bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
... Prenons le parti d'en rire un peu. Rien n'est si sérieux que cela, et surtout pas la littérature. IL y a des gloires mondiales, reconnues, estampillées et tout, qui en prenaient bien à leur aise - je pense à l 'inénarrable Alexandre Dumas (le père), qui se permettait, au beau milieu du roman "historique" de la "Dame de Montsoreau", d'intituler ses chapitres ainsi :
"Où il est traité de deux personnages importants de cette histoire que le lecteur avait depuis quelque temps perdus de vue" (page 427, quand même)
et de récidiver au chapitre suivant, page 437 : " lequel n'est autre chose que la suite du précédent, écourté par l'auteur pour cause de fin d'année".
Ce genre de galipettes suppose une certaine foi dans la connivence qui peut lier un auteur à ses lecteurs, surtout quand ces derniers font l'effort de sortir leur porte-monnaie pour avoir la suite de leur feuilleton, pas vrai ? Et puis, elle est touchante, cette "fin d'année" (laquelle ? 1878 ?) , cause de l'écourtement du chapitre, et qu'on devine d'ici avoir été fêtée généreusement...
Bon, même si je n'arrive décidément pas à établir la moindre connivence, et qu'on me renvoie sans arrêt à ce que je devrais être, devrais faire, devrais dire, devrais écrire et peut-être encore plus devrais taire, je m'en vais continuer un peu.
D'autant que je viens de découvrir que ce je croyais le plus difficile au monde, à savoir un texte littéraire, n'était que de la gnognotte.
Je vous assure que c'est vrai.
Le plus difficile au monde, c'est de réaliser un documentaire sur la vie rurale, et de vouloir le diffuser dans un festival dit "Festival Cinéma en Campagne", où justement la vie rurale et le cinéma sont sensés s'entrelacer dans un baiser langoureux.
Ben vous m'en direz des nouvelles.
Entre le projectionniste au bord de la crise de nerfs ("parce que je pourrais m'énerver parce que moi je suis projectionniste de cinéma et que les DVD ben c'en est pas et que je ne sais pas, moi, comment on passe du 4/3 en 16/9"), la directrice du festival qui ne sait plus où donner de la céphalée, le membre dévoué de l'association, par ailleurs notaire de l'endroit, qui se rend compte (mais un peu tard) qu'il faudrait peut-être donner un tour un peu légal à toute l'affaire et réclame des attestations timbrées (elles aussi...), le réalisateur qui se raidit tel le poireau à l'idée de projeter son film avec un vidéoprojecteur datant , ou peu s'en faut, de l'arrivée du train dans la gare de la Ciotat, la caissière qui, affolée, a vendu le dernier billet vendable hier au soir à minuit et se retrouve avec tout le conseil municipal de Mesnil Lieubray qui, légitimement (c'est eux qui ont donné une partie des sous), veulent poser leurs culs (terreux ou non) sur le velours peluché de rouge du cinéma Les Ecrans de Gournay-en-Bray pendant que les spectateurs "normaux" commencent à renauder salement dirons-nous, entre la vaillante présidente de l'assiociation locale qui commence à promettre des projections supplémentaires en veux-tu en voilà (ouh là ouh là ouh là...), et bien, au beau milieu de tout ça, ce qu'on trouve ça reposant, l'écran blanc, les petites élucubrations, les discrets jeux de mots et la solitude existentielle de l'écrivain...
(Notez quand même que je ne dis pas "Fontaine, je ne boirai plus de ton eau. Parce que le cinéma, pour de vrai, c'est passionnant quand même...)