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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 10:41

La première marque qui, sans aucune volonté de part et d'autre, caractérise l'héritage paternel chez moi, c'est sans aucun doute la voix. 

 

Ce qui est bien évidemment un paradoxe, concernant un être si silencieux que mon père...

 

Ma mère, se trompant en cela, ne cessait de nous demander de parler plus fort, pour que notre père nous entende. Double erreur : élever la voix facilite bien moins la communication avec un sourd qu'un bon positionnement (se placer en face de lui), un captage de son attention (le regarder), une articulation précise et un débit ralenti. De plus (mais là nous entrons dans la légende tissée par ma mère),  ce n'était pas à lui, mais à elle que nous nous adressions !  Néanmoins, nous étions de bons petits : nous nous époumonnions donc à qui mieux mieux, pendant que mon père, à l'écart et tournant lentement les pages du Parisien, ne nous écoutait pas...

 

J'ai gardé de cet apprentissage quotidien une voix sonore, aigüe, un rire tonitruant, qui m'ont coûté bien des peines. Edouard Louis fait état des remarques qui lui ont été adressées à ce sujet : parler fort, c'est vulgaire. Je peux ajouter que, professionnellement, c'est une catastrophe ; et que, chez une fille qui plus est, cela crée des contresens qui ne facilitent pas l'intégration.

 

A cause de ma voix, on m' attribue de l'autorité, certes, mais on m'accuse d'être tapageuse ou  de manquer de discrétion. Si, au début d'une relation, mon univers sonore, souvent rieur, semble du coup plus accessible, plus commun, certaines amies se sont rebutées, croyant que je  voulais, en quelque sorte, tirer la  couverture à moi. Tout simplement effrayées de voir à quel point je remplissais l'espace ; il m'arrive aussi, tout bonnement, d'être accusée   de casser les oreilles à tout le monde.  Or, en public, ce sont plutôt la gêne et l'impuissance qui m'envahissent. Bien loin de vouloir ma place sous les feux de la rampe, je suis plutôt timide, voire timorée, et c'est au prix des plus grands efforts  que j'arrive à être en mesure de  braver l'autorité. J'ai une nette tendance à la soumission, ce qui ne se voit, ou plutôt ne s'entend, certes pas. Si, intellectuellement, je me sens suffisamment sûre de moi pour adopter les doctrines et les idées qui me semblent justes, même si elles sont extrêmes ou révolutionnaires, psychologiquement je reste à tout jamais la gamine criarde et rougie sous un effort que je pressentais, même si je n'étais pas en mesure de le formuler et même de le penser, parfaitement inutile.

 

Et ma voix m'a été si souvent reprochée que je préfère parfois, et de plus en plus souvent, la solitude silencieuse à une vie sociale où je suis fréquemment rebutée.

 

 

Cette voix fut donc l'héritage, le seul héritage en quelque sorte, gardé de la vie auprès de mon père. Auprès de, et non pas avec, n'est-ce pas. Cela, et une capacité pulmonaire élargie, qui me permet, à la piscine, de nager longtemps et sans effort, ce qui est, vous en conviendrez, une certaine consolation !

 

  Je remarque cependant le paradoxe : un tel père m'a ainsi  légué un organe qui, inévitablement, comme on dit à quelqu'un qui obstrue la vue d'une fenêtre "dis donc, ton père n'était pas vitrier", me vaut régulièrement la remarque "tu peux baisser d'un ton ? On n'est pas sourds..."

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