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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 09:20

Ce n'était pas Waterloo, non, mais tout de même, dans ce tout jeune matin de dimanche, il y avait comme du découragement dans l'air : du dégonflage, ou plutôt du non-gonflage. Une fois de plus, la montgolfière nécessaire au tournage "des Racines et des Haies" était indisponible, comme je le raconte sur le site, Il y avait des risques de rafale de vent, et Mister Montgolfière est bien trop prudent pour nous faire courir le moindre danger.    Les copains qui s'étaient mobilisés, levés fort  tôt et pleins d'énergie, sont repartis bredouilles. Nous nous sentions à la fois gênés vis-à-vis d'eux, et surtout dépités.

 

Ce projet de prise de vue aérienne date du printemps dernier, et il n'y a pas eu moyen de le concrétiser. Depuis de trop  longues semaines, nous "attendons notre tour", sans que jamais il ne vienne. Et pourtant, j'y vois, moi, comme une sorte de synthèse de notre projet. Une parfaite adéquation entre le contenant et le contenu : un moyen idéal de parler du bocage...

 

Songez qu'une Montgolfière, c'est, certes, une nacelle (fort lourde : 700 kilos) et une enveloppe (fort respectable elle aussi : dans les 250 kilos), mais si vous y réfléchissez, ce n'est pas le ballon qui transporte les 16 personnes de la plus grande nacelle de Mister Montgolfière : c'est l'air, donc quelque chose de si invisible, évanescent et léger qu'on peut parfaitement, par licence poétique et émerveillement devant les lois de la physique, le  traiter d'évaporé. Ce qui bien entendu m'enchante ! Moi dont la lourdeur physique s'accompagne d'une incorrigible propension à la divagation de l'esprit, dont les idées sans cesse  tentent d'échapper à la pesanteur du quotidien, qui ne suis pas sérieuse en un mot, l'idée d'ainsi "m'envoyer en l'air" ne pouvait que me soulever d'enthousiasme...

 

Et puis le rythme lent de la montgolfière, son altitude raisonnable, le silence qui s'instaure entre deux allumages de gaz, l'osier de sa nacelle, le tissu de son enveloppe, sa tranquillité en quelque sorte  : tout ici est d'une humanité à portée de main, d'une simplicité et d'un génie maîtrisables par tous, qui correspond si parfaitement au bocage, tout entier issu, lui aussi, d'un génie humain qui allie le "bien faire" avec le "peu".  Sans compter qu'à part un peu de gaz, et une logistique certes conséquente (un énorme 4x4, un plateau, un gros véhicule pour rapatrier les voyageurs) mais si minime au regard de n'importe quel avion, la montgolfière ne laisse aucune trace de son passage. Pas même une ligne blanche sur le ciel bleu de Bray... Adéquation entre le fond et la forme, vous dis-je !

 

Nous nous apprêtions à annoncer, la queue basse, à ceux qui ont cru en  nous au point de se mobiliser,  notre échec : Mister Montgolfière ne vole plus, à compter du 15 octobre. C'était donc fini...


A moins d'un rebondissement, bien sûr.

 

A moins...

 

A moins que...

 

A moins qu'à 16 heures, Mister Montgolfière ne rappelle la petite équipe de Beaubec Productions : il ne pouvait nous fournir le "petit" ballon prévu pour les 8 agités du bocage, mais si nous  étions prêts, il y avait des désistements pour le vol du soir. 4 places, pas une de plus, étaient à notre diposition. 

 

Le temps d'appeler Béatrice, l'ingénieure écologue qui devait commenter du haut de la nacelle la canopée des haies, le temps de rallumer notre enthousiasme, comme Mister Montgolfière ses torchères à gaz, et nous voilà partis !

 

 

camera-embarquee.jpg

 

(caméra "embedded")

 

 

La nacelle du Ballon est disposée comme un casier à bouteilles, quatre passagers par case. Certes, avec le matériel de Clopin, notre case, déjà petite, était quelque peu encombrée. Mais qu'importe : le vol fut un émerveillement, de bout en bout. Comme je le pensais, la lente dérivation du Ballon "correspondait", en quelque sorte, aux courbes douces de Bray, à cette marquetterie du Bocage qui s'étendait paisiblement en-dessous de nous. Et quand Mister Montgolfière, (dont le moins qu'on puisse dire est qu'il maîtrise son sujet), nous a fait raser un champ de maïs avant de reprendre un peu de hauteur avant l'atterrissage final, là nous étions tous devenus aussi légers et ondoyants que l'air qui nous emportait, que les plantes que nous caressions presque...

bocage-1.jpg 

(le Bocage)

 

bocage-2.jpg

(le Mont de Sigy et son "fer à cheval")

longere.jpg

(une longère...mais pas la nôtre...)

 

Que du bonheur.

ne-pas-laisser-de-traces--jpg

(ne pas laisser de traces...)

 

A part, bien sûr, la toute petite ombre au tableau : notre projet d'un vol "rien que" pour 8 d'entre nous, et le décollage  du "Plix " (pour correspondre à notre plan-terrier), n'avaient pas, eux, abouti. Qu'à cela ne tienne : comme, de toute façon, le film ne tiendra pas ses échéances pour cette année, qui nous empêche d'organiser un second tournage, au printemps prochain ? Au mois de mai, tenez, quand les pommiers mettent leurs robes de mariées, et que le colza, en fleurs, fait  éclater  son jaune d'oeuf, son jaune mimosa, sur le vert des cultures ?

 

Un grand merci à tous, et à l'année prochaine, promis !

vous-avez-dit-collectif.jpg(vous avez dit "collectif" ?)

3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 09:25

Le club des agités du bocage (nous les appellerons ainsi, en souvenir de Céline se moquant de Sartre - Vian, lui, l'appelait "Jean-Sol Partre" !) se réunit ce soir à la maison. Il s'agit de préparer la grande scène collective du film "des racines et des haies", un vrai-faux reportage sur une réunion du Bureau de l' A.R.B.R.E.

 

C'est une scène essentielle du film, puisque l'idée principale qui sous-tend toute l'entreprise y trouve son illustration. A savoir que c'est en passant d'une prise de conscience individuelle, ponctuelle, "romantique", à des actions collectives que la défense du bocage, la revendication de la préservation des haies, des mares, de la biodiversité, a commencé à s'opérer.

 

C'est aussi, bien entendu, un message d'espoir : il me semble que le processus de désindustrialisation de l'agriculture, essentiel à notre environnement, est enclenché désormais. Oh, bien doucement, bien timidement. Mais avons-nous vraiment le choix ?

 

Du bureau de l'A.R.B.R.E. à la chaudière de Neufchâtel-en-Bray, c'est cette histoire-là que Clopin veut raconter.

 

Alors, oui, le club des agités du bocage a toute sa raison d'être. Cela fait partie du travail de fourmi quotidien. Et il serait important de ne pas oublier que, derrière la "réussite" de la prise de conscience de la valeur de la haie, il y avait les racines de l'engagement, et que c'est la dignité de l'homme rural face à cette nature qu'il régit qui est en jeu. Et je maintiens  le mot de "dignité" : il y aurait sans doute moins de suicides dans les professions agricoles si ces hommes et femmes-là étaient plus fiers d'eux-mêmes.

 

(le compte-rendu de la réunion du club sera disponible sur Beaubec Productions, of course.)

1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 10:14

Mon garçon,

 

Tu as recours à mes services pour corriger tes dissertations juridiques ou économiques, et  j'y consens volontiers. D'autant plus que tu n'en as plus vraiment besoin : ton orthographe est devenue excellente, et à part quelques "s"' oubliés ici ou là, je n'ai pas grand'chose à faire. Quant au fond de tes devoirs, hélas, il m'échappe désormais - tu dois te débrouiller tout seul.

 

Cependant, j'ai repéré une faute si récurrente, chez toi, qu'elle ne peut s'expliquer par la simple erreur dactylographique. Il s'agit de l'usage que tu fais, un peu trop systématique et manquant de pertinence, du point-virgule. Aussi, prends le temps de lire mon mail jusqu'au bout : il pourra, je l'espère, te permettre d'échapper à  cette chausse-trappe.

 

Allons-y.

 

DU BON USAGE DU POINT-VIRGULE

 

Et tout de suite, une première remarque. Je ne suis pas savante. Mes notions de grammaire, de syntaxe, n'ont pas été acquises lors de cursus universitaires, mais un peu comme j'ai appris à cuisiner : sur le tas. Et au pif, en plus. Je sais que ce qui sort de mes casseroles a bon goût, mais je ne pourrais le démontrer de manière scientifique... Aussi, je ne vais pas recourir à des notions comme le paradigme, ou la métonymie, ni même ouvrir mon vieux Grévisse pour te convaincre. Mais j'ai confiance en toi : comme ce que je vais te dire est frappé du bon sens, tu adhéreras à mon propos.

Néanmoins, le sentiment de mon insuffisance me pousse à mettre un bémol à ma démonstration. Un peu de modestie ne peut pas nuire !  Recommençons :

 

 

DU BON USAGE DU POINT-VIRGULE

 

 

La coutume veut qu'on explique l'usage du point-virgule en s'appuyant sur la diction. Quand on lit un texte, on établit des pauses dans la lecture, grâce à la ponctuation :  la voix reste en l'air au moment de la virgule, et descend au moment du point. La suspension du point-virgule dure aussi longtemps que pour le point, mais la voix ne descend pas aussi bas. Une sorte de demi-palier, quoi.

 

Cette explication est parfaitement opérante pour éclairer le vrai '"sens" du point-virgule, mais comment faire pour un texte à lecture muette ? Par exemple, tes devoirs, ô Clopinou. On ne peut pas s'amuser à relire à haute voix, comme au théâtre, ces pages et ces pages, rien que pour vérifier la pertinence des temps de pause de la ponctuation. Comment faire, alors ?

 

Il faut recourir à l'analyse du propos. En tout cas, c'est ce que je fais, moi.

 

Comment procéder ? Eh bien, d'abord, se souvenir que la virgule juxtapose, dans la phrase, des éléments qui sont différents par la structure (juxtaposition d'adverbes et de propositions) et parfois par  le sens. Le point, lui, intervient quand une idée est finie d'exprimer, et qu'il convient de passer à une autre... Tout ceci est si parfaitement logique qu'en réalité, on n'aurait pas besoin de demie-mesure : pourquoi donc s'embarrasser de ce point-virgule, qu'on peut évidemment, suivant le propos, remplacer soit par la virgule, soit par le point ?

 

C'est d'ailleurs sans doute pour cela que le point-virgule tend à disparaître, comme les ours blancs de l'Alaska. On a même vu un comité de défense du point-virgule fleurir sur la Toile, c'est te dire. Et pourtant, c'est la classe folle, de recourir au point-virgule, ça t'avantage tout de suite dans le subsconcient de tes correcteurs... (et Houellebecq en fourre partout !)

 

Et, dans ton cas, cela a un autre avantage, non négligeable. Le point-virgule permet en effet d'alléger, autant que la margarine  à 5 % de matière grasse par rapport au beurre fermier, ton propos. Or, les matières que tu travailles, ce droit constitutionnel ou public, cette économie, sont lourdes, peu faciles à manier, générant des périphrases et de longues explications. Tout ce qui peut alléger ces pensums est bon à prendre !

 

En réalité, il suffit de comprendre que le point-virgule est l'ellipse d'un propos en plusieurs parties. Tu vas tout de suite comprendre.

 

 

Voici un texte décrivant une scène quotidienne.

 

"Comme il avait plu toute l'après-midi, on avait dû remiser les chaises du jardin."

 

Il y a un lien de cause à effet explicite : c'est parce qu'il avait plu qu'on a dû rentrer les chaises.

 

Le point-virgule te permet  de recourir à l'implicite :

 

"Il avait plu toute l'après-midi ; les chaises du jardin étaient  dans la remise. " (ou "remisées", au choix.)

 

Le lien existe toujours, qui implique qu'on ait une seule phrase et non deux. Mais il est implicite. Sens-tu comme c'est plus élégant, et surtout comme le propos est ainsi "resserré" ? La pluie, le jardin, les chaises, et plus de "on", ce "on" vague, imprécis, qui plombe la première phrase en introduisant un élément non défini...

 

Vois-tu l'usage que tu peux faire, dans tes si lourdes dissertations, de cet incomparable raccourci ? Prends donc l'habitude de tortiller cette petite vipère de virgule, et de l'attacher au point (comme chez Bazin, "Vipère au poing", ahaha), à chaque fois que tu peux alléger un lien touffu d'explicitation par ce si élégant  implicite...

 

A bon escient, bien entendu.

 

(note de la correctrice !)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 16:11

Parfois, on croirait que le pays de Bray s'est arrêté au tournant du 18è et du 19è siècle , figé comme un tableau sous son ciel normand :

 

menerval.jpg

 

 

Mais ne vous fiez pas aux apparences : la photo date de dimanche dernier !

28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 07:20

On ne compte plus les déceptions montgolfiériques : une fois de plus, ce matin, le vol a été annulé. Déjà, mardi dernier, nous n'avions pu qu'assister au décollage (la nacelle était pleine). Aujourd'hui, nous pensions rebondir, d'autant que  toutes les conditions étaient réunies : un beau temps idéal, la présence de notre ingénieure écologue Béatrice munie de ses antisèches sur le bocage, un départ pile-poil où nous le voulions, près de ce manoir du Plix déjà repéré aux archives départementales ; en prime, et au tout dernier moment, miracle,  une place libre pour votre servante (qui a battu le record du monde de vitesse d'enfilage de pantalon, de chaussettes et zou, dans la voiture vers le haras du Plix, en sifflotant la symphonie du nouveau monde !) ; nous avons patienté de 7 h à 8 h, pendant que les brumes bleues disparaissaient, moments magnifiques,  au fur et à mesure que le soleil se levait  : mais il n'y eut que lui pour se lever -  le ballon est resté dans sa housse.

 

Pas assez de vent. Mister Montgolfière était dépité : ni à Beauvais, ni à Rouen : pas un souffle de vent. O km/h. Seul Evreux connaissait une légère brise... Mais Evreux  était bien loin...

 

C'est donc  partie remise, et si décevante qu'il faut toute la détermination de notre petite association pour que l'espoir reste accroché à notre projet, comme la lourde nacelle à son magnifique ballon...

 

 

gonflage.jpg

 


25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 09:50

Une chenille urticante. Voici que je me tortille et que je brûle, à cause de ce que j'ai fait, et je n'y crois toujours pas : et pourtant.

 

Et pourtant c'est bien moi qui ai fait cela. Moi vers qui les bêtes et les enfants se dirigent tout droit, quand ils ont besoin de quelque chose. Moi qui, comme Duras, "ne sait pas trop comment dire aux autres qu'elle les aime, alors elle fait ça pour eux, elle cuisine". Moi la nourricière, entourée de bêtes calmes et paisibles...

 

Il paraît, c'est Clopin qui est allé chercher sur internet ces informations, parce que je me refuse à aller lire ces épouvantables petits drames, que je ne suis pas la seule. Ces produits-là sont toxiques, évidemment : c'est une molécule qui s'attaque au système nerveux des insectes, tiques, puces ; le foie des chiens peut l'absorber. Pas celui des chats.

 

C'est évidemment écrit en gros, en rouge, sur le paquet. Mais justement : on avait retiré les pipettes du paquet pour les stocker au frigo... Et j'ai nettoyé le frigo le matin. J'ai vu les pipettes. Je me suis dit "c'est le début de l'automne, il faut que je fasse encore un traitement pour mon chat avant l'hiver".

 

Victor Mowgli/Roukie a de tels poils, si abondants : il aime tant se tenir tapi dans l'herbe, à s'imaginer lion de la savane : il se chope le moindre aoûtat qui passe.

 

Vous ai-je dit que j'aime tendrement ce chat ? Il vient s'installer au creux de mes bras, la nuit, il se met en boule, enclenche le ronronnement doux qui m'apaise tant, et nous nous endormons ainsi.

 

Vous ai-je dit que cette bête est l'une des plus douces que j'ai jamais connues ? Pas un coup de griffe, ni de dents. "Douceur extrême" pourrait être son surnom.

 

Voilà, vous avez compris. J'ai administré à mon chat une pipette entière de cet "advantix", ce poison corrosif, conçu pour les chiens et mortel pour les chats. Il a commencé à convulser trois heures après l'administration de la pipette. Nous l'avons emmené illico chez le vétérinaire, qui me dit aujourd'hui qu'il est sauvé - et qu'il continuera à l'être, s'il arrive à boire et manger. Il lui faudra une semaine pour que les convulsions s'arrêtent, que la pupille reprenne une dimension normale.

 

Là il se chauffe au soleil, sur l'escalier, en fermant les yeux (car ses pupilles dilatées doivent le faire souffrir). Si je m'approche de lui, il ronronne.

 

L'expression "rongée par le remords" , je peux le confirmer, est parfaitement exacte et parlante. Même si les photos de Clopin sont encore trop belles pour illustrer cela, je me sens exactement comme la feuille de noisetier, toute entière attaquée par les chenilles de ma culpabilité.

 

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 15:16

J'en ai poussé quelques unes, , donc j'estime avoir un avis autorisé sur la question. D'abord, il faut le dire tout de suite comme ça on est débarrassé :  la Chantier beaubecquois, c'est plutôt une affaire d'hommes. Oh, non que l'ambiance soit machiste, paternaliste ou phallocrate, hein. Nous sommes à Beaubec : une fille attraperait la truelle, l'équerre, la poutre ou le sac de ciment, elle serait parfaitement bienvenue. Mais d'abord, les filles en question sont rares, et ce n'est certainement pas moi qui irais (au choix) baguenauder sur une toiture, empoigner des instruments dont j'ignore l'usage, me coltiner des objets trop  lourds pour moi et décider du choix des matériaux pour des projets que je ne connais qu'en surface, et pour cause : j'en ignore le premier mot.

 

Clopin a acquis, avec le temps et le goût, une sorte d'excellence dans des domaines aussi variés que la charpente, la menuiserie, la maçonnerie, le carrelage, la peinture, le parquetage, la plomberie ou la toiture . Une vraie petite entreprise générale à lui tout seul. J'avoue : j'en profite éhontément pour ne rien faire...

 

Ce n'est pas tout à fait exact, évidemment. J'ai poussé mon compte de brouettes, passé des outils comme l'infirmière passe des instruments à son chirurgien (ou comme la Charité de Giotto passe un tire-bouchon à travers un soupirail...) , déplacé des tuiles, des briques, des bouts de bois, manipulé du torchis et tenu des poutres, comme tout un chacun sur les chantiers beaubecquois. Bref, je n'ai pas oublié de poser mon rôle de lapin...

 

Il n'empêche que,  sur  tous les chantiers (et il y en a eu au moins un tous les deux ans, depuis que j'habite ici, que ce soit la construction d'une étable ou d'un atelier, la réfection de la toiture ou la pose de carrelage ou de parquet, l'installation d'une chaudière à granulés, d'un chauffe-eau solaire ou d'une centrale photovoltaïque,  sans compter les allées empierrées et l'aménagement de chambres, et avant il y a eu  la "maison du voisin", un bâtiment  considérable,  j'en ai le tournis rien que d'y penser !), la modestie de ma participation m'empêche de m'en sentir redevable.

 

Mais pourtant, je joue moi aussi un rôle important, quoique caché et non valorisé, dans les chantiers beaubecquois. Comme la "mère" des Compagnons du Tour de France, j'assure l'intendance...

 

Ce n'est pas rien.

 

Ca commence le matin, tôt. Déjà, un, deux, trois potes, voire plus,  sont là...  On m'informe qu'il manque tel type de vis, qu'il faut une protection supplémentaire, que je dois aller chercher un coude de gouttière, ou n'importe quel autre truc ou bidule qui s'avère manquer.... On m'expédie, dûment lestée des informations techniques relatées en long et en large, sur un bout de papier, au magasin du coin. Je ne suis pas toujours digne de la confiance qu'on met en moi (je me plante dans les rayons fournitures des magasins de bricolage, où, bizarrement, je me sens comme qui dirait pas à ma place...) m'enfin j'assure...

 

Comme j'assure l'essentiel, c'est-à-dire la cuisine.

 

Avez-vous déjà cuisiné pour un Chantier beaubecquois ?  Non ? Alors, vous ne savez pas ce que c'est.

 

Alors, et d'un : vous doublez carrément les quantités habituelles. Faut pas hésiter. Chaque assiette doit ressembler à un terril, vous m'entendez ?

 

Et de deux : vous devez suivre le rythme du chantier. Pas question de dire "on mange à 12 h 30", d'une voix flûtée. On mangera à 12 h 30, SI. Si la benne est vidée, si le chantier a bien avancé, s'il n'y a a pas eu de lézard (ah ! Ces foutus lézards qui s'intersticent !), bref, SI  on peut  manger. J'ai vu un repas prévu à midi, commencer à 14 h 30.

Donc, vous avez tout intérêt à prévoir du  "possiblement qui se réchauffe"...

 

Et de trois : pas question de faire sa chochotte féministe, et de réclamer une participation à votre labeur. L'homme du Chantier Beaubecquois retrouve, d'un seul coup d'un seul, une légitimité mâle qui lui permet de s'asseoir, la conscience absolument limpide, et de tendre l'assiette aussi assurément que le bambin qu'il fut, au moment du dessert...

 

Et de quatre : l'homme du Chantier a BESOIN de lâcher quelques vannes lestes, quelques histoires de cul. Ca fait partie du chantier. Votre parade à vous, dans ces coups de temps-là, est d'en lâcher aussi quelques unes....

 

Et de cinq : n'oubliez jamais, pendant que vous débarrassez, remettez tout en place et recommencez instantanément à préparer le repas  suivant, que le Chantier finira un jour. Ca a été ma seule sauvegarde pendant le Chantier le plus terrible (celui de la toiture, ils étaient cinq ou six, voire plus,  qu'il fallait nourrir un maximum pendant un minimum de temps matin, midi et soir, et ce une semaine durant,  je me faisais l'effet d'être une machine à produire de la nourriture...) : penser très fort à la pluie sur les ardoises, et moi dessous, si bien à l'abri.

 

Et restez modeste, hein, à l'issue de tout ça. Quand les visiteurs s'exclameront sur la beauté du résultat, et féliciteront très fort les maîtres d'oeuvres, ne la ramenez pas. N'importe qui pourrait faire ce que vous avez fait. Seuls quelques uns pourraient mener à bien les Chantiers beaubecquois...

 

Celui du moment est moins enthousiasmant que ceux du passé : il ne s'agit pas de bâtir, mais de réparer les dégâts de la mérule, et Clopin ne voit pas, sans souffrir, son travail d'antan, lambris, parquet, partir au feu. N'empêche que j'ai bien retrouvé, moi, comme la saveur d'un Chantier Beaubecquois (et me voici fourbue !)

19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 09:02

Comment, pourquoi, arrive-t-on à un livre, alors que rien n'aurait dû vous le faire rencontrer ?

 

Le hasard, évidemment, qui fait  si "bien les choses" qu'on se prendrait presque de douter de la rationnalité du monde.

 

Je vous raconte :

 

Sur la république des livres, le livre d'une toute jeune fille a été commenté : il s'agit de " l'Oubli" de Frédérika Finkestein. Livre remarqué par notre prix nobel Le Clézio, mais ce n'est pas pour cela qui'il m'intéressait. C'était surtout son sujet : voici une jeune femme juive qui réclame le droit à l'oubli... Prétention qui va évidemment déclencher la polémique, surtout sur les enfants de survivants de la Shoah, bien entendu...

 

Je me rendis à la Fnac, pour acquérir l'ouvrage, mais en chemin, j'avais oublié le nom de son auteure. Aussi ai-je simplement demandé le livre "l'oubli"'. Le vendeur m'a alors tendu un épais volume, dont la quatrième de couverture vantait les qualités de "thriller haletant", et qui était, en plus, une traduction de l'anglais. Ecrit par une femme, cependant, mais...

 

J'aurais évidemment dû rendre l'ouvrage au vendeur, en lui expliquant qu'il s'agissait d'une méprise : quoi de plus différent d'un thriller haletant que le livre que je recherchais ?

 

Et c'est là que les rouages du hasard se sont enclenchés, dans un grand tintement de machine se mettant à ronronner : je n'ai pas refusé le livre l'OUlbi de Emma Healzy, je l'ai acheté et je l'ai lu.

 

C'est un lvre absolument remarquable et qui n'a d'équivalent, à mon sens, dans la littérature, que "les fleurs pour algernon"  de Daniel Keyes. Non qu'il soit ici question de science-fiction. Nous sommes dans le cerveau d'une ocotogénaire frappée d'Alzeihmer, qui a eu faim lors de son adolescence pendant la deuxième guerre mondiale, qui a une appartenance sociale bien définie, une vie "normale", deux enfants, etc.

 

Mais là où l'affinité avec Keyes est totale, c'est que la jeune auteure (elle a 28 ans) a réussi cette prouesse de rendre totalement crédible la lente dégradation des capacités du cerveau de l'héroïne, exactement comme quand on assistait, chez Keyes, à l'explosion des capacités du cerveau de son héros, puis à sa plus rapide encore dégradation. De plus, le "thriller" existe bel et bien, puisqu'il s'agit d'élucider une ou deux disparitions, à cinquante ans de distance...

 

Mais tout cela ne saurait expliquer complètement mon admiration, qui est dûe à l'émotion qui s'emparait de moi au fur et à mesure de ma lecture. Je crois que seuls les proches d'un alzeihmer pourront la comprendre : la jeune écrivaine a visiblement côtoyé des proches frappées de cette insupportable maladie. J'ai retrouvé précisément, page après page, et sans aucune erreur, la descente aux enfers vécue par mon ami Jim, et, en filigrane, la détresse et la peine qui touche l'entourage des alzheimers. Le tout sans la moindre ombre de pathos ou de mépris.

 

C'était comme si le hasard m'avait tendu le livre dont j'avais le plus besoin...

17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 14:18

On peut la craindre ou la regretter, mais la couleur de l'été finissant est si dorée qu'elle illumine les chiens !

  ti punch de face

 

(surtout ceux avec une brave tête)

tete-de-ti-punch.jpg

 

Et l'été finissant dore aussi les pêches :

peche-1.jpg

 

(alors, on lui pardonnera de finir !)

 

PS : on parle de Beaubec Productions PAR ICI !

15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 09:49

C'est ce qui m'effraie le plus dans la vieillesse, qui est désormais mon avenir. Jusqu'à présent, j'ai toujours pu renoncer à un plaisir, quel qu'il soit, sans hésiter ni souffrir, car le désir de vivre renaissait sous une forme ou une autre. Par exemple, à la naissance du Clopinou, j'ai mis un terme à une certaine forme de vie sociale, pour laquelle j'avais  une envie certaine , qui me  correspondait, pour laquelle, même, j'étais douée dirons-nous  ; quand j'étais enceinte, je me demandais comment j'allais faire coïncider ce mode de vie (sortir le soir, vivre en groupe, s'étourdir, papillonner et élaborer des projets collectifs) avec la nécessité d'un cadre "familial", qui lui était antinomique...

 

Cette crainte a disparu dès le premier souffle du bébé : j'ai renoncé d'emblée à ma vie passée, sans aucune souffrance ; je n'avais tout simplement plus l'envie de sortir, d'aller voir les potes, de déambuler, la nuit, dans la ville respirante et tentatrice, d'aller au spectacle, de passer des heures à discuter de la vie comme elle va  : je n'étais pas "amputée" de cette sorte de vie-là, puisqu'elle avait cessé de m'attirer, tout simplement.

 

Cette métamorphose des désirs  est évidemment fort rassurante, mais sera-t-elle toujours au rendez-vous ? Si mes forces physiques ou intellectuelles déclinent, si, comme un Jacques Barozzi, je n'éprouve plus l'envie de lire des livres, par exemple, (activité fondamentale de ma vie, qui a perduré, elle, à travers toutes les métamorphoses), y aura-t-il un nouveau désir, une nouvelle vie, qui viendra effacer jusqu'au souvenir de l'ancienne ?

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