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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 09:02

Nous devions aller à un concert de salsa avec des amis,  mais voilà : partis à 19 h du 9è arrondissement, nous ne sommes arrivés chez eux,  dans le quatorzième, qu'à 21 heures, après une traversée de Paris proprement dantesque. Des voitures partout, une sorte de gigantesque bouchon, des voies barrées, des travaux de voirie dans tous les coins, et à l'arrivée, une tournée du quartier, désespérée et énervante, pour ne PAS  trouver une seule place le long des longs trottoirs...

 

La voiture, prise par précaution de la fermeture du métro la nuit, était devenue un piège asphyxiant.

 

Le lourd sac de pommes à la main, je suis arrivée chez nos potes harrassée, le sang aux tempes,  gênée de notre retard qui allait les (et nous) priver d'une sortie,  et avec une seule question aux lèvres : mais COMMENT FAITES-VOUS ?

 

Comment faites-vous pour supporter la densité humaine des trottoirs et des rues,  les queues partout,  les tensions  omniprésentes, le bruit, la laideur urbaine cotôyant de majestueuses beautés architecturales, la crasse et les tags soulignant les vitrines splendides  gorgées d'objets rutilants,   la misère et la folie, et puis ce monde coupé en deux, les termites par-dessous et le luxe par-dessus, et cette indifférence butée, ce repli sur soi, ce refus de voir la mendiante, l'enfant apeuré, cette course qui emmène toute cette foule on ne sait où, au fond de quels couloirs carrelés, et ces voitures bouchonnées le matin sur trois, quatre, cinq voies,  qui, intra-muros,  surgissent de partout, qui n'ont plus de "mobile" que la fin de leur nom, bloquées qu'elles sont derrière un "feu" impassible et glacé, pour aller, dans un hoquet, un soubresaut, s'immobiliser devant le feu, le pare-chocs suivants  ?

 

L'appartement de nos amis (contrairement à Clopin, je n'y étais jamais allée...) est grand, clair, dépouillé par endroits,  avec des pièces à vivre aux murs blancs rehaussés de quelques grandes toiles post-figuratives ou abstraites,  espace ponctué  de petites pièces fonctionnelles (salle de bains, cuisine) au charme délicat et désuet, avec un long couloir étroit ("bien pratique pour jouer au ballon", ai-je appris...). Il  y fait visiblement bon vivre. Nos amis sont aussi calmes et détendus que leur habitat. Leur jeune fils, curieux  comme un chat,  aiguisé comme une belette et caressant comme un petit lapin, est charmant. Comment faire coïncider cette atmosphère paisible avec la folie nerveuse du dehors ?

 

Ils ont tenté de m'expliquer.

 

D'abord, pas de bagnole. Oh, ils ont bien une voiture, mais elle n'est certes pas garée dans Paris : remisée en Normandie ! Cela fait cinq ans, environ, que "les places dans le quartier, c'est fini". Ils ont donc pris leurs dispositions...

 

Certes, notre amie a presque une heure de déplacement, le matin, le soir, pour rejoindre la cité de la Musique où elle travaille. Mais une partie du trajet se fait en bus, à pied aussi, en traversant des jardins et avec son fils à ses côtés. Ce sont des moments où "elle voit les saisons changer" en admirant les arbres des parcs et allées, et où elle dialogue avec le jeune garçon. Et puis elle n'a pas la tension de l'horaire, au moins pour elle  : pas de pointeuse pour ce qu'elle fait.

 

Et le soir, ou pour les déplacements qui ne sont pas quotidiens, il y a le taxi.

 

Quant à lui,  qui a moins de contraintes horaires et dont la profession nécessite surtout des déplacements longs, souvent à l'étranger, il  a mis en place des stratégies pour utiliser de la meileure manière le temps de ses déplacements parisiens, qu'il reconnaît nombreux et longs. A lui la lecture ou la tablette...

 

Oh, certes, nos amis ne sont pas dupes d'eux-mêmes. Ils savent parfaitement qu'il faut  des ressources financières suffisantes pour profiter de tout ce que la Ville peut offrir de plaisirs intellectuels ou artistiques, pour capter sa beauté, ce  dont ils profitent pleinement. 

 

Et ils ont raison, bien entendu : je me prends de plein fouet  la brutalité et l'indifférence de la Ville parce que je n'y vis pas, et que je dois absorber en quelques heures  cette  violence  qui se dégage de la termitière humaine. Si j'y résidais, je comprendrais, j'admettrais, l'indifférence à autrui qui  est si palpable,  dans le métro par exemple. Je construirais ma "bulle" (suivant l'expression de notre ami) qui permet de cotôyer sans s'impliquer, sous peine de pression intolérable, la foule. Je ferais comme eux : m'approprier la fantastique énergie qui se dégage du tout, m'en nourrir et en jouir, en laissant de côté sa violence  sous-jacente.

 

Bon, je commence à comprendre. Plus qu'une bulle, je comparerais, moi, les passagers du métro à des billes,  qui, si jamais elles entrent en collision, peuvent provoquer des éclats que l'on pressent violents. Un plein sac de billes, de toutes couleurs, de toutes dimensions, certaines aussi éclatantes et colorées qu'une oeuvre de Niki de Saint-Phalle, d'autres aussi grises et modestes  qu'un peu de terre. Mais toutes durcies et compactes, hermétiques et fermées sur elles-mêmes : condition de la survie...

 

Et la Ville elle-même ressemble à l'oeuvre de Niki. Paris est une Nana ! Dilatée, éclatante, distribuant  la beauté,  la couleur  et  l'énergie à foison  :

 

Nanas.jpg

 

 

Bref, fantastique !

 

Mais aussi déliquescente, comme ce Père que Niki tue à bout portant, explosant son sexe à la forme d'avion, et aussi cruelle, égoïste et dure, comme ce crâne émaillé, splendide et froid :

 

 

crane.jpg

 

Dont aucune photo de ne peut rendre la démesure (on peut entrer dedans !)

 

 

Ah là là. Je confirme donc : Paris vaut bien une messe, Niki une bonne heure de queue, et non, les Parisiens ne sont pas fous  à lier : juste assoiffés d'énergie...

 

(même si notre amie reconnaît qu'il vaut mieux être jeune, et sans contraintes, pour jouir de cette Ville superbe et démesurée !)

 

Le lendemain, Clopin, qui a vécu à Paris étudiant et qui enfile cette ville comme un manteau, dans lequel il retrouverait instantanément l'énergie de la jeunesse, a entrepris de me faire changer d'opinion sur le métro. Je crois n'avoir jamais autant éclaté de rire sous terre ! Je vous raconte ?

 

fontaine.jpg

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