bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
Quand Télérama et France Culture avaient attribué leur prix commun à François Bégaudeau, pour le livre "'entre les murs", j'avais été curieuse. Appâtée par ces deux tuteurs, j'avais donc acquis le livre, l'avais lu, pour le rejeter bientôt aussi violemment qu'on hoquette. Hors les murs de ma demeure ! De curieuse, j'étais devenue furieuse !
Vous me direz que son adaptation cinématographique, par l'honnête Laurent Cantet, a sans doute sublimé un livre racoleur et démagogique, écrit par un opportuniste littéraire ? Je n'en sais rien. Trop en colère d'avoir été dupée par la recommandation de mentors que j'estime, d'une part, et par la vision de mes contemporains tombant un par un dans la soupe à la mode de la compromission, de l'autre, je n'ai jamais voulu voir ce film. IL portait si évidemment, sur lui, une date de péremption, ce que les vrais films ignorent superbement, hantant les mémoires et les cinémathèques longtemps après que leurs auteurs se soient tus. Ce qui ne sera évidemment pas le cas de cet "entre les murs", prisonnier de la médiocrité de son cuistre scénariste, et aussi rapidement "hors des mémoires " qu'il y est entré.
Et ma déception colérique s'était étendue à ce prix "France Culture-Télérama", qui aurait dû, selon moi, rechercher non à tendre un miroir faussé par la démagogie à nos contemporains, mais couronner une vraie écriture littéraire, un auteur authentiquement préoccupé de l'art d'écrire. J'avais donc juré de ne pas boire de cette eau-là...
Et pourtant, je suis en train de faiblir. Le nouveau couronné; Nicolas Fargue, est pourtant physiquement "à la mode", avec son visage anguleux et un regard d'une clarté bleue - Bégaudeau possédait lui aussi ce type de physique contemporain, qui relève plus des canons du dandysme que de la solidité antique - ce qui pourrait éveiller ma méfiance. Mais son parcours semble révéler un authentique artiste, qui, en plus, ne boude pas son plaisir ""aujourd'hui, je fais ce que j'aime par dessus tout", dit-il. Et, à l'exact inverse du cuistre Bégaudeau, cet auteur-là ne semble pas tricher...
Le titre du livre "tu verras", est à la fois un défi et une promesse. Malgré mes résolutions (mais que celui qui n'a jamais changé d'avis me jette la première pierre), je suis en train de succomber (ma carte bleue aussi, mais le bleu est visiblement la couleur de cette écriture-ci, et qui se ressemble s'assemble).
Mais je jure solennellement que, si je suis une fois de plus déçue, ça va chier des pointes avec Télérama et France Culture. Ces deux entités s'en foutent bien, me direz-vous ? Tant pis. D'une manière ou d'une autre, ils ne l'emporteront pas au paradis, mais, voués aux gémonies par votre humble servante, ils devront porter sur leur front la tache microscopique, invisible peut-être, dérisoire sûrement, mais bien réelle, de mon exécration.
"On" verra !
(mais en attendant, berçons-nous un peu)