Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 11:51

Ce matin,  la musique de Satie sur France Mu, mais dans  un arrangement orchestral de toute beauté (de Debussy) 

 

Je sais pourquoi ça m'a bouleversée à ce point : à cause d'une sorte d'ampleur que l'orchestre donne à cette musique. 

 

Et j'avais justement besoin de cette ampleur... 

 

Bon, je m'explique, en suppliant mes visiteurs de ne pas être choqués. 

 

Depuis que Jim est malade,  je n'ai pas pu m'empêcher de penser à sa fin, proche ou plus lointaine. La tristesse de ce jour-là sera bien entendu exprimée par de la musique : comment imaginer Jim nous quittant définitivement,  sans elle ? 

 

Si jamais je suis sollicitée pour un choix quelconque,  un nom me viendra tout de suite aux lèvres. Je suis sûre d'ailleurs que tous ceux et celles  qui ont connu Jim le prononceront aussi : c'est Erik Satie.

 

C'est Jim qui m'a fait découvrir Satie : il s'identifiait parfois  à lui, à cause du physique (barbiche, petite taille, forme du visage, une sorte de ressemblance dans les traits, et le petit reflet rigolard du lorgnon sur l'oeil, or Jim est borgne...).

 

Et puis il y avait cet humour ("de la musique d'ameublement"), et cette pudeur dans la sensibilité, et ce minimalisme musical, et ce dédain de la richesse : tout cela correspondait si bien à Jim... 

 

Oui, Satie bien sûr, la cause est entendue... Sauf que je ne peux évoquer Satie  sans repenser à la première fois  où j'ai écouté Jim  jouer les gymnopédies au piano. C'était au beau milieu de la nuit, dans une grande et froide  maison près de Pont-Audemer, aussi délabrée que sa liaison du moment - qui foutait le camp, oui ! 

 

Il les a jouées pour moi. 

 

Le piano, un simple quart-de-queue, et encore, à cadre en bois, n'était pas d'une justesse absolue. Les mains de Jim étaient fort petites, et il fallait qu'il soit rudement amoureux de moi (je le dis sans forfanterie, hein, c'était comme ça c'est tout, et puis notre relation n'a pas du tout été passionnelle mais assez compliquée, enfin bref) pour qu'il se lance ainsi, et joue avec une telle application, comme s'il y mettait toute son âme...

 

Ca, je ne peux le partager avec personne. Les versions au piano de Satie sont  toujours liées à cette interprétation de cette nuit-là, précisément. J'en suis la seule garante, car j'en étais la seule spectatrice. 

C'est pourquoi la version orchestrale entendue ce matin m'a comme sauvé la mise : elle donne une ampleur à une musique qui  s'est toujours apparentée à une conversation chuchotée, un murmure amoureux, ce qui me brisait le coeur quand je pensais qu'un certain jour, elle résonnerait comme un  glas. Ce n'était pas compatible, je ne sais pas si je me fais comprendre.. 

 

Alors que cette version orchestrale   habille de couleurs, de multiples nuances, une musique qui était si "unique" dans sa version piano :  elle pourra donc être partagée par tous, sans retirer à quiconque le souvenir de sa propre  écoute de Jim.  Elle  va permettre, si cela m'est autorisé, de  refermer la porte sur une  histoire qui, de manière magiquement incohérente,  n'appartient qu'à nous, Jim et moi, mais appartient aussi à tous ceux et celles  qui l' ont connu, et enfin,  évidemment, évidemment, appartient  à lui, lui seul...

 

C'est providentiel, je trouve ! Et je sens, je sais qu'il accepterait qu'il en soit ainsi, qu'il comprendrait, qu'il voudrait, qu'il aimerait en un mot,  que cette musique soit sa dernière demeure.

 

 

 

 

 

 


 


 

 

 


 


Partager cet article

Published by clopine - dans Vies de Jim
commenter cet article

commentaires

Cactus 20/09/2012 11:27


merci Clopine ! moi qui suis demeuré j'ai tout compris et t'ai retweetée une crise de foie de plus ! mes Tweeters t'adorent et moi tch'adore te voir avancer ainsi tête et nus pieds , allez , vas
, de Soissons ou pas  !

philippe lefebvre 19/09/2012 22:34


Moi aussi c'est beaucoup JIM qui m'a fait enendre Satie et avec JIM nous avions fait le parcours intérieur surprenant et délirant de la Maison Erik Satie à Honfleur. Car c'est bien


plus qu'un simple musée et je vous conseille l'expérience ! A cette époque JIM nétait pas


encore malade ou celà ne se voyait encore pas. La dernière fois que j'ai entendu sur scène du Satie c'etait à Cormeilles, pas très loin de Honfleur, joué par le très grand accordéoniste
Richard


Galliano, accompagné d'un excellent jeune violoncelliste.

Jacques Chesnel 19/09/2012 15:28


très beau texte Clopine, très émouvant... avec mes amicales et musicales pensées

Présentation

  • : Clopine..Net !
  • Clopine..Net !
  • : bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
  • Contact

Livre paru...

      Disponible sur amazon.com

1-2couv recherche finie

Livres à paraître...

Book-1 Carte*-copie-1

Archives