bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
J'en appelle à Eole, et à tous les vents ! - le zéphir et l'aquilon, certes, mais aussi le Mistral, l'Autan, la Traverse, la Burle, la Lombarde jusqu'à l'écorche-vel : qu'est-ce que vous foutez, tous, enfin vous les vents de France ? Pourquoi ne les soutenez-vous pas, ne les portez-vous pas, pourquoi ne pas leur offrir vos rapides coulées, votre aisance, vos souffles enfin ? Ne voyez-vous donc pas que je les attends ?
Mes yeux ne sont pas assez puissants pour les attirer, ma tête renversée ne peut que scruter l'azur, mes mains ne peuvent servir à autre chose qu'à ouvrir la porte de la grange... Seuls les vents pourraient les aider à revenir auprès de ma maison. Mais rien, depuis une semaine désormais j'attends - aucune longue queue ne vient cisailler le ciel au-dessus des toits, aucun "piouuuu" ne vient réclamer son dû, et l'ancien nid de terre séchée reste vide, malgré le soleil, les jonquilles qui se balancent, et les insectes qui, commençant à déplisser leurs bourdonnements, pourraient nourrir mes hirondelles.
Chaque année, j'ai peur qu'elles ne reviennent pas. Clopin s'en fait beaucoup moins - n'ont-elles pas déjà colonisé la nouvelle étable, où le nid de l'année dernière les attend ? Mes craintes sont pour lui absurdes, et il se remet tranquillement à planter le romarin, la ciboulette, le basilic ou l'armoise dont nous aurons besoin cet été. Mais moi, c'est tout de suite que j'ai besoin de mes hirondelles. Contrairement à ce que dit la chanson, c'est elles qui font, pour moi, le printemps...
Je veux les voir glisser sur l'aile et rentrer, dans un virevoltant looping, sous la grange. Je veux les admirer - elles sont pour moi comme des alliées, comme des grains de féminité dans ce Beaubec si masculin. Je manque de compagnie féminine, voilà. Oh, certes, j'ai l'habitude. Ce doit être à cause de mon enfance, où je traînais derrière mes frères - et puis aussi le fait que je ne suis en rien sexuellement agressive (pour dire ça comme ça) - toute ma vie j'ai manqué de compagnie féminine. Jeune fille, je m'effrayais d'être sans arrêt avec des garçons, et je recherchais des amitiés de filles, sans les obtenir vraiment, à part quelques notables exceptions bien sûr mais.... Encore aujourd'hui, quand je m'apprête à passer une soirée amicale mais que je me rends compte qu'une fois de plus, je serai la seule fille autour de la table, j'ai un petit pincement au coeur. Certes, je n'arrive pas bien à partager l'univers féminin disons "traditionnel". Les magazines spécialisés ont une tendance à me glisser des doigts, et je préfère toujours une bonne discussion politique, avec coups de gueule si besoin, à n'importe quelle séance de shopping, où je suis, il me faut l'avouer, carrément nulle. (Clopinou s'en plaint, d'ailleurs, parce que malgré tout le soin que j'ai de lui, je n'arrive pas à m'intéresser à ses achats. Il me traîne parfois, à force de supplications ou de menaces, une ou deux fois l'an, dans les magasins, mais je manque tellement d'air là-dedans, je m'ennuie si fort qu'en bougonnant il me rend ma liberté : il m'installe devant le rayon librairie et vient me chercher quand il a fini). Mais enfin, toutes les filles ne se reconnaissent certes pas dans ces modèles convenus, dont les fameux "blogs de filles" sont souvent l'émanation déplaisante à mon goût. Je dois reconnaître aussi qu'en venant habiter à Beaubec, je savais bien que je n'améliorerais pas le modèle. Certes, Clopin doit avoir, comme chacun d'entre nous, une part de féminité. M'enfin elle est bien cachée, dirons-nous... Bef, c'est sûrement ma faute, quoi.
Bah ce n'est pas si grave, parce que j'ai mes hirondelles, et que je peux peupler mon univers d'images à ma convenance, si j'ai besoin de féminité autour de moi. Ici même, si je veux !