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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 08:43

J'ai tant vécu au beau milieu de tempêtes émotionnelles, dans l'oeil du cyclone émotif pourrait-on dire,  que la question me monte souvent aux  lèvres : pourquoi n'ai-je pas connu une vie sans histoires ? Je croise, ici ou là, de calmes personnes, aux vies petites et rangées, certes, mais non sans charme ; je les envie, moi qui ne peux rien faire sans déclencher des rires ou des ires contre moi. Je voudrais m'ennuyer, un peu, comme on fait en province, éprouver de la satisfaction à contempler mes biens, être aimablement présente aux autres, absente aux autres, n'importe... Mais impossible : le calme ne m'envahit que dans la solitude. J'ai la société mouvementée, débordante, qui me déséquilibre et me volcanise...

 

Depuis toujours ? Me voici à huit ans, marchant dans le bac à sable de l'école, très absorbée. Je regarde attentivement l'empreinte de mes chaussures dans le sable. Je serre les poings, histoire de m'imprégner du serment que je fais. Non, je n'oublierai pas. Jamais. On a beau, à la maison, quand on est trop lassé par mes pleurs, me répéter que je vis les plus beaux moments de ma vie, qu'il faut que j'en profite, que l'enfance est le meilleur,  que je la regretterai bien sûr : c'est un mensonge.  Il ne faut pas que j'y croie. La preuve ? Le soin que je prends à enfoncer mes pieds dans le sable, histoire que l'empreinte dure suffisamment pour que j'y repense ce soir, et demain, et demain soir...

 

Et toujours. Je n'étais pas malheureuse à l'école proprement dite. C'était dans la cour que ça coinçait. Déjà petite, et malingre, née en décembre, on m'avait fait sauter une classe. J'étais toujours la plus jeune. La nouille.  Celle qui restait sur le bas-côté, pour la balle au prisonnier. Dont personne ne voulait dans son équipe. Qu'on bousculait en courant. Qui ne savait pas sauter à la corde. Incapable de dribbler un ballon. Affublée de lunettes, en plus : d'autant fragile. Utile à aucune des petites filles de l'école (non mixte) de Ferdinand Buisson, ensachées dans des blouses à la couleur unique, qui se disputaient les carambars, les barrettes à cheveux et les photos des chanteurs yéyés. Eprouvant la pire des solitudes : celle que les autres voient.

 

Pour toujours ? Heureusement, il pleut en Normandie. Ces semaines-là , tant, que les fillettes, à la récréation,  sont toutes groupées sous le préau, à regarder tomber le Déluge, pour le moins. On s'ennuie. Un peu, beaucoup, énormément. C'est là que le miracle a  lieu : j'ai commencé à raconter. Je mélangeais toutes mes lectures, bibilothèque rose, verte, rouge et or, et les contes de fées, et Victor Hugo, Fantômette et Andersen. J'en tirais une drôle d'histoire, que je variais d'une récré à l'autre. A défaut de ballons, les petites filles attendaient mes rebondissements. De plus en plus ardemment : j'étais sommée de parler. Je m'adossais contre le mur moisi du préau, elles se groupaient autour de moi. J'y allais... Tant et si bien que, le soleil revenu, certaines fillettes ont continué à préférer l'ombre du préau, et mes petites histoires. Ca a duré jusqu'à ce qu'une maîtresse, remarquant le manège, n'y mette le holà. La récréation, c'était fait pour courir, sinon, après, en classe, cela allait être encore pire. Je fus interdite d'histoires... Mais j'avais séché mes larmes. A défaut d'être comme les autres, je pouvais au moins faire ça. Vivre ça.

 

Une vie avec. Avec histoires...

 

 

 

 

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