bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
Je ne sais pas vous, mais plus je vieillis, plus je suis sensible à la poésie.
Cela m'étonne, tant ce genre désuet ne se prolonge guère, aujourd'hui, que dans les vers des rappeurs et des slameurs - et je n'apprécie ni Eminem, ni le Grand Corps Malade, tout en reconnaissant leur pertinence, et en comprenant le goût qu'ils peuvent susciter... Mais mes pas me portent vers le classique Bordas, plus que vers les petites scènes obscures des rues et des bars.
Bon, je crois pourtant que la poésie ne peut mourir , car tout un chacun a un rapport maternel à cette forme de mise en mots, comme à sa propre langue. Perso, à 5 ans et demi, j'avais (péniblement) écrit mon tout premier poème - chef d'oeuvre impérissable, tout droit sorti des comptines enfantines de la maternelle supérieure. Ca disait ça :
"Trois petits oiseaux
tout jaunes
dans trois petits nids
Le premier dit
"Je suis le canari".
J'avais vaguement eu l'intention de poursuivre la description des deux derniers oiseaux, mais je manquais cruellement de rimes en "i", alors, épuisée, je m'étais arrêtée là, ouf. Tel quel, mon poème avait cependant déclenché l'enthousiasme de ma mère, qui était bonne cliente de mes productions : cela m'avait disposée favorablement au monde poétique.
J'y ai eu accès comme tout le monde, scolairement, entre certains poèmes "choisis" de Prévert, Hugo, Rimbaud ou Verlaine, et aussi grâce aux alexandrins des tragédies raciniennes. Ca n'était certes pas désagréable, mais de là à vous faire monter les larmes aux yeux...
Cependant, très tôt, j'ai aimé Apollinaire. Tout me séparait pourtant de lui, et surtout l'érudition ébouriffante que je lui prêtais. Quand je lisais "la Chanson du Mal Aimé", je butais sur les Cosaques Zaporogues (et google n'existait pas encore !), l'époux royal de Sacontale et tous les mots précieux, rares, dont il parsème ses poèmes. Ce contraste entre l'absolue simplicité de ses chansons, d'une part ("Sous le Pont Mirabeau coule la Seine" : allez faire plus simple, vous), la modernité de ses sujets (il écrit parfois de façon si prosaïque ce qu'il vit, et n'oublie pas de célébrer, sans cesse, la vitesse des automobiles, les prouesses techniques, les temps nouveaux qui arrivent,) de l'autre, et enfin, les archaïsmes dont il parsème son écriture, ce contraste me rendait encore plus humble devant lui.
Si l'on m'avait demandé quel était le plus grand de nos érudits, j'aurais sans hésité cité Apollinaire, puis Hugo.
Comme j'ai personnellement un "problème" avec l'érudition, disons comme le grand regret de ma vie est de ne pas avoir été une érudite, j'ai fait ce que font tous les autodidactes. J'ai beaucoup lu... Mais sans ordre, sans méthode, guidée uniquement par mon goût Et aujourd'hui, quand je me "frotte", par exemple chez Assouline, à d'authentiques savants, bardés de diplômes, passant leur vie à ça, je suis partagée entre le respect, l'admiration devant leurs analyses savantes, mais aussi l'étonnante constatation que j'ai beaucoup appris, mine de rien, et que je ne suis pas une si mauvaise lectrice..
Sans en avoir les bases, j'ai acquis, je crois, les "rudiments de l'érudit" (c'est joli, ça, non ?) - et c'est pourquoi, toute proportions gardées évidemment, je me suis retrouvée complètement dans cette notation d'Apollinaire, qui me le rend encore plus cher :
"Quoi qu'on dise, je ne suis pas un grand liseur, je ne lis guère que les mêmes choses depuis mon enfance et je ne me suis jamais adonné à la lecture d'une façon méthodique, et si je suis lettré, ce que je crois, c'est plutôt par un goût naturel qui me fait bien sentir l'intensité de vie et de perfection d'un ouvrage soit d'art, soit de littérature, soit d'autre chose, c'est plutôt par une sorte d'intuition, dis-je, que par l'étude. (...) Je suis comme ces marins qui dans les ports passent leur temps au bord de la mer, qui amène tant de choses imprévues, où les spectacles sont toujours neufs et ne lassent point (..)"
Apollinaire, lettre à Henri Martineau, 1913.
Je ne saurais vous dire le bien que m'a fait la découverte de cette notation, "sincère dans son ensemble" reconnaît sobrement le biographe, Pascal Pia.
Du coup, je suis bien moins intimidée devant les messieurs savants, et les belles dames arrogantes, de la République des Livres. Je me souviens des vers de Guillaume, mon ami, mon frère !, sur le Paon :
"Quand il fait roue, cet oiseau
Dont le pennage traîne à terre
Apparaît encore plus beau
Mais se découvre le derrière"
et je ris sous cape...
Clopine
PS : au fait, voilà, j'ai enlevé toutes les pubs potentielles, tous les bandeaux overblog, tous les "référencements", bref, tout ce qui pourrait faire connaître ce blog autrement que par le bouche à oreille. Ce n'est pas ça qui va faire grimper mon "blogrank" ou mon classement "wiki", quant aux sous, oublions !
Mais en fait, je me dis que cela n'a aucune importance - et je crois que j'ai raison. La notoriété m'irait comme un tablier à une vache, je crois bien. Petit soupir quand même, mais baste ! Il faut savoir qui on est, en fait. Et je suis une inconnue, tout bonnement.