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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 16:26

 

 

(attention : que les âmes sensibles détournent les yeux. Merci. Ceci n'est pas une provocation, ni un culte vaudou,  mais disons une réponse de bergère...)

 

 

David-mach-sculpture-3-974bc.jpg

 

 

 

Paul Edel crucifié (et mis à nu) par ses acupunctrices même. 

 

 

 

 


 

ps à lire à haute voix : la sculpture est de David Mach. Ouille. 

27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 10:10

Orages de grêles attendus au-dessus  du  toit d'ardoises, cet après-midi. Faisons le compte : l'été aura donc duré quatre jours...

 

J'espère que les petites effraies, qui ont quitté le nid, auront soigneusement choisi leurs abris. Et je m'en vais prier Clopin de se dépêcher de récolter les fèves (elles sont délicieuses en salade froide, avec bouquets roses épluchés, menthe, citron vert et huile d'olive), et d'abandonner l'idée de remplacer la toile des chaises longues : à quoi bon, au fait ? 

 

PS : personne ne me le demande, mais je le dis quand  même : le sauté de veau aux groseilles à maquereaux, c'est fort bon. Acidulé et tendre à la fois. Un plat d'été... ahahah.  

 

PPS : la voix d'Onfray passe toujours aussi bien à la radio. Mais il y a désormais, à la maison,  un autre auditeur de cette émission, qui se permet en plus, du haut de ses 18 ans, de "trouver à redire" aux cours du professeur : j'ai nommé Clopinou, qui s'est découvert, cet été, une sorte de passion pour Nietszche, au point d'en devenir chiant...

 

Un exemple : je lui résumais le livre de Lecourt sur "Prométhée, Faust, Frankenstein, les fondements imaginaires de l'éthique", et je lui faisais remarquer que Lecourt ne disait pas un mot d'un quelconque rapport entre Nietszche et Prométhée, contrairement à Marx qui a repris la version Eschylienne, d'après Lecourt. Bref.

Eh bien, Clopinou a sursauté comme si je l'avais brûlé. "Je suis sûr que Nietzsche en a parlé", m'a-t-il claironné aux oreilles. "De toute manière, Nietzsche a parlé de TOUT, alors tu vois que tu devrais plutôt la mettre en veilleuse là-dessus, vu que tu n'a même pas lu un dixième de ce qu'il a écrit", m'a-t-il menacée, déchaîné et superbe de mauvaise foi. 

 

(en fait, j'aime bien qu'il se passionne pour Nietzsche. Ca me paraît, comment   le dire sans me faire taper dessus mais tant pis, ça me paraît DE SON AGE...ahaha.) 

 

PPPS : Clopinou, Lecourt et Nietzsche avaient raison, et j'avais tort : Nietzsche s'est bien emparé (et comment !) du mythe prométhéen - même si Lecourt attend la fin de son livre pour en parler... Par contre, le rapport entre la figure de Job et celle de Faust ne tient, d'après moi, que sur le stratagème du "pacte", du "tope-là", et non sur une vision par trop tragique de Job : celui-ci n'a rien d'un Prométhée, ou d'un Faust. Il ne cherche pas à posséder, à recréer les mystères du monde. Il en est juste accablé. 

 

PPPPS : Clopinou me dit que Monsieur Lecourt risque bien d'être son prof à Janson. C'est-y pas dieu possible !!! 

26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 08:11

Oui, Talweg, vous avez raison : écrire "ahaha" devant le récit d'une visite, (et plus encore : le récit de notre première rencontre..), où le pauvre Jim tient le premier rôle,  peut sembler déplacé. Mais j'espère qu'avec les explications qui vont suivre, ce gros clin d'oeil, façon Groucho Marx, vous apparaîtra pour ce qu'il voulait être : un panneau indicateur.

 

Je vais tout expliquer, bien lentement, au risque d'être bien ennuyeuse (si vous êtes pressé, passez votre chemin, et pardonnez-moi !)  : peut-être  déplisserai-je, ainsi, le froncement des sourcils des visiteurs de ce blog, qui vont très certainement pousser quelques grognements. Or, le seul plissement que j'aimerais bien voir, ce serait celui de vos zigomatiques...

 

Cela remonte à loin, en fait. A la fin de l'enfance, quand une petite fille, prenant peu à peu (et dans mon cas cela a été particulièrement lent) conscience d'elle-même, s'aperçoit que le monde qui s'offre à sa curiosité  est aussi stéréotypé que le parfum des glaces à deux boules :  vanille pour les filles, chocolat pour les gars.


Pour moi, c'est l'innénarrable Hergé qui fut le Sarajevo de cette découverte : j'adorais ses albums,  mais  m'aperçus un jour, brusquement,  que le monde dont il rendait compte, des années trente aux années 1970, était à peu près vide de femmes. La Castafiore et sa bonne Irma exceptées, certes,  mais, malgré l'embonpoint de la première, cela ne pesait pas bien lourd face aux centaines de personnages que côtoyait Tintin. Cette pénible découverte me fut confirmée par la lecture de Edgar P. Jacobs, puis par celle de Jules Verne, et bientôt toute la littérature y passa...

Même dans les livres où l'on parlait des femmes, c'était toujours, toujours, le point de vue masculin qui s'exprimait, tantôt avec bienveillance, tantôt avec ardeur, parfois avec une haine qui dégouttait des pages comme le sang d'un oeil de lapin écorché. J'étais mûre, vous l'avez deviné, pour le féminisme. 

Et pourtant, j'aimais, j'aime toujours passionnément la littérature. 

Mais je n'arrivais pas à faire comprendre mon point de vue. Quand un Paul Edel plaçait le "lys dans la Vallée" au-dessus de toutes les autres études de femme , disons sociologiques,  chez  Balzac, je haussais le sourcil : la description passionnée, certes juste,  qui s'inscrit dans le Lys est cependant toute entière issue d'un  regard  masculin. Plus précisément : si les sentiments du héros sont admirablement traduits, ceux de l'héroïne sont curieusement forcés.

 Comme Eugénie Grandet, toute entière soutenue par l'axiome qui veut qu'une fille laide le soit moins, quand elle est riche, me paraissait plus crédible !

Quand le même Paul Edel me proposait, comme une sorte d'indépassable  littéraire, la scène du Rouge et du Noir où Julien, pensant  à Napoléon et se forçant à un geste amoureux comme l'on se rend à un duel, prend la main de Madame de Rênal, je m'en mordais la langue. N'était-ce donc pas possible de traduire ces moments uniques, ces "rencontres" où le destin bascule entre deux êtres, autrement qu'en parlant d'une seule voix, celle d'un seul locuteur

Une vague idée a commencé à germer en moi. Que se passerait-il, si l'on prenait les scènes les plus marquantes, les plus abouties, les plus indépassables, celles qui décrivent le passage à l'acte (même si cet acte n'est pas automatiquement et le plus rapidement possible une partie de jambes en l'air), celles qui font que d'un protagoniste, l'on passe à deux,  qu'un irrémédiable "après" s'installe, et qu'on les examine du point de vue féminin ?

J'ai souvent eu envie de raconter les sentiments qui m'ont agitée, à chaque fois que j'ai rencontré un des hommes qui ont traversé ma vie. J'ai souvent (toujours ?) buté sur la difficulté ineffable (sans compter les sentiments de pudeur) qui entoure la description de ces moments-là...

Je sens que ceux qui ont  persévéré jusqu'ici commencent à comprendre mon dessein. Après tout, les situations amoureuses ne sont pas si uniques . On rencontre quelqu'un que l'on admire, ou qui appartient à un monde qui vous est totalement étranger, ou qui vous attire physiquement, ou qui vous embobine sous des flatteries intéressées, etc. Toutes situations amplement et littérairement  déchiffrées depuis longtemps... Et si je m'amusais à les détourner, ces extraits de livres ? Que se passerait-il ? Verrait-on immédiatement la supercherie, les sentiments féminins seraient-iis à ce point incongrus que les textes ne "passeraient" plus, ou, au contraire, arriverai-je ainsi à rendre compte, à mon tour, de mes propres aventures sentimentales ?

 

je me suis donnée trois règles. L'emploi du "je", puisque, derrière ces détournements, c'est ma propre vérité que je cherchais, rôle que j'attribue le plus souvent à la littérature n'est-ce pas (sinon, ça ne vaut pas le coup !). La transposition systématique à mon époque, pour le même motif. Et l'utilisation de scènes "célèbres", littérairement indépassables, histoire de voir si on les démasquait. (ça, c'est mon petit démon à moi de la perversité). 

 

J'étais persuadée que ma supercherie, si c'en est une parce qu'à mon sens, ce "jeu" possède de bien troubles ramifications, ne passerait pas les yeux experts d'un Paul Edel, par exemple. C'était surtout lui que je visais, dans le premier exercice. Hélas, qu'il soit venu ici ou non ne change rien : il n'a pas bronché.

 

Mais les autres, eux, comme de bons chiens de chasse littéraires qu'ils sont , ont tout de suite flairé la piste... Et que Stoni ait été remué par la transposition de la prise de Madame de Rénal dans le Rouge et du Noir, appliquée  à ma rencontre décisive avec le pauvre Jim, et que Zoé ait trouvé "foutrement bonne" la rencontre de l'abbé Mouret et d'Albine, dont je me suis servie pour décrire l'attirance éprouvée pour Jules/Clopin, quel plaisir !

 (j'avais au début pensé à la rencontre de Jude l'obscur avec Arabella, quand elle lui lance les couilles de porc, mais j'ai repensé au "paradou" qui me semblait plus véridique. Et, ô miracle, il y a chez Zola une impeccable description de basse-cour et de rapports aux animaux, qui convenait parfaitement à l'arrière-plan beaubecuois. Bon, l'abbé Mouret est peut-être moins connu que le reste, certes. Mais cela collait si admirablement ! fin de l'incise). 

 

Quant à mon aventure avec un certain prof. de français, cela tombait sous le sens : j'ai utilisé, presque mot à mot, le récit d'Abélard lui-même ! (que j'ai trouvé, à la relecture, fort satisfait de lui-même, en fait).

 

Du coup, mille et tre détournements me tentent. Je pourrais par exemple utiliser Homère et Fitzgerald pour raconter un amour de vacances. Les héroïnes fitzgeraldiennes ont en effet ceci de commun avec Nausicaa (qui est décrit comme "sportive" par Homère..) qu'on peut parfaitement les imaginer en maillot de bain, avec une eau losangée et scintillante en arrière-plan. Si je les transpose, en évitant le côté Aldo Maccionne, je pourrais sans doute retrouver quelques unes de mes émotions passées à la piscine municipale de l'île La Croix.

 

Il me reste à tous vous demander pardon, surtout à Talweg qui a pris pour de la sécheresse ce qui n'était, après tout, qu'un jeu, et encore : pratiqué avec tout le respect possible pour Jim. Derrière les mots de Stendhal, j'ai caché ma propre émotion de ce lointain soir-là, celui de ma rencontre avec Jim,  et je voudrais qu'on la prenne pour ce qu'elle est : un hommage.

 

Mais je dois avouer aussi que cela faisait longtemps que je ne m'étais amusée ainsi. Car tentez vous même l'exercice : vous verrez qu'outre son côté passionnant, voire émouvant, il est aussi infiniment drôle. Et je n'ai jamais été une fille bien sérieuse, vous savez...

25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 14:53

Je continuerai mordicus, jusqu'à ce qu'enfin l'un de vous craque, boljemoï !!! 

 

 

 

 

Quand je fus pour la première fois invitée parmi d'autres, dans la petite chambre d'amis de Beaubec, je fus légèrement oppressée toute la soirée, et mes rêves furent particulièrement absurdes cette nuit-là. Je ne risquais pourtant rien : j'étais venue accompagnée, dans une maison a priori amie, et la soirée s'était fort gaiement déroulée, parmi la senteur forte qui montait du potager où courait le tuyau qui arrosait les plants de tomates. Moi, la citadine, j'étais là comme une touriste, prête à admirer le travail des hommes qui vivaient là. Pourquoi donc me sentais-je si fiévreuse ? 

 

Le lendemain matin je me coulais tôt dans le jardin, et refis lentement, et seule, la promenade collective du soir précédent. J'avais toujours  cette bizarre sensation  qui résonnait dans ma tête, comme le glas d'une cloche silencieuse, quand, brusquement, je me souvins :   la fièvre qui battait mes tempes avait commencé de m'atteindre dans  la basse-cour, en face des poules chaudes encore de leur ponte et des mères lapines s’arrachant le poil du ventre. Alors, la sensation d’une respiration sur mon cou fut si nette, que je me tournai,  pour voir enfin qui  me prenait ainsi à la nuque. Et je me rappelai alors  Jules  bondissant hors de la cuisine, avec la porte qui claquait, et lui qui se détachait sur les plantes  du jardin vert et or ;  je me  le  rappelai courant   le long de la longue charmille, suivant  le grand âne à  la course, jetant des feuilles de bouleau au vent comme autant de baisers ;  je me le rappelai encore, au crépuscule, qui riait des jurons de J., le pantalon roulé, autour des chevilles,  pareil à de petites couronnes d'herbe  autour des paturons de chevaux invisibles. Il avait trente cinq ans ;  il était étrange, avec sa face un peu longue ;  il  sentait le grand air, l’herbe, la terre. Et  j'avais de lui  une mémoire si précise, que je revoyais une cicatrice, qu'il portait à l'avant-bras maigre et musclé, arrondie comme une morsure.  Pourquoi donc riait-il  ainsi, en me regardant de ses yeux bleus ?  J'étais  prise dans son rire, comme dans une onde sonore qui résonnait partout contre ma chair ;  je  la respirais,  je l'entendais vibrer en lui. Oui, tout mon mal venait de ce rire que j'avais bu."

24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 10:13

Peut-être me faudra-t-il ouvrir une nouvelle catégorie : en tournemain, des tournements ?

 

24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 09:23

Voici donc un second récit possible, (entre tous) : celui   de ma rencontre avec Monsieur J., qui fut à la fois mon professeur et mon amant. 

"J'étais, dans cette petite ville de B., une mince jeune fille dont la mère, dans sa tendresse, n'avait rien négigé pour la pousser dans l'étude de la science, notamment  des lettres. Physiquement, je n'étais pas des plus mal, dirons-nous ; par l'étendue du savoir, j'étais déjà bien distinguée. Or, à l'époque, l'avantage de l'instruction était encore rare chez les filles : je pense qu'il ajoutait donc à mon attrait. Aussi on parlait déjà de moi au lycée, et j'avais été "cooptée" pour faire partie d'un "cercle rouge", et même l'on m'avait parlé d'un "club cinéma" qui, m'avait-on dit, aurait pu m'intéresser. 

Est-ce à cause de cette réputation que Monsieur J., qui aimait les conquêtes, pensa pouvoir nouer avec moi une liaison amoureuse, et crut à raison que rien ne serait plus facile ? Monsieur J. avait une telle renommée, il était si charismatique qu'il pensait n'avoir aucun refus à craindre, quelle que fût la fille qu'il honorât de son amour. Il se persuada d'ailleurs que je répondrais à ses désirs d'autant plus volontiers que j'avais de l'instruction  ;  ainsi, même séparés, nous pourrions nous rendre présents l'un à l'autre en nous écrivant - et écrire des choses plus hardies que dans nos conversations. Et pour lui, et pour moi qui aimait déjà tant écrire, se perpétueraient des entretiens délicieux...

Tout enflammé de sa passion pour moi, Monsieur J. chercha l'occasion de nouer des rapports intimes qui le familiariseraient avec moi et m'amèneraient plus aisément à céder. Pour y arriver, il convoqua ma mère, représentante des parents d'élèves par ailleurs et donc bien connue à B., dans la salle des professeurs du lycée,  pour un entretien à mon sujet. J'étais, lui dit-il, si douée pour l'étude des lettres qu'il me faudrait des cours supplémentaires, ce qui me permettrait de me présenter au concours général. Le prix de ces leçons particulières, pour lesquelles il s'offrait naturellement,  serait adaptée à nos ressources... Ma mère aimait la gloire et était très soucieuse de toujours me faire progresser. En flattant ces deux passions, Monsieur J. obtint sans peine son consentement. Répondant à ses voeux sur ces points au delà de toute espérance, elle me confia à sa direction pleine et entière, l'invita à consacrer à mon éducation tous les instants de loisir que  lui laisserait l'école, le soir comme le jour, et quand il me trouverait en faute, à ne pas craindre de me punir. Sur ce point je fus absolument stupéfaite de la naïveté de ma mère : confier une  louve affamée à un tendre agneau ! Non seulement il devait m'instruire mais aussi me punir : était-ce autre chose que d'ouvrir toute licence à nos désirs ? 

 

Que dire de plus ? Sous prétexte d'étudier, nous étions donc tout entiers à l'amour. Ces mystérieux cours que l'amour appelait de ses voeux, l'amour nous en ménageait l'occasion. Les livres étaient bien ouverts, mais il se mêlait plus de paroles d'amour que de philosophie, plus de baisers que  d'explications. Les mains de mon professeur revenaient plus souvent à mes seins qu'à nos livres ; nos yeux se cherchaient, réfléchissant l'amour, plus souvent qu'ils ne se portaient sur les textes. Pour mieux éloigner les soupçons, il allait parfois jusqu'à me punir, punitions données par l'amour, non par l'exaspération, par la tendresse, non par la haine, et ces punitions dépassaient en douceur tout le miel de Normandie. Que vous dirais-je ? Dans notre ardeur, nous avons traversé toutes les phases de l'amour ; tout ce que la passion peut rêver de raffinement insolite, nous l'avons ajouté. Et plus ces joies étaient nouvelles pour moi, plus je les prolongeais avec curiosité : je ne pouvais m'en fatiguer."

 

ahahah (derechef).  

 

 

23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:06

Le pauvre Jim est venu manger ce week-end à la maison, et bien qu'encore plus diminué qu'avant, je crois bien qu'il suivait encore nos conversations, qu'il partageait nos fous rires (tout en faisant bien attention à comment manipuler sa fourchette).

 

Ce n'est plus le même qu'auparavant, bien sûr, mais je me souviens encore de la manière dont notre histoire à tous les deux (Jules-Clopin ne rôdait pas encore dans l'histoire !) a commencé - dans un bar assez glauque de la rue Saint-Nicolas. Comment était-ce, au fait  ? Oh, il y a sans doute mille manières de le raconter, mais celle-ci est finalement assez proche de la réalité :

 

"On s’assit enfin, (le bar était si bondé qu’il avait fallu rester debout pendant quelques minutes) : Jim était à côté de moi, et Nicolas près de son ami. Préoccupée de ce que j’allais tenter, je ne trouvais rien à dire. La conversation languissait… Et tout ce que je savais de Jim, de ses hautes capacités intellectuelles, de la vie qu’il menait auprès de sa compagne, me revenait  à l’esprit.

Serai-je aussi tremblante, et malheureuse, à la première occasion où je devrais mettre en œuvre mes résolutions ? me disais-je, car j’avais trop de méfiance et de moi et des autres pour ne pas voir l’état de mon âme.

Dans ma mortelle incertitude, toutes les épreuves m’eussent semblé préférables. Comme j’aurais voulu que Jim reçut un message, un  coup de téléphone par exemple, qui l’aurait obligé à rentrer chez  lui et à quitter le bar ! Lui adresser la parole m’était d’une violence telle que ma voix, je m’en aperçus avec presque de la colère, en était altérée. Certes, on aurait pu dire que la voix de Jim était également changée, mais je ne m’en apercevais pas : j’avais pris une résolution, forcer le destin ce soir même, et je me débattais tant entre ce que je considérais comme mon « devoir » et ma timidité que je ne pouvais rien observer, hors moi-même.

11 h 30 s’affichèrent sur l’horloge digitale qui trônait au-dessus du bar, et je n’avais encore rien dit, rien fait. J’étais si indignée de ma lâcheté que je me dis : à minuit, tant pis, je fonce ! Et si à minuit je n’ai encore rien exécuté de ce à quoi je pense depuis ce matin, je me soûle la gueule abominablement et je rentre vomir dans ma chambre.

Après un dernier moment d’attente et d’anxiété, pendant lequel l’excès de mon émotion me mettait littéralement hors de moi, l’horloge commença  à se rapprocher de minuit. Et chaque saut des chiffres qui composaient les secondes faisait sauter à son tour mon cœur dans ma poitrine, à tel point qu’il me semblait qu’on aurait pu le voir.

Enfin, comme le dernier zéro s’affichait encore, j’étendis la main, touchais l’épaule de Jim et murmurais « N’aurais-tu pas envie de passer la nuit avec moi ? » . Mais Jim, au même moment, tourna la tête comme pour se soustraire à ma question. Sans trop savoir ce que je faisais, je me penchais au-dessus de la petite table ronde, et je forçais Jim à me regarder. J’étais bien émue moi-même, mais je fus pourtant frappée de l’intense émotion qui s’échappait des yeux clairs, derrière les lunettes. Son regard était d’une froideur glaciale, non pour me repousser mais à cause de la panique qui commençait à envahir celui qui allait devenir mon amant. Jim fit un dernier effort pour tourner la tête, mais enfin son attention me fut, dès cet instant, sans retenue ni clause restrictive, et je sus que c’était pour longtemps, acquise. "

 

 

ahahah. 

22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 12:31

J'ai aujourd'hui, cuisiné une sorte de sauté de veau aux groseilles à  maquereaux. Je vous tiens au courant, car c'est une première. Par contre, je m'interroge sur l'opportunité de rajouter de la cannelle ? J'ai ajouté de mon propre chef une cuillère à café de miel (devenu plus précieux que l'or, car le printemps fut si pourri qu'au lieu d'aller et venir, les abeilles sont sagement restées chez elle, ont branché  la télé et se sont même tapé tout Roland Garros, c'est dire que les quelques malheureux pots récoltés ne feront pas l'année.) - et évidemment, pour adoucir l'aigrelet des groseilles à maquereaux, une bonne dose de crème sera nécessaire. 

 

J'adore le nom de ces fruits, parce qu'il réunit des  univers a priori dissemblables. Et pourtant, quand on regarde par transparence une groseille à maquereau, on voit distinctement les rayures de son costard. Comme chez Dodo la Saumure ? Comme chez. 

 

Unknown-1-copie-1.jpeg

21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 08:50

Je suis allée rechercher Nicolas Bouvier dans ma bibliothèque. Comme j'ai donné le gros volume des "oeuvres complètes" (*)  à ma grande soeur, qui, sur le tard, vient de se découvrir une vocation de globe-trotteuse, je n'ai pas eu trop le choix : il me reste le mince bouquin du  "poisson-scorpion", mais ce reste est fameux...

 

 

 

 

 

poisson_scorpion_retaille.jpg

 

 

 

 

 


 

La nuit parvient donc à être douce, même dans l'humide Normandie. Il faut dire qu'elle apaise les tensions de la journée : météo pourrie aidant, rien n'a été fait au jardin, et du coup, les bruits de tondeuses, de coupe-fil, voire même de souffleuse à feuilles (le comble ! une souffleuse à feuilles, à Beaubec !) ont résonné sans discontinuer depuis deux jours. Mais heureusement la nuit vient : la fenêtre ouverte sur le jardin, les chouettes effraies chassant sllencieusement, Quenotte et Clopinette rêvassant dans le pré du bas, la lampe allumée au-dessus des oreillers, une bête soyeuse, ronronnante,  douce et chaude à la saignée de mon bras, et les phrases de Nicolas qui me font rigoler doucement : "Le soleil et moi étions levés depuis longtemps"...

 

La lune et moi divaguons donc ensemble, à la poursuite du poisson-scorpion. Je ne remercierai jamais assez Nicolas Bouvier de ne PAS être un "écrivain-voyageur" à la manière d'un Chatwin - ouf, on ne rencontre pas d'extraordinaires personnages avec lui, mais des douaniers bouffis de bêtise et de suffisance,  les paysages sont traités pour ce qu'ils sont, non comme des miroirs où l'âme se réfléchirait, et oui, Nicolas Bouvier ne cherche ni à se perdre ni à se retrouver, mais simplement à se "déplacer" : voilà qui convient parfaitement à mon immobilité forcée.

 

La lecture de Nicolas Bouvier a un autre avantage : elle lisse notre avenir commun, si désastreux, et l'on peut puiser du réconfort dans la lecture de ces poèmes. J'en offre donc un, ici même, à tous les affligés (et une pensée spéciale pour Lavande, qui, si j'en crois Rose, est dans la tourmente. Merci à ces deux-là de me rendre visite : rien qu'en écrivant leurs noms, mon blog en est tout parfumé.)

 

Voici donc ce qu'écrivait Bouvier au moment de partir pour son dernier voyage : 

 


"Désormais c'est dans un autre ailleurs

Qui ne dit pas son nom

Dans d'autres souffles et d'autres plaines

Qu'il te faudra

Plus léger que boule de chardon

Disparaître en silence

En retrouvant le vent des routes"

 

En attendant d'être à mon tour emportée par ce vent-là, je m'accroche  à la queue du  poisson-scorpion, qui m'entraîne de Ceylan au Sri-Lanka...

 

 


 

 

 

 

 

 

 

ps : les "oeuvres complètes" se composent généralement d'oeufs, de jambon, de tomates et de fromage râpé. 

20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 10:35

Or donc, ne voulant pas me taper trop l'incruste chez le camarade Stoni, c'est ici que je relate, une fois de plus, mes aventures léporidiennes...Pleines d'enseignements divers, me semble-t-il. Pardon pour ceux et celles qui connaissent déjà l'anecdote !

La relation entre les lapins et moi a commencé le plus normalement du monde : le nombre commun, voire réglementaire,  de peluches blanches, bleues ou roses me fut attribué à la naissance, un  peu plus tard je courus avec Alice à la poursuite du plus célèbre représentant de l'espèce, avec montre à gousset et redingote, je subis ensutie, comme tout le monde, l'infernal Duracell et ses cymbales mécaniques, et j'eus même, arrivée à l'âge de la propriété foncière, dans de larges clapiers, toute une famille que nous avions baptisée comme des candidats de loft story, et que nous zigouillions de même, toutes les fins de semaine. 

Le lapin, ainsi normalement associé à tous les âges de ma vie, faisait partie de la tapisserie du quotidien. Et je n'en aurais rien de plus à en  dire, si ce n'est qu'à une certaine époque... 

 

OUi, cette époque-là,   celle des désillusions et de l'héroïsme, j'ai nommé la tendre jeunesse... 

 

Mais reprenons calmement. 

 

J'habitais à Rouen, j'étais jeune, enfin libre et pauvre. On sentait bien que deux au moins  de ces trois qualités n'étaient pas destinées à durer : et très vite, je dus gagner ma vie, ce qui faisait sauter la liberté du tableau, sans bien évidemment y apporter la richesse... Mais bref. 

Gagner sa vie signifiait aller se vendre à Manpower, et se retrouver sur des missions d'intérim de quinze jours ou trois semaines, dans l'une des multiples usines de la banlieue rouennaise. L'une des pires était l'entreprise pharmaceutique Choay (aujourd'hui Glaxo) à Notre Dame de Bondeville. Une heure trente de bus le matin, par un des étés les plus chauds de cette décennie-là. Un peu plus le soir, à cause des travaux de la rocade... Un poste de conditionneuse sur chaîne, qui vous laissait les doigts en compote et la nuque courbée sous la surveillance des contremaîtresses : les ouvrières ne tenaient qu'à coups de cacheton, et d'arrêts-maladie plus ou moins longs.  

UN matin, on me fit cependant l'honneur de m'affecter au laboratoire. Autant la chaîne de montage était installée dans un hangar sale et peu accueillant, au milieu d'un boucan épouvantable et  avait des  vitres obturées de peinture blanche à mi-hauteur (histoire qu'on ne s'oublie pas à regarder dehors), autant le laboratoire, lui, climatisé, silencieux et  spacieux, vous accueillait dans un calme impressionnant, une fraîcheur bienvenue, accompagnée des sourires des blouses blanches qui officiaient là. Je devais laver et ranger les verreries du laboratoire, éprouvettes, pipettes, béchers et fioles,  garnir de linges empesés et de serviettes stériles les armoires, nettoyer les paillasses... C'était un des meilleurs postes de l'usine, et si je m'y prenais bien, je pourrais voir ma mission se prolonger d'un mois, ce qui était inespéré. 

Sauf qu'il fallait s'occuper des lapins. 

 

Ils étaient installés un peu à l'écart, dans une pièce toujours sombre, et vivaient dans des clapiers spéciaux, qui ne leur autorisaient aucun mouvement. Disposés en oblique, le cul à l'air, au-dessus d'une rigole où tombaient leurs déjections, c'étaient de pauvres animaux de laboratoire, à l'espérance de vie qui ne dépassait pas trois semaines : le temps approximatif de mon contrat. 

je devais leur enduire, tous les matins, leurs culs de rouge à lèvres, et relever, le lendemain, les éventuelles effets secondaires induits. Y'aurait-il de petits boutons ? Une craquelure quelconque ? Le rouge aurait-il "tenu" ? etc. J'avais une feuille trsè précise à compléter, et je devais également nettoyer la rigole, rajouter l'eau que les animaux tétaient au bout de tuyaux, et remplir les mangeoires accrochées juste devant leurs museaux (puisqu'ils ne pouvaient pas bouger). 

C'était doucement monstrueux. 

La raison d'une telle torture était toute simple : la composition des lèvres humaines est exactement la même que celle des culs de lapin. Afin de tester l'inocuité des produits, on employait ainsi les animaux préférés des petits enfants...

Je n'ai jamais pu me maquiller, après ça. Car autant je peux admettre la nécessité des tests animaux pour des produits pharmaceutiques, pour la recherche, autant aller torturer de pauvres lapins pour quelque chose comme un rouge à lèvres me donne, encore maintenant, un haut-le-coeur. Que la vue des sublimes bouches pulpeuses des publicités renforce d'encore un peu plus  de nausée.

Bon, je ne voudrais pas que cette histoire empêche qui que ce soit de se rouler des patins, n'est-ce pas. Mais cependant, quand vous verrez une pulpeuse à la bouche siliconée s'enduire consciencieusement de rouge baiser, n'oubliez pas de lui rajouter, en surimpression, les dents de Bugs Bunny. ! 

 

Présentation

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