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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:01

... Prenons le parti d'en rire un peu. Rien n'est si sérieux que cela, et surtout pas la littérature. IL y a des gloires mondiales, reconnues, estampillées et tout, qui en prenaient bien à leur aise - je pense à l 'inénarrable Alexandre Dumas (le père), qui se permettait, au beau milieu du roman "historique" de la "Dame de Montsoreau", d'intituler ses chapitres ainsi :

 

 "Où il est traité de deux personnages importants de cette histoire que le lecteur avait depuis quelque temps perdus de vue" (page 427, quand même)

 

et de récidiver au chapitre suivant, page  437 : " lequel n'est autre chose que la suite du précédent, écourté par l'auteur pour cause de fin d'année".

 

Ce genre de galipettes suppose  une certaine foi dans la connivence qui peut lier un auteur à ses lecteurs, surtout quand ces derniers font l'effort de sortir leur porte-monnaie pour avoir la suite de leur feuilleton, pas vrai ? Et puis, elle est touchante, cette "fin d'année" (laquelle ? 1878 ?) , cause de l'écourtement du chapitre, et qu'on devine d'ici avoir été fêtée généreusement... 

 

Bon, même si je n'arrive décidément pas à établir la moindre connivence, et qu'on me renvoie sans arrêt à ce que je devrais être, devrais faire, devrais dire, devrais écrire et peut-être encore plus devrais taire, je m'en vais continuer un peu. 

 

D'autant que je viens de découvrir que ce je croyais le plus difficile au monde, à savoir un texte littéraire, n'était que de la gnognotte. 

 

Je vous assure que c'est vrai.

 

Le plus difficile au monde, c'est de réaliser un documentaire sur la vie rurale, et de vouloir le diffuser dans un festival dit "Festival Cinéma en Campagne", où justement la vie rurale et le cinéma sont sensés s'entrelacer dans un baiser langoureux. 

 

Ben vous m'en direz des nouvelles.

 

Entre le projectionniste au bord de la crise de nerfs ("parce que je pourrais m'énerver parce que moi je suis projectionniste de cinéma et que les DVD ben c'en est pas et que je ne sais pas, moi, comment on  passe du 4/3  en 16/9"),  la directrice du festival qui ne sait plus où donner de la céphalée, le membre dévoué de l'association, par ailleurs notaire de l'endroit, qui se rend compte (mais un peu tard) qu'il faudrait peut-être donner un tour un peu légal à toute l'affaire et réclame des attestations timbrées (elles aussi...), le réalisateur qui se raidit tel le poireau à l'idée de projeter son film avec un vidéoprojecteur datant , ou peu s'en faut, de l'arrivée du train dans la gare de la Ciotat,  la caissière qui, affolée, a vendu le dernier billet vendable hier au soir à minuit et se retrouve avec tout le conseil municipal de Mesnil Lieubray qui, légitimement (c'est eux qui ont donné une partie des sous), veulent poser leurs culs (terreux ou non) sur le velours peluché de rouge du cinéma Les Ecrans  de Gournay-en-Bray pendant que les spectateurs "normaux" commencent à renauder salement dirons-nous, entre la vaillante présidente de l'assiociation locale qui commence à promettre des projections supplémentaires en veux-tu en voilà (ouh là ouh là ouh là...), et bien, au beau milieu de tout ça, ce qu'on trouve ça reposant, l'écran blanc, les petites élucubrations, les discrets jeux de mots et la solitude existentielle de l'écrivain...

 

(Notez quand même que je ne dis pas "Fontaine, je ne boirai plus de ton eau. Parce que le cinéma, pour de vrai, c'est passionnant quand même...)

6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 08:56

 

Alors, voilà comment ça se passe, les dérapages qui transforment un blog en patinoire.  

 

 

premier bout de  commentaire, de talweg, il y a trois jours.

 

Musique moderato cantabile, petit saut type boucle piquée, glissade contrôlée jusqu'à l'angle sud de la patinoire : 

 

"Eh bien , sur télérama , les autres com' expriment ce que j'en pense; je n'ai jamais été abonné mais je l'ai lu en bibli. Faut arrêter de leur donner vos sous, Clopine, c'est de l'asservissement volontaire à ce stade! Ne le prenez pas mal, ça ne veut pas dire que vous êtes une idiote inculte! là aussi, faut arrêter de  vous enfumer toute seule, ça tourne à l'autocomplaisance! Vous avez bien assez de distance pour envoyer paître les Bégaudeau et autres Fargue... alors? Voulez pas vous lâcher un peu avec vos complexes?"

 

Mais voici le commentaire du commentaire de talweg par JC, il ya trois jours, où l'on note la brièveté sèche du double salco qui lui permet de soulever un peu de poussière de glace sous ses lames aiguisées : 

 

"Talweg,

Demander à Clopine de renoncer à ses complexes " idiots" ? Mais voyons ... c'est la priver d'un passé qui la structure !"

 


J'interviens, passablement énervée certes, et je tente à mon tour la traversée de la patinoire en diagonale  en petits pas plus ou moins bien  équilibrés, mais ça devrait impressionner le jury quand même :

 

"Mon cher JC, vous savez, ce qui "structure" les gens n'appartient pas qu'au passé... Tenez, vous-même (si vous me le permettez). L'avidité avec laquelle vous vous penchez sur les marmites du web, dont les bouillons sont tournés si souvent par la longue cuillère infernale de sorcières invisibles, ne peut se comprendre à l'aide  du passé : vous n'êtes pas, comme Obélix, tombé dedans quand vous étiez petit, vu qu'internet n'existait pas...

Qu'est-ce qui donc vous pousse, ainsi, à vous repaitre du spectacle des blogueurs-blogueuses - et à en profiter pour asséner, comme dans votre message d'hier -   écrit en rouge, comne une maîtresse  corrigeant une copie, une leçon de psychologie un peu sommaire (comme la guitare de Bobby Lapointe), sans plus vous soucier de ce que pourra bien ressentir celle qui vous lira ? 

Bonne journée à vous pourtant, JC, et pourtant je subodore qu'il est en fait inutile de s'adresser à vous pour tenter de vous faire ressentir le déplaisir  ressenti à lire votre message. Essayons pourtant : croyez-vous  que parler de  quelqu'un, chez ce quelqu'un, sans même s'adresser à  lui directement, et en assénant des vérités psychologiques qui peuvent être blessantes (comme souvent les opinions des élèves de première année des cursus de psy : ce sont les pires...), puisse être ressenti comme un acte amical ou bienveillant ? Imaginez-vous en visite chez une connaissance, et  vous adressant, devant elle, à un autre visiteur, pour  asséner  à haute voix une vacherie sournoise sur votre hôte ou hôtesse. Je suis sûre que vous estimeriez un tel comportement à sa juste valeur : une impolitesse confinant à la cuistrerie. 

Je pourrais vous retourner la pareille (mais excusez-moi, je n'irai pas chez Pierre Assouline prendre d'autres à témoin de mon opinion sur vous, je vais vous la servir directement....) :  vous que votre solitude insensée entraînera encore et toujours à venir "chez les autres" pour venir y  faire en réalité ce que ma mère appelait "le mariole", demandez-vous donc ce qui vous structure... "

 

JC nous exécute alors une pirouette un peu casse-gueule, certes, mais qui devrait ravir le juge soviétique (merde, z'ont disparu ceux-là...) et en tout cas témoigne d'un louable effort de communication : 

 

"Sacré Clopine !

Alors, quoi ...? On ne peut plus être franc sans passer pour cuistre ? Il faut enrober dans un joli emballage cadeau pour être bien reçu ? Pour dire ce que l'on ressens, il faut faire le courtois ? ... ce n'est pas ma tasse de thé !

Et rassurez vous, ce qui me structure, c'est une joie de vivre fantastique depuis l'âge de neuf ans. A cet âge là, je suis resté en vie de justesse, et dans le plâtre 6 longs mois, ça aide à mesurer les petitesses... ! Cette épreuve m'a donné le goût du sport, des études, de la musique, de la bagarre entre amis, de la société des idées et un amour violent pour l'action.

Quand aux blogueries, cela m'amuse beaucoup de me balader le matin et de remuer le merdier de la virtualité (y compris les trolls que j'adore). Pas vous ?

 

 

Intervention de Linaigrette, arrivant sur la glace  avec l'intention d'allumer le feu, et  apportant pour ce faire sa bouteille d'huile d'olive vierge première pression à froid :

 

"... vous voyez Clopine, des fois vous êtes casse-pieds icon_biggrin.gif mais des fois qu'est-ce que j'aimerais avoir votre répartie... comme vous exposez très bien ce qui cloche et insupporte chez ce JC toujours mal intentionné, coucou de bogs, méprisant, vulgaire (et chez moi dans ma campagne on dit) péteux!"

 

 

JC abandonne alors les patins et fonce enfiler les gants de boxe. Crochet du gauche  :

 

 

"Il faut reconnaître, Linaigrette, que je rêve de posséder votre allure, votre charme, votre prestance, au lieu de trimballer ma vulgarité ...

A propos, on se connaît ? Non ?... Vous jugez un peu vite, alors ...!"

 

 

 

Tête  de Clopine, se rendant compte que sa patinoire devient chaude bouillante. Intervention à l'huile de coude, histoire de remettre le tout sur feu doux : 


 cf billet "Tope-là"

 

 

Noble attitude de JC qui, se croisant les bras sur la poitrine et prenant l'air offensé d'un sénateur romain à qui l'on propose un peu d'empire sur lui-même, en appelle carrément à la constitution américaine  :

 

 

 

"TOUT CE QUI LIMITE L'EXPRESSION LIBRE*  EST UNE CONNERIE MAJEURE !

*au sens du premier amendement de la Constitution des Etats Unis"

 


 

 

 

 

Voilà, nous en sommes là, et j'aimerais assez que nous puissions y rester...

bises à vous, Lavande, Lizagrèce. Et très bonne journée !

 


5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 10:16

Je voudrais revenir sur les commentaires acerbes d'hier (entre JC, Linaigrette et moi-même) d'hier, que j'aurais du modérer et que j'ai pourtant pubiés, tout en le regrettant  : comme me l'a rappelé Linaigrette hier, j'ai un "sens de la répartie" dirons-nous, qui peut, je le sais, correspondre à une bonne morsure, comme celle d'un  chien pas trop aimable et légèrement éructant. 

Le problème est de savoir si ce chien mordeur, que j'abrite en moi comme chacun d'entre nous, réagissait à une agression délibérée, une tentative de caresse ou une simple maladresse. 


Car bien entendu, je ne réagis que blessée. Le problème, c'est évidemment l'intention. Quand celui qui vous blesse n'en avait pas vraiment l'intention, mais croyait juste vous balancer une vanne "complice", ou une remarque banale, ou un clin d'oeil, et que "vous le prenez mal", le ouèbe accentue toujours le malaise, comme un crayon gras peut durcir le bord d'une paupière. 

 
Car si chacun d'entre nous possède, dans son écurie mentale, des "grands chevaux"  trop  vite enfourchés,  pour un simple mot de travers, le ouèbe est toujours un miroir grossissant. Les lectures s'y font en diagonale, et surtout l'on ne dispose pas de tous les signes non-dits,  présents dans les conversations réelles - un sourire, un clin d'oeil, un regard, la position d'un corps ou d'une main, la nonchalance d'une position ou la raideur d'une nuque, la battement nerveux de doigts sur une table ou le balancement des genoux sousget-attachment-2.aspx-copie-2.jpeg une chaise.

 

Tant de signes qui permettent, en face à face, de décrypter l'intention cachée derrière une phrase, et que nous n'avons pas sur le net.

Nos communications virtuelles se font donc "à l'aveugle", nous ne disposons même pas de la finesse des antennes des escargots, qui  leur permette de faire connaissance (et plus si affinités,et pourtant, un escargot, c'est par forcément très causant, n'est-ce pas).

 

 

Avec toute notre science des mots, nous restons, sur le ouèbe, des éléphants dans des magasins de porcelaine. 

 

Je vous propose donc, vous tous dont j'aime tant les visites et qui sont le sel de mon expérience des blogs, d'adopter une "charte", élaborée par un écrivain de ma connaissance , et qui me semble à la fois être de bon sens, et permettre de ne pas monter les mayonnaises qui, même sans la présence de nos amis les trolls, étouffent un blog...

 

voici donc cette CHARTE DES COMMENTAIRES, que je vous propose d'adopter TOUS ICI, y compris moi-même n'est ce pas  : 

 

  1. "Sur un sujet de fond, tout avis contraire se doit d’être argumenté de façon construite et civile. Une opinion contraire n’est pas une argumentation. Une expérience personnelle contraire constitue un contre-exemple, mais pas une argumentation non plus. Une opinion comme une expérience ont de la valeur et sont instructives pour tous. Prenez cependant garde à ne pas les considérer comme des généralités.
  2. Lire soigneusement ce à quoi l’on réagit, qu’il s’agisse d’un billet ou d’un commentaire. La quasi-totalité des discordes sur Internet naissent d’une partie qui a lu en diagonale l’opinion d’une autre ou y a vu ce qu’il voulait y voir, puis réagit simplement pour le plaisir de susciter une controverse. Cette attitude est une façon cachée, souvent inconsciente, de nourrir l’ego : les réponses successives sont autant de flatteries obliques pour le trublion. Je ne tomberai pas dans ce piège et j’invite tout le monde à faire de même. Pour avoir vu le siphon d’énergie et de temps que cela peut susciter, je n’ai aucune tolérance pour ce genre d’attitude.
  3. Les comportements insultants sont prohibés. Par là, je n’entends pas seulement les insultes directes mais le mépris, la condescendance, les déclarations péremptoires, en particulier envers la communauté.
  4. C’est l’évidence, mais les lois en vigueur sur l’expression publique s’appliquent également ici. Vous êtes responsables de vos paroles. Si je tombe sur un commentaire raciste, homophobe, discriminatoire et j’en passe, j’expédie dans la rue son auteur à coups de New Rock dans le fondement plus vite qu’il ne le faut pour dire « Tijuana – New York ».


Par ailleurs, ce blog est un blog d’auteur. Cela veut dire qu’en-dehors de la rigolade, des considérations outrageusement nombrilistes indigènes à tout blog, il s’y trouve également des opinions et des humeurs, plus ou moins énervées. Un billet d’humeur ne se fait pas sans une thèse forte et, parfois, un soupçon de mauvaise foi et d’humour noir. Vous avez tout loisir de disconvenir de la thèse en respectant les règles ci-dessus. En revanche, c’est mon bar et je le tiens comme je l’entends. Ce n’est pas une démocratie."

 

Bon, je fais miennes ces sages paroles... En y ajoutant que plutôt qu'un "bar", je vois Clopineries comme un jardin, un peu labyrinthique parfois, où l'on s'égare sur des chemins un peu philosophiques ou littéraires, mais où j'espère bien qu'on respire parfois le parfum des fleurs  (et les "narcisses" peuvent  y  être de toute beauté, mais oui, mais oui)...

 

 

AA2_1515.jpg 

 

Alors, les gars, les filles, on tope là ? 

 

 

 

 

3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 10:40

"- Combien tu me donnes ?

- ?

- Combien tu me donnes pour que je ne rappelle pas X et que je lui raconte que tu as dit qu'il te faisait chier ?

- !

- Bien sûr, tiens, que j'ai son numéro... Alors, combien ?"

 

 

 

 

 

 

"- Ma prof d'histoire, elle est pas terrible. 

- ?

- Ben parfois, elle arrête le cours parce qu'elle dit qu'il y a trop de guerres et que ça la dégoûte alors on passe à la géographie...

- ! 

- Ben ouais, elle devrait faire animatrice de club tricot plutôt que prof d'histoire, c'est bien ce qu'il me semble aussi..."

 

 

 

"- Ben non, je ne veux pas me lever pour aller chercher la moutarde. T'as qu'à le faire toi-même.

- ?!!!

-  De toute manière, vous ne savez pas vivre vous les vieux. Nous, à la cantine, par exemple, on ne boit presque jamais parce qu'il faut aller remplir la carafe. Ou alors, si j'ai vraiment très très soif, je vais à la fontaine, mais je ne prends que l'équivalent d'un verre d'eau, je reviens, je me sers et puis comme ça les autres ils doivent se lever eux aussi.

- ???

- Ben c'est mieux que de faire semblant d'avoir envie de rendre service, c'est des trucs de vieux ça.

- !!!!!!!!!!!!!!!!

- Allez, fais pas ta manouche, la voilà ta moutarde. Ma vieille."

 

 

 

-" Mais non, tu n'y connais rien, elle est très bien ma prof de français,  elle est là pour nous faire avoir le bac  alors elle nous dit comment faire techniquement et c'est tout point barre et si elle devait nous faire le coup de la littérature aaaaahhhhh Marcel Proust aaaaaaahhhhh elle tiendrait pas  deux secondes tu te rends pas compte comment ils sont les autres moi je la trouve très bien et toi franchement tu passerais même pas la porte."

 

 

 

 

 

 

-"De toute manière c'est même pas la peine que t'essaies parce que les jeux vidéo c'est comme les livres.

- ?

- Ben oui, pour apprécier un livre faut d'abord savoir lire. Les jeux vidéo c'est pareil faut avoir la culture technique et les outils et toi...

- ???

- Ben toi tu les auras jamais c'est comme ça c'est même pas la peine d'essayer. Tu peux définitivement plus. T'es fichue d'avance, quoi. Game over."

 

2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 09:30

 

Dans la série "autopromotion du documentaire de Clopin  qui sort samedi prochain et même que sans moi il aurait été vachement moins bien d'abord", je ne résiste pas au plaisir de vous renvoyer sur le site de l"auteur "d'art-en-ciel", (prénommé Laurent) qui raconte la prise de vues aériennes qui clôt la Bergère et l'Orchidée. 

 

Laurent fait du parapente, et de la photo. 

 

Pour élargir son rayon d'action, (parce qu'en Normandie, les pentes sont plutôt faibles), il pratique le parapente à moteur : le sien s'appelle paravroum... Et vend les photos très belles qu'il prend de là-haut.

 

C'est un sport évidemment très dangereux : déjà, le parapente "normal" l'est. Des parapentistes chevronnés et prudents ont trouvé la mort, parce qu'une bourrasque les projetait contre la paroi d'une falaise. Alors, imaginez qu'avec un moteur lourd, qui certes vous donne de la puissance et permet des vols assez longs, mais qui déséquilibre quand même votre attelage, vous êtes vraiment dépendant de votre matériel. Laurent se méfie des lignes à haute tension, des frondaisons... Et fait preuve d'une patience remarquable, pour attendre que les bonnes conditions soient réunies.

 

Je crois qu'il était content que Clopin prenne des photos de lui, (que vous pouvez donc voir  sur son site), au décollage et à l'atterrissage. Et moi j'étais contente aussi d'assister à la séance, parce que le parapentiste à moteur se transforme, une fois harnaché, en une sorte de gros insecte assez fabuleux : et pour compléter l'illusion, les quelques secondes qui lui suffisent, une fois réunies, pour déployer son aile, mettre le moteur en route et s'élever très rapidement, rappellent irrésistiblement l'envol d'un bourdon, ou d'une abeille, à la fin de la collecte de nectar... 

 

Et cette métamorphose-là n'a rien de poignant, contrairement à celle de Kafka. C'est au contraire magique, et entraînant comme un voyage sur un tapis volant. De plus, le parapente ne laisse absolument aucune trace dans la nature : pas d'équipement au sol, pas d'emprise - cela allait si bien avec le propos du film que, là encore, c'était une évidence... 

 

Et comme le vent souffle partout, quelle jolie promenade de le laisser s'emparer de vous... Non ?

1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 11:03

J'avais promis à Lizagrèce (je crois que c'est bien Lizagrèce) de rendre compte de ma lecture du dernier prix France Culture/Télérama : "tu verras", de Nicolas Fargues.

 

9782818013137.gif

 

Je vais bien entendu tenir ma promesse, mais avec une certaine répugnance, je le crains. 

 

Plus que du livre lui-même, j'ai envie de parler de ses lecteurs.

 

Et plus que du prix remporté, des motivations du jury.

 

IL faut savoir que cette nouvelle entité : "TELERAMA et FRANCE CULTURE" - qui décerne désormais un prix littéraire, signifie  beaucoup pour moi . Comme beaucoup de gens à la culture imparfaite mais à la curiosité éveillée, France Culture représente une sorte de "cours de rattrapage", une radio où l'on peut parfaire son savoir, écouter d'authentiques érudits, s'ouvrir à un  monde intellectuel inaccessible par ailleurs. Quant à Télérama, l'histoire entre cet hebdomadaire "culturel" et moi est si vieille, si riche aussi d'évènements divers, que j'ai l'impression de l'avoir toujours pratiqué ; par exemple, j'ai beaucoup participé aux petits ateliers littéraires que le site web de Télérama proposait, et j'en ai gagné pas mal ! Et puis, j'ai toujours la  nostalgie du "forum des lecteurs de Télérama", dont la rubrique "à propos de tout et de rien" était pleine d'une humanité que je n'ai pas retrouvé ailleurs, hélas - le blog de Pierre Assouline étant bien trop rempli des mâchoires grandes ouvertes des alligators qui traînent par là. 

J'étais donc dans une rage folle quand le premier prix décerné par ces deux-là a été attribué à Bégaudeau. Entre les Murs est un récit à mon sens démagogique, dont  le héros ne m'inspire aucun bon sentiment. Mais le temps ayant passé, et puis ce titre "tu verras", étant en soi une promesse, je m'y suis risquée.

 

Et me voici de nouveau en colère ! 

 

Non contre l'auteur. Certes, Fargues utilise des "trucs" d'écriture contemporains, qu'on peut juger relevant du procédé. Par exemple, il évite soigneusement les inversions du sujet, dans une incise de dialogue. Ca donne ça :

 

"Bonjour. On m'a dit que vous aviez besoin d'un renseignement ?" il m'a demandé avec une surprenante courtoisie.

 

Cet "il m'a demandé", qui fait fi de la typographie et des règles de grammaire, ("m'a-t-il demandé") correspond bien entendu à l'esprit du temps. Comme le livre de Fargues est bourré d'i-pod, d'ordinateurs, de mails, de voyages low-coast, de marques de fringues, de Coca-Cola, de Face-Book f et de drogues à la mode, cela participe de la volonté de l'auteur d'ancrer son livre dans notre temps. On ne saurait lui  en tenir rigueur : c'est lui qui a raison, notre temps est ainsi... se dit-on dans un premier temps...

 

Fargues construit également son livre sur un thème vieux comme le monde, mais particulièrement utilisé dans notre société. C'est en effet l'histoire d'un père qui perd son fils de 15 ans, et n'arrive pas à s'en remettre. C'est tout ? Oui, c'est tout le sujet du livre, qui se termine perdu dans les sables africains,. Le héros, en effet, dans une tentative d'échapper à ses démons, s'envolera vers une Afrique sensée le "guérir", mais qui sera en fait aussi évanescente que tout le reste. Une sorte d'Okavengo en guise de non-fin... 

 

La perte d'un fils conçue comme révélateur de la vacuité d'un être. Fargues n'est pas Bégaudeau : il n'y a pas, chez lui, cette cuistrerie qui m'avait tant irritée qhez l'autre. Mais pourtant, l'arrière-plan de ce roman est accablant pour notre époque. Car le héros fait preuve de tant de démission, de veulerie, de complaisance pour son chagrin, de soumission à l'air du temps, qu'à la fin, impatientée, j'avais envie de le pousser de là, et de m'adresser au "vrai" héros du livre, ce fils qui prend la parole en quatrième de couverture, curieusement pour répéter les paroles de ce père.

 

Car ce qui ronge le héros, pendant tout le livre, c'est qu'il a joué le rôle du père vis-à-vis de son fils; Dit comme cela, cela semble absurde, pas vrai ? C'est pourtant ce qui est raconté là. Le héros se souvient de toutes les remarques qu'il a faites à son fils, sur ses goûts vestimentaires, la musique qu'il écoute, ses résultats scolaires, ses remarques quoi, toutes ordinaires. Et il s'en veut à mort de chaque remarque. Ainsi, à un moment, il offre à son flls un téléphone portable, mais le sermonne sur le forfait bloqué qu'il faudra respecter. Et dans le livre, il se fustige "ah, dire que je lui ai gâché ce moment, cette joie d'avoir un téléphone portable, en lui rappelant le forfait"... Et moi, lectrice en creux, j'ai vraiment envie de hausser les épaules. Parce que, déjà que nos enfants sont des rois, si en plus il faut se fustiger de leur apporter ce qui ressemble vaguement à une éducation... Pire encore. Le héros explique qu'en réalité, ce rôle de père ne correspond, chez lui, qu'à la soumission totale devant l'empire féminin. En clair, s'il se levait la nuit pour nourrir le bébé, c'est parce qu'il avait peur que sa compagne se barre s'il ne le faisait pas. Et comme les cris du bébé l'importunaient, il le pinçait sournoisement, le brutalisait (mais un peu, hein).

 

Quant à la mort du fils, tombé devant le métro et écrasé, bien entendu, l'auteur "remonte la piste" vers la "vraie" coupable. Une fille, évidemment, une lolita qui dédaignait son fils et poussait les ados à se mettre en danger : Nathalie Wood donnant le signal du départ de la course de la mort pour James Dean. Sauf que, chez Nicolas Ray, l'adolescente était magnifiée... Ce qui n'est certes pas le cas ici. Le héros déplore la mort de son fils, mais n'a que mépris pour ce que ce dernier aimait. Et il se torture en plus avec ça  ! 

 

Qui sont donc les lecteurs qui vont se retrouver dans ce livre ? 

 

Georg Christop Lichtenberg disait déjà au 18è siècle que si un livre est un miroir, un singe, s'y mirant, ne pourra y voir un apôtre. Certes, je ne demande pas à la littérature contemporaine de nous offrir des figures héroïques de saints, ou d'hommes "vertueux". Ni nous raconter l'histoire d'Ulysse, ou d'Hercule, ou même celle de Don Quichotte : c'est déjà fait. Certes, Camus fut le premier à décrire ses "étrangers" que sont pour de vrai, les hommes ordinaires. Mais cependant, tant de complaisance pour la veulerie de notre époque, tant d'exactitude dans la description des démissions de notre temps...

 

Une fois de plus,  comme pour Bégaudeau (mais Bégaudeau, lui, en prime, se regardait écrire, ce que ne fait pas Fargues), me voici devant un livre qui choque ce que je dois bien admettre être de la morale, chez moi. Et une fois de plus, je m'étonne et je grince : mes deux "mentors" préférés, France Culture et Télérama, semblent donc bien décidés à couronner, année après année, ce genre de littérature-miroir. Je subodore que, bientôt, ce ne sera plus un singe qui lira, mais le cul d'un singe.  

 

Ce prix devrait s'appeler "prix des romanciers post-Houellebecquiens". France Cul et Télérama ont-ils conscience qu'ils couronnent très précisément des livres ayant la même vision désenchantée, veule et complaisante qui fonde la conscience de l'écrivain Houellebecq (par ailleurs authentique écrivain ?) 

 

N'y a-t-il vraiment rien d'autre à couronner ? 

 

Aucune voix qui serait vraiment nouvelle ? 

 

(évidemment, je dis ça je dis rien. Mais si quelqu'un voulait bien en discuter, je serais ravie !) 

 

Voilà. Un livre dont la lecture m'a rendue triste. Non à cause de son sujet (qui certes n'est pas bien gai) mais à cause de qu'il dévoile de ses lecteurs...


31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 17:36

Après-midi chez Jim, en présence de la Dame des Services Sociaux, avec qui j'échange de lourds regards, pleins de  sous-entendus.

 

Douleur d'être devant Jim, d'évoquer son avenir, d' énumérer les béquilles (aides-ménagères, repas à domicile, dossiers administratifs, etc.) dont il a dorénavant besoin, sans sa participation...

Il est là, pourtant, et je me retourne sans arrêt vers lui, pour vérifier que nous sommes bien en train de faire ce qu'il veut. Je m'assure qu'il souhaite bien, toujours, rester seul, chez lui. Le coeur me pince, quand, de sa voix qui est encore plus douce depuis qu'il est malade, il convient qu'il a parfois des angoisses de solitude, mais que, oui, il préfère (encore) rester chez lui...

J'en veux à la terre entière, et encore, la terre, c'est trop  petit.

Comme je  réponds  à une question de  l'assistante sociale que cela fait 18 ans que je ne suis plus la compagne de Jim, et 12 ans que j'ai quitté la maison,  j'entends la voix de Jim qui arrive à articuler ce qui doit être, dans son esprit, une plaisanterie, mais qui me mord jusqu'au profond du ventre. "Elle a", explique-t-il à peu près à l'assistante, "capturé toute la musique et tous les livres, et quand elle a eu son compte, elle est partie". 

IL ne veut pas dire que j'ai emporté les containers de disques, de cd ou de bouquins qu'il y a dans cette maison, non. Je n'ai évidemment touché à rien... Il dit simplement que j'ai absorbé tout ce que j'ai pu de lui, et que, lorsque ma soif a été étanchée, je l'ai abandonné...

L'échange était-il donc si inégal ? Ne lui ai-je, à mon tour, rien donné, rien apporté ? Se sent-il volé dans ce qui faisait son être même, à savoir sa culture, son érudition, lui qui se plaignait déjà, il y a 20 ans, de s'ennuyer de moi, en ma présence même ...

 

Je veux croire qu'il plaisantait. C'est bien sa manière... Mais n'empêche, quelle morsure ! 

 

D'autant qu'il y a évidemment du vrai dans ce que Jim raconte. Pourrais-je écouter Schubert, si je ne l'avais pas connu ? La majorité des musiques que j'aime, et dont je me sers, ne me vient-elle pas de lui ? 

 

Je voudrais ce soir trouver le chemin de l'apaisement. Mais, entre la révolte, la culpabilité, l'impuissance et la douleur, cela ne va guère être facile, je le crains. Je me sens comme ces veuves, ces femmes laissées seules devant l'adversité, comme une femme irlandaise, en quelque sorte...

 

Published by clopine - dans Vies de Jim
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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 07:47

Quelle bonne surprise, ce matin, de découvrir deux messages de "Dexter"  (voir commentaires ci-dessous, sous le fil "ouah ouah") , cet internaute primesautier qui sauva, un temps, la Républque des livres des vilains petits chacals qui se sont installés là-bas comme chez eux, , comme  leurs lointains ancêtres, grimpés  sur le bide de ce pauvre Paphnuce, profession anachorète (*),  dans le livre de  "Thaïs" écrit par  Anatole France : à savoir la jalousie, la haine, la médiocrité...

 

Et puis, pouf ! Plus de Dexter : ça remuglait fort, du coup, l'haleine empoisonnée de l'ennui, sur cette République des livres  où nous nous sommes croisés, jadis,  Dexter et moi. 

 

Non que Dexter ne soit pas capable, tout comme un autre, de proférer des énormités ou d'être (un peu trop) content de lui. Mais il le fait avec une telle ingénuité que, malgré nos désaccords fondamentaux, je lui ouvre carrément tout grands les bras.

 

Par ici, Dexter, que je vous fasse une grosse bise ! Vous m'avez manqué, pas qu'à moi, à la Rdl entière, qui, je crois, vous recevrait comme on ouvre grand une fenêtre sur le printemps, le jaune des jonquilles, la pâleur des narcisses et les pépiements des oiseaux. Si vous étiez gentil, vous iriez y faire un tour...

 

Mais avant tout, vous raconter le grand sourire que j'ai esquissé, en vous lisant. N'allez pas alléguer un quelconque vertige dû à la boisson, comme vous le faites dans votre second message, pour justifier votre  adresse à ma modeste personne !

 

 Vous vous êtes souvenue de moi, tant vous étiez trop content d'"attraper la main dans le sac de la justice" un certain Michel Onfray, objet de vos exécrations coutumières, et de taquiner celle qui, de temps en temps, prend la défense du philosophe "populaire et libertaire". Votre parfaite mauvaise foi, en l'occurrence, amenait  une semonce sentencieuse de ma part, dont vous vous délectiez d'avance, garnement que vous êtes. Et pourquoi pas ?

 

Je pourrais aussi, tout simplement, vous renvoyez  aux explications fournies par Michel Onfray lui même , en octobre 2010, sur ce sujet précis (la plainte en justice contre son voleur). Mais je sens bien que cela ne vous convaincrait pas...

 

Aussi je vous propose, à ce sujet de pousser votre raisonnement jusqu'au bout

 

Bon, pour ceux qui nous lisent,  n'auraient pas suivi et auraient la flemme de cliquer sur les liens indiqués, , il s'agit d'une painte déposée par Michel Onfray envers un employé de maison qu'il avait embauché via une association de réinisertion, et qui s'est barré avec le contenu d'une cave bourrée à ras bord de grands crus et quelques autres menus objets.

Dexter prend évidemment, à grands coups de toge, le parti du " pauvre hère " contre le "notable" qu'est à ses yeux Onfray, coupable de succès de librairies lui assurant de confortables revenus. 

 

Et Dexter m'apostrphe à ce sujet, se délectant à l'avance, avec malice, de mon embarras. Mais il en sera pour ses frais : Car, contrairement à ce que votre malice attendait de moi, je dois reconnaître que je suis entièrement d'accord avec vous, Dexter.

 

Onfray n'est qu'un gros minable, en l'occurrence. 

En vrai, il  n'avait qu'une chose à faire : imiter l'évêque Bienvenue.

 

Vous vous souvenez ?

 

Quand  le  voleur du brave évêque, une fois attrapé, baisse "misérablement"  le nez devant lui, Victor  Hugo est formel sur la conduite à tenir.

 

Onfray aurait dû  évidemment s'en tenir strictement à la description de l'épisode. 

 

Il aurait dû attraper les deux dernière bouteilles de Saint Emilion cru 1998 (une bonne année pour les grappes de l'épuipe de France) qui restaient dans sa cave, s'approcher de son voleur et lui dire doucement, en fourrant les bouteilles de force dans les poches du sweat-shirt à capuche  piqué  chez Tati par son obligé   : " tu as  oublié ces deux- dernières-là, mon brave ami, et prends-les,  puisque je t'ai déjà donné le reste, à savoir  toute la cave que le pépé avait léguée (pouah, l'héritage, quel vol) à ma compagne. Mais en les sifflant à ta manière de gros malpropre, toi qui  as le gosier qu'une armure d'acier matelasse (alors que ce nectar est la quintessence du génie agricole humain et demande donc un palais éclairé),  n'oublie pas, n'oublie jamais que tu m'as  promis d'employer cette biture   à devenir honnête homme. "

 

Voilà ce qu'Onfray aurait dû faire, je suis bien d'accord avec vous, Dexter ! Et le fait que, pour un athée militant comme lui, c'est un peu dur de suivre l'exemple d'un évêque hugolien n'a rien à voir avec l'affaire.

 

Aussi, je suis bien d'accord avec vous : qu'on lui coupe la tête. A Onfray, hein, pas à son soiffard de voleur.  

 

Qu'on lui coupe la tête ! Je suis sûre que chez vous, au-dessus de la cheminée empire (car on ne peut vous imaginer, mon très cher Dexter, qu'avec une cheminée empire (des sens))par-dessus laquelle la tête d'Onfray, empaillée sur le crochet de votre ressentiment à son égard, serait du meilleur effet... 

 

(je réponds à votre second post un peu plus tard dans la matinée. Mais dieu que c'est bon, de converser avec vous...)

 

Votre fidèle

 

Clopine 

 

(*) anachorète, c'est un moindre mal. Songez qu'on a connu aussi des cénobites. Et les cénobites tranquilles, c'est un ordre difficile à respecter,  pour une vilaine athée comme moi. 

 

28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 10:12

Et si on écoutait la voix "deschiens" ?

 

Francois Morel

 

 

Published by clopine
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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 09:50

 

Un procès se déroule actuellement, qui oscille entre le dérisoire et le grotesque. Pierre Perret assigne le journal "le Nouvel Observateur" en justice, pour le "grave" motif suivant : il aurait réellement été l'ami de Léautaud, contrairement à ce qu'a affirmé une journaliste de l'hebdomadaire. 

 

D'autre part, Perret estime que la renommée de Brassens est quelque peu exagérée : d'après lui, Brassens aurait même jalousé son succès à lui, Perret.

 

Bon, toute l'histoire tient dans un verre d'eau, pas vrai ? Le coup du procès, je trouve cela excessif (vu que c'est nos sous qui que quoi, et  s'il n'y a que ça à juger en France, ben ma brav'dame je ne comprends pas pourquoi les magistrats font la gueule pour "manque d'effectifs".) Quant à l'opinion de Perret sur Brassens, on s'en tape un peu, pas vrai non plus ? 

 

On a juste envie de lui dire que ce n'est pas bon, d'attraper le melon comme il le fait. Certes, les métiers artistiques sont généralement fondés sur un narcissisme persistant, qui  enveloppe d'un nuage rose, flatteur et psychotrope vos réels mérites. Mais en vrai, je le trouve à la limite attendrissant, moi, Perret. En fait, je le crois sincère - rien de mieux que l'autopersuasion... 

 

Et puis ça me permet de comprendre un peu mieux ce qui s'est passé entre Clopin et moi, à propos du film documentaire de ce dernier "la Bergère et l'Orchidée". Je suis qualifiée, au générique, de "conseillère artistique". Ca aussi, ça pourrait vite fait me faire attraper le melon... Mais en vrai, mon rôle a été bien plus de m'engueuler tant et plus avec Clopin.

Sauf que "préposée aux engueulades constructives", ça n'existe pas dans la nomenclature cinématographique... 

 

Bon, Clopin ayant disons une personnalité assez affirmée, les commanditaires-assistantes à la réalisation du documentaire en question  (les deux copines de l'association qui ont monté l'affaire), avaient sans doute une certaine appréhension à s'opposer à lui. D'autant qu'il était le seul, de toute la troupe, à posséder les outils techniques requis (manipulation des logiciels de vidéo, maîtrise de la caméra, art du cadrage, montage des séquences, bref, un vrai homme-orchestre à lui tout seul). Et  S. et E. sont plutôt de charmantes femmes, certes obstinées et tenaces (sinon, le film n'aurait jamais vu le jour), mais point du genre à affronter un Clopin point trop commode,  par la face Nord. 

 

Ca, ça m'était réservé...

 

Mais il y avait autre chose qui explique l'intensité des frictions que ce fichu foutu film a provoquées, entre Clopin et moi. J'ai mis longtemps à comprendre que, derrière ses "fins de non-recevoir" de telle ou telle idée (parfois entérinées trois jours après), ou dans les "bagarres de paternité" (moi persuadée d'avoir émis une idée la première, Clopin haussant les épaules "mais j'y avais pensé aussi, bien avant toi, ma pauvre fille. Tu crois que j'ai besoin de toi pour avoir des idées ?), il y avait en fait nos années de vie commune. 

Prenons un exemple concret. Un des plans du film montre Jeanne en double, se faisant face en quelque sorte. A droite, une photo d'elle à 20 ans. A gauche, la même aujourd'hui, en mouvement, à reculons. Dans les deux cas, le geste de Jeanne est le même (elle appelle ses chiens).

 

Eh bien, si je dis aujourd'hui à Clopin un truc du genre "tu vois que j'ai eu raison de te suggérer ce plan-là", il va s'étrangler d'indignation. Or, je suis absolument sincère (comme Perret...) : je me revois dans l'étroit laboratoire, au début du montage du film, regardant la photo de Jeanne jeune (en plein écran) et  disant à voix haute que la photo de Jeanne à 20 ans est bien, certes, mais qu'elle n'est pas à sa place, qu'il vaudrait mieux la relier au plan actualisé de Jeanne... Nous sommes donc sincères tous les deux, puisque lui, qui a réalisé le plan en question, a en fait si bien intégré ma suggestion qu'il se l'est complètement appropriée. Ou bien il y a pensé en même temps que moi, ce qui est possible aussi. Et comme lui ne parle pas, mais qu'il fait les choses, du coup, il me refuse ce que je considère être ma "spécificité" (disons un mélange d'idées et aussi de "mots posés").

 

J'ai fait surtout ça, en réalité, dans ce travail : j'ai posé des mots, beaucoup. Je n'hésitais pas à rappeler à Clopin le but du film, le cheminement qui avait été décidé, et je le bousculais en lui demandant si tel plan (certes fort beau) servait le propos de manière efficace. Je pouvais même aller jusqu'à lui suggérer de carrément le supprimer (ce qui lui fait toujours mal aux seins, car Clopin est un hyper sensible de l'image, bien plus que tout le reste...)

 

En fait je l'agaçais terriblement. Je sentais bien qu'il me considérait comme une sorte de mouche du coche, lui qui passait des heures et des heures à peaufiner les images, les sons, les transitions ; qui tentait de rendre à l'écran l'émotion qu'un personnage comme Jeanne fait naître, tout en respectant  le cahier des charges demandé par nos commanditaires (un film-outil, qui doit permettre d'impliquer des "acteurs locaux" autour d'une problématique écolo) ; le tout avec moi sur le dos, qui le remettais sans arrêt en cause alors que je n'y connais rien, ni à photoshop ou je ne sais quel logiciel de montage, ni aux images... 

 

Bon, je dois reconnaître aussi que mes mots posés, même s'ils me valaient des remarques acerbes, des haussements d'épaules et un ton excédé, arrivaient cependant à germer quelque peu. Clopin m'entendait, pour de vrai, et a intégré la plupart de  mes remarques dans son travail. 

 

Mais comme nous sommes, eh oui, un vieux couple, et plutôt volcanique, ça passait par le conflit. D'où mon sentiment d'injustice :  des avis autour du film, il y en a eu beaucoup, de copains qui passaient, d'amis professionnels de l'image ou de personnes impliquées. Et si Clopin les entendait eux aussi, tous ces avis, et pouvait en tenir compte, il ne se permettait pas, par contre, d'engueuler leurs émetteurs.

 

Maintenant que le film est fini (et que le dernier plan, le plus problématique parce qu'il s'agissait d'une vue aérienne, est "dans la boîte), je revois toutes ces engueulades. Je m'entends dire "est-ce que je peux te dire quelque chose sans que tu m'envoies chier ?" et je subis  encore, rétrospectivement,  l'agacement de Clopin.

 

Mais ça valait le coup.

 

J'ignore absolument l'accueil qui sera fait à ce film, qui n'est finalement qu'un fort modeste documentaire, mais les mots que j'ai posés me l'ont rendu cher, et de plus, je reconnais à chaque image la marque de Clopin. Ce serait déjà suffisant pour me le rendre précieux.

 

Mais il l'est d'une autre manière encore : il y a, dans "La Bergère et l'Orchidée", une adéquation entre la forme et le fond, qui en fait à mon sens une réussite. Quiconque s'essaie à une création, quelle qu'elle soit, sait que l'écueil est là. Une oeuvre est réussie quand la matière qui la compose participe de son projet, du but pour lequel elle est conçue. La phrase de Proust est en parfaite adéquation avec le projet de La Recherche, par exemple . L'opposition de Quichotte et Pança, émanation du seul et unique  cerveau de Cervantès, est le ressort même de ce "livre du double" qu'est le Don Quichotte... les exemples sont infinis.

 

Eh bien, (toutes proportions gardées évidemment) la modestie du projet de la Bergère et de l'Orchidée, le fait que ce film ait été réalisé par un seul homme, quasiment, avec trois francs, six sous, (et quand je dis trois francs six sous... Je crois qu'en tout, on n'atteint même pas les 6000 euros, contre 50 000 pour n'importe quel documentaire FR3), le bénévolat même dont il est issu, tout cela, en fait, sert son propos. Le portrait de Jeanne en sort encore plus émouvant, et démonstratif, puisque le film et son sujet partagent la même obsession : faire bien, avec peu. Cela a été, évidemment, la devise de Jeanne, toute sa vie. C'est (ou plutôt c'était, car les choses ont bien changé là aussi)  l'obsession du monde rural, et cela va à contre-courant de notre société dite "de consommation".  La matière de la Bergère et de l'Orchidée  ? Un simple film de quasi-amateur, porté par le regard d'un Clopin (qui prône lui aussi, pour son propre saint,  les vertus de la modération, de la sobriété). La vie de Jeanne porte la marque de la frugalité, de l'économie, de la retenue. En fait, ce portrait-là est un grand film pudique, en trente-cinq minutes et des poussières... Et sa lenteur même, son côté lancinant, sa construction en trois temps et sa boucle finale (la dernière image reprenant la première...), illustre encore la vie aux champs. 

(et je m'en fiche bien si je suis seule à le remarquer. Je sais que j'ai raison. Et si je suis aussi énervante qu'un Pierre Perret aux prétentions démesurées, baste, tant pis. Personne ne pourra m'engueuler avec autant de constance que Clopin, alors, je suis blindée...) 

 

En tout cas, et quelle que soit la suite des opérations, je suis contente d'avoir participé à cette entreprise, même si c'est de manière ténue, via mes mots. Je sais bien que je n'ai guère que cela : mon truc à moi est en plume, voilà tout.

Mais si nous décidons, Clopin et moi, d'aller plus avant dans l'aventure, nous ferons des stages, lui de vidéo, moi d'écriture de scénario. Pourquoi pas ? Nous sommes tous deux comme des animaux marins qui auraient entendu  des signaux sonores, imperceptibles peut-être à d'autres, qui se seraient lancés sur la piste, et n'auraient pas l'intention de la perdre...

 

 

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