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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 11:42

Pour cause d'installation d'une chaudière (attention, hein, pas "n'importe quelle" chaudière, la Chaudière de Clopin, donc une sorte de prototype de ce qui se fait de mieux en matière d'économies, d'énergie et d'écologie. Un joyau, quoi !!!), j'ai dû, afin d'aider à l'accès aux tuyaux, vider les étagères qui entourent mon bureau. Je ne suis installée à Beaubec que depuis 1999, la poussière n'a donc eu que 12 ans pour s'accumuler entre mes livres - si péniblement rapportés de la petite maison de Rouen, où j'ai dû laisser un bon tiers d'entre eux. 

 

IL y a douze ans, donc, les livres couraient tout autour de ma chambre suivant un ordre alphabétique rigoureux. Aujourd'hui, quelle misère. L'ancien ordre ne fait que me remplir de remords - voici des livres de Stendhal, par exemple, recouverts de gris, et dont j'ai même perdu le souvenir, juste à côté des Woolf ! Et je me rends compte que  pour un livre que l'on lit, et qui vous accompagne toute votre vie, tant  d'autres sont enveloppés, dans un coin de votre cerveau, d'épais manteaux de toiles d'araignées, grignotés de poussière, dont seul le titre, et le nom de l'auteur, s'agitent encore faiblement. Quand donc ai-je lu ce "Lamiel" oublié, et dont la couverture m'est presque restée dans la main ? Pourquoi aucun mot du "De l'Amour" du même Stendhal ne me vient aux lèvres, quand je replace le livre, juste dépoussiéré du plat de la main, au milieu des autres ? Et encore, c'est parce que j'ai parlé ici même, hier, du Rouge et du Noir que j'ai remarqué ceux-là. Sinon, combien ai-je manipulé de livres, dont je ne me souviens plus ?

 

Bah, peut-être l'essentiel est-il dans les livres qui ne garnissent pas ces foutues étagères - pas l'ombre d'un Coehlo, ni d'une Angot; Pourquoi alors ce besoin de rassembler autour de ma chambre ces pages qui se défont doucement, qui tombent, inutiles, et ne font que marquer ma propre dégradation, ainsi que la leur ? Jim, lui, collectionnait à peu près tout, pour dresser entre la mort et lui un rempart d'objets marqués de son identité. Moi, j'ai longtemps considéré que mon goût de la lecture allait me préserver à jamais de l'ennui, que je pourrais perdre à peu près tout dans ma vie, sauf l'envie de lire. 

 

Mais quand je vois ces milliers de pages, qui toutes m'ont livré leurs mots, et que je considère que seule une infime poignée d'entre eux parvient à m'éclairer, pendant que je laisse la nuit envahir les autres, même cette assurance devient trouble. Aujourd'hui, pourrais encore affirmer, avec tout cet orgueil de  l'autosuffisance, que j'aurais toujours les livres comme amis ? Quand je vois comment ils s'effilochent, matériellement et dans ma mémoire...

Et quand je vois le temps de plus en plus restreint  que je leur accorde, j'en blêmis. Oh, je lis toujours, bien sûr, mais dorénavant, c'est l'écriture qui  prend le plus clair de mon temps. Même si je n'écris pas "pour de vrai", mon esprit sans arrêt vagabonde et échafaude des phrases, des idées à demi exprimées, de vagues considérations. Et quand je vois ce que je croyais être mes remparts devenir  si fragiles, si dérisoires, si abandonnés, même cette modeste occupation me paraît pathétique. Combien de livres aurais-je dû lire, pour éviter qu'ils ne m'abandonnent eux aussi ? 

 

 

Bon, à part ça, j'ai remis mes livres sur mes étagères, et je m'en suis tirée avec une bonne irritation nasale, la poussière aidant, et un peu d'odeur goudronnée qui me poursuit.  VIvement que cette foutue chaudière fonctionne. Au moins, j'aurais chaud  l'hiver prochain, s'il me vient l'idée de relire un peu de ma bibliothèque.

 


 

 

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commentaires

Barbara de la Motte Saint Pierre 11/05/2011 20:49



Comment Clopine, vous ne vous souvenez plus de Lamiel ? Cette merveilleuse ingénue si paradoxale lors de la Restauration dont elle est contemporaine ? Relisez le d'urgence... Un festival de
drôlerie, d'impertinence... et de féminisme.


Bien à vous.


Barbara



JC 11/05/2011 08:43



Rien de plus sympa qu'une bibliothèque bien DECLASSEE où seuls soi-même et les proches (munis d'un visa en règle) peuvent s'y
retrouver... et encore ! Est ce qu'on classe ses amitiés par ordre alphabétique ? Rien de pire que le classement. Rien de meilleur qu'un désordre savamment ordonné, pour ce type d'activité
...


 


Ne pas se souvenir de ce qu'on a lu ? Ce n'est pas grave, le travail de la lecture produit ses transformations intérieures sans
que l'on puisse au juste dire lesquelles, mais le mal est bien fait. On est marqué, même tout oublié. Normal : est ce que l'on se souvient de chacune des gouttes reçues lors d'une bonne douche ?
Pas vraiment, n'est ce pas...


 


Pour la chaudière ... hum... c'est le mot "prototype" qui me fait peur : il est vrai que chez des écologistes pratiquants, on
a pas peur de s'infliger des aventures coûteuses, des tentatives bizarres, des réalités torturées ! Enfin, bon, pourquoi pas ? Il parait que c'est pour la cause. En fait, là où il n'y a pas
de gêne, il n'y a pas de plaisir ! Une religion, vous dis-je ! Une religion ...


 



lizagrèce 10/05/2011 22:20



Mieux vaut une bonne bilbiothèque bien chauffée plutôt que de  misérablee autodafés.



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