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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 08:37

J'ai pensé à Baudruche cette nuit : c'était un ami, et même si nos chemins avaient bifurqué, si nous ne nous voyions plus,  je savais que je pouvais compter sur lui. Il faut que je m' endurcisse, je crois :  la vieillesse se déroule comme un chemin encadré de tombeaux...

 

J'ai aussi repensé aux hommes de ma vie, ceux, peu nombreux, auprès de qui j'ai vécu. Je ne parle pas des amourettes ni des tâtonnements sexuels,  ici ou là. Mais des quatre personnalités qui m'ont tant apporté que j'éprouve pour elles comme une reconnaissance de dettes...

 

Le tout premier a débouché la cire dont ma mauvaise éducation musicale avait enduit mes oreilles. Il était guitariste, musicien, anglophone... Et il m'a offert l'intégrale de Debussy, et bien plus encore : le goût de l'écoute attentive.

 

Le second a sans doute été le plus "paternel" de tous. Et c'est grâce à lui que j'ai connu la sécurité matérielle. C'est lui qui m'a inscrite à un concours de la fonction publique, lui qui, le jour dit, est venu me sortir du lit, ma parole, pour un peu il m'aurait habillée de ses mains, lui qui m'a rassurée tout le long du chemin en me martelant que l'épreuve était largement à ma portée : et il avait raison. Mon salaire (même mince, je ne suis pas bien payée mais enfin je suffis à mes besoins, c'était tout ce que je demandais), mon indépendance, la sécurité de ma vie matérielle, c'est à lui que je les dois.

 

Le troisième... ah, le troisième, c'est le pauvre Jim,  qui m'a ouvert les portes du monde des idées, je crois bien. Je n'ai eu aucun effort à faire : il suffisait de vivre à ses côtés pour être imbibée de culture, de littérature, de musique, de musique surtout,  tout comme une éponge s'imprègne de l'eau renversée sur la table. Nous avions, lui et moi, entamé une sorte de conversation, passionnante et culturelle -  je me souviens du jour où il m'a offert les deux dictionnaires, le Hanse et le Grévisse ; j'ai fait ouvertement la gueule, je ne voyais pas l'utilité de ces deux pavés, et Jim m'exaspérait à me regarder râler, lui souriant, avec la mine du chat qui vient d'attraper une souris. Et dieu sait si, depuis, je n'ai cessé d'utiliser ces manuels, au point d'en casser les reliures. Je crois que Jim avait su, avant moi, que j'aurai un jour le goût d'écrire...

 

Quant au quatrième (et dernier !) - ah là là, il a comme condensé les trois autres. Et puis, à cause de, ou grâce à, lui, la citadine que j'étais a quitté la ville. Et contre toute attente, à ma grande surprise, j'ai aimé cette vie rurale, je l'aime toujours, j'y trouve la beauté sensible qui me manquait tant : à croire que je n'attendais que cela.  Ce compagnon m'a fait changer d'opinion sur les mains des hommes, pardine. Et c'est à lui que, finalement, à mon tour, j'ai offert quelque chose : je lui ai donné...  un enfant.

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