Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 11:36

Le célèbre ouvrage de Dostoïevski (au fait, est-il si célèbre que cela ? C'était le premier roman de l'écrivain, et je crois qu'il n'a guère eu de succès) se plaçait bien évidemment du côté des humiliés. Ne revenait-il pas du bagne ?

 

Tout naturellement, sans même y réfléchir, je me place moi aussi de ce côté-là de la barrière. Comme si la place de victime me revenait de droit. Comme si cela m'autorisait à revendiquer la bonté de mon caractère...

 

Or, à deux reprises, ces derniers temps, je me suis retrouvée, non à la place de l'humilié ou de l'offensé, mais à la place du puissant - du bourreau.

 

Toutes proportions gardées sur l'utilisation de ce dernier terme, d'ailleurs !

 

D'une part, j'ai attrapé un troll, et l'ai regardé se débattre en tout sens.

 

D'autre part, et sans que j'y ai participé au niveau de l'intention, j'ai été le déclencheur d'une attitude si éhontément hypocrite que celui qui l'adoptait en avait le rouge aux joues.

 

Et bien, honnêtement : je n'aime pas ça du tout. Certes, au début, je sentais, plaqué derrière ma bouche, comme une sorte de mauvais sourire venir contre mes dents. N'avais-je pas souffert, et du troll, et de l'hypocrite ? N'y avait-il pas là, plus que du pouvoir, de la simple et bonne vengeance ? N'avais-je pas le droit de regarder les arguments agités devant moi, avec aussi peu d'effets que les pattes griffant l'air d'une bête prise au collet ,et de me réjouir de leur impuissance à mon égard ? 

 

Sauf que, définitivement, je ne crois pas être faite pour humilier les gens. Souffrir de leurs dédains, ça oui. Mais infliger moi-même et sciemment de tels sentiments, non.

 

J'ai relâché bien vite mon lapereau de troll.

 

Et je crois bien que j'ai rougi, pour les mêmes causes que lui, à l'amabilité mensongère de mon hypocrite interlocuteur.

 

Il en est donc de l'humiliation et de l'offense comme de l'huile sur le feu : celui qui la répand risque fort de s'y brûler, à son tour. ..

 

A part ça, j'ai écouté une musique étonnante, si emballante que je l'ai achetée. Je ne peux vous la faire entendre : elle est introuvable sur Deezer. Mais dès que je le pourrais (quand j'aurais transformé mon cd en fichier MP3), je vous en donnerai le goût : il est bigarré comme  j'aime !

 

8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 13:25

Elles ne me sont pas arrivée à moi, mais à Clopin. Le plus simple est de mettre en ligne le mail, et de s'étonner, encore et toujours, des pouvoirs du web...

 



 

 

Le 8 janv. 2014 à 00:43," X"  a écrit :


bonjour,
je viens de voir et beaucoup apprécier "la bergère et l'orchidé"
je vous joins un extrait : un village en lozère
qui a été englouti par un barrage.
cordialement et bonne année 2014
le lien:
or, Clopin a passé un mois à Naussac en 1973, y est retourné l'année d'après, direction le Larzac, est revenu dans les années 80, y est repassé en 2005, et a, à chaque fois, pris des photos et fait des reportages.
Je pense que le village englouti contenait, dans son sol, des germes de foi écologiste, parbleu !

5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 10:33

Je viens de découvrir le site : le fou de Proust, qui est très bien fait et fort enrichissant. Le maître des lieux, homme charmant,  est du genre collectionneur, ce qui ne me correspond pas vraiment mais qui a de vrais avantages : par exemple, il y a un onglet "oeuvres d'art dans la Recherche" où l'on peut voir tous les tableaux dont parle le Narrateur. Je ne m'étais pas rendue compte qu'il y en avait autant - je n'ai parcouru que ceux de la Fugitive et du côté de chez Swann, et cela m'a déjà pris une heure !

 

Du coup, j'ai voulu rouvrir  mes vieux pléïades, pour relire encore une fois l'ensemble de la Recherche. Je ne me souvenais plus que j'ai prêté le premier tome à mon petit voisin. Je dis "petit voisin" parce qu'il est bien jeune (18 ans), mais il me dépasse de plus de deux têtes ! Il veut suivre des études d'histoire de l'art, et est très attiré par tout ce qui est culturel. C'est bien volontiers que je lui ai prêté mon pléïade, mais voici qu'il me manque "du côté de chez Swann" et " à l'ombre des jeunes filles en fleurs". Et cela me manque vraiment, je ressens une impression de vide. Une seule solution : offrir les livres dans une autre édition au jeune homme, et récupérer mon vieux bouquin, où chaque page contient la trace de mes doigts, et qui a été tant malmené, lu, relu et traîné partout, qu'il a perdu depuis belle lurette sa double jaquette blanche et transparente, que sa tranche est cassée et ses deux liens à jamais mordillés et réunis. C'est justement tout cela qui me le rend irremplaçable et précieux.Tant pis : j'ai attaqué ma relecture par le "côté de Guermantes", voilà tout.

 

Même si désormais, la police des pléïades est un peu trop mince pour mes yeux usés. J'ai de plus en plus de mal à lire, il me faut une lumière de plus en plus forte et les corps flottants du vitré sont de plus en plus nombreux et gênants. Tant pis derechef : le plaisir de lire Proust est indissolublement lié à cette édition-là. Et seul Proust est capable de me faire oublier les angoissantes échéances professionnelles qui m'attendent. Mes yeux sont priés de suivre.

 

Ce matin, mon gros chat roux, pendant que je retrouvais, semblable et pourtant changée, la description de la baignoire de la Princesse de Guermantes à l'opéra -comme une grotte marine où des déesses nagent gracieusement, et que je me demandais si c'était le terme de "baignoire" qui avait entraîné, par juxtraposition, Proust dans ces humides métaphores, mon gros chat roux, disais-je, a commencé à jouer avec les liens du livre. Et j'orientais ma lecture pour jouer avec lui, penchant le tome et le redressant, tout en me demandant pourquoi Marcel Proust ne fait pas mention, à mon souvenir, de chats ou d'animaux familiers autour de lui -même si Tante Léonie connaît tous les chiens de Combray. Marcel aurait adoré Rouky, doux, patient et peureux, ou, pour parler comme Proust, doré, pelucheux et feulant...

3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 13:06

Ouf, voici l'année finie. J'ai une drôle d'impression : un peu comme Schroeder qui déclarait "j'ai traversé l'année dernière comme on plonge dans une piscine, en nageant le plus vite possible vers l'autre côté. La seule différence, c'est que quelqu'un avait enlevé l'eau".

 

Il faudrait me rouvrir le robinet, là, siouplaît.

29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 10:46

 

 

C'est donc Ti'punch qui, cette année, est chargé de transmettre les voeux beaubecquois...

 

Et une spéciale pensée clopinienne  pour :

 

Jacques Chesnel, que nous comptons bien revoir comme les hirondelles : au printemps

Jean Granoux, qui m'envoie toujours les précieuses publication des cahiers de l'Estran (comme la nouvelle d'Alice Munro), et  à qui je ne sais comment prouver ma reconnaissance

Jacques-Pierre Amette, qui m'a critiquée, alors qu'il n'était en rien obligé de le faire

Mathilde et Camille, que je remercie  d'être jeunes, belles, intelligentes, affectueuses (et d'aimer nos garçons !)

Et tous ceux, toutes celles que j'ai croisés en 2013, voire avant !

 

Pour tous et toutes : WOUAH !!!

 

 

 

 

 

 

27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 10:15

Souvent, j'ai cette impression  :  pendant les fêtes de fin d'année, à cause du passage, des va-et-vient, de l'énorme quantité de nourriture qui apparaît et disparaît de la table, eh bien la maison s'arrondit.

 

Elle se déforme même un peu, comme un visage reflété dans une boule de noël.

 

J'adore ça - même si cela représente pas mal de boulot, côté cuisine. Mais je ne sais guère faire que cela - et Clopin s'occupe du reste, alors...

 

Cependant, cependant, il y a comme un petit tréfonds chez moi qui s'agite et me pointe du doigt : 2014, je le sais d'avance, sera laborieux et mon temps redeviendra compté. Il faudrait que je profite du  loisir  qui me reste pour avancer un peu mes projets littéraires - surtout que je sais déjà ce que je veux faire.  Je culpabilise, quoi.

 

Il s'agirait de m'inspirer du si beau poème de Jules Supervielle : "la demeure entourée". Je sais, cela peut paraître diablement présomptueux. Mais pourtant : c'est un poème circulaire, articulé autour de la main du poète posée sur la feuille, pendant que le monde minéral et végétal, du plus loin au plus proche, se presse autour de lui en cercles concentriques, resserrés puis dessérrés. Et  la chute, mélancolique et frissonnante, est presque rimbaldienne ("j'ai tendu (...) des chaînes d'or de clocher à clocher, et je danse", et chez Supervielle "je tremble au bout d'un fil")

 

Je pourrais construire mon nouveau livre ainsi. Des petites histoires animales et quotidiennes, potagères et brayonnes, disposées en cercles concentriques, allant se resserrant, autour d'un des meilleurs textes que j'ai jamais écrits... Ce serait à ma portée.

 

Oui, mais : voici qu'on me demande de jouer au Toc, qu'une nouvelle caméra est le prétexte à faire jouer le chien, qu'il faut préparer les amuse-gueule et les rôtis, bref : que la vie s'arrondit, autour de ma demeure entourée...

 

Le corps de la montagne hésite à ma fenêtre :
" Comment peut-on entrer si l’on est la montagne,
Si l’on est en hauteur, avec roches, cailloux,
Un morceau de la Terre, altéré par le Ciel ? "
Le feuillage des bois entoure ma maison :
" Les bois ont-ils leur mot à dire là-dedans ?
Notre monde branchu, notre monde feuillu
Que peut-il dans la chambre où siège ce lit blanc,
Près de ce chandelier qui brûle par le haut,
Et devant cette fleur qui trempe dans un verre ?
Que peut-il pour cet homme et son bras replié,
Cette main écrivant entre ces quatre murs ?
Prenons avis de nos racines délicates,
Il ne nous a pas vus, il cherche au fond de lui
Des arbres différents qui comprennent sa langue. "
Et la rivière dit : " Je ne veux rien savoir,
Je coule pour moi seule et j’ignore les hommes.
Je ne suis jamais là où l’on croit me trouve
Et vais me devançant, crainte de m’attarder.
Tant pis pour ces gens-là qui s’en vont sur leurs jambes.
Ils partent, et toujours reviennent sur leurs pas. "
Mais l’étoile se dit : " Je tremble au bout d’un fil,
Si nul ne pense à moi je cesse d’exister"

22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 15:35

Certains matins, je me sens tellement vaseuse que je crois, véridiquement, habiter Soisssons.

Published by clopine - dans Vies de Bêtes
commenter cet article
21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 11:08

Il vient de m'arriver une aventure, ma foi, fort plaisante et qui éveille chez moi des sentiments mêlés. Seuls ceux qui ont un peu la pratique d'internet, et savent ce que les "forums" ou "blogs"renferment, pourront comprendre mon état d'esprit. Je vais donc tenter de résumer l'affaire (qui, rassurez-vous, a autant d'importance qu'une tempête dans un verre d'eau, que dis-je, dans un verre à liqueur !)

 

Quand j'ai commencé à pratiquer assidûment internet, j'ai tout naturellement cherché des sites qui correspondaient à mes occupations favorites. L'une de celles-ci étant l'écoute de Radio France Culture, je suis arrivée sur un "forum" d'expression réputée libre, qui s'appelait : DEFENSE DE FRANCE CULTURE.

 

A l'époque, la radio nationale, non encombrée de publicité, vivant uniquement sur des fonds publics, généraliste de la culture et pourvoyeuse de savoir, vivait une réelle mutation. Pas toujours dans l'élégance, ni la concertation. Les méthodes directoriales d'une Laure Adler étaient vivement critiquées, la rénovation des programmes ressentie comme insupportable, le management de la station (privilégier le direct, concentrer les productions) était perçu quasiment comme du détournement de fonds publics.

 

Les discussions, sur DDFC, étaient donc fort intéressantes... MAIS, très vite, on se rendait compte que l'espace du débat était pollué par la présence de trolls. Le plus méchant, nocif et omniprésent d'entre eux s'appelait la "Reine des Belges" : elle (ou plutôt il, car son machisme évident et étalé le désignait comme homme) ne supportait pas la moindre parole "politique", ou plus précisément "de gauche". Perso, j'ai tendance à croire que tout est politique, n'est-ce pas, et une opinion de ce type, sur un forum, peut déclencher parfois des débats enrichissants. Mais bernique : plus le temps passait, plus la Reine des Belges postait des messages insultants, ricaneurs, mensongers ou calomniateurs. Sous prétexte "d'humour", elle faisait régner l'ordre, c'est-à-dire SON ordre, sur ce forum.

 

Il fallait certes du courage pour s'attaquer à elle, et j'en étais assez dépourvue : dans sa grandeur d'âme, la RDB daigna m'ignorer, dans un premier temps. Mais dès que je pris la défense de sa cible favorite, un professeur aux opinions de gauche qu'elle raillait inlassablement, je fus sous le tir. Mes textes étaient nuls, je n'étais qu'une oie blanche, et chacun de mes posts éveillait un "tir de barrage", trois, quatre, cinq commentaires totalement tordus venant "répondre" au mien (en vrai, empêcher toute discussion).

 

J'étais jeune internaute à l'époque, et j'ignorais que la seule façon d'arrêter un troll, quan celui-ci vient vous coller aux basques, c'est de ne pas le nourrir (l'ignorer). Quand DDFC fut fermé (je n'ai pas suivi cette fermeture, mais je crois qu'il y eut une assez vilaine histoire, et plainte de Laure Adler qui avait été brocardée via une "citation" pseudo-litttéraire ou théâtrale, où on l'avait caricaturée sous forme de truie), je cherchai un autre blog parlant de mes centres d'intérêt. La République des Livres d'Assouline fut, dans un premier temps, une très agréable découverte. Hélas ! Assouline décida de tirer un livre des citations de ses meilleurs commentateurs. Les trolls arrivèrent illico, attirés par l'odeur de la renommée, et entreprirent de détruire l'endroit. J'ai résisté, avec des allers et venues, très longtemps. Je fais partie de ceux qui ont abandonné le navire, trop de rats y pullulant.

 

J'avoue que j'ai été blessée par les trolls. J'ai toujours tenté d'assouvir mon besoin de communication bloguesque dans la courtoisie, le respect de l'autre, l'éloge de la différence. La folle violence verbale des trolls est difficilement contounable, d'autant qu'ils sont à la fois anonymes, que leur plus grand plaisir est de multiplier les pseudos, et qu'ils agissent dans l'impunité.

 

 

C'est dire avec quelle surprise j'ai appris, de la bouche d'un ami, que la Reine des Belges était devenue un certain Nessie, qui tenait un blog "de très haute tenue culturelle", : regards sur France Culture.

 

Mon ami avait été extrêmement impressionné par la culture radiophonique de ce Nessie, et également par la violence de ses opinions. Le Nessie n'hésitait jamais à donner son opinion, avec d'autant plus de verve qu'elle était défavorable, sur les aspects de la radio qui ne lui plaisait pas. Une de ses hantises était Laure Adler, qui était carrément insultée sur sa pratique professionnelle. Nessie n'hésitait pas à la traiter de conne...

 

En écoutant mon ami, j'ai jubilé : Nessie avait beau tenter de se "tenir", il restait le pitoyable troll de DDFC.

 

Avec ses marottes...

 

Je suis allée là-bas, en trois messages j'ai amené Nessie à :

 

- nier tout le passé de DDFC

- faire intervenir la Reine des Belges en tentant de faire croire qu'elle n'était pas lui

- m'insulter (je ne suis qu'une hystérique )

- me calomnier (je raconte n'importe quoi)

- m'exclure (je suis agressive).

 

Et mes messages ont été effacés. CQFD, n'est-ce pas ?

 

certes, c'est bon d'attraper un troll par les cheveux, et de le regarder se débattre, lançant de tous côtés ses petites pattes et un regard furibond, se dépêchant de recourir à la censure et totalement paniqué. Surtout quand on a été blessée par lui. Mais en fait, je crois que, désormais,  mon opinion est faite, définitivement. Le troll est avant tout un impuissant. C'est quelqu'un qui tente de s'approprier le talent d'autrui, en absorbant ce que les autres font, puis en les critiquant, par jalousie impuissante. Les jeux de pseudos, la violence sous-jacente et jamais loin (tdeux messages, et les insultes pleuvent !), l'ironie qui se veut intelligente et n'est que réactionnaire : le troll, définitivement, est un pauvre type.

 

J'en suis navrée pour mon ami, mais la petite démonstration de ces jours derniers me le prouve,  à moi, amplement.

 

Je ferme définitivement la porte à tous les Nessie du monde, et autres Jicé, d'ailleurs.

19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 18:06

Pourquoi s'étonner des opinions fascistes de Brigitte Bardot ? Alors qu'à vingt ans à peine, elle portait déjà des robes en vichy...

 

forumzebulonrobevichycopie.jpg

18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 12:14

Revenons donc, après cette parenthèse picturale, à l'intéressante aventure de Patricia Ziglouglou.

 

Nous savons fort peu de choses de la naissance, de l'enfance et de l'adolescence de notre malheureuse héroïne. Nous pouvons seulement imaginer, à défaut d'interroger ceux qui l'auraient connue bien mieux que nous. Disons qu'il serait hautement vraisemblable qu'un père démissionnaire l'ait laissée dans les bras de sa mère, propriétaire d'une petite maison en Grèce -  qui se révèlera être le premier et le dernier refuge de notre jeune fille. Forts modestes, les revenus de la famille, mais dans ces légères années tout enfumées d'herbes odorantes, qui s'en souciait vraiment ?

 

Patricia possèdait une architecture corporelle imposante, une masse blonde de cheveux, de languides yeux bleux, qui la plaçaient incontestablement parmi les beautés nordiques, allemandes ou scandinaves, solides et nattées. Plutôt Walkyrie qu'Effie Briest : quelque chose de la Loreleï. Quant, le soir venu et la douche prise, elle laissait tomber ses cheveux et enfilait une jupe de coton indien, du genre qui se délavait au premier rinçage, elle attirait tous les regards, autour des feux et des braseros, sur les plages du sud où de gentils garçons chevelus s'essayaient à la flûte andine. Le condor passait, indubitablement.

 

Ce fut là qu'elle tomba amoureuse, gravement. Là encore, on ne peut que supputer. Je le vois plutôt mince, avec des yeux vifs et mobiles, noirs et durs. De beaux cheveux, aux épaules. De petites jambes, fort vives cependant, si besoin était. Un gros penchant pour la paresse, l'addiction cannabienne, la volupté, à condition d'être servi, ma foi, sans trop d'efforts. Sûrement une mère excessive, quittée tôt, pour un vagabondage allumé.

 

Le couple passa une sorte de lune de miel en Grèce, hébergé par la mère de Patricia : ce fut là, entre les longues après-midi derrière les volets fermés et les soirées musicales à la plage, que ce qu'il faut bien appeler leur "couple" se constitua. Patricia en était désormais sûre : c'était l'homme de sa vie. Elle ne lui révéla rien tout de suite, préférant tenir sa mère au courant, quand elle fut enceinte, et résolue à garder l'enfant.Le jeune homme, quand il fut informé, s'affirma enchanté : tout allait bien.

 

La mère fit ce qu'elle put pour sa fille : elle participa à l'achat d'un combi wolkswagen, et peignit elle-même, sur la portière avant-droite, une rose qui allait s'épanouissant, comme la vie dans le ventre de sa fille. Puis mit le couple dehors : elle ne pouvait faire plus, et surtout elle avait dû combattre l'animosité grandissante entre le compagnon de sa fille et elle-même. Avoir de nouveau un homme sous son toit, qu'il fallait soigner, nourrir et valoriser, voir, dans les yeux de Patricia, cet espèce de fanatisme que l'épanouissement sexuel allume au coin des pupilles exaltées... Et puis l'argent manquait.

 

C'était septembre : le couple commença son périple, de la Grèce à l'Allemagne,  vaillamment. Epoque de récoltes, de vendanges : les deux trouvaient facilement du travail, restant quelques jours là, plus longtemps ailleurs. Ils étaient jeunes, beaux comme on l'était à cette époque - fleuris en quelque sorte. Seule la grossesse de Patricia, qui l'alourdissait et allait bientôt lui interdire les travaux des champs, semblait devoir mériter un peu d'attention. Le combi Wolkswagen suffisait amplement à les abriter, et ils l'avaient décoré de tentures indiennes, arbres de vie en mauve bonbon.

 

La grossesse de Patricia arriva à son terme en janvier : ils étaient à l'époque en Allemagne, et, tout simplement, garèrent le combi devant une maternité de Berlin. Patricia entra, énorme et radieuse, au bras de son mince compagnon. Aucun des deux ne parlait allemand, mais ils arrivèrent à se débrouiller : de toute manière, la situation était assez évidente !

 

Les jours passèrent : la délivrance n'arrivait pas. Patricia faisait partie de ces parturientes dont le bébé allait arriver après terme. Trop gros désormais pour se mouvoir dans le placenta, il risquait de s'amaigrir et de souffrir. Et l'accouchement alalit devoir être déclenché. Ce fut un interne français qui expliqua la situation à Patricia et à son compagnon. Elle l'écouta avidement, afin de se rassurer, et ne perçut pas le petit mouvement dégoûté de son compagnon, qui supportait bien moins qu'elle les détails obstétriques, et détournait les yeux...

 

Patricia souffrit effectivement beaucoup (les péridurales n'en étaient encore qu'à leurs débuts), et mit deux jours à accoucher. Le père, dans le combi, attendait en fronçant les sourcils.

 

Ce fut une jolie petite fille, toute ronde et blonde, qui se décida enfin à voir le jour, quittant ainsi le doux ventre maternel pour affronter le froid hiver berlinois. Patricia n'eut qu'à remonter, le bébé dans les bras, dans le combi garé devant la maternité. Le temps d'installer le nourrisson au milieu de coussins indiens, d'allumer l'espèce de petit poêle à gaz qui chauffait l'habitacle, d'ouvrir son corsage et de nourrir l 'enfant, elle eut à peine le temps de saluer son homme.

 

Le combi, d'un coup, était plein comme un oeuf.

 

Le jeune père annonça alors, tout de go, qu'il sortait "pour aller chercher des cigarettes". Patricia l'entendit à peine, penchée qu'elle était sur le tout petit corps dodu.

 

Elle l'attendit un jour, puis deux, puis une semaine, puis... Là encore, on ne peut que supposer. J'estime, pour ma part, qu'elle devait encore l'attendre, le pardon à la pointe du sein, six mois plus tard. Mais évidemment, il lui fallait se rendre à l'évidence.

 

Elle était abandonnée.

 

Je trouve, à ce point de mon récit,  qui est déjà costaud (et entièrement véridique), qu'il convient de faire une petite pause philosophique. Certes, tous les hommes n'ont pas la fibre paternelle. Mais les circonstances de l'abandon sont ici telles, qu'il faut bien se résigner à employer le qualificatif de "joli petit salopard" pour illustrer le comportement du jeune homme.

 

 Patricia se débrouilla comme elle le put ; elle garda une impression fort floue de cette période, ne se souvenant de pas grand'chose, sinon de la sensation de panique qui l'envahissait et de la haine qui s'installait dans son coeur, envers celui qui les abandonnait, la petite Julia et elle. Elle vendit le combi, et put tout juste, avec l'argent, acheter le billet de train qui les ramenait toutes deux sous le toit maternel. Elle prit juste une photo, qu'elle garda toute sa vie : celle de la portière avant droite, où la rose continuait de s'épanouir, tout comme son bébé continuait de grandir...

 

La mère les  accepta toutes deux, mais il fallait vivre : Patricia devait recommencer à travailler dans les fermes du sud de la France, pendant que la grand'mère prendrait soin de la petite. Patricia, de nouveau, partit sur les routes. Mais le temps de l'insouciance, des joints partagés et de la musique était passé. Elle avait à présent le regard dur.

 

Elle retourna dans une grande ferme près du Mont Ventoux où, l'année précédente, elle avait cueilli des cerises, et ramassé des fraises. C'était un tout petit village, et le couple d'agriculteurs qui l'avaient employée la saison précédente accepta de  l'embaucher à nouveau. Cependant, Patricia avait un sentiment étrange : il lui semblait que les habitants du village, tout en la reconnaissant, la dévisageaient. Et tous venaient lui demander, comme par hasard, des nouvelles de son "mari", qu'elle ne pouvait, et pour cause, pas donner.

 

Ce fut le troisième jour qu'elle se décida à en parler à ses patrons : que se passait-il donc, à son propos ?


Le patron, un grand gars à la mince quarantaine, eut l'air si diablement gêné que ce fut sa femme qui révéla à Patricia que, quinze jours avant son retour au village, son "mari" était passé. Quand on lui avait demandé où était Patricia, si elle avait eu le bébé qu'elle attendait, le jeune homme avait simplement répondu qu'elle était morte.

 

Son arrivée, qui la ressuscitait, était l'évènement du village...

 

Je crois nécessaire de faire ici une seconde  pause. Certes, le mépris, quand il est total, profond, peut repousser en quelque sorte la haine. Je veux dire que si l'objet de votre haine n'est pas à la hauteur de celle-ci, si ce n'est qu'un misérable petit trou du cul qui l'a suscitée pour parler clairement, on peut peut-être passer outre.  Mais Patricia n'en était plus capable. Elle était, m'a-t-elle dit, comme brûlée de l'intérieur. Devenue incapable d'amour.

 

Et sa haine s'étendit à tout le genre masculin, pendant de longues, longues années.

 

Mes amis, si jamais vous voyez, un jour, une grande jeune femme blonde, "au regard immobile, aux nattes repliées", n'approchez pas trop près,  posez votre mandoline, passez votre chemin. Les Loreleï ne sont pas toutes des Nixe, prêtes à sauter dans les eaux. Le Rhin lui-même, en son entier, ne pourrait éteindre les feux de la haine des Patricia Ziglouglou, ci-devant femmes abandonnées.

 

 

 

Présentation

  • : Clopine..Net !
  • Clopine..Net !
  • : bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
  • Contact

Livre paru...

      Disponible sur amazon.com

1-2couv recherche finie

Livres à paraître...

Book-1 Carte*-copie-1

Archives