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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 10:47

Tout d'abord, noter que depuis le 18è siècle, ce sont les Bouchers qui enlèvent l'Europe...

 

1310206-Francois_Boucher_lEnlevement_dEurope.jpg

Puis, revenir sur mon article d'hier ; la déception s'atténuant, le ressentiment aussi - après tout, si Mamy a "gagné", c'est évidemment une "victoire à la Pyrrhus".

 

Admettons un moment que mon hypothèse (avancée dès le mois d'avril !!!) soit juste. Donc, il y a des moments où l'inconscient de Mamy, perçant son surmoi avec autant de facilité qu'un tigre crevant, au cirque, un disque de papier en sautant d'un tabouret à l'autre, "prend les manettes" de son corps. Ces moments, rares (mais pour combien de temps ?),  moi qui pratique Mamy depuis un temps certain, je les perçois d'abord à son regard, qui prend de la hauteur et "tombe" sur les personnes présentes, pendant que sa voix, comme celle d'une Pythie, énonce le verdict. Ces moments-là me font (je l'ai écrit en avril) "froid dans le dos", parce que j'y sens l'aliénation. L'abdication de la personne consciente devant des nécessités d'autant plus impérieuses qu'elles ne sont plus limitées par rien d'autre que leur urgence même. Une question de survie ?

 

Oui, mais à quel prix ? Voici Mamy, recluse depuis des années et des années, jouant tous les jours, en qualité d'unique metteuse en scène, actrice principale et spectatrice solitaire,   la même pièce de théâtre, jour après jour,  dans le décor qu'elle a patiemment construit et qui ne doit subir aucune modification. Et  la voilà précipitée dans ce qui est pour elle, très certainement, l'antichambre de l'enfer : l'hôpital, où son emprise sur le déroulement de sa journée est nul. Pauvre Mamy : la vieillesse lui joue là son plus mauvais tour. Aucune solution ne comblera désormais les trous de son puzzle intime. Elle ne peut plus, à la fois, contrôler sa vie quotidienne, disposer du temps d'autrui à sa convenance, ériger les barricades nécessaires entre la réalité et son monde fantasmatique. Si elle gagne ici (en empêchant Clopin de partir loin), elle perd là : du sang, d'abord. De la liberté, ensuite...

 

Pauvre Mamy. Le médecin a été alarmiste, pour prévenir et "blinder" Clopin. Mamy s'est tellement amenuisée qu'elle n'a plus les ressources corporelles suffisantes pour parer à n'importe quel accident, voire incident même mineur. Elle ne pèse que 36 kilos (!!!) et refuse obstinément de changer son régime alimentaire... Tout en réclament à grands cris de rentrer chez elle.Si l'hémorragie de samedi soir a une cause sérieuse, comme un cancer, toute opération est inenvisageable.

 

Oui, c'est bien une victoire à la Pyrrhus...

 

Clopin doit évidemment prendre en charge cette situation, et il fait avec toute son affectivité - en souffrant visiblement que je n'en fasse pas autant. Mais, autant j'avais de la compassion pour Papy, autant il m'est difficile, vraiment,  d'éprouver réellement une grande empathie pour Mamy. Peut-être est-ce mon inconscient à moi qui m'en empêche - peut-être aussi ai-je dû, pendant toutes ces années où j'aurais donné n'importe quoi pour avoir une présence féminine chaleureuse et ouverte à mes côtés, remplacer mon affectivité "naturelle" envers elle par une froide analyse de son caractère, pour m'en protéger. Toujours est-il que je n'éprouve plus de compassion que par ricochet : c'est la souffrance et l'ennui de Clopin qui me touchent, à dire vrai, et c'est lui que, fort maladroitement, j'essaie d'aider.

 

Ce qui a des résultats catastrophiques, évidemment. A peine ai-je prononcé les mots "résidence pour personnes âgées" que voici Clopin bouleversé, m'envoyant au diable. Il connaît sa mère mieux que n'importe qui, et souhaite qu'elle puisse regagner son "théâtre" le plus vite possible : comment lui en vouloir, même si cela signifie que nous risquons fort de ne plus partir ensemble, pendant la durée de cette vie qui finit doucement ?

 

Clopin me reproche d'adopter  une position "morale" vis-à-vis de sa mère, qu'il ne peut accepter, étant, lui dans une position affective. Il a à la fois raison et tort ; certes, il y a un certain jugement dans mon regard. Mais ce sont bien mes valeurs morales, porutant, qui m'amènent à vouloir accepter ma part de la charge. Après tout, nous vieillirons tous, nous serons tous dépendants, qui sait, qui peut dire ?

 

Je me sens comme devait, très certainement, se sentir Cassandre. Jamais crue quand elle prédit l'avenir, et haïe quand sa prédiction se réalise, hélas...

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