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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 09:29

Avec ma légèreté coutumière, je n'avais pas intégré les consignes de Jacky Barozzi, concernant le rendez-vous lancé à la volée, sur la République des Livres. J'avais donc allègrement confondu le cimetière de Montmartre avec celui de Montparnasse, ce qui revient à peu près à confondre la tombe de Simone de Beauvoir :

Simone--.jpg

 

 

 

 

avec celle de Dalida ...

 

dalida-copie-1.jpg

 

 

Heureusement, Clopin veillait, ce qui m'a permis d'honorer le rendez-vous et de participer à  la chaleur de notre rencontre erdélienne, qui correspondait à la fois à la météo et à notre humeur joyeuse ; ceci peut paraître inconvenant, s'agissant d'un triste week-end de Toussaint, encore assombri par la mort récente du jeune écologiste Rémi Fraisse, mais c'est pourtant la vérité.

 

Notre visite montmartroise, guidée par Jacques, fut en réalité très agréablement  folâtre et ponctuée de rires. On ne pouvait pourtant imaginer plus disparate que notre (tout) petit groupe : seulement quatre "rdéliens" authentiques, accompagnés du Clopinou et d'un Clopin vibrionnant d'une tombe à l'autre et parfaitement inconvenant (n'a-t-il pas, évidemment, repéré un tombeau comme celui-ci :

hel-ajoui.jpg

 

en déclarant : "tant mieux pour elle" ? Ce qui, je l'avoue, me fit bien rigoler...)

 

Mais trève de plaisanterie : si Jacques fut quelque peu débordé à la fois par l'envie des erdéliennes d'échanger leur impressions passouliniennes, d'une part, et de l'autre par l'éclatement de notre groupe (Clopin, quand il a un appareil photo dans les mains,  est difficilement soluble dans du collectif !), il n'en a pas moins rempli merveilleusement son office.

 

Je crois avoir été, avec Clopinou, celle qui en a fait le plus son miel, parce que notre ignorance ne demandait qu'à être comblée, et parce que Jacques est un guide parfait, mélange de partage et de retenue, de sensibilité à l 'autre et de finesse, qui le rend un précieux compagnon.

 

Les deux autres erdéliennes avaient moins besoin que nous des lumières barozziennes : elles sont  parisiennes jusqu'au bout des ongles, et leurs connaissances des tombeaux et des familles sont, sinon égales, du moins à la hauteur de celles de  notre guide. DHH, surtout, connaît son bottin social - notamment sur les familles françaises d'origine séfarade - à la perfection.  Quant à B., la troisième luronne, qui habite juste à côté, l'artiste en elle la fait décrypter, sans erreur, les symboles et les styles de ce cimetière si particulier - ici, la démesure règne, et le cimetière "rend compte", en quelque sorte, du quartier qui l'abrite. Les tombeaux baroques correspondent, pour les plus kitsches d'entre eux,  aux  personnalités disons parfois "bling-bling" des artistes de spectacles qu foisonnent ici. Et puis il y a cette sorte d'humour macabre, comme ce "portrait en creux" du docteur Pichart, dont la tête et le regard suivent le déplacement de celui qui passe devant sa tombe, pendant que la pipe désigne probablement le futur cancer que le docteur nous prédit... Brrr !!!

pilchard.jpg

 

 

 

Je ne me sens pas autorisée à reproduire, ici, les portraits de notre petit groupe, malgré la bonne humeur qui se dégage des photos de Clopin, et dont nous nous réserverons la primeur. Il vous faut donc imaginer une DHH si  physiquement  jeune (elle rend bien vingt  ans à son âge réel) qu'on en accepte, sans plus d'étonnement, sa remarquable énergie. Elle est petite et menue comme un oiseau, dont elle possède en outre  la vivacité. Et elle continue d'incarner, pour moi, le meilleur de sa classe sociale, qu'elle "sauve" à elle toute seule :   cette bourgeoisie parisienne "privilégiée", si intelligente, cultivée à l'extrême,  lucide et fortunée, mais aussi, en ce qui concerne DHH - ce qui la différenciera à tout jamais, à mes yeux,  d'un élitiste  Finkelkraut ou d'une insupportable Daaphnée -,  ces vertus cardinales que sont la générosité et la bienveillance. Ce sont ces deux termes qui me viennent spontanément à l'esprit, quand je pense à elle...

 

Quant à B., elle est, dirons-nous, tellement  sous l'attraction des astres que nous voici, elle et moi, habitant des planètes différentes et fort éloignées l'une de l'autre. Mais pourtant, magie de la rencontre ! Ce fut un réel plaisir de l'entendre évoquer sa vie (les destins humains sont si étonnants, jusque dans l'épreuve !), d'écouter la description de ses multiples activités et de ressentir le côté exceptionnel de sa personnalité...

 

Surtout qu'elle fit partie du dernier carré qui, après la visite du cimetière et le pot pris ensemble, prolongea la rencontre par un dîner à la brasserie Wepler (encore un choix judicieux de Jacques).

 

Cette brasserie est si "littéraire" qu'un prix lui est désormais attaché, depuis 1999, sous l'égide de la Poste  - il faut dire que tant d'écrivains prestigieux, dont Proust n'est-ce pas, ont fréquenté les lieux qu'on y respire un air chargé de mots... Et des mots, il y en eut tant et plus autour de notre table. La conversation fut parfaitement éclectique, ce qui évidemment me plut au plus haut point... Et ce fut en plus un repas gastronomique ! Au diable l'avarice,  avions-nous tous décrété, d'un commun accord. La brasserie Wepler présente les meilleures huîtres de Paris - et la tête de veau aux deux sauces, ravigote et gribiche était  délicieuse., dixit Clopin et B. qui en  firent leurs choux gras  (mais mon pavé de saumon aux endives braisées, le pavé de rumsteack à la sauce béarnaise de Jacques n'étaient pas mauvais non plus, et le muscadet allait bien !)

 

Evidemment, le grand sujet du jour, évoqué pendant le "pot" avec DHH, fut la rdl. Ah, cette République des Livres ! Elle résume à elle toute seule le vieux paradoxe humain, déjà souligné par Esope. Elle est issue de l'internet, ce qui signifie qu'il n'y a guère que le langage humain pour rivaliser de complexité - songez à ce qu'il  a fallu d'intelligence pour en arriver à la création de l'univers informatique ; et, comme la langue humaine, elle est la meilleure et la pire des choses... Une Henriette Walter, qui traque l'humanité à travers ses langages, en aurait le tournis.

 

Sans Rdl, notre petit groupe n'aurait évidemment jamais eu la chance de se croiser. Mais sur la Rdl, il nous faut vivre avec les trolls... Ce fut le vrai sujet de notre débat. J'ai exprimé, pour ma part, ma déception et ma colère devant cet état de choses. Et je fus soutenue par B. Figurez-vous que B. fait partie, comme en son temps une Sapience Malivole, des "rebutées". Elle participait "avant" - mais les trolls l'ont chassée de l'arène des commentaires, et depuis, elle fait silence... Quel dommage, et quelle injustice, ai-je tout de suite pensé !

 

Jacques et DHH, eux, n'ont pas la même vision des  trolls que B. et moi. Pour Jacques, les trolls sont le prix à payer, le pendant de l'unique, rarissime  et indispensable espace de liberté que représente le blog. Et on peut très bien vivre la rdl en les ignorant, tout bonnement... Pour DHH, ils sont si méprisables qu'ils ne peuvent en aucun cas l'atteindre, elle. Si DHH intervient  si (trop !) rarement, ce n'est donc certes pas à cause d'eux, mais parce que, tout simplement, elle n'éprouve pas le besoin ou l'envie de s'exprimer autant que certains (ou certaine, comme votre servante !) : elle est plus "réactive" qu'"active", et cherche avant tout à lire les analyses et les interventions des esprits les plus aigus du blog (comme Bloom, ou CP...)

 

Jacques et DHH pensent  aussi que les trolls sont des sortes de "constructions" ; DHH estime ainsi qu'une personnalité aussi insupportable que celle de Daapnée ne peut exister "pour de vrai", qu'il s'agit d'une sorte de jeu. Hélas ! Je trouve DHH bien "candide" sur ce cas-là : je crains fort qu'elle ne se trompe, et  pour moi  Daaphnée fait tout simplement partie des bien réelles personnes à l 'ego surchauffé, voilà tout... Par contre, l'hypothèse de Jacques sur le jeu pervers d'un seul troll, disons "Bergeret" qui construit plusieurs personnalités chacune symbolisée par un pseudo diffréent et qui passe ainsi d'un personnage à l'autre, de "D." à "Hamlet" par exemple,  me paraît assez plausible. Mais cela n' atténue en rien, pour moi, la puissance de nuisance des trolls, et le problème qu'ils posent.

 

Je comprends bien la position de Jacques, qui défendra jusqu'au bout l'espace de liberté que représente, pour lui, le blog assoulinien. Mais la liberté dont il est question n'est-elle pas celle du renard dans le poulailler ? Il faut, à  mon sens, des personnalités aussi fortes et exceptionnelles que la sienne ou celle de DHH pour "passer outre". Si l'on a le malheur d'être sentimentale, fragile  dans tel et tel domaine (et d'en avoir le droit, mordiou !) et  d'avoir de fortes valeurs morales associées à ce type de profil psychologique, malheur à vous : un certain type d'insultes ne peuvent que vous atteindre. Si B. et moi pouvons admettre une certaine forme de moqueries (après tout, méritées, pourquoi pas ?), comment accepter, par exemple, les interventions qui visent à me faire passer pour une mère incestueuse, ou TKT pour un crétin des alpes ?

 

J'ai tenté, en vain, de convaincre Jacques que la solution serait d'anticiper. Après tout, la législation est déjà en marche : ce sont les entreprises qui ont les premières porté plainte contre les salairés qui les évoquaient sur certains blogs. Ne serait-il pas plus judicieux, plutôt que d'attendre une démarche judiciaire (qui, de l'avis de tout notre petit groupe, sera certainement l'issue fatale, un jour ou l'autre, du blog de Pierre Assouline) de mettre en place une démarche de consentement mutuel, une sorte de pacte, de "charte" que l'on pourrait  définir en commun, ceci afin justement de préserver cet espace de parole libre qu'est le blog de Pierre Assouline ?

 

Nous nous sommes séparés sur ce débat resté bien entendu ouvert, et après avoir dérivé sur bien d'autres sujets, où Clopin avait d'avantage sa part, comme le cinéma. Nous étions, je crois qu'aucun de nous ne me démentira, assez contents de nous. Et ceci était finalement bien plus fort que toute la nuisance trollesque : la magie des rencontres, des évocations des vies et des destinées des uns et des autres, l'enrichissement mutuel et le respect des différences... Rien que pour cela, et sans même la richesse intellectuelle que procurent les billets et commentaires erdéliens, il nous faut remercier Pierre Assouline, bien sincèrement !

 

Rentrés chez Clopinou après avoir encore traînés un peu dans Paris, Clopin et moi avons établi le programme de la journée suivante. Il me restait une Pensée sur les bras : celle que, par erreur, j'avais destinée à Simone...

 

Je suis d'avis que les pensées  doivent avant tout revenir à ce qui les a fait éclore. Le lendemain, nous avons  donc cherché, à Montparnasse, la tombe de  Beauvoir, qui a reçu mon humble hommage. Nous étions seuls tous les deux mais nous avions, en guise de viatique, le précieux guide écrit par un certain Jacky Barozzi !

 

(suite des photos de Clopin sur les cimetières, demain...)

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