompréhension de son temps, qui préférait le sage Malherbe...

J'ai eu l'impression, en feuilletant quelques unes de ses satires, de "rencontrer quelqu'un"


. Et après tout, est-ce si différent de croiser un auteur mort depuis cinq cent ans, mais dont la plume reste incisive après tout ce temps, et de "tchater" avec les inconnu(e)s du Net, hors d'atteinte non par la mort, mais par l'écran qui s'interpose ? 

 

J'aime donc Mathurin Régnier, et il me paraît si romanesque que je gage qu'une biographie romancée a dû être élaborée sur lui. Je m'en vais chercher sur Google, tiens, et la prochaine fois que j'irai à Rouen, je tâcherai de savoir où est la tombe d'un si remarquable personnage :

 

"« J’ai vescu sans nul pensement,

     Me laissant aller doucement

A la bonne loy naturelle,
Et si m’estonne fort pourquoi
La mort osa songer à moi
Qui ne songeay jamais à elle. »

 

21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:13

Ah ! Les pauvres humanistes, dont je suis, vont bien souffrir ces prochains jours. Entre les vociférations de Le Pen (je vous l'avais bien dit, Sarkozy est trop mou, les hordes musulmanes vont déferler, nous sommes en guerre...), les félicitations à Guéant (!), le renforcement des convictions d'Israël (allez, zou, allons attaquer l'Iran !! ), l'homme-de-la-rue prêt à tous les amalgames, les communautaristes de tout poil qui vont sauter sur l'occasion, et Sarkozy qui va évidemment tenter de tirer parti de tout cela, sans compter Al-Quaïda qui risque de soutenir le fou meurtrier, et tout ceci pressé, détourné, alimentant encore les pires fermentations - non, les braises que l'on attise n'ont pas fini de nous brûler. Boljemoï. 

 

Monsieur Hollande, vous avez intérêt à être pertinent... Et à ne pas trahir le mot de "fraternité" qui subsiste encore (mais pour combien de temps ?) aux frontons de nos bâtiments publics. 

20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:47

 IL ne peut qu'être fou. Déséquilibré grave. Un pauvre malade empli de meurtre comme d'autres de toxiques.  Un fou à lier. Un fou alien. 

 Peut-être est-ce aussi l'oeuvre de l'équinoxe ? L'inclinaison de la planète, la force des marées, le rugissement des affects meurtriers,  dévorant, façon Hokusaï, les minuscules raisons humaines ? Thanatos triomphant ? 

Oui, on peut regarder la mort de ces enfants, nos enfants, de ces militaires, comme un fait divers, et non un fait disert, qui ne nous dit rien sur nous, que nous repoussons dans l'anormalité, de peur...

De peur d'apercevoir, dans le miroir ensanglanté que ce  fou furieux nous tend, comme la résurgence de ce nous avons fait de pire, collectivement, quand nous avons enfanté la bête immonde... 

Et la responsabilité de ceux qui nous gouvernent, avec leurs peurs sans cesse agitées, avec leurs relents racistes et xénophobes, avec les abîmes dont ils jouent comme au bilboquet, est ici engagée, à mon sens. Les Fous ne sont-ils pas, aux échecs, les plus proches des Rois ? 

18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 10:59

... J'en étais là de mes déambulations au Salon du Livre, et puis, d'un coup, j'ai commencé à m'amuser. L'instant d'avant, je déplorais l'injustice qui se manifestait là : d'un côté, des files d'attente devant les auteurs célèbres. De l'autre, sur de petits stands modestes, quelques auteurs esseulés qui suivaient longuement les passants du regard... Je me suis toujours sentie coupable quand on me regarde ainsi, à cause de la SPA et des animaux que l'on voudrait tous délivrer de leurs cages, alors qu'on sait bien qu'on ne pourra jamais n'en sauver que fort peu. Bon, il est peut-être un peu exagéré d'associer le regard des écrivains méconnus au désarroi des bêtes abandonnées, je vous l'accorde. Mais la souche est la même : regretter de ne pouvoir ni faire le bonheur des uns, ni lire (tous)  les livres des autres ! 

Et puis j'ai entendu un auteur qui vantait à une belle passante, effarouchée et alléchée à la fois, les mérites de son livre. La voix basse, et sans la quitter des yeux, il lui expliquait que l'ouvrage -  où il se dévoilait pleinement  - n'avait rien de pornographique, n'est-ce pas. C'était juste une sorte de "plaidoyer pour l'auto-érotisme" (je cite, hein) et ses joies solitaires, qui pouvait à l'envi profiter à tous et toutes, surtout toutes.... Un tout petit degré de plus à ce vice impuni, et assez onaniste il est vrai, qu'est la lecture, en quelque sorte... Je ne pus m'empêcher de jeter, en passant, qu'on pouvait en plus le lire d'une main, ce sacré bouquin non pornographique, ce qui est bien pratique pour faire d'autres choses, et puis je me suis enfuie en riant sous cape, pendant que l'auteur, du coup, m'appelait à pleine voix, tendant vers moi l'objet en question et me suppliant de l'acheter. 

J'en riais encore en arrivant à un des plus somptueux stands du salon : "trésors de livres", où des reproductions d'enluminures "à l'ancienne", qui ne m'intéressaient pas vraiment, côtoyaient un vrai trésor, celui-là : les manuscrits d'écrivains- cinéastes. L'écriture de Pagnol lui ressemblait tellement ! Vive, élancée, sans ratures et courant d'un bout à l'autre de la page, elle conservait cependant quelque chose de l'application scolaire, dans la perfection des boucles des f et des g...

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Celle de Giono m'impressionna une nouvelle fois et puis il décrivait, dans une simple lettre,  le village d'Aubignagne comme un "renard étranglé au collet", et l'admiration me transperçait.

 

 

 

Mais c'est Cocteau images-8.jpeg

 

 

 

 

 

 

 

qui m'a le plus amusée. Répondant aux critiques sur le film "la Belle et la Bête", et voulant montrer son détachement, il commence une phrase en disant que les critiques "ne l'ont pas..." et puis il se met à barrer furieusement 4 participes passés, pas moins, avant de trouver le distancié "choqué". Et ces ratures disent si exactement ce que Cocteau prétend démentir... J'ai recopié soigneusement la formule d'une de ces lettres "cinématographiques", où Cocteau, de sa petite écriture soigneuse et rapide, définit le cinéma comme "encre de lumière, avec laquelle (il) a le droit d'écrire ce qu'il veut."

Et puis je m'en fus dédicacer mon exemplaire d'"autodictionnaire Proust" . Je tremblais un peu en m'approchant, mais en fait, il n'y avait certes pas de quoi. Pierre Assouline ressemble tellement...  à Pierre Assouline que c'en est hallucinant. IL a vraiment la voix douce, la réserve bienveillante, le bon sourire et l'emploi du temps fourni, qu'on lui imagine. Il décèle aussi, instantanément, si le livre qu'on lui tend a été lu, (ce qui était mon cas),  ou non...  Ce fut vite expédié. Le temps pourtant, dans la file d'attente, de croiser une autre intervenaute, que je ne nommerai pas ahaha, mais dont la  rencontre  me fut réconfortante : comme à chaque fois que je suis émue, j'ai eu besoin de masquer cette émotion en racontant n'importe quoi, très vite, un peu comme un chien qui veut se faire adopter montre à quelle vitesse il peut donner la patte ! Et la bienveillance de X m'a vraiment fait du bien : qu'elle en soit ici remerciée. 

Une fois ceci fait, ouf, j'y étais arrivée, c'est bien Clopine, tu es une grande fille maintenant tu vois, il me restait encore un peu de temps pour le reste du Salon. Je me souvins de la commande de Rose, et j'allai flâner autour du stand du Japon. 

J'ai un problème avec le Japon. Si certains films de Kurosawa, comme "Rêves", avec son épisode prémonitoire "le Mont Fuji en rouge" qui décrit une catastrophe naturelle dégénérant en apocalypse nucléaire, me parlent vraiment (je me souviens aussi du sublime "Voyage à Tokyo" d'Ozu... ), la littérature, en revanche... Je n'aime pas le bellicisme de Mishima, ni surtout son suicide. Je trouve le "Kafka sur le rivage" de Murakami assez niaiseux. Je déteste l'esthétique des mangas, et n'apprécie pas du tout l'oeuvre de Miyazaki. Le Japon, avec ses codes, ses étiquettes pointilleuses, son hypocrisie aussi, et les accablements de sa destinée, m'inspire en fait une légère répugnance, voilà, je l'avoue, malgré les cloisons translucides, les bambous et la spiritualité de ses jardins. 

Aussi ai-je cherché dans ce stand, accrochés au  longs tasseaux qui voulaient rappeler les bambous, des photos parlant de Fukushima, des images d'un Japon bouleversé et tremblant. En vain. Il n'y avait là, autour des sages piles de livres, que du Japon léché et policé, portraits d'auteurs souriants et paisibles, inévitables cerisiers... 

Pourtant, quand une japonaise au long visage, qui faisait office d'interprète, recruta quatre volontaires pour participer à la "cérémonie du thé", j'avançais . Cette femme avait un visage doux et éclairé de grands yeux, elle me regardait attentivement en m'installant sur l'estrade où j'allais participer à la "cérémonie". Le temps d'avoir une petite angoisse (il fallait se déchausser, et j'eus peur un instant qu'un petit trou dans mon collant n'ait provoqué une superbe échelle...) j'étais installée en face d'un splendide kamemono revêtu d'une inscription bien évidemment incompréhensible, de petits objets de bambous et... d'une splendide cafetière électrique, qui plombait un peu l'ambiance ! (mais le moyen d'avoir des pierres chauffées à blanc et dégageant une fumée d'encens choisi, sans voir la sécurité s'affoler ?)  

L'officiante arriva, parée comme il se doit, kimono et zori, sourire et déconcertante courtoisie. Tout ici, codifié à l'extrême et au-delà, voulait signifier la spiritualité des gestes. Il s'agissait d'offrande, de partage, de bienveillance et de sérénité, tentait-on de nous faire sentir. Je le comprenais parfaitement, même si j'avais bien évidemment du mal à me mettre en phase. Je n'avais dans la bouche que le goût d'un minuscule gâteau un peu dur et collant au dents, puis, servi dans un bol qui ressemblait curieusement à ce que Clopinou  avait jadis  confectionné pour moi  à la fête des mères,  en moyenne section de maternelle, un thé vert dont la saveur un peu âcre me renvoyait à la soupe à l'oseille... Néanmoins, je voulais me persuader que mes sensations imparfaites ne provenaient que de mon obtuse personne, et non de la gracieuse officiante. Je m'en voulais, mais je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qui la motivait, elle,  à ainsi venir tenter de spiritualiser un ancien rite, alors même que les conditions matérielles - les deux caméras qui filmaient le tout, la foule qui se pressait, les interruptions des uns qui venaient renifler la senteur du thé et des autres qui ne pouvaient s'empêcher d'entretenir l'interprète de leur récent voyage au Japon, et  mon impuissance manifeste  à me mettre au diapason, jusqu'aux micros qu'il lui fallait tenir - tout rendait l'entreprise pratiquement impossible. Pourtant je tins bon jusqu'au bout, et m'attirai même les faveurs de mes hôtesses, en retirant mon chapeau quand on me présenta ma tasse de thé et en m'inclinant respectueusement. Hélas, j'étais en même temps en train de me demander si l'officiante était une ancienne geisha, et si elle participait au Salon,  comme, chez nous, les anciens yéyés passés de mode animent les foires aux jambons dans les supermarchés. Je suis une mécréante, que voulez-vous. 

Nous échangeâmes cependant nos adresses, Madame Geisha et moi (je lui avais manifestement plu), et nous fîmes même intervenir deux ou trois interprètes supplémentaires  pour traduire "pays de Bray",  qui restait obscur à la Dame au long visage. Bon, je peux désormais fréquenter un salon de thé de  la banlieue de Tokyo, si j'y vais un jour...

Mais je me suis surtout bien amusée, beaucoup plus que je n'aurais jamais cru pouvoir le faire dans un endroit pareil. J'ai acheté quelques livres, minuscules gouttes de mots dans l'océan bruissant des exposants, et surtout, et j'en riais en sortant de là,  je suis  restée  impertubablement fidèle à moi-même :  j'avais solidifé cette après-midi au Salon du Livre de cette manière-là...

Eh oui ! Désormais, quand j'y repenserai, c 'est tout ce  Salon du livre qui allait ressurgir, dans sa forme et sa solidité, dans son brouhaha et ses oasis, dans le sourire des animateurs et le piétinement de la foule, d'une... tasse de thé... 

 

 

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 07:20

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S'il y a bien une chose que je partage  avec le Narrateur de la Recherche du Temps Perdu, c'est  cette propension à être incapable de goûter un plaisir, à force d'en avoir, par avance, épuisé toutes les possibilités. Certes, je n'ai pas la sensibilité exacerbée de celui qui, à force de tendre  toutes ses forces vers l'appréhension de l'avenir, s'empêche in fine d'aller voir La Berma, en "en tombant malade", littéralement. Mais enfin, mon imagination et mon peu d'assurance aidant, je me fais souvent une montagne des choses  les plus simples, les plus communes et banales, comme pousser les portes vitrées d'un Salon du Livre, par exemple. 

L'heureux corollaire à ce ridicule est que, une fois la décision prise et l'effort accompli, libérée de mes inhibitions, il peut m'arriver en fait à peu près n'importe quoi. Le premier pas est si difficile à faire qu'il est souvent ainsi suivi d'une course effrénée... 

Pour m'aider, hier, j'ai eu recours à un truc infaillible. J'ai mis mon chapeau, un grand feutre noir, persuadée qu'ainsi on verrait le chapeau, et non moi. Et je m'en fus gaillardement porte de Versailles, laissant ma petite famille (qui n'aurait pour rien au monde  perdu du temps  dans un endroit pareil !) arpenter  le quartier Latin, où Clopinou risque dès cet automne de résider, et dont Clopin connaît la géographie.

Entre parenthèses, un des charmes de Paris est cette sorte d'ubiquité, qui peut vous permettre d'être à 14 heures rue Montorgueil, à 17 heures porte de Versailles et à 20  rue de la Gaîté. Vous pouvez parcourir, en une après-midi seulement, grâce au commode et déchirant métro, comme autant de petits villages juxtaposés et offrant chacun leur ambiance... Les Parisiens recherchent-ils, ainsi, un temps mosaïqué ? Comme ma vie à Beaubec, à côté, paraît lisse, étale, non pas ennuyeuse mais d'un seul tenant, comme la grève d'une plage univoque...

Et puis j'arrivai au Salon du Livre. Jeune fille, j'ai un temps gagné un peu de sous en beurrant de mauvais sandwiches  à la grande  Foire Commerciale  de Rouen, et il m'est arrivé, par la suite, de tenir des stands à telle ou telle occasion, dans ce genre de manifestation. Le tapis aiguilleté par terre, les hôtesses comme des rochers bretons battus par le flot des visiteurs, la surabondance de signaux visuels qui vous rendent d'ailleurs partiellement aveugle, manquant ainsi superbement leur vocation, les Kakemonos flottant partout et d'énormes structures gonflables perchées dangereusement au-dessus des têtes, façon odyssée de l'espace, les visiteurs assis par terre sur le faux vert des espaces détentes, la queue aux toilettes   et puis cette sorte de fatigue du samedi soir, les poubelles débordant et les lumières un peu trop blanches, rien ne m'était en fait vraiment inconnu. IL n'y avait pas, dieu merci, d'autre ambiance sonore, (généralement parfaitement insupportable dans ce genre d'endroit) que celles émises ici ou là, au gré des stands, ici un air de flûte japonaise, là Finkielkraut débattant de l'écologie et arrivant à marteler des sornettes d'une belle ampleur, ma foi, en mélangeant tout, écologie fondementale et droits de l'homme (sa hantise)... Mais sinon, ce n'était qu'un salon commercial comme un autre...

J'ai parcouru les allées et tenté de me repérer, sur le plan fourni à l'entrée. Ce dernier, avec un sens optimiste de l'ellipse, ne prenait même pas la peine de mentionner toutes les lettres correspondant à l'abcisse des allées. Quant à l'ordonnée, les organisateurs avaient conçu les passages comme de vraies rues, avec numérotation paire et impaire, ce qui avait tout de la fausse bonne idée : les stands n'ayant hélas pas la symétrie des immeubles haussmaniens, je mis un long moment à chercher le "J56", qui était mon but, et je passai trois fois devant sans le voir, sautant du J57 au K46, et me demandant si je n'étais pas en partance pour Poudlard, à la recherche du  quai 8,5, invisible aux yeux bêtement humains. 

Une fois assurée de ma destination, mise au courant que le dédicataire, Pierre Assouline, pour lequel je venais serait bien là à 19 heures, je pus me détendre un peu. J'ai reconnu, dans l'ombre des stands, ces petits guéridons blancs où trois mauvaises chaises en plastique, du genre à vous scier le dos, recueillent les animateurs flottants d'égarement au milieu de la foule. IL m'a simplement semblé voir des bouteilles et des verres vides traîner dessus, en plus grand nombre qu'ailleurs... Mais les sourires fleurissaient plus qu'ailleurs aussi, et en plus chaleureux. En fait, il flottait  là une sorte de bonne humeur courtoise, qui semblait témoigner d'une sorte de... vaillance. Oui, c'est le terme : les exposants semblaient pleins de vaillance, n'avaient pas cette rapacité et cette manière de soupeser le client, de renifler le potentiel de tel ou tel portefeuille, que j'ai rencontrés dans d'autres salons. Etait-ce illusion ?

J'étais mandatée, par "Rose", une intervenaute passoulinienne, pour rendre compte  du salon. Je me suis donc mise consciencieusement à l'oeuvre, tentant de jauger la part respective des manuels culinaires (innombrables !), des spécialités jeunesse ou mécaniques autos, de celle de la littérature proprement dite, qui avait néammoins une plus large part que ce qu'on m'en avait dit. J'ai bavardé avec trois ou quatre éditeurs, personnes aimables et rondelettes,  par exemple sur  le stand régionaliste de la Normandie, où l'on m'assura que l'absence du Pays de Bray dans les publications était fortuite, ce que je fis semblant de croire. J'ai été jusqu'à compulser la carte du faux restaurant "huîtrier" du salon, avec ses assiettes de fruits de mer qui semblaient aussi déplacées, ici, qu'une moule sans son bouchot et dont les bouquets présentaient des carapaces d'un rose pâle strié de blanc, de fort mauvais augure. Ce n'était pas aussi cher cependant que je l'avais craint. Et ça restait une solution pratique, puisqu'on ne pouvait  sortir du Salon sans perdre les 9 euros 50 du droit d'entrée. 

J'en étais là, à la fois étourdie et blasée, lorsque...

(suite à un autre billet, un peu plus tard, je reviens de suite...) 

 

 

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