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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 18:01

Nos hirondelles sont revenues, précoces et fidèles, nous avons ouvert la porte de la grange pour elles, et je les ai vues entrer... C'est un bonheur printanier d'autant plus précieux que, les autres années, je n'étais mise au courant qu'en rentrant du travail, le soir. 

 

Les aléas de ma vie, qui ouvrent devant moi, presque par hasard,  cinq mois sans contrainte laborieuse, me donnent déjà ce "direct" là, et j'en suis heureuse. Je me souviens encore du fabuleux printemps de 1968. J'étais évidemment bien trop jeunette pour participer, de près ou de loin, aux "événements". Mais je regardais avidement l'espèce de match qui se jouait entre ma soeur aînée, quand elle rentrait d'un coup d'aile à la maison, bousculant les certitudes de notre ordre établi, et ma mère, arc-boutée sur ses craintes (et sur les déclarations du Général de Gaulle...). Ma mère n'avait pas le beau rôle, je m'en rendais confusément compte, et la jeunesse de ma soeur coïncidait parfaitement avec l'air printanier qui la ramenait chez nous, et l'emportait on ne savait trop où...

 

 

Pendant ces deux mois-là, mai et juin, je commençais des promenades, d'abord pour combler mon désoeuvrement scolaire, et puis, très vite, par goût. J'arpentais d'abord le quartier et le bois d'Alençon, tout proche. Mais assez vite je commençais d'assez longs itinéraires, respirant, sans m'en rendre compte, l'air léger de la nature en éveil, constatant, jour après jour, les progrès des bourgeons, et prenant conscience du chant des oiseaux.

 

Hélas, un voisin me croisa, puis deux, et l'on vint rendre compte à ma mère de mes escapades, à plus de cinq kilomètres de la maison. Il n'était pas question pour elle de laisser sa petite fille vagabonder ainsi, même si j'étais toujours rentrée pour l'heure du goûter n'est-ce pas. Encore, si nous avions eu un chien... Mais justement : nous n'en avions plus. Je fus confinée au jardin, et à ma chambre. J'eus recours à mon remède favori : la lecture... 


J'avais pourtant senti l'odeur du printemps, qui ressemble tant à celle de la liberté. Malgré mon jeune âge, je m'étais rendue compte que l'école me les avait volés, mes printemps, depuis la maternelle. J'étais pourtant bonne élève, le nez levé vers le tableau, la blouse à carreaux sans déchirure et les bonnes notes s'alignant sagement dans mes carnets. Mais après 68, j'eus longtemps comme la nostalgie du vert, et des jambes s'agitant, prêtes à servir.

 

Je retrouvai un peu de liberté devenue jeune adulte... Mais dans l'intervalle, j'étais devenue citadine, et fort occupée. Le printemps et les petits oiseaux passaient après les distributions de tracts, les interminables discussions et les soirées arrosées des bars estudiantins...

 

Et me voici, à l'orée de ma vieillesse, devant ce printemps miraculeusement libre de contraintes horaires, et regardant voleter mes hirondelles. Bien sûr, j'ai des projets pour cette période, que j'espère féconde malgré son petit goût de défaite (j'ai raté un concours professionnel important). Mais avant tout, en cette première vraie journée ensoleillée, et pendant que les hirondelles arrivent, je me promets de le savourer à fond, ce printemps qui s'offre à moi, pour une fois sans horloge.  

 

 

 

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commentaires

lizagrèce 23/03/2011 11:44



Je sais bien que c'est relatif ... quoique l'issue se rapproche ... masi bon ! ça ne doit pas empêcher l'esprit critique et la curiosité, bien au contraire . Ceci étant il y aurait beaucoup à
dire sur la manière dont on traite les "vieux" en France.
Huereusment je vis dans un pays où l'âge n'a aps d'importance et où jeunes et vieux vivent ensemble sans problèmes.



Paul Edel 23/03/2011 10:40



c'st étrange, clopine, mais mes potes  auraient tout fait pour y échapper mais moi assez fataliste, j'étais finalement tres curieux de savoir ce que c'était que l'armée.et puis la guerre
d'algerie (là j'avais eu tres eur) était finie..   je  me suis rendu compte que dans le centre d'instruction du train à monthlery, il y avait pusieurs types qui saveit pas écrire.ils
venaient du sud de la france, exploitations agricoles

talweg 22/03/2011 15:36



C'est drôle ce que vous écrivez, je me souviens, j'avais 8 ans,  et, mon père étant médecin, on avait de l'essence, un peu. La TV était un meuble à elle
seule, on y voyait des jeunes et des CRS, ces films qui sont conservés par l'INA. (Ca file un coup de vieux, mais on est, après tout, dépassé et fané tous les jours, c'est banal).


Vivre chaque matin comme le premier, chaque printemps comme le premier, serait plus ma tendance -pas l'oubli, mais le départ neuf, toujours. Cependant , quelle force d'évocation dans
nos souvenirs! Aujourd'hui, fait beau à faire l'école buissonière, malgré toutes les inquiétudes. Aujourd'hui, je commence une lecture nouvelle, c'est toujours une promesse, ... Je dois aller
travailler, mais j'ai envie de "faire craquer". J'ai plus 10 ans, il faut bien que j'y aille!



clopine 23/03/2011 09:22



Bon courage surtout. IL en faut...(mais autorisez-vous à craquer de temps en temps. C'est un bruit qui, s'il est assumé, est agréable  à entendre - et à opposer à tous les tremblements du
monde. Enfin, à mon sens...


 


Clopine carrément craquelée.



Paul Edel 22/03/2011 11:33



en mai 68, je montais la garde, avec des gants blancs guetres , devant le  grand portail  de l'école militaire, face au champ de mars.  je taillais les rosiers et j'allais
épousseter  un petit char soviétique miniature psé sur le tapis vert billard du  bureau du general commandant la place de paris.  étant  donc dans  ce sommtueux secteur
"balais", corvées de peluches  et ratissage des pelouses.. ce qu'on appelle "le service genéral" je devais aussi nettoyer les carreaux du grand bureau officiel où le general recevait les
gradés soviétiques, bresiliens,canadiens  venezuelien(beaucoup plus de décorations sur les colonels d'amerique latine j'avais remarqué..)   qui venaient donner des conferences ou en
écouter sur les nouvelles stratégies contre les "guerres révooutionnaires" type viet cong..etc..  et j'étais fasciné par ce modèle réduit de char soviétique  sur lequel je passai un
chiffon. ce cadeau offert par  un genéral soviétique à son "homologue" français -c'est comme ça qu'on parle au Journal televisé-  me faisait songer que  les cartes d'état major,
les maquettes,les uniformes chamarrés, les fourragères me ramenaient à un monde d'enfance et de soldats de plomb. j'étais soldat de plomb  dans une caserne où curculaietn des chevaux et ds
filels de genraux  habillées pour un concours hippiques  de grande classe. !.. les seules bombes que  nous pouvions voir étae,t t sur les tetes de jeunes filles  à visage
d'héroines de giraudoux..  nous étions  toujours en train   de mettre du blanc d'espsagne sur des guetres, de prsenter aaaaarmes! devant n'imoorte quelle jeep ou quel
lieutenant,  oui, ces parades,  des revues,  ces salut rigides nous transformaient en soldats de plomb.  il n'y avait que le cours sur les  effets de la bombe nucléaire
qui nous ramenaient à la réalité. et encore. les  effets des radiations étaient terribles pour les ennemis et,pour nous,les bombes ennemies  étaient une rigolade une simple douche
suffisait à nous en débarrasser de ces radiations. ou rester planquer derrière un simple mur... voilà une partie de mon Mai 68.



clopine 23/03/2011 09:14



Hélas, je n'ai jamais été sensible au charme de l'uniforme. Ma génération de filles a eu à soutenir nos jeunes compagnons, qui cherchaient par tous les moyens à échapper à ce service militaire,
moins meurtrier en france qu'aux états-unis, mais pourtant unanimement craint. IL y avait aussi la coupe de cheveux, qui devenait un symbole de résistance. Et, par-dessus tout, le film "Alice's
restaurant"


http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/alice's%20restaurant


 


passé en boucle par mes (jeunes) amis-amants de l'époque, fin des années 70 début 80, qui cherchaient vainement à y "couper".


 


Vous deviez vraiment vous faire chier à mort, avec votre char- joujou à épousseter, non ? Vous n'avez pas essayé, vous aussi, d'y couper ? 



lizagrèce 21/03/2011 21:32



Si tu étais enfant en 1968 tu es loin d'être à l'orée de la vieillesse ou bien moi je suis au fond du "goooouuuuuffre ... "



clopine 23/03/2011 09:21



Je crois, Lizagrèce, que la notion d'âge est la plus relative qui soit. Un couple de ma connaissance, guère plus âgé que moi, a déjà, à mon sens, un pied dans la tombe. Ils sont plombés d'ennui
et de certitude, ne savent plus rire, n'ont guère de curiosité pour ce qui les entoure et sont devenus incapables de faire autre chose que ressasser leurs valeurs (inchangées depuis perpette)
 et leur mode de vie. Je les fuis, tant ils suintent l'ennui, et pourtant, ils sont plutôt plus proches de moi par la culture, l'éducation, les choix politiques que bien de mes voisins
ploucs...  A l'inverse, un autre couple de ma connaissance, plus âgé que moi de 20 ans environ, m'attendrit et me charme à chaque fois que je le croise : curieux de tout, modestes et à
l'écoute, énergiques et ne contemplant pas à longueur de temps son nombril, je suis vraiment à chaque fois étonnée lors de nos (très rares, hélas, ils sont partis dans le sud pour leur retraite)
 rencontres, et du coup, je n'hésite pas à les bombarder de questions, car ils m'intéressent vraiment... 


 


Comme quoi.


 


Ca va, ça vient...



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