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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 17:36

Après-midi chez Jim, en présence de la Dame des Services Sociaux, avec qui j'échange de lourds regards, pleins de  sous-entendus.

 

Douleur d'être devant Jim, d'évoquer son avenir, d' énumérer les béquilles (aides-ménagères, repas à domicile, dossiers administratifs, etc.) dont il a dorénavant besoin, sans sa participation...

Il est là, pourtant, et je me retourne sans arrêt vers lui, pour vérifier que nous sommes bien en train de faire ce qu'il veut. Je m'assure qu'il souhaite bien, toujours, rester seul, chez lui. Le coeur me pince, quand, de sa voix qui est encore plus douce depuis qu'il est malade, il convient qu'il a parfois des angoisses de solitude, mais que, oui, il préfère (encore) rester chez lui...

J'en veux à la terre entière, et encore, la terre, c'est trop  petit.

Comme je  réponds  à une question de  l'assistante sociale que cela fait 18 ans que je ne suis plus la compagne de Jim, et 12 ans que j'ai quitté la maison,  j'entends la voix de Jim qui arrive à articuler ce qui doit être, dans son esprit, une plaisanterie, mais qui me mord jusqu'au profond du ventre. "Elle a", explique-t-il à peu près à l'assistante, "capturé toute la musique et tous les livres, et quand elle a eu son compte, elle est partie". 

IL ne veut pas dire que j'ai emporté les containers de disques, de cd ou de bouquins qu'il y a dans cette maison, non. Je n'ai évidemment touché à rien... Il dit simplement que j'ai absorbé tout ce que j'ai pu de lui, et que, lorsque ma soif a été étanchée, je l'ai abandonné...

L'échange était-il donc si inégal ? Ne lui ai-je, à mon tour, rien donné, rien apporté ? Se sent-il volé dans ce qui faisait son être même, à savoir sa culture, son érudition, lui qui se plaignait déjà, il y a 20 ans, de s'ennuyer de moi, en ma présence même ...

 

Je veux croire qu'il plaisantait. C'est bien sa manière... Mais n'empêche, quelle morsure ! 

 

D'autant qu'il y a évidemment du vrai dans ce que Jim raconte. Pourrais-je écouter Schubert, si je ne l'avais pas connu ? La majorité des musiques que j'aime, et dont je me sers, ne me vient-elle pas de lui ? 

 

Je voudrais ce soir trouver le chemin de l'apaisement. Mais, entre la révolte, la culpabilité, l'impuissance et la douleur, cela ne va guère être facile, je le crains. Je me sens comme ces veuves, ces femmes laissées seules devant l'adversité, comme une femme irlandaise, en quelque sorte...

 

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Published by clopine - dans Vies de Jim
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commentaires

talweg 31/03/2011 18:44



Merci, d'abord, pour the Chieftains, même si ce qui vous a inspiré ce choix est amer, révolté, peiné, ...


On ne peux pas partager tant d'années la vie d'un être  et ne faire que lui prendre, je pense que vous le savez autant que moi, autant que nous tous. Nous passons nos vies à nous toucher et
à nous rencontrer, alors forcément, on se blesse et on s'arrache des larmes, mais pas que cela; On est tous des voleurs de vie. En même temps qu'on donne la nôtre aussi, tous les jours. Non?



clopine 31/03/2011 19:20



Merci à vous, Talweg. Je crois que j'avais simplement besoin d'entendre des mots comme les vôtres. je sais que les Eilzeihmer deviennent souvent amers, et injustes pour leur entourage. J'avais,
je crois, exempté par avance Jim de cette caractéristique-là. Mais la maladie le rattrape tellement : comment puis-je encore lui en vouloir, d'une parole maladroite ?


 


MERCI A VOUS ET A VOTRE PRECIEUSE AMITIE


 


cLOPINE 



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