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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 11:03

J'avais promis à Lizagrèce (je crois que c'est bien Lizagrèce) de rendre compte de ma lecture du dernier prix France Culture/Télérama : "tu verras", de Nicolas Fargues.

 

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Je vais bien entendu tenir ma promesse, mais avec une certaine répugnance, je le crains. 

 

Plus que du livre lui-même, j'ai envie de parler de ses lecteurs.

 

Et plus que du prix remporté, des motivations du jury.

 

IL faut savoir que cette nouvelle entité : "TELERAMA et FRANCE CULTURE" - qui décerne désormais un prix littéraire, signifie  beaucoup pour moi . Comme beaucoup de gens à la culture imparfaite mais à la curiosité éveillée, France Culture représente une sorte de "cours de rattrapage", une radio où l'on peut parfaire son savoir, écouter d'authentiques érudits, s'ouvrir à un  monde intellectuel inaccessible par ailleurs. Quant à Télérama, l'histoire entre cet hebdomadaire "culturel" et moi est si vieille, si riche aussi d'évènements divers, que j'ai l'impression de l'avoir toujours pratiqué ; par exemple, j'ai beaucoup participé aux petits ateliers littéraires que le site web de Télérama proposait, et j'en ai gagné pas mal ! Et puis, j'ai toujours la  nostalgie du "forum des lecteurs de Télérama", dont la rubrique "à propos de tout et de rien" était pleine d'une humanité que je n'ai pas retrouvé ailleurs, hélas - le blog de Pierre Assouline étant bien trop rempli des mâchoires grandes ouvertes des alligators qui traînent par là. 

J'étais donc dans une rage folle quand le premier prix décerné par ces deux-là a été attribué à Bégaudeau. Entre les Murs est un récit à mon sens démagogique, dont  le héros ne m'inspire aucun bon sentiment. Mais le temps ayant passé, et puis ce titre "tu verras", étant en soi une promesse, je m'y suis risquée.

 

Et me voici de nouveau en colère ! 

 

Non contre l'auteur. Certes, Fargues utilise des "trucs" d'écriture contemporains, qu'on peut juger relevant du procédé. Par exemple, il évite soigneusement les inversions du sujet, dans une incise de dialogue. Ca donne ça :

 

"Bonjour. On m'a dit que vous aviez besoin d'un renseignement ?" il m'a demandé avec une surprenante courtoisie.

 

Cet "il m'a demandé", qui fait fi de la typographie et des règles de grammaire, ("m'a-t-il demandé") correspond bien entendu à l'esprit du temps. Comme le livre de Fargues est bourré d'i-pod, d'ordinateurs, de mails, de voyages low-coast, de marques de fringues, de Coca-Cola, de Face-Book f et de drogues à la mode, cela participe de la volonté de l'auteur d'ancrer son livre dans notre temps. On ne saurait lui  en tenir rigueur : c'est lui qui a raison, notre temps est ainsi... se dit-on dans un premier temps...

 

Fargues construit également son livre sur un thème vieux comme le monde, mais particulièrement utilisé dans notre société. C'est en effet l'histoire d'un père qui perd son fils de 15 ans, et n'arrive pas à s'en remettre. C'est tout ? Oui, c'est tout le sujet du livre, qui se termine perdu dans les sables africains,. Le héros, en effet, dans une tentative d'échapper à ses démons, s'envolera vers une Afrique sensée le "guérir", mais qui sera en fait aussi évanescente que tout le reste. Une sorte d'Okavengo en guise de non-fin... 

 

La perte d'un fils conçue comme révélateur de la vacuité d'un être. Fargues n'est pas Bégaudeau : il n'y a pas, chez lui, cette cuistrerie qui m'avait tant irritée qhez l'autre. Mais pourtant, l'arrière-plan de ce roman est accablant pour notre époque. Car le héros fait preuve de tant de démission, de veulerie, de complaisance pour son chagrin, de soumission à l'air du temps, qu'à la fin, impatientée, j'avais envie de le pousser de là, et de m'adresser au "vrai" héros du livre, ce fils qui prend la parole en quatrième de couverture, curieusement pour répéter les paroles de ce père.

 

Car ce qui ronge le héros, pendant tout le livre, c'est qu'il a joué le rôle du père vis-à-vis de son fils; Dit comme cela, cela semble absurde, pas vrai ? C'est pourtant ce qui est raconté là. Le héros se souvient de toutes les remarques qu'il a faites à son fils, sur ses goûts vestimentaires, la musique qu'il écoute, ses résultats scolaires, ses remarques quoi, toutes ordinaires. Et il s'en veut à mort de chaque remarque. Ainsi, à un moment, il offre à son flls un téléphone portable, mais le sermonne sur le forfait bloqué qu'il faudra respecter. Et dans le livre, il se fustige "ah, dire que je lui ai gâché ce moment, cette joie d'avoir un téléphone portable, en lui rappelant le forfait"... Et moi, lectrice en creux, j'ai vraiment envie de hausser les épaules. Parce que, déjà que nos enfants sont des rois, si en plus il faut se fustiger de leur apporter ce qui ressemble vaguement à une éducation... Pire encore. Le héros explique qu'en réalité, ce rôle de père ne correspond, chez lui, qu'à la soumission totale devant l'empire féminin. En clair, s'il se levait la nuit pour nourrir le bébé, c'est parce qu'il avait peur que sa compagne se barre s'il ne le faisait pas. Et comme les cris du bébé l'importunaient, il le pinçait sournoisement, le brutalisait (mais un peu, hein).

 

Quant à la mort du fils, tombé devant le métro et écrasé, bien entendu, l'auteur "remonte la piste" vers la "vraie" coupable. Une fille, évidemment, une lolita qui dédaignait son fils et poussait les ados à se mettre en danger : Nathalie Wood donnant le signal du départ de la course de la mort pour James Dean. Sauf que, chez Nicolas Ray, l'adolescente était magnifiée... Ce qui n'est certes pas le cas ici. Le héros déplore la mort de son fils, mais n'a que mépris pour ce que ce dernier aimait. Et il se torture en plus avec ça  ! 

 

Qui sont donc les lecteurs qui vont se retrouver dans ce livre ? 

 

Georg Christop Lichtenberg disait déjà au 18è siècle que si un livre est un miroir, un singe, s'y mirant, ne pourra y voir un apôtre. Certes, je ne demande pas à la littérature contemporaine de nous offrir des figures héroïques de saints, ou d'hommes "vertueux". Ni nous raconter l'histoire d'Ulysse, ou d'Hercule, ou même celle de Don Quichotte : c'est déjà fait. Certes, Camus fut le premier à décrire ses "étrangers" que sont pour de vrai, les hommes ordinaires. Mais cependant, tant de complaisance pour la veulerie de notre époque, tant d'exactitude dans la description des démissions de notre temps...

 

Une fois de plus,  comme pour Bégaudeau (mais Bégaudeau, lui, en prime, se regardait écrire, ce que ne fait pas Fargues), me voici devant un livre qui choque ce que je dois bien admettre être de la morale, chez moi. Et une fois de plus, je m'étonne et je grince : mes deux "mentors" préférés, France Culture et Télérama, semblent donc bien décidés à couronner, année après année, ce genre de littérature-miroir. Je subodore que, bientôt, ce ne sera plus un singe qui lira, mais le cul d'un singe.  

 

Ce prix devrait s'appeler "prix des romanciers post-Houellebecquiens". France Cul et Télérama ont-ils conscience qu'ils couronnent très précisément des livres ayant la même vision désenchantée, veule et complaisante qui fonde la conscience de l'écrivain Houellebecq (par ailleurs authentique écrivain ?) 

 

N'y a-t-il vraiment rien d'autre à couronner ? 

 

Aucune voix qui serait vraiment nouvelle ? 

 

(évidemment, je dis ça je dis rien. Mais si quelqu'un voulait bien en discuter, je serais ravie !) 

 

Voilà. Un livre dont la lecture m'a rendue triste. Non à cause de son sujet (qui certes n'est pas bien gai) mais à cause de qu'il dévoile de ses lecteurs...


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commentaires

JC 04/04/2011 19:21



Il faut reconnaître, Linaigrette, que je rêve de posséder votre allure, votre charme, votre prestance, au lieu de trimballer ma vulgarité ...


A propos, on se connaît ? Non ?... Vous jugez un peu vite, alors ...!



linaigrette 04/04/2011 13:41



... vous voyez Clopine, des fois vous êtes casse-pieds  mais des fois qu'est-ce
que j'aimerais avoir votre répartie... comme vous exposez très bien ce qui cloche et insupporte chez ce JC toujours mal intentionné, coucou de bogs, méprisant, vulgaire (et chez moi dans ma
campagne on dit) péteux!


linaigrette



lizagrèce 04/04/2011 09:54



J'aime bien cette  idée "de parodie" ..  Vous avez sans doute raison.



JC 04/04/2011 09:51



Sacré Clopine !


Alors, quoi ...? On ne peut plus être franc sans passer pour cuistre ? Il faut enrober dans un joli emballage cadeau pour être bien reçu ? Pour dire ce
que l'on ressens, il faut faire le courtois ? ... ce n'est pas ma tasse de thé !


Et rassurez vous, ce qui me structure, c'est une joie de vivre fantastique depuis l'âge de neuf ans. A cet âge là, je suis resté en vie de justesse, et
dans le plâtre 6 longs mois, ça aide à mesurer les petitesses... ! Cette épreuve m'a donné le goût du sport, des études, de la musique, de la bagarre entre amis, de la société des idées
et un amour violent pour l'action.


Quand aux blogueries, cela m'amuse beaucoup de me balader le matin et de remuer le merdier de la virtualité (y compris les trolls que j'adore). Pas vous
?


 



JC 03/04/2011 15:06



Talweg,


Demander à Clopine de renoncer à ses complexes " idiots" ? Mais voyons ... c'est la priver d'un passé qui la structure
!



clopine 04/04/2011 08:34



Mon cher JC, vous savez, ce qui "structure" les gens n'appartient pas qu'au passé... Tenez, vous-même (si vous me le permettez). L'avidité avec laquelle vous vous penchez sur les marmites du web,
dont les bouillons sont tournés si souvent par la longue cuillère infernale de sorcières invisibles, ne peut se comprendre à l'aide  du passé : vous n'êtes pas, comme Obélix, tombé dedans
quand vous étiez petit, vu qu'internet n'existait pas...


 


Qu'est-ce qui donc vous pousse, ainsi, à vous repaitre du spectacle des blogueurs-blogueuses - et à en profiter pour asséner, comme dans votre message d'hier -   écrit en rouge, comne une
maîtresse  corrigeant une copie, une leçon de psychologie un peu sommaire (comme la guitare de Bobby Lapointe), sans plus vous soucier de ce que pourra bien ressentir celle qui vous lira



 


Bonne journée à vous pourtant, JC, et pourtant je subodore qu'il est en fait inutile de s'adresser à vous pour tenter de vous faire ressentir le déplaisir  ressenti à lire votre message.
Essayons pourtant : croyez-vous  que parler de  quelqu'un, chez ce quelqu'un, sans même s'adresser à  lui directement, et en assénant des vérités psychologiques qui peuvent être
blessantes (comme souvent les opinions des élèves de première année des cursus de psy : ce sont les pires...), puisse être ressenti comme un acte amical ou bienveillant ? Imaginez-vous en visite
chez une connaissance, et  vous adressant, devant elle, à un autre visiteur, pour  asséner  à haute voix une vacherie sournoise sur votre hôte ou hôtesse. Je suis sûre que vous
estimeriez un tel comportement à sa juste valeur : une impolitesse confinant à la cuistrerie. 


Je pourrais vous retourner la pareille (mais excusez-moi, je n'irai pas chez Pierre Assouline prendre d'autres à témoin de mon opinion sur vous, je vais vous la servir directement....) :
 vous que votre solitude insensée entraînera encore et toujours à venir "chez les autres" pour venir y  faire en réalité ce que ma mère appelait "le mariole", demandez-vous donc ce qui
vous structure... 


 



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