Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 08:26

Je voudrais partager ceci avec vous :

 

 

rendu048.jpg

 

 

C'est un blogueur nommé Simon Gaetan qui dessine ainsi - ou plutôt, qui capte ainsi, avec finesse,  douceur et désenchantement, la réalité de notre monde.

 

PS : je recommande (mais vous n'êtes pas obligé, hein !)  de regarder en écoutant ça :

 

 


15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 07:45

Je m'en doutais, Clopin a remis ça hier - je suis chargée de l'écriture du projet de documentaire sur le bocage brayon, et je traîne tant qu'il me rappelle à l'ordre.  

Oh, ce n'est pas la rédaction proprement dite qui m'effraie, ni la recherche ardue de subventions - ça, je sais le faire. C'est le sens de ce projet  qui me manque, et c'est beaucoup plus grave. 

Parce que si j'ai appris une seule chose à Paris, lors du stage pro d'écriture de documentaire, c'est que le cinéma ne vit que d'émotion. Sinon, on ne fait pas de "film documentaire", mais des reportages, parfois austères et rebutants, parfois fort réussis façon Arte, mais il ne s'agit que  de travaux de commande, où le savoir-faire est convoqué mais qui ne "portent" rien d'autre que de l'information, et de jolies images...

Et ce n'est pas cela qui m'intéresse, moi. Même si c'est cela que Clopin sait faire, et qu'il a envie de faire. Bibi, c'est l'humain qui m'intéresse - Rémi Mauger a parfaitement raison de dire qu'il n'y a que cela qui importe. C'est à travers le portrait de mon semblable que je peux apparaître, moi, ma sensibilité, mes choix et mes goûts, mes convictions et mes engagements. Le documentaire n'est qu'un prétexte, le portrait n'est que l'outil. Ce qui seul à mes yeux justifie un tel projet - la sauvegarde du bocage brayon - c'est la part d'humanité dont la réalisation d'un tel film peut témoigner. J'en reviens tout droit à l'émotion...

 

Oui, mais voilà. On ne rencontre pas un Paul-dans-sa-vie,images-6.jpeg

 

 

 

 

 

 

une Jeanne, dsc-0218.jpg

 

 

 

 

 

 

ou l'institeur d'"être et avoir", tous les jours. C'est pour cela que je n'arrive pas à écrire le premier mot du conducteur : parce que, pour l'instant, la haie n'est pas vive... 

 

Certes, Clopin a lui commencé à prendre des images - hier : une démonstration de machine qui déchiquette les rejetons de haie, dont le rendement est tel que le chauffage par ces plaquettes de bois peut alimenter les bâtiments agricoles et la maison d'habitation d'une exploitation de bonne taille - chauffée auparavant par l'électricité... Mais il s'agit là d'économie rurale, non de l'émotion des hommes. Certes aussi, Clopin a capté, sur ma suggestion,  dans le champ du haut, le bruit si particulier du ruisseau et des chants des oiseaux de mars - j'avais été frappée par la clarté de ces deux sons, l'eau et les chants,  se répondant, avant de comprendre que la netteté du tout venait de l'absence des feuilles dans les arbres - et tant pis si personne ne le remarquera jamais, moi je le sais et ça suffit - certes nous pouvons donc commencer à travailler (et donc nous engueuler...) un peu... Mais je ne sais toujours pas quoi mettre dans ce fichu scénario qui me satisfasse et en même temps réponde à la commande de Clopin. Toutes les idées que je peux avoir - remplacer le sujet qui me manque par un dessin d'animal comme le muscardin, dessin animé qui serait inclus dans les images et servirait de fil rouge, ou bien se servir d'une musique comme incarnation éthérée de l'"âme" d'une haie bocagère, ou encore faire partir le film d'un élément naturel comme l'eau ruisselante, l'eau dégouttante, l'eau stagnante, l'eau irrigante, etc., rien ne me "branche" enfin. 

 

J'ai envie de taper du poing sur la table et de réclamer, à corps et à cris, l'apparition d'Elzéard Bouffier... Avant de me souvenir que ce dernier n'a JAMAIS existé, que Giono l'a inventé de toutes pièces. Jusqu'à l'imposture :  devant la demande du Reader Digest qui désirait un portrait de cet héros de papier devenu si vivant, Giono est tranquillement allé  acheter, dans une brocante, n'importe quel portrait de paysan à moustaches qui a fait l'affaire de l'imposture... 

 

 

images-7.jpeg

 

 

 

Bien entendu, Giono a lui aussi parfaitement raison, comme Rémi Mauger (et Frédéric Back). SI je n'ai pas d'Elzéard sous la main, bon dieu, je n'ai qu'à en créer un... Au moins pour les besoins du scénario. Après, ce que nous filmerons et ferons vraiment, n'est-ce pas, on s'en fiche. De toute manière, les scénarios pré-existants aux films sont détruits quand le projet démarre vraiment. Alors... 

 

J'en suis arrivée  là, et c'est assez effrayant. Me voici, pauvre démiurge, en train de devoir  mettre au monde un homme qui... taillait les haies !!! 

 


 

13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:09

il existe des mots qui sont à eux seuls des métaphores. Surtout dans le vocabulaire musical. Tenez, prenez le mot "glas". Il ne renvoie pas vraiment aux sonorités qui sortent des cloches, celles-ci étant d'ailleurs totalement paradoxales puisque d'une simplicité confondante, et en même temps d'une complexité phénomènale - allez disséquer tous les sons que l'on entend dans une seule sonnerie, vous... Eh bien le glas ne cherche même pas à rendre compte de ce que l'on entend, sauf de matière métaphorique. Nous sommes "glacés", effectivement, quand nous entendons un son par nous associé à la mort et au deuil. Le "twist", lui, nous fait voir le tortillement des genoux des danseurs - là encore, le mot n'est plus assigné à désigner ou décrire la chose, mais rend compte de l'effet qu'elle produit. 

 

Oui, certes, allez-vous me dire, et après ?

 

Et après, rien. 

 

C'était juste ma petite divagation quotidienne. 

 

 

12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 11:52

Pierre Assouline relève en s'étonnant, sur son blog "la République des Livres", la détestation panique de l'écrivain Jonathan Franzen pour internet, twitter, et autres écritures informatiques. Mais à mon sens, rien de plus naturel. Il existe en effet des écrivains dont l'âme obscure utilise l'écriture comme seul rempart contre les ténèbres, dont le mobile est de lutter contre l'attraction trop manifeste  du tombeau,  dont l'imagination a besoin de la nuit et qui, instinctivement, recherchent l'ombre, pour s'en vernisser l'ego façon cercueil. Les écrans lumineux du web ne peuvent donc, logiquement, qu'effrayer ces hiboux qui, avec acharnement, ne réclament  qu'une chose : la permission de continuer à noircir du papier. 

 

D'autant  que l'animal totémique du scribouillard ne peut être que l'hypocondriaque pieuvre, ventousée à son rocher comme on l'est à une chaise devant un bureau. 

 

Et que nous avons tous commencé la chose par de frais doigts roses et menus, que nous n'avions de cesse qu'à tacher d'encre. 

 


 


 

11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 09:20

En écoutant Patti Smith l'autre jour, j'ai constaté à quel point il suffisait de ne pas se maquiller, ni se coiffer, ni s'épiler, pour ressembler à un garçon en vieillissant. 

 

Dans le cas de Patti Smith, elle ressemble non seulement à un garçon, mais plus précisément à Iggy Pop et Mick Jagger, avec un soupçon de Bowie. 

 

A croire que le rock des années 70 fait vieillir de la même manière tous ses officiants. Y aurait-il donc une prédestination ? Et si oui, tous les commissaires de police ont-ils la même tronche, les boulanger idem, etc. ? 

 

Bon, avant de hausser les épaules, regardez donc un peu cette galerie :

 

images-3-copie-1.jpeg images-4.jpeg

 

 

 

images-5.jpeg

 

 

Unknown.jpeg

 

 

Je trouve leurs ressemblances plus nombreuses que leur différence, pas vous ? 

 

Patti Smith surtout, qui n'a jamais cessé de jouer sur l'ambigüité de son sexe (ce qui ne l'a pas empêché d'avoir deux enfants et un mari aimant) est impressionnante de... virilité, je trouve, sur ses photos récentes. 

 

Ce qui ne l'empêche surtout pas d'être d'une exquise féminité, ah ah ah. 

 

Et dès qu'elle chante, ce sont quelques secondes de grâce qui viennent adoucir ce monde si mâle... 

 

Allez, cadeau, je partage ! 

 



11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 09:17

Fukushima, UN AN déjà : déambulation, stand, sit-in

Dimanche 11 mars 14:30

Lieu : Dieppe (76)

Dernière modification : 8 mars 2012

A partir de 14h30 place de la Fontaine, début quai HenrI IV à Dieppe (76). 
Le groupe citoyens de Dieppe propose déambulation, stand , le tout axé sur photos, documents de et sur Fukushima et la vie au japon - les sit-in seront dédiés à la lecture de témoignages et ponctués d’air de musique japonaise - si possibilité, venir avec combinaison, masque ....= libre cours à l’imagination ! 
Rassemblement unitaire : alors venez nous rejoindre pour dire "non au nucléaire où qu’il soit et sous quelque forme qu’il prenne".

Contact : 
Groupe antinuc de Dieppe 
antinuc.dieppe@gmail.com 
Téléphone : 06 28 20 43 42

10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 09:40

Ouf, Clopin et Clopinou reviennent aujourd'hui . Et je dois bien reconnaître que, outre le plaisir de revoir mon homme et mon fils, se mêle cette année une sorte de soulagement, à  remettre les clés et les responsabilités de Beaubec. Les Dames du Moyen-âge, voyant revenir leurs Enguerrand et autres Foulque, Raoul  ou Bérenger, la croix rouge légèrement ternie et la cotte de mailles un peu trouée et enfilée de travers, devaient éprouver le même sentiment... A savoir que c'est bien beau d'aller délivrer Jérusalem, mais qui c'est-y qui s'occupe de faire bouillir la marmite pendant ce temps-là, hmmm ?

 


couple.jpg

 

 

 

Bon, je ne suis pas une Dame du Moyen-âge, et nul doute que mon aïeule (car j'en ai forcément une) de ce temps-là grattait la terre et ne voyait partir les preux qu'en levant la tête pour les regarder passer sur leurs palefrois ! Pas de haquenée (mais pas de ceinture de chasteté non plus, ouf !) pour les paysannes de  cette époque. Quant à la croisade, à moins de considérer les bouchons autoroutiers comme une épreuve imposée par dieu, les sports d'hiver en sont tout de même assez éloignés. Et puis, imagniez-vous faire du ski en armure, vous...

 

N'empêche que je me sentirai un peu comme une femme de preux, quand je remettrai ce soir ou cette nuit, la charge de la maison, des bêtes et des champs à  son légitime dépositaire. Et je m'aperçois du même coup que j'ignore le féminin de "preux". Existe-t-il, seulement ? 

 

Allons, je suis quand même contente de voir revenir mon vieux matou...

 

(PS : je n'ai pas trouvé de "retour de croisade" illustré sur le net. Tant pis, vous aurez droit au philtre d'amour cause des malheurs de Tristan et d'Iseult. C'est bien aussi.)

 

 

 

 

 


9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 10:42

La brebis n'en finissait pas d'agoniser, et je voulais arrêter sa souffrance. Uniquement pour pouvoir reprendre mon souffle; Déjà, hier au soir, quand nous l'avions rechargée une seconde fois sur la brouette pour aller la porter au bas du chemin, où l'équarrisseur devait la prendre, j'avais eu le souffle coupé : elle bougeait encore, et nous avions cependant chargé sur elle les corps allongés des deux petits morts-nés. Mais ce matin, en me rendant compte qu'elle était toujours vivante après la nuit, j'ai senti le sang qui venait me battre aux tempes. Non seulement elle aurait pu passer cette nuit à l'étable (mais nous étions tellement persuadés qu'elle allait expirer dans l'heure qui suivrait, il valait mieux la descendre hier que devoir le faire tôt ce matin), mais encore un dilemne se posait du coup : l'équarrisseur devait passer dans la journée, et la brebis respirait encore...

 

J'ai décalé l'équarrisseur à lundi, et puis je me suis préparée à passer la journée ainsi, alors qu'à deux  cent mètres de moi la bête était allongée, sa tête vaincue, à côté des corps refroidis de ses petits. J'ai bien senti que je n'allais pas y arriver. Les hommes, eux, auraient laissé les choses en l'état. Le vétérinaire n'était-il pas passé deux fois déjà ? La brebis ne nous coûtait-elle pas déjà bien plus cher que ce qu'elle aurait pu éventuellement nous rapporter ? Il y a une forme de sensiblerie qui est interdite aux champs, dès que l'on exploite, et c'est le terme exact, les animaux... 

 

Mais c'est ainsi, il me semblait que je ressentais moi-même la souffrance et la peur de la brebis. Le vétérinaire  m'a dit que les animaux ne ressentent pas les choses comme nous. Certes, lui ai-je répondu, mais leur système nerveux est-il si différent ? Les ondes glacées de la souffrance se propagent peut-être plus lentement pour eux que pour nous. Mais elles les atteignent aussi, j'en suis persuadée... 

 

Et puis j'étais toute seule, dans la grande cuisine aux carreaux rouges, et puis j'ai l'âge que j'ai : j'ai de moins en moins la faculté de croire que je peux faire taire ma raison, quand elle s'adosse au bouleversement de mon émotion. Que voulais-je y faire, m'avait demandé notre voisin-associén-, avant de partir travailler à 8 heures  :  devait-il la tuer ? Et comment ?  Je répliquais : nous l'avons déjà traînée hier au soir à travers le champ, tu voudrais en plus la tuer à coup de barres de fer ? Tu peux vraiment faire ça ? 

 

Non, il ne le pouvait pas. Mais il devait s'en aller...

 

J'en étais là, et puis merde. J'ai rappelé le vétérinaire, histoire de partager avec lui la sale histoire. Nous ne voulions pas payer une troisième visite pour cette bête, et je n'assumais pas de la laisser souffrir ainsi. Pouvais-je passer chercher un sérum léthal, que je lui aurais administré moi-même ? C'était si rigoureusement interdit que je risquais la prison, m'expliqua-t-il, et puis, d'un seul coup, le vétérinaire lui aussi a craqué (ce qui est rare aux champs). Lui aussi détestait la souffrance, et il comprenait bien qu'on ne pouvait faire de frais supplémentaires autour de cette bête. Alors il allait passer, vite fait, et ferait le nécessaire gratuitement. Je n'aurais à payer que le produit... 

 

Je me suis sentie un peu moins oppressée. De la sensiblerie, oui, peut-être... Mais en tout cas, je n'avais pas participé à la barbarie, eût-elle un visage ovin. 

Published by clopine - dans Vies de Bêtes
commenter cet article
8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:42

A 15 ans, après la lecture du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, ma tête était acquise au féminisme. Certes, je n'avais pas tout compris à ce livre, il me manquait du vocabulaire (je me souviens avoir demandé innocemment  à ma grande soeur ce que pouvait bien signifier "masturbation", et avoir immédiatement compris, à sa drôle de tête, qu'il s'agissait là d'une affaire sexuelle...), mais j'avais néanmoins saisi les grandes lignes de l'argumentation, et j'étais tombée parfaitement d'accord : non, rien ne justifiait la domination masculine. Non, la "nature" féminine, animale, perverse, infantile et  hystérique, n'existait pas en tant que telle, elle n'était que la résultante du  terreau culturel et social  de l'oppression. Non, les sornettes religieuses sur le péché originel et les filles d'Eve ne  résistaient pas une seconde à la réflexion. Non, la "prostitution à un seul homme" qui, parce qu'époux, vous payait (fort mal) en retour de vos services sexuels n'était pas la seule destinée possible pour une femme.  Non, je n'étais pas obligée de faire des enfants. Non, mon corps ne "leur" appartenait pas.

 

Ma tête était donc convaincue... Mais mon coeur, lui, n'a commencé à être touché qu'après ma rencontre avec Virginia. Je dis bien "rencontre", car un tel frémissement sublime le simple acte de lire, et cela ne m'est pas arrivé souvent. J'ai certes dévoré les grands romanciers français et russes du 19è siècle, mais je n'ai frémi de la tête aux pieds qu'avec Woolf, Mac Cullers, Proust  et un peu plus tard Giono. Ceux-là sont entrés directement dans mon coeur, sans s'essuyer les pieds sur le paillasson de la raison, ils se sont installés pour toujours et ont planté les quelques panneaux indicateurs qui ont, tant bien que mal et un peu au gré des vents, jalonné ma vie. 

 

Virginia, surtout. Mon premier livre d'elle fut "Une chambre à soi", et je jurai de ne jamais oublier cette première intensité. Puis, je commençais Mrs Dalloway, et là je fus submergée par l'émotion. Il me semblait que Viginia penchait sa tête alourdie de son chignon, vers un  moi agenouillé à ses pieds, et qu'elle me relevait vers elle. Clarissa, à demi-mots, s'entretenait de sa vie de femme, et cette apparente mondaine cachait un univers fantastiquement beau de sensibilité, de compréhension, de rebellion et de passion. Avant de lire ensuite à peu près tous les livres de Woolf, des Vagues au surprenant Orlando, j'ai longtemps scruté le portrait de Virginia, ccroché au mur de ma chambre pendant des années. 

 

Je rêvais en regardant ce beau profil de jeune femme, si pur, photographié avant que la souffrance ne fige les traits de la femme durcie et vieillissante. Je savais  que Virginia cherchait à s'échapper de toute la lourdeur de la tradition victorienne, qui alourdissait sa vie, comme son chignon tirait sa tête en arrière. Tout l'oppression du monde était cachée dans ses cheveux qui cherchaient à retenir cette tête, tendue comme pour s'échapper. Qu'il était lourd, le chignon de Virginia ! Il pesait le poids des viols qu'elle avait subis de ses frères, des morts des figures féminines et aimantes qui avaient veillé son enfance, de  l'oppression victorienne qui l'avait clouée au service de son père, de la domination des hommes qui l'empêchait de prendre son envol, et tout près de la nuque, de la difficulté d'être une femme attirée par d'autres femmes, dans un monde hypocrite.  

 

Qu'il était lourd, le chignon de Virginia, mais son mérite  en était d'autant agrandi. Car son féminisme, au lieu d'être porté avec la force et la  détermination, certes, mais aussi la sécheresse anguleuse de Beauvoir, était empli de sensibilité. Virginia réussissait ce miracle d'être passionnée avec  délicatesse, d'être rebelle avec douceur, d'être féministe avec amour. Elle portait son lourd chignon, mais celui-ci ajoutait encore à sa grâce - lequel, laquelle d'entre nous pourrait en dire autant ? Quel courage d'avancer ainsi, en portant son lourd faix avec toute l'élégante délicatesse qui permettait de le sublimer. Seule Virginia a fait cela. Seule elle a rendu justice au coeur féminin, en peignant sa transcendance. 

 

Encore maintenant, je peux me perdre dans la contemplation de ce profil, en n'ayant envie que d'une chose : d'avancer la main et de défaire, avec humilité, le lourd chignon de Virginia. 

 

 

220px-VirginiaWoolf-1.jpg

 

 

 

 

 


7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 16:09

Tournant et retournant les problèmes de Jim dans ma tête (et dans la sienne, hélas !), j'en étais arrivée à la supputation suivante :

Il ne fallait pas se demander "si", mais "quand". 

 

Quand Mehdi allait-il commencer à prendre  les objets de Jim, pour aller les revendre ? 

 

C'était le déroulement logique de l'affaire. D'un côté, Mehdi, qui vit d'expédients et à qui l'hébergement chez Jim, contre quelques soins, ne suffit pas. De l'autre, une maison qui certes ressemble à un taudis, mais qui contient cependant plus de cinquante ans d'objets de toute sorte, dissimulés sous la crasse et le désordre, en vrac quoi, mais bien présents. 

 

Toute sa vie, Jim aura avant tout privilégié l'achat d'objets passionnels : disques, cassettes, cd, livres, revues, mais aussi cartes postales anciennes, modèles réduits de petites voiture... Pas de sorties pour Jim - il pouvait parfaitement se contenter de mauvais repas et de jajas douteux, d'une garde-robe réduite au minimum, d'un confort spartiate et d'une consommation d'eau dérisoire, il n'avait pas de voiture et n'est jamais allé chez le coiffeur. Toutes ses dépenses étaient ainsi serrées, parce que l'argent passait à autre chose. 

 

Certes, il faudrait un expert, et de la patience, pour trier ce qui, chez Jim, relève de la déchetterie de ce qui a de la valeur. Mais nul doute que, parmi les monceaux d'objets accumulés, il y a des perles, tel disque introuvable d'un concert de 1962, tel modèle réduit de petite voiture recherché par tous les collectionneurs, etc.

 

Dans combien de temps Mehdi va-t-il s'apercevoir qu'il peut fort facilement aller proposer, au petit bonheur la chance, des objets chez un brocanteur, qui lui achètera un prix dérisoire ce qui, peut-être, en vaut beaucoup plus. Rien que les instruments de musique anciens, certes cassés ou dépareillés. Quand on est à l'affut du moindre euro, la maison de Jim peut représenter un trésor inépuisable...

 

J'en étais là de mes réflexions, qui n'avaient donc rien de drôle, quand soudain j'ai senti que je faisais fausse route. 

 

Parce qu'après tout, qu'est-ce qui est essentiel dans cette histoire ? Qu'est-ce qui doit primer sur toute autre considération ?

 

Je ne vous le fais pas dire : apporter, dans la mesure du possible, le maximum de bien-être à Jim. 

 

Or, ce bien-être maximum passe forcément par Mehdi. Ce n'est pas la mère de Jim, qui a 90 ans et en plus une fille handicapée mentale sur les bras, qui peut héberger Jim, qui de toute façon s'y refuserait tant qu'il le pourrait; Ce n'est pas son frère curateur non plus. Une maison spécialisée, outre qu'il faut une place et un budget, n'est pas le "bien-être maximum". 

 

Le bien-être maximum de Jim, c'est vivre dans sa maison avec un petit monsieur marocain à la voix douce et au sourire tendre (même s'il  cache quelques dents carnassières). C'est ce seul petit monsieur marocain qui a avantage à rester chez Alain, mettre un peu d'hygiène et d'ordre dans cette vie malade, prendre soin de JIm. Nous tous nous reposons sur lui pour cela, et nous profitons, un peu beaucoup, de la détresse dans laquelle est Mehdi et qui le pousse, bien plus qu'Allah (ahahah), à rester chez Jim et à  attraper le peu voire tout ce qui passe à sa portée. Nous avons même, je suis cynique mais j'assume, INTERET à ce que Mehdi ne '"s'en sorte pas", ne trouve pas du travail, un appartement à lui, une voiture.... Parce que sa présence est le garant du seul  bien-être maximum auquel Jim peut prétendre encore. 

 

Soyons clairs au maximum. Jim ne peut plus lire, ni écrire, ni ouvrir une boîte de conserve, ni presque s'habiller. Mehdi parti, la belle rémission qu'il a connue du fait de sa présence, notamment au niveau du langage redevenu presqu'audible,  va s'évanouir en un clin d'oeil. 

 

DONC LA PRIORITE EST QUE MEHDI RESTE. ET JUSQU'AU BOUT SI POSSIBLE. 

 

Et si la bourse serrée par son frère curateur ne peut pas s'ouvrir plus (et il faut qu'il en soit ainsi, bien entendu), alors la seule solution est que les objets de Jim soient vendus pour permettre à Mehdi de rester.

Evidemment, dans un monde idéal, le frère-curateur opèrerait d'abord une expertise, et ferait un contrat à Mehdi, et s'arrangerait pour que les objets soient vendus à leur juste valeur.

 Mais d'abord, le frère-curateur n'a pas le temps. Et ensuite, il ne faut pas que Mehdi ait trop d'argent d'un coup, qui lui donnerait des ailes. Donc, l'urgence est de ne rien faire, et d'attendre... que Mehdi réalise... 

Je ne peux quand même pas aller lui souffler aller vendre tel ou tel objet, et d'empocher l'argent... Mais c'est pourtant la seule solution qui se présente à mes yeux. Tant pis pour le "manque à gagner" du fait de la méconnaissance de la vraie valeur des objets en question; Tant pis pour les éventuels futurs héritiers de Jim. L'important, c'est que Jim soit DELIVRE DES HISTOIRES D'ARGENT, qu'il cesse de HAIR SON CURATEUR, et qu'il obtienne ce qu'il souhaite le plus au monde, à savoir que MEHDI RESTE PRES DE LUI.

La clarté, vous dis-je.  

 

Bon j'en juge ainsi vu de ma belle cuisine à carreaux rouges, dans la sécurité de ma maison, à 50km de la vie de JIm, me direz-vous. Facile de combiner des choses, quand tout va bien pour vous...

Hélas, là encore il faut sans doute gratter un peu pour que le vrai tableau n' apparaisse. Ma belle maison est cette semaine noyée d'eau glacée. Les champs... On y enfonce jusqu'au genou. Une des brebis a glissé, elle est si grosse et pleine qu'elle n'a pas pu se relever et risque fort de mourir. Au moment où je vous écris, elle est en train d'agoniser dans l''étable, et je vais devoir appeler une nouvelle fois le véterinaire, et prendre une décision... Tous les animaux me suivent des yeux, pour me voir faire face à la souffrance et à la mort. 

Et je dois aussi aller aider mes si vieux beaux-parents, qui ne peuvent même plus relever le courrier de leur boîte aux lettres. 

 

Bon dieu, est que c'est vraiment sûr, que le printemps revienne ? 

Published by clopine - dans Vies de Jim
commenter cet article

Présentation

  • : Clopine..Net !
  • Clopine..Net !
  • : bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
  • Contact

Livre paru...

      Disponible sur amazon.com

1-2couv recherche finie

Livres à paraître...

Book-1 Carte*-copie-1

Archives