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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 13:19

Comme chaque année, le même "souci" (si c'en est un, en ces temps troublés où l'on en est à se demander "Londres brûle-t-il"  ?) se pose à tous les jardiniers. C'est que les récoltes arrivent toutes ensemble. Certes, les haricots verts sont fondants, les fèves succulentes avec un filet d'huile d'olive et de la menthe fraiche, les prunes sucrées à souhait et les courgettes à la peau d'un vert sombre, encore si tendres. 

 

Mais tout ceci se déverse sur la table du jardin, comme la lave s'échappant d'une corne d'abondance sans fin. Et j'avoue que, malgré mon goût du haricot, quand il est fin, sans fil, se mangant tout seul, j'ai un peu de mal à le voir servi jour après jour à ma table...

 

Alors je ruse, et invente des recettes - tenez, rien que pour vous, voici la RECETTE DES COURGETTES DE QUAND CA FAIT DEJA 8 FOIS QUE VOUS EN CUISINEZ ET QU 'IL VA Y AVOIR FORCEMENT DE JUVENILES PROTESTATIONS. 

 

Bon, avant tout, n'oublions pas que, malgré le temps pourri (je vous écris chaussettes au pied et pull sur le dos), nous sommes encore en août. Les journées sont longues - la recette peut donc prendre tout le temps qu'elle nécessite. Et puis, autre avantage, vous pouvez la confectonner entre 19 et 20 heures, c'est-à-dire en écoutant Michel Onfray vous raconter les délires orgasmiques de Reich à la radio (ça vaut le jus, parce que ce pauvre Reich s'est à mon avis fortement égaré dans sa recherche cosmique des orgons sexuels qui nous bombarderaient tous, à condition d'aller s'étendre dans une baignoire au fond du jardin, m'enfin bref). 

 

Donc, prenons une belle courgette à la forme orgasmique  tout court et coupons-là en deux. Evidées à la petite cuillère, façon barques amérindiennes (eh oui, j'ai fait du canoë à Québec cet été), revêtues d'un filet d'huile, plaçons les deux morceaux au four, et zou pour une demi-heure de cuisson. Pendant ce temps, faites cuire une belle pomme de terre, de l'ail, des tomates, la chair de courgette, et écrasons le tout façon purée. Rajoutons un peu de crème (car nous sommes en Normandie) et un demi-neufchâtel bien fait (on peut enlever la croûte si elle est trop avancée). Remettons le tout dans les courgettes évidées, façon ramequins végétaux, et hop ! Un nouveau petit tour au four...

 

Au moment de servir, coupez tout fin des petites feuilles de basilic et servez avec des dés de jambon à l'os. 

 

Le muscadet est recommandé, mais nous n'en avions pas. Nous n'avions pas non plus la table du jardin, sous la vigne, les bougies dans les verres de pots de yaourt, la nappe à fleurs et le jardin qui respire autour de nous, pendant que les hirondelles répètent leurs loopings, piqués, et virages sur l'aile. Mais, même sans ça, nous avons oublié que nous mangions pour la neuvième fois de la courgette... 

7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 12:14

Non, je ne vous parlerai pas du "Kairos" cher à Pierre Assouline, cet instant qui passe et qu'il convient d'attraper par les cheveux, mais pourtant, il y a de ça ! Figurez-vous qu'après avoir vaincu le labyrinthe du R.P.C.A. et avoir, d'un pas  mal assuré, franchi la porte du CNC avec la montagne de photocopies requises, la vaillante équipe de BEAUBEC PRODUCTIONS a touché le Graal,  c'est-à-dire le f...  b... de m... de Visa d'Exploitation du film "la Bergère et l'Orchidée", oui oui, celui-là même qui a rempli nos soirées de l'hiver dernier... 

 

C'est donc sous le fier numéro 130325 que nous avons remporté le loto   le droit d'exploiter l'Oeuvre Commune, qui a déjà provoqué des tonnerres d'applaudissement dans le monde entier dans les quatre salles où elle fut projetée,  à savoir ceci :

 

 

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Exploitons, donc, gaiement ! Si vous aussi vous voulez tout savoir sur les bergères, les orchidées et accessoirement la biodiversité en pays de Bray, une seule chose à faire : commander dès maintenant ce superbe DVD pour la somme modique de 16 euros.

 

Comment faire, allez-vous me demander en piaffant d'impatience ? 

 

très simple ! Vous envoyez un chèque, signé de préférence, à :

 

l'ASSOCIATION BRAYONNE DYNAMIQUE

BP 5 

76440 SERQUEUX,

 

d'un montant de 16 euro par DVD, plus les frais de port, soit 1 euro quarante-cinq en courrier normal (c'est suffisant, mais si vous voulez assurer, c'est 2,66 en enveloppe suivie); 

 


 

(Ca peut paraître cher, mais le prix s'oublie, la qualité reste. Et puis c'est pour une bonne cause : nous sommes sans but lucratif, agités uniquement par le sort de notre biau pays )

 

 Vous n'oubliez pas d'indiquer vos nom, prénoms, adresse, n° de compte bancaire et code de carte bleue

ni de dire que vous venez de ma part (c' est facultatif mais ça fait toujours plaisir). 

 

ET VOILA ! Petits veinards, vous allez pouvoir vous goinfrer des belles images de Clopin, du travail des copines Sylvie, d'Evelyne et de tous les autres, sans compter les choix judicieux de votre humble servante. La maison ne reculant devant aucun sacrifice, je vous joins ici-même, en prime, un bout de la musique que VOUS AURIEZ PU entendre, si la SACEM, arc-boutée sur ses droits impériaux, n'avait pas expulsé  la sélection à laquelle j'avais pensé (snif). Tel quel, ce petit documentaire, qui va pouvoir entamer son petit bout de chemin, contient beaucoup de nous...  Merci pour lui ! 

 

La Présidente de Beaubec Productions, (ben tiens)

Clopine Trouillefou

 

 

 


 

 


 

6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 12:25

Me voici adoubée dans l'ordre de la "Névralgie de la Côte", d'après mon médecin (Clopin, qui ne quitte jamais bien loin la terre, pensait plutôt à un banal zona) : en tout cas, endolorie, malaucoeureuse, courbaturée et geignarde, me voici bien loin de mes préoccupations habituelles. Et dire que je sors tout juste d'une fidèle gastro, carabinée comme il se doit !

 

Je constate simplement, en grinçant des dents, qu'une simple panne mécanique autant que corporelle restreint rudement votre curiosité pour le monde - tout juste si je réussis encore à goûter la lecture des "illusions perdues" (autant que moi au fond de mon lit) en m'étonnant de la relativité des choses.

 

Bon, en tout cas, un seul se réjouit de ma mésaventure névralgique : mon cochon rose, qui reçoit une pièce de 2 euros à chaque jour passé sans qu'une goutte d'alcool ne pénètre dans mon gosier (Or, à Beaubec, ces jours-là se comptent d'habitude sur les doigts d'une seule main par trimestre, tant les  occasions, les tentations,  les visites et les godets en découlant abondent !) . Son petit  ventre rose s'alourdit au fur et à mesure que  ma sagesse augmente, mais cela ne compense pas mon mal de tête, ni ma bouderie qui s'étend à tout ce qui m'entoure ! 

 

Je suis une mauvaise malade. Mais y'en a-t-il de bonnes ?

 

 

3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 11:53

Un des meilleurs moments du voyage - celui que, sans conteste, je privilégierai dans le kaléidoscope de ma mémoire - fut notre (trop) bref séjour à Tadoussac. En fait, nous avions loué un chalet dans une pourvoirie innusit, au "Lac à Jimmy" : arrivé au bord  de l'autoroute, une poignée de petits pavillons rsutiques, alignés au ras des camions qui passaient, m'avait fait craindre le pire...

 

Ce fut le meilleur qui arriva : un superbe chalet, doté des moustiquaires adéquates, au bord d'un lac "pour nous tous seuls", dans un cadre évidemment démesuré et bien entendu magique. Nous avons regretté, tous (nous étions cinq), de n'y passer qu'une nuit. Mais nous étions à pied d'oeuvre pour le rendez-vous avec les zodiacs affrétés pour aller voir les baleines du Saint-Laurent... Non sans avoir passé la soirée dans un bistrot tenu par un Français de France, ancien directeur d'école venu s'installer ici, dans la "quatrième place touristique du Québec" (étonnant, vu la petite taille de l'endroit, mais sans doute exact !) et qui, l'hiver, va compléter son revenu en travaillant dans les cabanes à sucre. 

 

Les baleines étaient au rendez-vous, et quand un grand bélouga blanc  est passé SOUS notre zodiac, telle la fantômatique présence de Melville, des capitaines Nemo et Achab autour de nous, l'émotion était palpable. Ces animaux sont tellement fantastiques qu'être près d'eux vosu renvoie instantanément à vous-même, et à votre petitesse. Mais n'est-ce pas  le Québec, voir le Canada tout entier, qui étend d'un trait ses territoires d'un bord à l'autre, comme une main gigantesque lissant le sable d'un continent, qui provoque in fine cette impression, chez son visiteur ? 

 

 

 

 

 

 

En tout cas, c'est l'effet que cela a produit sur moi. Notre guide, le pilote du Zodiac, se grattait la tête : il était persuadé que le tourisme rapportait plus que la chasse, en tout cas ici, dans ce Saint-Laurent dont l'embouchure est grande comme un département, et où les baleines ont été exterminées, allègrement et sans l'ombre d'une question, pendant tant de temps. C'est lui qui nous a appris que ces baleines seraient, au jour de leur mort, considérées comme "déchets toxiques" et interdites de "recyclage", tant la pollution est ici présente...

 

Toxicité ou pas, ce moment où, après avoir croisé des phoques, des marsouins, nous avons passé un petit moment avec les bélougas et les rorquals est resté magique dans ma mémoire, et si je dis que le Canada est une baleine, c'est peut-être parce qu'il faut, comme Jonas, accepter de s'y plonger tout entier pour en ressortir vivifié ! 

 

 

31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 22:02

Bon, je tiens à rectifier un peu mon jugement. Ce n'est pas parce qu'au Québec, le passé ne remonte qu'aux quatre cent dernières années que ce pays manque de profondeur, ou de qualité d'être. C'est moi qui suis fautive, j'en ai encore plus conscience quand je tombe sur les jolis bijoux dont le Canada sait se parer, comme celui-ci tenez :

 

 

Il est vrai que je ne suis restée que trois semaines là-bas : mes impressions sont forcément aussi fugaces que celles de Syrinx, fuyant, évanescente, les avances de Pan. 

31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 09:26

En parcourant le bouelvard du Mont-Royal pour revenir à mon gîte (nous étions hébergés par le grand frère de Clopinou, ingénieur informaticien dans les jeux vidéo de son état et habitant un appartement en colocation sur le plateau du Mont-Royal, quartier fort beau, mais un peu cher, où la plupart des jeunes français ayant décroché un travail au Québec résident), par une chaude, très chaude après-midi de juillet, je me demandais ce qui pouvait bien me manquer, dans ce Montréal où je déambulais. 

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En réalité, rien ne manquait, évidemment. Et surtout pas la nourriture, servie ici à profusion, à chaque coin de rue. Nous n'avions pas assez d'argent pour fréquenter les restaurants gastronomiques indiqués par les guides touristiques, qui les qualifient d'excellents et ouverts à toutes les cuisines du monde... Nous nous nourrissions donc comme les jeunes gens qui nous accueillaient, parfois  vite et mal - mais comment leur en vouloir, alors qu'acheter de la nourriture déjà confectionnée par d'autres  revient bien moins cher que de cuisiner soi-même, qu'il suffit de tendre la main pour ouvrir la porte du dépanneur, et que le sucré, le gras et le frit sont tellement tentants ?

 

La douceur de vivre, si palpable dans la courtoisie légendaire des habitants de ce pays, et renforcée sûrement par les conditions climatiques plutôt rudes, qui rendent l'entente et l'entraide indispensables, accompagnait mes pas. Je savais désormais qu'il me suffirait de sortir un plan et d'y chercher ma route pour que des inconnus bienveillants, sans avoir été sollicités, m'offrent leur aide. Que si je parlais avec Clopin, sur le quai du métro, une charmante vieille dame pouvait venir me remercier au simple motif que "cela faisait tant de bien d'entendre parler français". Que le service rendu, partout, serait simple, direct, empli d'un intérêt sincère pour le client, à mille lieues de la bougonnerie française - notamment dans les taxis ! Et, pendant que j'admirais de jolies et sveltes jeunes femmes monter et descendre les escaliers extérieurs des maisons de ville, croulant sous le vert des arbres des trottoirs, regorgeant de jardinets fleuris, pendant que tous les Montréalais, me semblait-il, étaient sortis faire du sport ou aller au spectacle, l'harmonie qui se dégageait de l'ensemble m'atteignait aussi. Je suis d'ailleurs persuadée que vivre dans un bel endroit adoucit tout, même les relations sociales les plus rugueuses... 

 

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Je n'avais d'autre souci que de préparer la soirée : irions-nous retrouver la compagne de mon beau-fils au festival de Jazz ? Ou bien au cinéma, ou au restaurant japonais nous goinfrer de sushis ? A quel heure fermait le musée d'art contemporain, qui présentait une exposition sur  Jean-Paul Gaultier ? 

 

J'étais en vacances...

 

Alors, pourquoi ressentais-je  comme l'ombre d'un manque, persistante et tenance ? J'avais déjà vécu des vacances touristiques et citadines, et je n'avais jamais ressenti cela. Ici, pendant que j'arpentais les rues quadrillées et rectiligne, que j'admirais les frondaisons et m'étonnais de l'aisance et de l'abondance qui régnaient partout, il me semblait qu'il manquait tout bonnement une dimension. Pourtant, l'espace était bien là : les rues de Montréal sont infinies, répétitives jusque dans leur charme, les trottoirs fort larges et comme, dans tout le reste du pays, tout ici est surdimensionné. L'énergie aussi, qui se dégageait de tous ces coureurs  à pied, ces rollers, ces bicyclettes... Pourtant, je ne pouvais m'imaginer une seule seconde, ce que je fais pourtant dans chaque ville étrangère parcourue, vivre ici. Je pouvais arpenter les musées, lire l'histoire de ce pays, égrenée là comme ailleurs d'évènements hautement symboliques, de  l'arrivée de Champlain à Montréal à l'apostrophe inattendue de De Gaulle, du Grand Dérangement au "je me souviens", de la loi 101 à Félix Leclerc : rien n'y faisait, je me sentais curieusement insatisfaite.

 

Ce qu'il me manque,   dans ce  Canada qui se cache  derrière ses forêts et ses lacs, l'uniformité de ses paysages, (guère que deux modèles : la Ville et le Bois ) et  derrière son passé pourtant tumultueux, c'est la dimension de l'histoire, qui imprime partout sa marque dans les capitales européennes. Ici,  point de ruines gallo-romaines, de cathédrales gothiques voire de pierres levées, à mode bretonne par exemple. Les Canadiens, les Québecquois aussi, préservent les marques de leur passé, pourtant. Ce n'est pas leur faute si ce dernier est tout récent : quatre cents ans, et basta. 

 

Je suis trop contaminée par ma culture européenne, voilà tout, me disais-je, en regardant pensivement telle petite église du dix-huitième siècle se découper sur fond de gratte-ciel. Parce que cette ville ne possède pas de chefs d'oeuvre de la Renaissance, que je n'y croise pas des noms d'écrivains à tout bout de champ, parce que je ne peux me projeter dans différentes strates historiques, voici que je la trouve monotone et plate comme un plan !

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Je voulais me forcer à l'aimer :  objectivement, elle est aimable, ouverte, énergique et fort belle. Je n'y arrivais pas, et, comble d'arrogance ! Au beau milieu du plateau du Mont-Royal, voici que je divaguais, en pensant à Venise, où je n'avais certes pas eu le souci de trouver de l'épaisseur  et de la profondeur. Je devais m'accepter telle que j'étais : immédiatement prête à aller vivre à Venise, où le factice du tourisme de masse ne m'empêchait pas de me sentir chez moi,  et incapable de goûter la simplicité et la souriante abondance de Montréal, à jamais étrangère... 

 

 

(la suite à demain) 

29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 09:02

Le commentaire de Lizagrèce d 'hier au soir (j'aurais un regard "sans concession" sur mon lieu de vacances, le Québec) m'a un peu troublée - parce que j'ai eu sans arrêt l'impression, là-bas, de me retenir, de me taire, de tenter de maintenir loin de moi mes préjugés et mes convictions. Vous me direz qu'on ne peut voyager qu'à ce prix, sinon, autant rester chez soi, se planter devant un miroir flatteur et ne rien chercher à saisir, à comprendre. Mais, si je préfère, et de loin, Nicolas Bouvier à Charwin, c'est que le premier ne s'oublie jamais dans ses récits de voyage, qu'il ne cherche jamais l'exotisme, l'étrangeté ou l'extravagance de l'"autre", au contraire du second. Bouvier s'emmène dans ses bagages, se confronte à la différence pour en ressortir encore plus lui-même...

 

Même si je voulais l'imiter, je ne saurais le faire, parce que je suis généralement abasourdie quand je voyage. J'ai du mal à rassembler mes esprits, je suis tellement tendue vers ce qui m'est inconnu  que mon esprit bafouille. Ajoutez à cela que je voyage avec Clopin, dont l'avidité et l'énergie sont toujours décuplées dans ces aventures, au point que je dois m'en protéger (j'ai appris à revendiquer le repos, mais ne l'obtiens encore qu'à grand'peine) et vous me verrez telle que je suis : trottinant, essoufflée et souvent éperdue, derrière un Clopin fonçant, au risque de provoquer des malentendus et de tomber dans la maladresse, droit vers l'"autre"...

 

Tenez, notre équipée chez Stéphane, au pied du Mont Tremblant (mais hors du Parc National). Stéphane "vient de chez nous", il est originaire de Muchedent, ses coordonnées nous ont été fournies par un de nos amis, il est pisciculteur (entre autres) comme un autre ami, jusqu'à notre poissonnier qui le connaît... Il revient souvent en France, voir sa famille. Nous étions donc en terrain, sinon connu, du moins balisé, quand nous sommes aller le trouver pour qu'il nous loue un de ses chalets et nous conseille sur nos activités de notre premier week-end québecquois. 

 

Eh bien, je n'en pouvais  plus d'écouter, pour tenter de comprendre ce qui m'était dit, et je n'ai pourtant pas posé la moitié des questions qui me venaient aux lèvres. Clopin, y mettant moins de réserve que moi, se trompait  quand il parlait à Stéphane : son "nous", qui évoquait pour lui la France (et nos convictions), se voyait opposer un "nous" 100 % canadien par Stéphane, farouchement attaché à la liberté d'entreprise, heureux de vivre là où il était et fort peu enclin à se remettre en question. Ayant noté la chose, je me suis prudemment tue, et pourtant...

 

Stéphane est donc pisciculteur, mais aussi éleveur de bisons, maître-chiens de traîneau, possesseur de ski-doo, organisateur de séjours d'hiver pour les Montréalais, et quelque peu trappeur aussi. Il habite dans une maison à la salle commune immense, au poêle impressionnant, et aux murs garnis de fourrures et d'instruments de chasse, pendant qu'un gros chat, comme une fourrure vivante, dort paisiblement le long de la fenêtre. IL nous a loué, pour un prix "correc", un chalet luxueux, et nous a réservé, pour la journée du lendemain, un guide qui allait nous "faire vivre dans les bois" : Félix, grand, large d'épaules et fort avenant. Tout ceci était si "canadien français" que j'en étais presque à chercher Maria Chapdelaine dans un coin de la salle...

 

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Mais je n'arrivais pas, tout en caressant les magnifiques fourrures d'ours, de loup gris, de raton-laveur ou de renard, à réprimer les doutes qui me venaient à l'esprit : ne suis-je pas une farouche lectrice de Luce Lapin, donc opposée à la chasse ? Que signifiaient toutes ces niches, où des chiens attachés attendaient leur pitance ? Quand Clopinou s'exclamait, les yeux pleins d'envie, que la petite fille de la maison, du haut de ses dix ans, avait "bien de la chance" puisqu'elle était autorisée, semble-t-il tout naturellement, à piloter sans faiblesse un des quads de la maison, pourquoi ne lui rappelais-je pas mon aversion pour ces engins ? Ce n'était plus de la concession, c'était quasiment un reniement que mon silence... 

 

C'était pourtant la seule attitude à adopter, car je n'étais pas, nous n'étions pas chez nous, et nous avions tout à comprendre. Dès le lendemain, pendant la randonnée où nous suivions Félix, je sus que j'allais devoir me dépouiller de mes convictions et de mes réflexes de française "écolo", si je voulais rencontrer ces gens. Félix le trappeur allait pouvoir ajouter ma peau à celles du loup gris et des ours noirs qui pendaient, accrochées à un pilier de la salle commune : je la lui cédais, disons provisoirement...


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Car pendant que nous allions voir les bisons, fabuleux et dangereux, que nous pêchions à la main notre repas du midi (des truites mouchetées que Christian avait relâché dans un bassin du ruisseau qui coulait dans le bois), que nous ramassions des écorces de bouleaux, des branches sèches et des fraises des bois, j'écoutais l'énorme Félix qui m'expliquait que "son pays, c'était (vraiment) l'hiver","qu'il attendait septembre à grand'peine", que les amérindiens l'appelaient "petite souris", non par plaisanterie, mais parce qu'il ne faisait pas plus de bruit qu'une souris quand il marchait dans la forêt, et qu'il tirait sa vie, sa force, sa puissance, de cette nature dans laquelle il cherchait à se fondre... 


 

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C'était un total paradoxe, pour moi, mais c'était la réalité : je crois que je n'ai jamais rencontré  de personnes vivant plus profondément la nature que ces "hommes des bois" canadiens, capables d'aller vivre avec les amérindiens pendant des semaines, de survivre dans les forêts avec si peu de chose (une "banique", boule de farine gluante, emboutée à un bâton et mise dans le feu, un peu de viande...), de connaître parfaitement la faune et les ressources de leur pays, et en même temps pratiquant cette nature de façon forcément violente, en tuant ou déplaçant des animaux. Rien n'est pareil entre là-bas et ici, certes, mais pourtant, je n'arrivais pas à comprendre comment un Félix pouvait concilier son amour fou de la vie en plein bois, en plein froid, et ses activités de chasse, ou de tourisme disons "ludique", ski-doo ou traîneaux.

 

Si j'avais exprimé mon étonnement, je suis sûre que Félix m'aurait regardé avec de grands yeux ronds, étonné lui aussi à rebours. Parce que le Canada est encore recouvert de forêts, parce que la nature y est si violente, les contrastes entre les saisons si grands, parce que la démesure est là-bas l'aune courante, parce que la densité de la population, dès qu'on s'éloigne des rives du Saint-Laurent, y tombe si incroyablement bas, ma question n'aurait guère eu de sens. Comment reprocher à un trappeur de tuer les ours, quand il en existe 60 000, rien qu'au Québec, et que la cohabitation de l'homme et de l'animal conduit le premier à réguler le second ? "La trappe est strictement réglementée", nous expliquait Félix, qui l'avait "dans le sang", et avait donc fait tout le nécessaire légal pour être autorisé à la pratiquer. Ce qu'il aimait, c'était vivre dans la nature - ce n'était pas par conviction écologique. Il n'avait certes pas besoin de convictions : les hommes des bois ne peuvent tout bonnement pas vivre en ville. ils laissent Montréal, Québec ou Chicoutimi aux autres, et leur fierté est de se mesurer à cette nature impitoyable.  Je repensais, en l'écoutant parler, à tout cet archétype du passé  : l'homme des bois s'en allant, incapable de rester au foyer, laissant la femme se débrouiller avec les si nombreux enfants et la bénédiction des "soutanes noires". J'entendais aussi son respect, son admiration pour les amérindiens, sa farouche détermination à se faire accepter par eux. Je comprenais que, dans ce pays, on vit de et par la nature, et vivre signifie, pour les Félix, se comporter avec la même violence, la même démesure, qu'elle... 

 

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Pourtant, les Parcs Nationaux sont bien là pour la protéger, ce qui signifie qu'il y a besoin de le faire ?  Mais Féllix et Stéphane n'habitaient pas dans le Parc, mais à sa lisière, ce qui semblait tout changer...

 

Je me suis donc tue, fort longuement, et j'ai réussi à attraper (à la main) ma truite, cuisinée sous la mousse ce qui lui donnait une saveur exceptionnelle, à cuire ma banique et à écouter les aboiements des chiens, qu'on m'assurait heureux et aimés... 

 

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Félix était en tout cas absolument dépourvu d'hypocrisie, et tout ce qu'il racontait était sincère : il ressentait vraiment l'appel de la forêt... A la fin de la journée, et avant d'aller, dès le lendemain,  canoter dans le Parc proprement dit, j'ai voulu moi aussi lui donner quelque chose, pour le remercier de ses récits et de sa patience (même si sa bonhomie avait été rétribuée 100 dollars par tête, ce qui était "correc" mais donne la mesure des ressources du tourisme, pour les "hommes des bois"). Je lui ai parlé de la nouvelle de London "construire un feu", à  laquelle  il me faisait penser, irrésistiblement. Je ne sais ce que Félix aura fait de mon cadeau, si inapproprié à lui - je me fiche bien de savoir s'il y repensera un jour ou non. C'était ma manière à moi de me réapproprier ma peau, après l'avoir décrochée de la patère aux fourrures, et d'accepter les contradictions de ce voyage. 

 

 

 

 

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(la suite à demain) 

28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 11:46

Mon cher Routard,

Je ne vais pas t'engueuler pour si peu, d'autant que tu nous es d'habitude d'une aide incontestable,  quand nous parcourons des territoires inconnus. Donc, le "bon plan" de ta page 182 (la "Seigneurie du Triton", recommandée ainsi : "c'est un peu loin, mais vous serez dépaysés") peut effectivement tenter le touriste. Je te demanderai pourtant, cher Routard, de compléter un peu ta description. Prévenir, par exemple, que pour arriver au bateau qui emmènera la future victime des moustiques  touriste se faire bouffer le dos  passer de bons moments sous un tipi amérindien aussi authentique qu'à Disneyland, il faut d'ABORD emprunter, pendant 40 kilomètres, une route disons mouvementée : 

 

 

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De quoi avoir mal au coeur... D'autant que les camions qui la parcourent, bourrés ras la gueule de troncs coupés (voir le propos sur le déboisement intensif du Canada, et les concessions "à vie" accordées par le gouvernement....) roulent là-dessus à toute berzingue.

 

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Et qu'ils ont des tronches (les camions, veux-je dire), tout droit sorties de "Duel", non ? 

 

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Bon, vu l'état de mon dos aujourd'hui, je peux aussi t'appeler, mon cher Guide, le "croûtard". Certes, dans ton avant-propos, tu rappelles les dangers des mouches noires, moustiques et autres brûlots. Mais tu oublies de dire que leur résidence d'été est précisément cette "seigneurie du Triton", sorte de pourvoirie annexée par les riches américains, dans les années 60, pour leurs activités dites "sportives". Dun autre côté, c'est sans doute grâce à ces mêmes moustiques que la pêche y est si fortement pratiquée...

 

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Donc, mon cher Guide du Routard, je suis sûre qu'une fois de plus, tu tiendras compte de mes petites observations. Je ne te le dis pas pour t'embêter, hein. M'enfin, entre l'adresse pourrie, à Venise, l'an dernier, où tu nous a envoyés nous faire servir,  à prix d'or,  un risotto minuscule (trois cuillères à soupe) et de plus raté,  et cette "seigneurie" certes dépaysante, mais à quel point ? , faudrait  parfois que tu revoies un peu, de ci de là, ta copie...

28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 10:47

Quand on commence à comprendre qu'on est vraiment mortel, que ce n'est pas une blague, qu'on n'a plus besoin de s'allonger et de se fermer les yeux pour tenter d'appréhender la chose, hélas ! Le chagrin causé par l'annonce de tel ou tel décès, autour de nous ou parmi nos proches, s'accompagne alors d'une angoissante petite question, qui court dans le rang des affligés : "à qui le tour" ? 

 

Je ne connaissais pas très  bien Patricia T., qu'on va enterrer demain. Mais je me souviens qu'elle m'avait calmement raconté un triste épisode  de sa jeunesse - son abandon par le père de son enfant nouveau-né, et voici que le remords me prend, d'avoir si bien écouté et retenu l'anecdote, et de ne plus me souvenir de la couleur des yeux de celle qui me l'a racontée. 

 

"Requiescat in pace" - qu'elle repose en paix- me dit ma conscience, du même coup quelque peu réveillée. 

27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 13:49

Je voudrais vous proposer un diaporama complet, mais en attendant...

 

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(on discerne le bâton de parole dans les mains du jeune homme silencieux, pendant que les filles s'adressent toutes ensemble à lui, et que autres garçons s'ennuient ferme... comme quoi....) 

 

 

 

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La dernière image représente, à défaut de l'orignal invisible, ce qu'il est sensé manger : des lichens parmi les mousses. Et, ce qui ne se voit pas sur la photo, c'est la biodiversité insensée qui règne encore là-bas, et fait apparaître bien pauvres nos forêts brayonnes ! 

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