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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 10:14

Hier matin, alors qu'on ne savait pas encore que Mélenchon allait se présenter face à Le Pen à Hénin-Beaumont, ce commentaire d'un journaliste politique (dont je n'ai malheureusement pas retenu le nom) : "Ce serait une erreur stratégique, car l'image de M. Mélencon souffre de ses débordements langagiers et de la violence qu'il insuffle à ses discours. Cette image se caricaturerait encore un peu plus devant une Le Pen qui, dans son fief, ne craint pas grand-chose"...

 

Ce que je peux ne pas être d'accord ! 

 

Ce matin, chez Finckie, Mona Ozouf parlant de Madame de Staël, du féminisme et de ce qu'elle appelle la "substiution du sexe par le genre" (qui serait la conséquence du consumériste hédoniste résultant de 68, à savoir que la contrainte du sexe étant insupportable, par commodité et laisser-aller, on préfère parler de "genre" qui lui, est réversible...), semble ouvrir des débats et des pistes de discussion intéressantes, mais hélas les referme aussitôt à force d'affirmations, d'opinions, et surtout d'une absence de prise de conscience de sa propre place dans la société, qui empêchera quiconque d'aller débattre avec la Dame sans être d'accord avec elle (et il fallait entendre Finkcie se pourlécher à l'idée d'obtenir l'assentiment d'Ozouf sur des proposition telles que "conserver la société en l'état", et autres conservatismes réactionnaire parés de plumes dans le cul). Pourtant, j'aimerais tant reprendre un par un les prédicats de la dame, et en discuter avec elle : son opinion, par exemple, tirée des réflexions de Mme de Staël sur la non-adhérence des femmes au mouvement révolutionnaire de 1789 (et ceci mériterait déjà d'être nuancé, car si effectivement les femmes n'admettaient guère les attaques contre la religion catholique, certaines d'entre elles maniaient les aiguilles à tricoter et d'autres, telle Olympe de Gouge, montaient à l'échafaud...) : "elles n'étaient pas d'accord contre les délations voulues par Robespierre pendant la terreur,  car elles considéraient que ces délations intervenaient dans l'ordre du privé où elles plaçaient leurs fils et leurs amants..."


Ce que je peux ne pas être d'accord non plus !!!! 

 

D'abord, sur la défense de la religion par les femmes du 19è siècle, qui est sans doute réelle, je ne le conteste pas.  Mais plutôt qu'une lutte contre les dérives de la terreur, ne peut-on y voir, simplement, une défense des intérêts les plus courants des femmes . Quand n'existait pas la contraception, quand le progrès technique ne permettait pas de substituer à la force physique animale la mécanisation, quand le viol n'était pas sanctionné, la condition de la femme ne trouvait quelques adoucissements, et quelque protection, que dans les dogmes qui assignaient aux hommes d'épouser les femmes, qui leur donnaient des devoirs envers elles, en échange de la conservation de l'espèce et de son patrimoine (les enfants légitimes étant privilégiés de toute la force du droit contre les enfants naturels). Oh, la religion n'était certes pas la panacée, et comportait elle aussi un certain nombre, et non des moindres, d'oppressions : mais enfin, c'était quand même le seul droit moral que les femmes pouvaient utiliser pour tenter de se garantir. Les revendications féministes de la révolution ayant été tuées dans l'oeuf, c'est-à-dire précisément la gorge coupée de celles qui les proféraient, que restaiil aux femmes pour améliorer leur condition et échapper au côté "gibier", sinon les commandements de l'église ??? 

 

Plus grave : quand Mona Ozouf conteste le "tout est politique", et veut à tout prix dresser une sphère privée (qui serait bien entendu celle des femmes) contre une sphère publique (elle consent néanmoins à ce que les femmes ait accès à cette sphère publique, et nous dit même que c'est là une caractéristique française qui a amené la richesse de notre littérature et la douceur des rapports entre les sexes, elle devrait en parler à la famille de Marie Trintignant, tiens, de la douceur des rapports entre les sexes en France, bref), là ce n'est plus une approximation qu'elle articule, mais carrément un contresens de classe. Je veux bien, quand on est débarrassé des corvées domestiques, qu'on puisse aisément enjamber ce qu'il y a de politique dans la sphère du privé. Mais quand il faut résoudre quelques petites équations du genre travail-enfant-et qui va faire la vaisselle, ça devient bizarrement fortement politique, le privé... Avec quelques jolies petites questions à la clé, du genre nombre de crèches, égalité des salaires et des carrières, nombre d'heures de travail domestique non rémunéré et tutti quanti. J'aimerais bien que Mona Ozouf se penche (même si cela la force à s'occuper de basses besognes) sur le côté "non-politique" de ces questions-là... Car c'est précisément tout le contraire. 

 

Bon,  je me radoucis quand Ozouf rappelle l'opinion de Balzac qui dit que la littérature n'apparaît que là où les femmes participent à la vie de la cité. Les cultures où les femmes sont cloitrées ne connaissent pas le roman, tout juste les contes et récits merveilleux. Là je suis d'accord, pour une fois... Mais Ozouf continue en disant qu'il est donc absurde de voir une "haine des femmes"qu'on pourrait  décrypter dans la littérature. Certes, je n'emploierai pas, moi, le terme de 'haine des femmes" qui serait cachée trop en évidence pour qu'on puisse la repérer (comme la lettre volée d'Edgar Poe) - justement parce que la haine est quelque chose qu'on peut conscientiser, alors que les sentiments des hommes pour les femmes sont bien trop complexes pour apparaître ainsi à la surface. Mais je dirais simplement à Madame Ozouf que de tous temps, la littérature rend compte de son temps : ce qui transparaît dans la nôtre, c'est bien l'oppression que les femmes subissent. Les écrivains hommes ont beau recouvrir le tout de l'amour courtois, par exemple, tout témoigne de cette oppression, tout "en rend compte" dans notre littérature. Les lectrices d'aujourd'hui ont donc le droit de relever ce qui saute aux yeux (comme il saute aux yeux que Tintin parcoure un globe où les femmes sont carrément gommées, et réduites au nombre de 2 : Castafiore et Irma. Ce n'est pas de la "haine", c'est carrément le stade ultime de l'oppression...)

 

Mais je repars tout aussitôt en pétard quand Ozouf nosu ressert une fois de plus le plat antiféministe, comme quoi, en revendiquant l'égalité, ce dernier cherche à indifférencier les sexes et à gommer les spéficités de la "féminité". Elle dresse une fois de plus le portrait éculé de la féministe mal baisée, refusant de prendre soin de son apparence, incapable de goûter les joies subtiles des jeux de séduction et rompant la courtoisie légendaire des rapports français... cette caricature est tellement nauséabonde, elle correspond si peu à la réalité et surtout elle est tellement commode pour, mollement, préférer  jouer le jeu de notre société qui étale sur tous nos murs les corps féminins objectivés jusqu'à la nausée, plutôt qu'honnêtement constater qu'il y a des combats à mener... Non, ce n'est pas parce qu'une féministe se bat contre l'objectivation du corps qu'elle refuse d'en voir la douceur, ou qu'elle le "virilise". Non, la féminité ne se mesure pas au poids des crèmes de beauté et du noir du mascara. Oui, on peut revendiquer une sexualité égalitaire, débarrassée des artifices nauséabonds de jeux de séduction trop appuyés, et préférer la camaraderie sexuelle de partenaires cherchant librement le plaisir, ailleurs que dans la fausse courtoisie qui  masque trop souvent le découpage, par les hommes, de la société en deux : les épouses avec leurs enfants légitimes, et les putes qu'on méprise, ce ne sont que "du matériel". OUI STRAUSS KHAN N'EST QU'UN PERVERS FOIREUX, et rien ne justifie les agressions qu'il a commises. 

 

Pas d'accord, je vous dis. Mais pourquoi France Cul invite-t-il toujours les Mona Ozouf (que je respecte par ailleurs, comme une Elisabeth Badinter, ce sont de grandes intellectuelles c'est un fait, mais...) et jamais les Isabelle Alonso ? 

 

Et pour revenir à Mélenchon : bon sang, le journaliste parlait de lui comme un communicant parle du "plan de carrière" de son patron. Alors qu'il faut ABSOLUMENT un Mélenchon face à Le Pen. Qu'il gagne ou perde, il ne faut pas laisser le champ de la parole comme arme à une Le Pen. Et il n'y a guère que Mélenchon qui fasse le poids contre elle...

 

France cul, parfois, tu as vraiment tout faux...

 

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commentaires

Alfonse 13/05/2012 11:37


La magistrature, l'université, la médecine, la haute fonction publique, la recherche scientifique (et même l'archéologie, si si) sont très largement féminines (jusqu'à 50/50, voire plus). C'est
rigoureusement la même chose que pour les garçons (il faut travailler et, évidemment de quoi manger). La différence est bien plutôt d'ordre sociologique que sexuel.

Paul Edel 12/05/2012 14:51


Vous avez l'air en pétard Cloopine, ça vous va bien littéraireent , mais quel mélange,quelle salade de mélange des époques...quel pmanque d écoute,de nuance,  et de refus de dialoguer..
quand ozuf, bonne historienne lmet ses lunettes "féministes" eller mêle sans cesse ses imoressions de femme de 2012 avec l'opinion de madame de strel, immense figure.mais que d'anachrobisme,et de
catachronisme   ça fout la trouille que les femems d'aujurd'hui projettent eurs recvendications actuelles sur une société qui n'avait pas la mmle echelle de valeurq.  et si vous
regardiez ou lisiez  unn peu  la littérature de madame de duras à G. sand  vous découv ririrez que les femmes n'avaient pas ce sectarisme actuel.. elles , teraient salon et avaient
respect et iunfluence intellectuelle et jouaient  un role  capitale.  mais bon,  la haine des sexes est en train de l'emporter.Bon vent! 

stoni 12/05/2012 14:02


c'est marrant car je voulais faire un article sur france culture à l'occasion, bien sûr pas traité de la même façon.


 


en revanche olympe de gouges n'a pas été guillotinée pour ses positions féministes, c'est une légende urbaine, mais dans le cadre de l'épuration girondine.


 


le rôle des femmes pendant la révolution française est un vaste sujet que je ne me risquerais pas à cerner en quelques lignes. il existe de bons ouvrages là-dessus. sur la position des femmes du
peuple pendant le 18ème, il existe de magnifiques ouvrages de Arlette Farge, une excellente historienne dotée d'une fort belle plume. je pourrais en parler des heures !


 


Mona Ozouf appartient au courant de François Furet, plutôt de droite ou centre gauche, anti-soboulien et anticommuniste. donc forcément ses positions sont assez orientées.

Cactus 12/05/2012 13:50


avant il fallait cultiver son jardin , non ?

Jacques Chesnel 12/05/2012 11:03


là, c'est plutôt France Con !

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