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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 16:09

 

 

 

Je n'arrive pas à me débarrasser d 'une, comment dire ? , "sale petite histoire", qui me poursuit depuis notre retour du Limousin, ou pourtant la fête où nous étions conviés était bien sympathique ; mais,après tout, il suffit souvent  d'une goutte d'amertume pour  gâcher un repas. On comprendra donc  que je ne veuille pas  garder "ça" sur l'estomac. Peut-être parce que c'est le genre de petite anecdote qui me décrit le mieux - je n'y tiens pas le beau rôle. Mais il me semble que je ne suis pas la seule...

 

  Les moyens auxquels j'ai recours habituellement dans ce cas, l'humour en premier, semblent inefficaces. Je m'en vais donc l'écrire, cette sale petite  histoire de deux sous, pour éteindre le feu sous la  marmite où barbotent mes vieux démons : le sentiment d'humiliation,  ingrédient  ici agrémenté de  l'arôme de la trahison. Brouet fort peu ragoûtant, et  qui m'abreuve, semble-t-il, plus souvent qu'à mon tour. Je n'ai pas à me plaindre : il paraît, d'après "eux", que  c'est mon manque de confiance en moi, ma difficulté à être à l'aise avec autrui, mon hypersensiblité voire ma paranoïa qui sont la cause de mes mésaventures. Portrait fort peu flatteur, en vérité. Mais il est vrai que je ne cherche pas à être flattée : je m'accorde au moins ce trait de caractère ! 

 

J'ai même voulu la déposer sur ce blog, cette déplaisante petite histoire d'humiliation et de "petite" trahison ;  pourquoi pas ? Mais c'est qu'elle implique des gens que j'aime, dont Clopin en premier lieu. Vous me direz qu' en plus, elle est minuscule... Mais une Anita Brookner vous tisse un solide roman avec moins que cela : un regard lui suffit. Ou une porte ouverte quand elle devrait être fermée. Ou un "non" prononcé à la place d'un "oui". Bref : un souffle, quoi.

 

Comme je ne lui accorde pas , ou plutôt que je lui refuse,  le pouvoir de me gâcher encore un peu plus la vie, je la réserve donc comme "matériau".  Certes,  parmi les mille et une manières de raconter une histoire, la plus factuelle semble sans doute la plus proche de la vérité, si cette dernière existe. Cependant, les trois lignes qui me serviraient, si j'optais pour une sèche relation de l'incident, ne diraient rien de la tempête sous mon crâne, que j'ai dû affronter pendant de trop longues minutes à mon gré. Et puis,  si je veux l'avaler et la digérer, je  dois  replonger d'abord dans cette soupe d'aigres émotions ; un jour, un psy m'a dit que "dire n'était pas revivre". Je pense exactement l'inverse... Tant pis : je m'en vais recourir à toute la subjectivité possible, au risque de la mauvaise foi. Après tout, la littérature peut être aussi thérapeutique.

 

Une fois cette résolution prise, descendons au jardin. Figurez-vous que les légumes viennent (enfin) à maturité : nous possédons des courgettes qui pèsent bien 3 kg chaque, des concombres à profusion, des haricots jaunes et verts, des fèves (délicieuses en salade froide, avec citron, huile d'olive, feuilles de menthe et crevettes roses) et de translucides côtes de bettes. Me voici de nouveau, vers les dix-neuf heures, en train de cuisiner en écoutant Michel Onfray. Même si j'émets désormais des réserves sur le travail philosophique de ce dernier, force est de constater que la clarté de son élocution, la simplicité du vocabulaire employé, la chaude tessiture de sa voix, aident à l'écoute. Et comme le sujet, cette année, porte sur les idéologies qui ont accompagné mai 68, vous pensez bien que mon oreille est aussi ouverte qu'une écoutille du Victory, le jour de Trafalgar.

 

La combinaison mois d'aoüt + grand beau temps + fruits et légumes + Onfray est toujours aussi gagnante, et m'apaise profondément. D'autant que petit à petit, l'horizon se dessine. Clopinou a son studio dans le 19è, ma plainte est en passe d'être déposée auprès du tribunal, j'ai fait en parallèle ma demande de réintégration au 15 novembre, je retourne voir ce bon vieux Docteur G. début septembre... Si le froid qui demeure dans le bleu des yeux de Clopin à mon endroit (et ce,  depuis la déplaisante petite aventure dont il fut le déclencheur, par orgueil, me semble-t-il,  enfin pour ne pas jouer le rôle de compagnon trop soumis) pouvait s'adoucir un peu, je crois bien qu'on pourrait (presque) parler de bonheur.

 

D'autant que le jardin, lui aussi, respire et baguenaude. Clopin y plante, au beau milieu, une ancienne girouette représentant un goëland sur une barque. Eh bien, un haricot, hardi et volubile, est grimpé lui faire la cour. Comment ne pas sourire, devant une pareille rencontre ?

 

 

 

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Mais que lui sussure-t-il donc à l 'oreille, mmmhh ?

 

 

 

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J'oubliais les papillons, qui eux aussi fréquentent mon jardin. Allez, du coup, une petite vidéo :

 

 

12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 16:20

images-copie-2.jpg'ai lu avec attention "dix bonnes raisons de devenir végétarien", et bien entendu, je souscris. Cependant, cependant, quelque chose me retient... Ah, je sais. Disons que je vais surseoir jusqu'à la prochaine découverte, sur la paroi d'une profonde caverne (du genre de celles qui ont abrité mes ancêtres),  de la préhistorique reproduction d'un paquet de muestli. 

 

Variation Papoue.

J'ai tant ri dimanche, en écoutant le défi papou : il s'agissait de se faire passer pour Corneille, en pastichant les 3 premiers et les 2 derniers vers de la pièce "Attila". Du coup, allez zou :

Début ( c'est Attila qui parle) :

"Je le veux. Je le dis. Mon empire l'ordonne :

Pour lui, j'ai combattu par le feu et le sang

Et pour lui, aujourd'hui, j'épouserai Ildione"

 

Fin (c'est Ildione, qui va  en épouser un autre) :

 

"Rendons grâces aux cieux car ce doux hyménée

Qui répond  à nos voeux change nos destinées". 

 

(Qui sait ? Peut-être aurais-je attrapé les experts ?)

 

PS : j'ai fini les livres de Tracy Chevalier, et pourtant, j'ai fait durer le dernier... Snif. Heureusement que Breaking Bad reprend !!!

 

 

 

10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 10:33

Je respecte beaucoup l'érudition, et je suis attirée par les discours des "passeurs" que sont les critiques d'art, comme Alain Jaubert et son solide "Palettes", Obalk et son brillant pathos (je suis "fan d'hector"), ou encore Korkos l'éclectique. Mais bien sûr, je ne les connais pas, je veux dire que je ne peux les traiter comme des amis à qui on pourrait téléphoner tout simplement pour poser une question ou vérifier une hypothèse,  : je reste donc dans l'incapacité de discuter avec eux du point de savoir si, oui ou non, l'intuition peut avoir sa place et une quelconque valeur,  dans le discours de déchiffrage qu'est la critique picturale.

 

Et puis je suis sans doute sous l'influence de ma cure de Tracy Chevalier. Comme Clopin avec la série Breaking Bad, je me suis goinfrée ces derniers jours des livres de cette dernière, avalant tout, de la "vierge bleue" à l"l'innoncence ", en passant par la "Jeune fille à la perle"... qui ouvre sur les tableaux de Veermer de Delft...

 

 

Mélangez à tout cela ma propension à la divagation, et bien entendu vous obtiendrez le résultat suivant. Comme Tracy Chevalier, qui traque de livre en livre les âmes soeurs, féminines  et humbles, perdues dans les sociétés englouties du passé, et leur accorde, à ces malheureuses, les outils des asservies, me voici en train d'échafauder des hypothèses, à chercher la sourde voix des bouches fermées par la main de l'oppression, à me pencher sur l'insondable continent noir de la féminité...

 

Et puis j'admire Chevalier, non seulement pour sa maîtrise de l'écriture et sa façon de la placer au service de l'histoire, qui plus est, en recomposant ces grands pans d'histoire (le suffragisme anglais, les luttes huguenottes en France au 17è siècle, la condition des servantes aux Pays Bas, le culte des morts en Grande Bretagne, etc.) pour une fois à travers des yeux féminins, mais encore parce qu'elle mélange  subtilement faits historiques avérés et fiction romanesque. Comment ne pas avoir envie de la suivre, et se "lâcher", au risque de se voir moquée ?

 

 

 

Oh, et puis après tout je suis chez moi, sur mon blog : je décore ma maison comme  je le veux. Na.

 

Toutes ces précautions... pour dire qu'après la lecture de la "Jeune Fille à la Perle", j'ai évidemment été faire un tour, merci Internet, sur les images représentant les tableaux de Vermeer. Bien entendu, c'est un exercice un peu vain, comparé à la confrontation directe avec les oeuvres. La Laitière, par exemple, qui sert aussi, hélas, aux publicités sur les yaourts, mesure une quarantaine de centimètres carrés : c'est un tout petit tableau, et j'ai du mal à me le représenter, justement parce qu'il a été quasiment autant pillé, détourné, reproduit, que La Joconde, et que cette prolifération s'accorde a priori mal avec la modestie des dimensions, et la rareté du sujet (une femme d'humble condition). Peut-être un jour irai-je à Amsterdam ?

 

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En tout cas, j'ai bien divagué là autour... Et je me demande pourquoi tous ceux qui se penchent sur ce tableau n'ont pas, à ma connaissance, émis l'hyppothèse dont j'ai  l'intuition... A savoir que les critiques décèlent tous, sous le calme de l'humble scène ménagère, une puissante sensualité, qu'ils accordent aux formes pleines de la Laitière et aux canons de la mode du temps. Et il est vrai que  l'actrice  des yaourts télévisés, a, elle, au bas mot, dix bons  kilos de moins !

 

 

Mais il me semble, à moi (allez, Tracy, donne-moi du courage...) que la fascination du tableau ne provient pas simplement de l'identification du vulgus pecum à la paisible scène domestique représentée. Prenez le bleu du tablier drapé sur le ventre, par exemple. N'est-il pas à rapprocher du  manteau de la vierge enceinte, ou de son jupon, représenté tant et tant de fois, par exemple par Piero della Francesca ?

 

 

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Pourquoi donc, alors que tous s'accordent à trouver la Laitière désirable "par en-dessous",  n'ai-je jamais lu que l'attraction qu'elle nous procure provient peut-être de sa grossesse même ? Certes, les servantes solides, aux formes pleines, existaient. Mais celle-ci, j'en mettrais ma main à couper, attend un enfant : et le lait qu'elle verse sera bientôt le sien, d'où le regard intense qu'elle accorde  à sa cruche, une sorte de regard intérieur : on croirait presque entendre ses pensées - il lui faudra devenir bientôt nourrice, et dieu lui accordera-t-il l'abondance requise ? Si vous ajoutez à cela que Vermeer était catholique dans un pays protestant, et qu'il devait donc cacher peu ou prou sa dévotion à Marie...

 

 

Je suis sûre que mon intuition a déjà été partagée et discutée. Mais pas un mot en ce sens  sur Wikipédia, par exemple,  et je ne connais ni Jaubert, ni Korkos, ni Obalk, autrement que par les travaux de ces derniers. Et qui suis-je pour aller divaguer ainsi, moi qui ne connais ce tableau que grâce à mes yaourts ??? (ahaha).

 

 

 

 

7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 15:20

 

 

 

 

 

 

Il est vrai que le jardin de la cathédrale de Winchester est pour moi un lieu essentiellement anglais, surtout à cause de son écrin, rues animées et charmants musées. Gratuits, en plus, ce qui ne gâtait rien...

 

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Mais tout est définitivement anglais en Cornouailles

 

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à part, peut-être, les pieds maigres de Clopin dans les eaux vertes et picturales de la Manche, bien sûr !

 

 

 

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 11:32

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Les bed and breakfast pratiqués en Cornouailles étaient somptueux. Nous utilisions le réseaux des b and b "à la ferme" (certaines remontaient au 13 è siècle...), afin d'éviter les déconvenues du Routard, qui nous avait fourvoyés vers  des adresses fermées depuis deux ans ! Du coup, nous avions droit à des chambres immenses, des moquettes moelleuses, des salles de bain immaculées, des serviettes de bain et des peignoirs épais,  des décors à la Béatrix Potter, du linge de lit fleuri, des petits gâteaux disposés à notre intention à côté de théières victoriennes : le luxe, quoi. Je pense en effet que le luxe commence dès qu'on vous ôte un effort que vous pourriez parfaitement fournir, comme de nettoyer une baignoire ou gérer des draps et des serviettes. En ce sens, chaque être humain commence sa vie dans le luxe, puisqu'un bébé vagissant doit absolument compter sur les autres pour satisfaire ses besoins les plus primaires. Après, ma foi... Le luxe me met toujours vaguement mal à l'aise, cependant, comme s'il était coupable d'y avoir recours.

 

Mais j'étais en vacances, dans une très vieille nation, très particulière : je me laissai aller. J'aimais vraiment beaucoup de ce que je découvrais. Même les horribles routes, si dangereuses, permettaient, à travers leurs haies juchées sur des murets, de préserver la campagne anglaise... Les parkings si chers préservaient de la même manière la tranquillité des petits villages côtiers. Chaque chose a son revers, et le luxe, le calme, la volupté... me permettaient d'être disponible et  comme poreuse. Et il y avait tant à voir :

 

 

 des riches fermes du Devon aux splendides heurtoirs, des petits ports fleuris, des chats aussi beaux que celui d'Alice, des cathédrales et des rues marchandes, jusqu'aux pieds de Clopin plongés dans une eau aussi colorée qu'un tableau. Je vous les mets en vrac, parce que je n'arrive plus à sélectionner, sur ce blog désormais "gratuit", les emplacements sur la page. Mais je vous invite cependant à savourer les photos de ces luxueuses, voluptueuses et fort calmes vacances !

 

 

(suite des photos  plus tard !)

 

 

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 10:09

Je me demande souvent si ce sont les métiers qui façonnent, peu à peu, les caractères, ou si c'est l'inverse. Dans le cas où l'on choisit sa profession, et où on l'exerce avec bonheur,  sans doute les qualités requises préexistaient-elles. Dans le cas  contraire...

 

J'y pensais en écoutant parler un régisseur spécialisé dans  ce que l'horrible dénomination contemporaine appelle " le spectacle vivant" - une sorte de chef de travaux d'événements culturels tels que festivals de musique, théâtre, manisfestations  artistiques. L'ami en question expliquait son choix professionnel par son environnement familial : enfant, il avait été bercé par une mère musicienne et cultivée. Mais en l'écoutant, je me disais que les qualités dont il devait faire preuve relevaient aussi d'une personnalité bien particulière.

 

Car les régisseurs, comme les chefs d'orchestre ou les réalisateurs de cinéma, doivent forcément posséder  plus que leur  solide  sens de l'organisation,  leur  capacité de démêler l'essentiel de l'accessoire, la vraie urgence de la fausse panique, leur   disponibilité élastique, la connaissance parfaite de leur milieu et leur aptitude à distribuer les tâches, distinguer les compétences et pallier les insuffisances - ce qui, n'est-ce pas, n'est déjà pas si mal... Mais un festival, comme un film ou un concert, est aussi un concentré d'émotions surgies d'ego compliqués - ceux des artistes sont parfois monstrueux. Pour mener son entreprise à bien, un régisseur doit forcément accueillir en lui toutes les émotions des autres, les démêler et les renvoyer positivement à leurs propriétaires. Bref, se servir des autres pour le but commun, en dépassant l'émotivité de chacun pour servir l'art qui va surgir du lot...

 

J'en serais parfaitement incapable, notez bien. Une amie comme Véronique Aubouy est parée de ces multiples qualités, encore plus que mon copain le régisseur : elle, elle s'empare carrément de l'énergie des autres. Venue à Beaubec dans le cadre de son "Proust lu", seule ma lecture était prévue. Mais Véronique est telle qu'il est difficile de lui dire "non". Aussi tout le monde y est passé : Clopin et Clopinou, qui à l'époque avait douze ans, mais aussi les amis présents, jusqu'aux voisins... Elle aurait fini par obtenir  la participation du chien, ma parole ! Son seul échec a été notre voisin G. Pourtant, son accent brayon, sa langue épaisse et forte, attiraient Véronique comme la valériane les matous - mais G. est à la fois assoiffé de reconnaissance et en même temps honteux de son origine rurale : il fut le seul à s'obstiner dans le refus. Véronique m'épatait carrément : elle était le point névralgique vers lequel tous se tournaient. Comment supportait-elle une telle pression ? Elle avait été la première assistante d'Altmann : était-ce là, près du  maître, qu'elle s'était forgée cette remarquable et rayonnante personnalité ?

 

En tout cas, mon ami le Régisseur a en commun avec elle une sorte  de flegme, impressionnant, et qui rejaillit dans sa manière de parler. Je pense qu'il n'y a là aucune "erreur de casting" professionnel. Qu'en gros, le travail doit être forcément bien fait, et que la réussite doit couronner les entreprises. Le dernier documentaire de Véronique - un portrait de Bernadette Lafont, diffusé à l'occasion du décès de cette dernière, m'en convainc encore plus...

 

Quant à moi, mon travail, qui me cause tant de soucis et où je dois reconnaîter une complète faillite, n'est qu'alimentaire, finalement. Et mon autre activité, à savoir l'écriture, ne requiert pas cette qualité d'absorption et de renvoi de l'émotion des autres. Je ne fais qu'épier les signes, et tenter, avec plus ou moins d'adresse, de les retranscrire... Je ne suis qu'une voleuse, alors que mes amis, la cinéaste et le régisseur, sont dans l'échange...

2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 08:12

J'ai acheté TOUS  les livres de poche signé Tracy Chevalier. Le site de la fnac propose des occasions à moins d'un euro pièce... Franchement, c'est pousser au vice les accros comme moi, mais, un peu honteuse parce que je subodore que cette pratique se fait au détriment des auteurs, non ?, j'en profite tout de même !

 

...

 

Le soir, le soleil rasant fait étinceler les crochets des ardoises : le toit de la maison est ainsi chapeauté d'une résille aussi brillante que du strass. Prêt pour plonger dans la nuit.

 

...

 

Si l'inde mettait en circulation sa nouvelle monnaie, le sonê, il faudrait établir que cent sonês valent une roupie. Ce qui, dans tous les cas, ne vaut pas vraiment grand'chose. Si vous suivez mon regard, bien sûr.

30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 13:16

Quand je dois aller voir Jim, je cadenasse d'abord, soigneusement, les portes de l'émotion. Pas question d'en rajouter devant celui qui fut mon ami, et qui désormais doit seul affronter son cerveau malade. J'ai l'impression qu'en plus, il devient aveugle. Ses pas sont de plus en plus hésitants, et l'effort qu'il fait pour les gestes les plus simples me dissuade de les lui demander. Mehdi, le petit homme marocain qui, en échange de l'hébergement et du couvert, s'est installé depuis bientôt deux ans et est le seul garant de la présence de Jim à domicile, est parti un mois au Maroc. Le frère-curateur de Jim l'a donc placé, pour tout le mois de juillet, à l'Ephad des Sapins, au bout du bout de la Grand'Mare, au Châtelet. Ce quartier de Rouen, nommé joliment "les Hauts de Rouen", a été depuis les années 70 le ghetto dans lequel on repoussait, certes sans grilles ni murs mais fort efficacerment tout de même, les immigrés et leur descendance. Malgré les arbres, les larges avenues, le blanchiment des façades des HLM, malgré le dévouement des services qui travaillent là, les nombreuses associations et le dynamisme des animateurs de tout poil, le chômage y sévit encore plus qu'ailleurs, et les désoeuvrés de toutes couleurs sont légion. C'est au bout du bout de ce quartier que l'EPAHD se situe - sans doute un signe. Si vous y allez le dimanche, vous constaterez que les employés sont tous blacks, autour des fins de vie blanches qu'on relègue là. Mais l'endroit est spacieux, propre, apparemment calme, les employés souriants, et l'odeur ne fait pas trop la part belle au désinfectant qui saute à la gorge du visiteur.

 

Vous trouvez Jim dans sa chambre. Lit à une place, une table, une chaise, la radio éteinte, une armoire et un cabinet de toilette équipé. Le tout propre, et vide, aussi vide que les yeux de Jim, jusqu'à ce qu'il vous aperçoive et, rappelé à la réalité, ne se mette à pleurer doucement. De plus, erreur d'une aide-soignante sans doute pétrie de bonnes intentions mais maladroite, les cheveux et la barbe de Jim ont été coupés. Or, l'identité de Jim reposait, comme pour Samson, dans son système capillaire : lutte contre son univers familial à l'adolescence, proclamation muette d'une résistance aux normes... Le vide de la chambre est terrifiant aussi, pour qui se souvient à quel point Jim édifiait, contre la mort, des murs de collections diverses, au premier chef de la musique bien sûr, mais aussi des livres, cartes postales, petites voitures... Jim n'a plus les moyens de lutter, et laisse ainsi voir son dénuement moral. 

 

 

Pourtant, mieux vaut encore l'Epahd, à mon sens, que le cloaque qu'est devenue la maison de Jim, rue Louvet. JIm est exténué et soumis, certes. Mais il a besoin de dignité, et les soins qui lui sont prodigués, à l'Epahd, permettent au moins aux visiteurs de parler à une personne propre, habillée suivant ses besoins, bien nourrie et protégée. Le dévouement aléatoire de Mehdi, l'ambiguïté de sa situation (car les soins que requiert Jim équivaudraient à un smic et demi au moins, or Jim n'a pas les moyens financiers de rémunérer son soignant), le fait qu'il s'en va pendant la journée (et qui pourrait supporter de rester en permanence auprès de JIm ? Moi, je dure deux  heures maximum !!!) tout cela me fait craindre le pire, quand il quittera l'Epahd pour retourner rue Louvet. Si j'étais sa famille... Mais je ne le suis pas, et je pense que l'effort qui est demandé à son frère curateur est bien grand, d'autant que ce dernier est sous le feu roulant du jugement des amis de Jim, qui s'indignent et font pression : non, décidément, je n'aimerais pas du tout être à sa place.

 

Je tiens la main de JIm dans la mienne et, fermement, je lui interdis le désespoir. Je souris, je lui raconte tout ce que je peux : les voyages, les rencontres, les livres et les musiques, les puces du chat et la couleur des clématites. Je porte exprès ma robe rose fuschia, je chante même s'il le faut, ou bien je mets france musique en espérant que le programme du moment intéressera Jim. La musique est ce qu'il quittera en dernier, je le sais...

 

Et puis je l'embrasse fort, je m'arrange pour qu'il me dise "oui" quand je lui lance une dernière fois qu'il doit faire attention à lui, qu'il doit être solide et surtout tenir bon la rampe, et je m'en vais.

 

Quand je le quitte, désormais, j'ai toujours besoin de marcher, de faire fonctionner mon corps d'une façon ou d'une autre. Aller nager, ou faire le tour du quartier. C'est la seule manière pour que je puisse retrouver un peu de sérénité : sentir que mon propre corps obéit toujours, lui, à mon cerveau... Alors, une fois que je suis assurée d'être en sécurité, d'être revenue parmi les vivants, et loin de toute peine surajoutée à l'état de Jim, alors seulement j'ouvre les portes à l'émotion : et j'autorise celle-ci à m'envahir, et je laisse hoqueter, à gros bouillons, mon coeur chagrin.

 

 

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(chat roux et ultime clématite).

 

 

 

Published by clopine - dans Vies de Jim
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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 09:44

Bien, je reprends. Le livre de Chevalier "Prodigieuses Créatures" va être porté à l'écran. C'est du moins ce que m'a raconté l'érudite locale de Lyme Regis, qui tient le petit musée de la ville et trouve qu'effectivement "Tracey Chevalier fait partie des amis de Lyme regis". J'ai timidement insinué qu'elle était surtout un sacré bon écrivain, et que Lyme Regis pouvait garder soigneusement le souvenir de son passage dans ses murs, comme elle gardait celui de Jane Austen. Mais l'érudite locale ne dispose, hélas, comme souvent ses pairs, que d'une seule paire de lunettes : elle reconnaissait à tracey Chevalier le mérite d'avoir sublimé l'histoire originale de la petite ville, voilà tout. Cela  n'empêcha pas mon exaltation, qui m'envahit à chaque fois que je découvre une "vraie" auteure, et qui a contaminé Clopin : il s'est emparé lui aussi du livre  pendant notre voyage. Et voilà que nous étions à Lyme Regis, que nous arpentions les rues parcourues jadis par Miss Philpott et Mary Anning, que nous cherchions comme elles les fossiles descendus des éboulis des falaises, réservoirs des secrets du crétacé.

 

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Je vais sans doute trop vite, alors je reprends calmement. Prodigieuses Créatures, ou, en anglais "remarkables creatures" (je ne sais pourquoi la traduction n'a pas repris le terme de "'remarquables", que j'aurais préféré, m'enfin) est un roman "à deux voix" tiré de faits historiques  réels. Il s'agit de la biographie d'une jeune fille pauvre de Lyme Regis, petit port de Cornouailles, qui, dès son plus jeune âge, cherche des fossiles au pied des falaises et en fait commerce.lymeregis1.jpg

 

 

 

Il s'agit aussi de l'amitié de cette jeune fille avec une "vieille fille" anglaise, une cousine de Miss Marple, elle aussi ayant réellement existé et se dénommant Miss Philpott, comme une héroïne de Dickens. Il s'agit encore et surtout  d'un roman qui, bien que ne contenant à aucun moment une seule ligne de dénonciation de la condition féminine victorienne, une seule plainte ou une seule révolte, réussit à être plus authentiquement féministe que tous les romans de George Sand. C'est bien simple : je déplore à l'avance que ce ne soit pas Jane Campion qui en fasse l'adaptation cinématographique, car elle seule dispose de l'humour, de l'audace et de la dignité requis par un tel livre.

 

 

 

J'étais d'autant plus enthousiaste que mon voyage en Cornouailles m'emmenait d'écrivaines en écrivaines. Or, j'ai la ferme conviction que l'avenir de la littérature passe par des plumes féminines et anglo-saxonnes, très précisément. Mon panthéon fait la part belle à Woolf et Mac Cullers, et je vois chez Chevalier, qui appuie son travail sur des biographies romancées de femmes industrieuses, une descendance, une filiation... Mais toute la Cornouailles est un repaire de génies littéraires. Je tombais à tous les carrefours sur le souvenir de la grand'mère, la féconde Jane Austen, dont le souvenir, de hasard en hasard, ponctuait mon parcours - jusqu'à sa tombe, dans la cathédrale de Winchester lymeregis8.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

. Mais que dire des traces d'Agatha Christie, qu'on retrouve partout, ou de celles de Daphné du Maurier ? La maison de cette dernière,

 

 

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juste à côté du bac de Fowey (encore un hasard, mais à ce point là, le hasard a la tête de la nécessité !) est tendue vers la mer - et quiconque a vu de près le petit oeil rond, dur et coupant d'une seagull fourrageant de son bec armé de jaune, juste à côté de vous, dans une poubelle, en jetant un cri d'avertissement discordant et dur, comprend d'où est venue l'inspiration de l'auteur de la courte nouvelle des "Oiseaux", transformée ensuite par Hitchcok...

 

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Si je me suis sentie chez moi en Cornouailles, malgré le dépaysement et ma condition de froggie, c'est bien grâce à la littérature.

 

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Grâce au soleil  aussi, non  exceptionnel dans cette région, mais particulèrement présent cet été : on  ne connaît pas d'habitude une telle intensité dans la chaleur et les couleurs. Les commerçants sortaient bien leurs portants, afin de présenter leur marchandise. Mais, manque de réflexe : les vêtements proposés ne collaient pas aux 35 ° celsius qui régnaient partout, et proposaient encore des sweats aux manches longues, voire des pull overs, sans compter les épais trench coats. J'ai craqué, dans une quincaillerie délirante, pour un imperméable digne de Conan Doyle, entièrement doublé de tweed. Mais je portais, dans les rues joyeuses de la Riviera anglaises, le minimum rose et blanc qui s'accordait avec la température, contrairement aux tout petits anglais...

 

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 11:31

Me voici de retour, après quinze jours passés  en Cornouailles anglaises : et si je pense aux hasards trébuchants de ce beau voyage, c'est à cause d'une traduction, disons aléatoire et acchopante,  du genre de celles qu'on obtient en cliquant  sans relire le résultat. IL s'agissait de la brochure de présentation d'un endroit magnifique, qu'on ne trouve évidemment qu'en Angleterre : un jardin perdu... ; l'employé chargé de la communication avait dû appuyer sur "traduire la page", et c'est ainsi qu'on se retrouve à naviguer dans  les eaux troublantes d'un destin cahoté.

 

 

Et je prouve mes dires : rien n'est plus beau qu'un jardin anglais, même perdu :

 

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On  peut s'y croire héroïne de Jane Austen, se promenant sous une arche de pommiers... cornouailles6.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Y croiser des jardiniers affairés...

 

 

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se reposer sur un banc, astucieusement pourvu de roulettes, ce qui permet de suivre le cours du jour

 

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Et respirer les fleurs, admirer les fruits, se perdre un peu et se retrouver toujours.

 

 

 

 

 

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Et même s'intéresser aux fermetures de barrière,  sujet auquel Clopin est particulièrement sensible !

 


 

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En tout cas, ce n'est certes pas un hasard trébuchant qui m'a fait, pendant ces quinze jours et quelques mille cinq cent kilomètres (j'ai la flemme de calculer en miles, et puis c'était Clopin qui conduisait,  d'abord), crier souvent et palpiter toujours : ce sont ces satanées routes cornouaillaises, resserrées entre deux murs, pierres et végétaux,  et sans visibilité AUCUNE, alliées à cette foutue conduite à gauche. Ce que j'ai eu peur, bon dlà ! Pourtant, il faut bien reconnaître une certaine utilité à ces sortes de tunnels. D'abord, on roule doucement, bien obligés. Ensuite, on acquiert une certaine philosophie, à l'inverse de celle du continent, qui exige de dépasser ce qui roule devant, dès qu'on le peut, et d'accélérer dans les virages. Enfin, le pays entier bénéficie ainsi d'une campagne non mitée, aux champs clos de haies intactes, où les animaux des champs, oiseaux, blaireaux, muscadins et autres prolifèrent encore. Les routes qui me faisaient si peur nous emmenaient dans des "beds et breakfeast" fermiers : pour le même prix, voire un peu moindre, qu'ailleurs, nous avions ainsi le privilège de chambres immenses et confortables, des chants d'oiseaux le matin et d'une cuisine fermière où les confitures étaient maison, le pain home-made et le thé intensément noir. Les petits déjeuners étaient si copieux que nous sautions les repas du midi... Et pratiquions systématiquement les plats offers dans les pubs, vers dix-neuf heures. Ce rythme dépaysant était fort bien adapté à notre vagabondage, et je voudrais bien continuer à le pratiquer. Les repas du midi m'ont toujours alourdie, poussée vers le lit et la sieste, et forcée à cuisiner alors même que je n'en ai guère envie. Le rythme anglais m'apparaît plus tonique, plus simple aussi. Et l'été, les soirées sont ainsi à portée de main, qu'il s'agisse d'aller écouter les seagulls sur les plages, célébrant le soleil couchant, ou simplement de s'abreuver à la mélodie de la langue anglaise, arrosée de lager ou de "local beer"... 

 

(suite à plus tard)

 

 

(la suite, plus précisément, parlera d'un endroit fort particulier. J'ai nommé Lyme Regis, oui, oui, Tracey Chevalier, Mary Anning et tout ci, et tout ça. Endroit qui n'a pas oublié d'être magique, la preuve :
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