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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 08:48

(et au fait, tout est-il vraiment prévu ?)

 

Ce matin-là, Benjamin Cauchard sortit de son joli petit pavillon, contourna la haie de thuyas qui le séparait du joli petit pavillon de son identique voisin, ouvrit bruyamment la porte coulissante de son garage et sortit la voiture diesel et néanmoins allemande qu'il avait achetée à crédit 48 mois auparavant. 

 

Il partait au boulot.

 

Benjamin Cauchard était un natif du coin, et son avenir professionnel avait été tout tracé, dès le départ. Il ne pouvait être marin pêcheur comme son grand'père, et ne voulait pas être docker comme son père. De toute façon, dans son lycée technique, les filières qui lui avaient été proposées étaient toutes destinées à alimenter les ressources humaines de son employeur, le seul de la région. Par égard pour le passé de sa famille, Cauchard était syndiqué, et votait à gauche. Pour le reste, il avait à peine eu conscience d'être formaté, c'était donc une forme de prédestination au bonheur qui lui avait été fournie, en même temps que son diplôme. Et puis, on avait vraiment besoin de lui au boulot : c'était une satisfaction, même si du coup, il ne pouvait faire grève. IL était en fait assez content de lui.  

 

Sauf que là il avait besoin d'essence, pour aller au boulot, justement. 

 

Manque de chance : depuis les élections présidentielles, qui avaient mal tourné dans son pays, le climat était particulièrement explosif, et les dernières mesures annoncées (obligation pour les salariés malades de consulter deux médecins différents, de sensiblités politiques opposées, et de déposer un prévis d'absence pour congé maladie  48 heures à l'avance) n'avaient pas amélioré le modèle. Les  infos ne parlaient pas encore de grève générale, mais on sentait le pays au bord de l'explosion.

 

D'ailleurs, les pompes étaient fermées. 

 

Qu'à cela ne tienne, pensa Benjamin Cauchard. Il n'y avait pas que les dix supermarchés qui environnaient sa petite ville, que diable ! Il trouverait bien une station service à l'ancienne, tiens, celle sur la route de Rouen, là, pas l'autoroute mais l'autre... Non, celle-là était aussi fermée. Benjamin commença à s'inquiéter, et, tandis que la petite pompe rouge clignotait de plus en plus clairement sur le tableau de bord, il alluma la radio, ce qu'il n'aimait pas faire d'ordinaire. ON était toujours trop vite averti des mauvaises nouvelles.... C'était bien ce qu'il pensait : le pays était bloqué, les raffineries fermées, le gouvernement en conférence avec l'état-major militaire pour parer au plus pressé, et toutes les routes de quelque importance étaient bloquées par les syndicats de chauffeurs routiers (qui n'avaient pas apprécié  qu'on ramenât leur rémunération au niveau des salaires les plus faibles de la Grèce, tel que l'avait prescrit la dernière circulaire ultra-libérale de l'Europe). 

 

Benjamin Cauchard n'avait plus qu'une solution : appeler son travail, expliquer, prévenir et se faire remplacer. IL n'allait quand même pas faire les 42 kilomètres qui le séparaient de l'usine à pied. Il se gara donc sagement sur le bord de la route (de toute façon, plus personne ne roulait) sortit son téléphone et se mit en devoir d'appeler. 

 

Mais personne ne répondit. 

 

Benjamin Cauchard, qui n'était pas du genre à s'énerver, se sentit cependant un peu angoissé. Normalement, son usine requérait une présence constante, obligatoire, essentielle et prioritaire. Des protocoles étaient affichés partout, pour expliquer les conduites à tenir dans tous les cas possibles. C'était bien indiqué ainsi : TOUS  les cas possibles. Tremblements de terre et tsunamis inclus. 

 

Mais en cas de grève générale ? Benjamin tentait de se souvenir de ce qu'il fallait faire, en cas de blocage du pays. Oh, c'était bien indiqué sur les protocoles... Mais encore fallait-il être devant pour les lire.... Et comment faisait-on, si on ne pouvait arriver sur son lieu de travail ? Le mieux était de rentrer chez soi, et d'attendre des instructions. De toute manière, c'était l'armée qui allait prendre en main les opérations. Benjamin n'avait donc pas à s'en faire... Sauf qu'un petit malaise allait grandissant chez lui. Les militaires allaient-ils savoir regarder de près le petit tuyau du secteur 456 B, ce tuyau qu'il s'était promis de surveiller ce jour-là, et qui était planqué derrière la vanne triphasée du réservoir de refroidissement, et fort peu accessible ? Bah, il n'y avait sûrement pas de souci à se faire, pensa-t-il. IL n'était guère, là-bas, qu'une sorte de plombier, pas du tout nécessaire à la formidable organisation qu'une usine comme la sienne impliquait.

 

 Mais pourtant...

Pendant que Benjamin Cauchard, technicien de maintenance à la centrale nucléaire de Penly, de Paluel, de La Hague ou d'ailleurs, rentrait piteusement chez lui, contournait la haie de thuyas, pénétrait dans son salon conforama et allumait la télé, une toute petite fuite se produisait sur  le petit  tuyau du secteur 456 B d de la centrale. Une toute petite fuite, que Benjamin Cauchard, ou n'importe lequel de ses collègues, aurait pu facilement maîtriser. Sauf que ses concitoyens, avec le même aveuglement qui les avait poussés à accepter de continuer le programme nucléaire français, avaient également voté pour le candidat qui allait mettre le feu aux poudres sociales, ce qui empêchait maintenant Benjamin Cauchard et ses autres collègues, tout bonnement, d'aller fermer les robinets du secteur 456 B. Et ce fut ainsi que la panne arriva. 


La toute petite panne... 

 

 

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commentaires

Jacques Chesnel 07/04/2012 10:10


TOUCHÉ ! BANG (big, bigre)... j'espère que Benjamin aura eu le temps de prendre une sévère cuite, oups !

Cactus 06/04/2012 11:35


ce matin j'ai l'âme son ; j'ai entendu les sirènes de fausse alerte se déclancher comme souvent et ce dans l'indifférence générale !  un jour viendra on le sait , ce sera notre GRAND jour
!   restera le jugement dernier et je parie que Clopine répondra encore présente sur ce blog ce jour là , refusant de crever la gueule ouverte ! puis , puis commencera l'An 02
!!!!!!!!!!!!!!!!!

clopine 06/04/2012 12:11



Ben tu sais Cactus, à Beaubec on est un peu cernés... 



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