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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 10:49

Chamberlain, 25 août 1939  : "Hitler est par nature artiste et non politique, et une fois réglée la question de la Pologne, il se propose de finir ses jours en artiste et non en faiseur de guerres".

 

Paul Claudel, en 1912 : "tout est saucisse en Allemagne. La langue allemande est une saucisse. Les livres de philosophie sont des saucisses. Goethe ? Saucisse.

 

le magazine Vanity en janvier 1955 : "le rock n'roll aura disparu avant juin".

 

Tout ceci a été évoqué ce matin sur France Cul, à l'occasion de la réédition du dictionnaire de la bêtise de Bechter et Carrière ; cependant, perso je crois que c'est à propos des femmes que les plus grandes conneries ont été proférées, et l'idée d'un dictionnaire des bêtises machistes doit forcément prévoir quelques milliers de pages. Tenez, ce matin, le journaliste qui alignait les réjouissantes bêtises du siècle dernier a terminé sa chronique en citant le philosophe Alain, qui soulignait la nécessité de l'erreur. 

 

Or, le même Alain :

 

"J'ai souvent envie de demander aux femmes par quoi elles remplacent l'intelligence"

 

...

 

C'est-y pas mimi ?

15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 13:39

A la hâte, sans réfléchir, dans l'urgence d'une réplique, j'ai naïvement accolé ces deux termes hier sur la Rdl. J'ai compté : depuis, l'expression, que l'on s'en serve pour se moquer de moi ou pour illustrer un propos, de façon ironique ou non, a été employée plus de vingt fois...

 

Répondrait-elle à un besoin ?

 

Je voulais juste exprimer ces pensées où l'on cherche à donner une forme à une idée ; pas forcément une forme qui relève de la littérature, du travail d'écriture littéraire, mais une forme écrite. Je ne pense pas de la même manière si je suis en train de disserter sur un sujet, si j'essaie des formes mentales pour reproduire une émotion, si je me dédouble en celle qui pense et celle qui écrit, et lorsque  je pense simplement à ne pas oublier d'aller fermer les poules.

 

Visiblement, "les autres", ces fameux autres qui pavent l'enfer de la Rdl de leurs mauvaises intentions, attrapent l'expression et se la renvoient comme au volley. Certes, ce sont ces mêmes autres (et spécialement les éditeurs !!!) qui peuvent décider du caractère "littéraire" ou non d'une oeuvre. Mais nous pressentons tous, même ceux qui tirent la langue quand il faut rédiger une note de trois lignes ou écrire une carte postale, même s'il y a des degrés dans l'écriture, ce qu'une "pensée littéraire" peut être, pour celui qui pratique la métascription - appelons ça comme ça.

 

A part ça, Clopin m'a installée devant "la vie d'Adèle", le film de Kechiche qu'il a beaucoup aimé, notamment à cause du traitement de l'image - des gros plans systématiques, même dans des situations (comme une manif dans la rue) où ça n'a pas dû être coton de le faire. Il m'avait dit "bon, tu risques d'être un peu choquée, y' a des scènes de cul" (Clopin me connaît bien), mais ce n'est certes pas la "crudité" des scènes en question qui m'a choquée, c'est leur esthétisme, qui doit tout au regard masculin qui est posé là. Je suis bien sûre que Catherine Breillat, sur le même sujet, aurait fait cent fois mieux dans la crédibilité. On s'ennuie un peu, voilà tout, et on trouve ces jeunes femmes bien bruyantes. Le reste est bien, vraiment superbement décrit dans toute la première partie (au lycée) on évite la trop facile caricature du milieu "bobo-artiste- galeristes d'art l", ça se passe à Lille, y' a tout plein de belles raisons d'aimer ce film. Mais le regard, ah ça on ne se refait pas, fait clapoter (si j'ose dire), le tout. Et puis il y a bien de la cruauté à filmer pendant dix minutes, en gros plan, un visage enmorvé, alors même que le kleenex est sur la table. (ahaha).

13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 08:28

LE MEME JOUR, les hirondelles sont (enfin) arrivées, en fin d'après-midi. Clopin a vérifié : l'année dernière, elles sont arrivées le 11 avril. L'année d'avant, le 22. L'essentiel est qu'elles soient là, vigoureuses et virevoltantes ; deux petites flèches noires qui indiquent la direction du printemps.

 

LE MEME JOUR, j'ai remarqué que le fond de la boîte aux lettres bleue, en bas du chemin, à côté du ruisseau du bas, était tapissé d'herbes : ce sont deux mésanges qui entreprennent d'y installer leur nid. J'ai demandé aux hommes de les laisser tranquilles. Et j'ai préparé un message d'avertissement au facteur, afin qu'il n'ouvre pas la porte et surtout qu'il ne laisse pas choir, par l'ouverture, de lourdes enveloppes. Clopin pense que, provisoirement, on peut se servir d'un broc à lait, en guise de boîte à lettres. En tout cas, j'aimerais bien qu'il filme le déroulement de l'opération (jusqu'à l'éclosion des oeufs), en se servant de la fente de la porte : approcher l'objectif de la caméra, laisser de la place aux parents pour leurs allées et venues, se faire plus que discret en installant le pied, ou bien venir camouflé, filmer un peu tous les jours. Puis monter le tout (j'ai déjà une musique en tête, pas du Messiaen mais quelque chose d'allemand et de pastoral, ahaha). Ca s'appellerait "la Boîte à mésanges", bien entendu. Ca ne devrait pas, au montage, excéder les cinq minutes.

 

LE MEME JOUR, j'ai écouté (merci Passou !) le dialogue entre Pierre Rabhi et JMG Le Clézio. On ne les lit jamais assez, ces deux-là ...

 

 

12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 09:03

Finkielkraut à l'académie française, c'est un peu comme Claude François invité au festival de la Bêtise, à Cambrai : une dramatique coïncidence.

11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 09:00

Je sais pourtant qu'internet fourmille de personnalités "curieuses", dirons-nous, et parfois dérangées (comme les trolls). Et je devrais relativiser la portée de ce qui se dit sur moi. J'ai en effet le don de déclencher fantasmes sur fantasmes, et de m'attirer quelques solides inimitiés (quelques jolies amitiés aussi, ne l'oublions pas !)

 

bref, hier, chez Assouline, j'ai envoyé quelques posts provocateurs, à propos d'une photo pornographique mise en ligne par un certain Bouguereau (un désaxé) et adoubée par Jacques Barozzi (que j'aime beaucoup). Tempête dans un verre d'eau, évidemment, mais je n'ai pas cédé et j'ai gardé le cap. Je ne ferai pas ça tous les jours, parce que c'est d'une vacuité folle, je profite juste d'un certain désoeuvrement passager dans ma vie.

 

Que de l'ordinaire chez Passou, quoi.

 

Mais là où la colère s'est vraiment emparée de moi, c'est quand une autre internaute, une certaine Christiane, a imaginé par là-dessus que j'avais écrit, un jour, "un texte délicieusement érotique qui relatait précisément une relation sexuelle avec Clopin, sur fond de fellation, illustrant la célèbre photo d'Emmanuelle Béart dans la mer."

 

Elle est évidemment folle à lier, la seule chose dans son histoire qui me dit quelque chose est la photo de Béart : effectivement, "cela me dit quelque chose", je crois bien que j'ai dû divaguer là autour. Mais de là à écrire un truc pareil !

 

Christiane est (un peu comme moi), totalement addictive au net, et particulièrement sournoise. Si donc l'un quelconque de mes visiteurs se souvient de cette photo et peut me dire à quel post elle se réfère, cela me rendrait service : parce que, totalement déchaînée, Christiane maintient mordicus ses dires et en profite pour régler ses comptes avec moi... Ah là là, je devrais m'en fiche comme de ma première paire de chaussettes, mais il est question d'un texte que j'aurais signé. Et là je n'arrive pas à apaiser ma déraisonnable, ou plutôt si parfaitement raisonnable, colère, tant tout ceci est nauséabond et désagréable... Merci donc de me signaler si cela vous dit quelque chose à vous aussi, mes visiteurs !

 

 

Et pour me réparer un peu, je peux toujours compter sur Clopinou, qui nous a annoncé hier des notes si exceptionnelles, avec des critiques professorales à l'avenant, qu'il devient vraiment raisonnable de croire en la réussite de ses projets. Avec la bénédiction parentale, bien sûr !

10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 08:34

duras-copie-1.jpg

 

 

(pour Rose)

 

"Je ne suis pas très expansive, mais les gens ne se trompent pas là-dessus parce que je leur donne à manger... Je ne leur dis pas que je les aime, je ne les embrasse pas, je ne suis pas quelqu'un de tendre, alors je fais à manger pour les autres...

 

A Neauplhe, souvent, je faisais la cuisine au début de l'après-midi. Ca se produisait quand les gens n'étaient pas là, qu'ils étaient au travail, ou en promenade aux Etangs de Hollande, ou qu'ils dormaient dans les chambres. Alors j'avais avec moi tout le rez-de-chaussée de la maison et le parc. C'était à ces moments-là de ma vie que je voyais clairement que je les aimais et que je voulais leur bien. La sorte de silence qui suivait leur départ je l'ai en mémoire. Rentrer dans ce silence c'était comme rentrer dans la mer. C'était à la fois un bonheur et un état très précis d'abandon à une pensée en devenir, c'était une façon de penser ou de non penser peut-être - ce n'est pas loin - et déjà, d'écrire. Lentement, avec soin, pour que ça dure encore, je faisais la cuisine pour ces gens absents pendant ces après-midi-là. Je faisais une soupe pour qu'ils la trouvent prête au cas où ils auraient très faim. S'il n'y avait pas de soupe prête, il n'y avait rien du tout. S'il n'y avait pas une chose prête, c'est qu'il n'y avait rien, c'est qu'il n'y avait personne. Souvent les provisions étaient là, achetées du matin, alors il n'y avait plus qu'à éplucher les légumes, mettre la soupe à cuire et écrire. Rien d'autre.

 

 

LA POTEE

 

Mettre à l'eau froide un jambonneau demi-sel préalablement lavé à l'eau froide. Poivrez. Ne pas saler. Faire cuire une demi-heure et ajouter un petit chou après l'avoir fait bouillir pendant 5 minutes dans une première eau, coupé en 4 morceaux, et des poireaux, des carottes, des navets, du céleri-rave. Et de l'ail, du thym, du laurier, des clous de girofle, et une petite saucisse de campagne. Ca doit cuire 3 heures en tout et dans cette recette-ci, le jambonneau ayant cuit 1/2 heure, il reste 2 heures 1/2 de cuisson. Vous mettez beaucoup d'eau et vous êtes tranquille pendant 2 heures 1/2. Petit à petit l'odeur merveilleuse se répand dans la maison fermée, fermée parce que c'est un plat d'hiver. Quand c'est fini vous n'êtes pas obligée de manger ce plat. Il faut que vous le sachiez : rien ne vous oblige à en manger. Vous pouvez aussi bien aller vous coucher. Vous vous réveiller vers minuit. Vous allez au frigidaire, vous buvez un grand verre de lait glacé. Vous retournez dans votre lit, vous vous rendormez, vous souriez d'aise tellement se rendormir est toujours délicieux.

 

LE STEAK

 

Ca se rate toujours comme la tragédie. Mais à des degrés différents. Et comme pour la tragédie on peut toujours essayer. Les meilleurs morceaux c'est l'entrecôte, l'araignée, la bavette, et pour ceux qui l'aiment, l'onglet. Il faut faire griller le beefsteack après avoir enduit le grill de graisse de boeuf (demandez-en un morceau à votre boucher) ou de lard. Pas de beurre cuit. Il faut le faire brûler, flamber même (au feu de bois) et le manger avec un beurre d'anchois ou un beurre d'échalottes. Le meilleur je crois avec le beefsteack, c'est une purée de pommes de terre.

 

LES PETITS PATES DE LA GRAND-MERE DE MICHELE MULLER

POUR LES PIQUE-NIQUES A L'ILE SAINTE MARGUERITE ET LA PROMENADE EN MER

 

250 g de veau haché pas maigre.

250 g de boeuf haché.

 

Mélanger la viande avec de l'oignon râpé en quantité moyenne, un oeuf entier ou deux, du pain trempé dans du lait chaud, malaxé et essoré ensuite. Ajoutez de la ciboulette hachée et de l'estrafon. Du sel et du poivre. Mélanger le tout.

Faire des pâtés plats de taille moyenne. Laissez refroidir jusqu'au lendemain matin.

Dans le bateau attention de ne pas les mettre au soleil. Et dans l'île attention au sable qui gâche tellement de pique-niques chaque année. Empêchez les enfants de se battre avec. Et les chiens de trop s'approcher. Si vous les mangez à la maison, les servir froids. Vous voyez le genre de ces pâtés, discrets, fins, il faut chercher le goût. Moi, je ne mets jamais d'ail parce que tout ce qui se fait à l'ail devient uniformément des plats à l'ail. Ces pâtés se mangent très facilement. C'est très très bon, simplement. "

 

(extraits du livre "la cuisine de Marguerite", interdit de publication par son exécteur littéraire, Yann Andréa, au motif que "ceci n'est pas de la littérature (!!!) , mais en réalité c'est que ce livre témoigne d'une vie heureuse à laquelle lui, Andréa, n'a pas pris part, parce qu'il est arrivé quand l'enfant avait grandi, et que l'alcool avait détruit cette vie-là, et que la maison chaleureuse avait été fermée, et qu'on ne prenait plus le bateau pour les pique-niques à l'île Sainte Marguerite en mangeant les petits pâtés de la grand-mère de Michèle Muller.)

 

(pour la bande à Passou : OUI, le titre du billet du jour fait référence à Magritte  mais NON, il ne s'agit pas de la polémique que j'ai délibérément créée hier sur la RDl, pour me venger un peu de Bouguereau. Rien à voir avec les pipes simoniennes, quoi. ahaha. Mais tout avec la littérature, puisque des gens comme Andréa peuvent décreter que les textes ci-dessus n'en sont pas. )

9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 08:32

Je vais vous parler de Frédéric Back. Et de moi.

 

Frédéric Back est un artiste - dessins, films, dessins animés - français, mais vivant au Québec. Tout, dans sa vie et son oeuvre, est engagement, pour la préservation de l'environnement, pour la défense des causes animales, pour la vie, quoi. Son site illustre parfaitement et l'oeuvre, et l'homme.

 

Je ne l'ai jamais rencontré, et pourtant, il a été un des panneaux indicateurs de ma vie. Si je suis venue habiter ici, dans cette demeure qui, à l'époque, ne m'entourait certes pas encore, qui me repoussait plutôt, ce fut aussi à cause de lui...

 

L'avantage des gens comme moi, venus au monde sans que ce dernier les désirât vraiment, c'est qu'ils flottent généralement au hasard, ce qui, au moins,  leur fait parcourir du chemin... Je n'étais pas un nénuphar solidement attaché à mon plan d'eau. Comme Eribon, comme Edouard Louis, quoique pour d'autres raisons, j'avais fui ma petite ville natale et le milieu quelque peu étriqué de ma naissance : je croyais que mon salut dépendait d'une vie citadine, seule capable, me disais-je, d'accueillir mes errements et mes différences...

 

La seule constante de ma vie, c'était donc les livres, et parmi eux, ceux de Giono, l'écrivain qui m'est le plus, comment dire ? Consubstantiel, c'est ça. Je ne peux pas dire ce que le style de Giono, cette formidable manière d'écrire qui fait jaillir le monde sensible d'entre les mots, comme les fontaines de Versailles projettent leurs jets d'eau vive, provoque comme secousses à mes nerfs. Je l'ai découvert à l'adolescence, il fait partie de ceux qui ne m'ont jamais quittée. Pourtant, je parle fort peu, très rarement, de lui, contrairement à Proust, par exemple. C'est parce que je crois que je ne supporterais pas la moindre critique, et parce que c'est mon jardin secret.

 

Et voilà que j'avais rencontré Clopin, qui me faisait visiter sa demeure ; la situation était difficile et aussi lourde que les portes, les serrures, les ouvertures compliquées  de la vieille longère : je m'écorchais les doigts, et le coeur, dessus. Mais il y avait Clopin...

 

Qui me proposa un jour de voir "l'homme qui plantait les arbres". Clopin ignorait mon intense admiration pour Giono,  il me dit juste qu'il trouvait ce film formidable. Moi, j'avais lu la nouvelle (que n'ai-je pas lu de Giono ?), mais je ne savais pas qu'on en avait tiré un film d'animation.

 

Le réalisateur du film était Frédéric Back.

 

Clopin + Giono + Back : j'étais arrivée quelque part. Chez moi ?

 

L'histoire pourrait s'arrêter là, mais elle a eu un joli  prolongement. En vacances près du lac de Saint-Croix, nous visitâmes un jour, Clopin, Clopinou et moi, la ville de Manosque : une ville littéraire. Par hasard, nous y sommes passés à la date précise d'une "journée portes ouvertes" ; on pouvait visiter la maison de Giono.

 

Les écailles, sitôt la porte franchie, me sont tombées des yeux. L'esthétique du film de Back, la représentation graphique de l'écrivain, par exemple, étaient proprement nourries, irriguées, par les fresques qui ornent les murs de la demeure. Chaque mur (surtout la grande fresque de l'escalier) semblait décliner les images de Back, qui avait réussi ce tour de force de s'imprégner ainsi des dessins de Jacques (l'ami de Giono qui a décoré la maison) pour réaliser son film...

 

J'espère que ces fresques seront sauvegardées. Le film, lui, existe toujours, et son succès va grandissant (notamment au Japon).

 

Frédéric Back est mort l'hiver dernier, le jour de Noël..

 

 

 

 

 

 

 

8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 09:35

Du grand vent, de la pluie cette nuit : à l'aube, le sol, sur les pelouses, le jardin potager, et encore plus sur les allées pierrées, est jonché de pétales blancs, en provenance directe des fruitiers du jardin. Si nombreux qu'avant de chausser mes lunettes, l'ombre d'un doute a plané : de la neige en avril ?

 

Et puis le soleil s'est levé franchement, j'étais seule à ma fenêtre pour voir le phénomène : chaque petit pétale blanc,  écrasé sur le sol, contenait encore une minuscule goutte d'eau. Touchée par le rayon solaire, l'eau luisait tant qu'on aurait dit que le sol était piqueté d'or.

 

Un vrai mariage : l'or, et les pétales blancs. Je ne suis hélas  pas peintre, ni photographe, et je ne pouvais réveiller Clopin pour lui demander de prendre une photo : vrai oiseau de nuit, Clopin est carrément comateux le matin, et n'ouvre péniblement un oeil désabusé qu' en cas d'urgence.

 

Alors j'ai regardé, et regardé encore, un bon coup, jusqu'à ce qu'un nuage ferme la lumière, et moi ma fenêtre.

 

J'étais vaguement inquiète  :  la pluie de pétales aurifiés n'aurait-elle  pas de fâcheuses conséquences sur la pollinisation ? Je ne pense pas, mais enfin...

 

Jj'étais surtout contente de mon regard, qui avait au moins récolté un peu de la beauté du monde.

7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 10:16

Pierre Assouline est un être complexe, il l'avouerait, le revendiquerait même. Du coup, il fait naître des sentiments ambivalents, même chez quelqu'un comme moi, qui fréquente de manière addictive, et assidûment, sa "République des Livres".

 

J'en étais arrivée à le croire mysogyne, oh, inconsciemment bien sûr - il semble d'une telle courtoisie ! Mais cependant : la permissivité qui règne sur son blog laisse largement la place à des pratiques "machos" de la pire espèce, sans jamais qu'il intervienne. Il est vrai qu'il en est de même quand des propos ouvertement homophobes, ou fleurant bon le racisme, sont proférés. Sauf que le blog est tellement violent que beaucoup d'intervenautes "filles" ont tourné les talons. Si vous ajoutez à ce détestable climat la rareté des billets d'Assouline sur les livres écrits par des écrivaines, son assurance à ne pas vouloir reconnaître une quelconque "spécificité" à une écriture féminine, ("la littérature n'a pas de sexe", suis-je la seule à remettre ce joli prédicat en cause ?)  et le peu d'allusions à des amitiés féminines (par pudeur ?), alors que notre homme rend souvent compte de ses admirations et affections masculines, vous comprenez pourquoi les intervenautes filles filent plus volontiers chez un Paul Edel qui, visiblement, fait plus de cas d'elles que  Maître Pierre...

 

C'est pourquoi l'annonce d'un documentaire signé par lui, et concernant Marguerite Duras, avait éveillé à la fois mon attention et ma méfiance, je l'avoue. J'ai lu pas mal des biographies (jusque là, que des hommes au catalogue) assouliniennes, vu son doc sur Simenon. Je savais que le savoir-faire était là, notamment dans l'agencement  (non linéaire), la pertinence des documents retenus (que l'embarras du choix pour Duras), l'honnêteté intellectuelle du tout. Mais Duras ! Duras est si "féminine", son écriture saigne tant. Maître Pierre saurait-il rendre compte de cette vie-là ?

 

... Et puis, je n'étais pas bien sûre de sa bienveillance pour son sujet, tant "la" Duras a prêté le flanc à la caricature d'elle-même, surtout à la fin. Certes, la littérature était tout pour elle, depuis toujours et pour toujours. Mais enfin - le mitterandisme effréné, l'alcool, la manière dont elle a "avalé" son dernier et fort jeune amant, l'abondance de sa présence médiatique, ses prises de position si notoirement subjectives qu'elles en devenaient absurdes... Duras laissait largement, derrière elle, la porte ouverte à une critique voilée, voire à un habile réquisitoire. Et Assouline aime tellement les personnages "scabreux", céliniens, les monstres sacrés dont le sacre voile mal, comme pour Hergé, la noirceur ecclésiastique et fascisante...

 

... Je m'étais trompée du tout au tout. Non seulement Assouline a observé, envers Duras, la même bienveillance qu'envers ses autres sujets, mais encore son regard sur la femme a été fermement rectiligne. Il a tant insisté sur sa présence au monde, l'a tant montré dans les thèmes favoris de l'écrivaine (l'enfance, l' amour, la réaction à la violence et à l'ensanglantement du monde) confrontés au contexte historique (quelle bonne idée, d'illustrer l'engagement plus qu'absolu dans le communisme par la voix chaude de Ferrat, avant de redonner la parole à Duras exprimant son exécration du stalinisme...), que le titre de son documentaire "le siècle de Duras", en devenait parfaitement justifié.

 

... Réussite absolue que ce doc, donc, et fortes émotions pour moi. La voix, le phrasé de l'écrivaine, déjà émouvant "en soi", me rappelait à quel point, cinquante ans plus tard, je lui donne raison sur tant de plans. Par exemple sur l'universalisme de la shoah ! Je me souviens du passionnant débat qui avait lieu, sur la République des Livres, entre Goldschmitt et Alba, au sujet de l'appréhension de la shoah par les fils des survivants : Alba revendiquant au "bénéfice" du seul peuple juif la propriété du génocide, Goldschmit admettant lui, l'universalisme humaniste du traumatisme. j'étais bien évidemment du côté de Godlschmit (d'autant qu'Alba était un peu fou, et dangereusement imprécateur), et quel ravissement d'entendre Duras exprimer exactement, sur ce sujet, mes propres opinions.

 

Plus le documentaire allait, plus je me sentais proche de l'écrivaine - parce que le discernement absolu qui avait présidé au montage des archives laissait apparaître, non simplement une femme écrivant et vivant, mais une pensée et une manière d'être ouverte au monde qui traçaient le portrait d'une réelle conscience. Assouline n'a pas renié la féminité de Duras, mais il ne l'a certes pas cantonné aux domaines restreints qu'on lui accorde d'habitude. Rien que pour ça...

 

Rien que pour ça : MERCI.

 

(et l'image des beaux arbres, qui ouvre le documentaire, était déjà une sorte d'hommage à cette vie-là, à cette femme dont les rides, à la fin, recouvraient la peau comme une écorce épaisse et fragile à la fois).

 

 

duras.jpg

 

6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 15:14

Clopinou n'a pas arrêté, jusqu'à ce que je cède : "c' était trop, trop, balèze, j'allais voir, c'que c'était dingue, d'abord il en arrive aux mêmes conclusions qu'Hegel sauf que lui, il va du concret vers l'idée alors qu'Hegel c'est l'inverse, c'était bien simple d'ailleurs, c'est la même en couleur entre Platon et Aristote qu'entre Hegel et lui, sauf que lui il écrit bien, tu vas voir, le staïle, Hegel à côté c'est pas de la merde totale mais ce que c'est... pâteux, là,  de toute manière ça ne faisait que 27 pages alors j'étais obligée, sans rire, et tu vas voir c'est trop d'la balle."

 

Et me voilà avec "la conscience et la vie"  de Bergson entre les mains. Les voies étranges de la maternité sont donc ainsi faites, qu'en plus des emmerdements communs à toutes, on ne puisse échapper à une lecture austère, et ce, un dimanche après-midi, et ce, alors même que Clopin avait téléchargé "neuf mois ferme" , et ce, sans oublier que j'aime vraiment beaucoup Sandrine Kimberlain.

 

Bon, je dois reconnaître que des phrases comme celles-ci ont tout pour me plaire :

 

"un animal qui s'est nourri d'une plante (...) fait simplement passer dans son corps un explosif que la vie a fabriqué en emmagasinant de l'énergie solaire" (Bergson écolo)

 

"Ainsi, de bas en haut de l'échelle de la vie, la liberté est rivée à une chaîne qu'elle réussit tout au plus à allonger" (Bergson sociolo)

 

"Il y a de la modestie au fond de la vanité. C'est pour se rassurer qu'on cherche l'approbation, et c'est pour soutenir la vitalité peut-être insuffisante de son oeuvre qu'on voudrait l'entourer de la chaude admiration des hommes, comme on met dans du coton l'enfant né avant terme". (Bergson psycholo)

 

Mais enfin, les facéties de Dupontel sont quand même plus accessibles...

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