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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 10:37

Non, décidément, rien ne me convainc dans le livre-diatribe de Nancy Huston, et surtout pas la sorte d'apologétique de la prostitution qu'il contient "en creux". Il faudra que j'en discute avec l'amie qui m'a offert ce livre, pour que je tente de comprendre l'intérêt d'une telle démarche (en gros, nous sommes tant déterminés par notre sexe que le seul parti à prendre est d'organiser notre vie en ne tenant compte que de ce déterminisme ; cette thèse me semble tout simplement navrante  !!!)

 

Tout le bouquin me paraît contenir comme cela des sortes d'arguments qui se fonderaient sur la simple "évidence", et qui aboutissent à une prise de position des plus réactionnaire : il faudrait que rien ne bouge dans les rapports entre les sexes. Ben voyons.

 

IL est bien entendu parfaitement exact que nous sommes des animaux sexués, tendus vers la reproduction et la perpétuation de notre espèce, comme tout sur terre. Mais nous avons cependant une conscience - et je me fiche bien de savoir si la libération des mécanismes de la reproduction date d'une demie-seconde, par rapport à l'âge de l'humanité. Cette durée "éclair" ne doit en aucun cas m'empêcher d'avancer, et je ne comprends pas cet argument.

 

 car s'il est vrai que la libération de la femme, les progrès concrets quant à ses différents statuts (professionnel, éducatif, maternel, sujet sexuel, etc.) sont tout récents,  les aspirations à se libérer, elles, relèvent à mon sens de la nuit des temps.Le problème est qu'on n'en trouve la trace que de manière décalée, voire cachée.

 

En tout cas, moi je la perçois ainsi. Comme toutes les filles de ma génération, mon accès à la littérature était "second" : j'ai appris à lire dans des livres écrits par des hommes, et parlant des femmes. Le narcissisme de la sexualité féminine a sans doute beaucoup  à voir avec cette "formation". Mais on peut lutter contre, et tenter de débusquer  ce qui relève de l'oppression dans les textes qui nous ont été donnés. Je pense par exemple à ce bon La Fontaine, dont les fables géniales laissent parfois paraître, cachée,  comme une sorte de vérité, allez j'ose le mot, "féministe". Tenez, la célébrissime "Perrette". SI vous vous laissez divaguer (et je m'accorde souvent cette licence), vous pouvez voir derrière sa pimpante silhouette comme un monde d'aspirations et de combats, hélas point encore victorieux... Allez, on y va, tenez :

 

"Légère et court vêtue elle allait à grands pas

Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile

Cotillon simple et souliers plats".

 

Certes, on se demande encore comme La Fontaine fait pour que le rythme de sa poésie illustre aussi bien son propos : ces trois vers marchent devant nous, aussi gaiement et fermement que la Laitière elle-même. Mais ce que je remarque, moi, "en creux", c'est que notre laitière a mis une tenue spéciale pour ce jour-là. D'habitude, elle ne doit pas porter "cotillon simple et souliers plats", elle n'a pas besoin d'être "plus agile". Tiens donc. Une simple fermière, dont l'habit de tous les jours serait trop incommode pour aller au marché ? Il faudrait donc imaginer Perrette bien soigneusement apprêtée, en temps ordinaire. Coquette, Perrette, ou bien est-ce pour plaire à son mari qu'elle ne met pas de "souliers plats", et porte autre chose qu'un "cotillon simple" ?

 

Continuons :

"Notre laitière ainsi troussée

Comptait déjà dans sa pensée

Tout le prix de son lait..."

 

Holà, holà ! La laitière sait compter ! Et pire encore : La Fontaine, d'un bout à l'autre, la présente comme un sujet à part entière :

"Et qui m'empêchera"...

La voilà qui dit "je", et se mêle d'économie  : notre laitière entend bien gagner de l'argent, qu'elle se réserve d'employer comme elle l'entend.

 

Franchement, si vous y réfléchissez, Perrette est bien en avance sur son temps. Non seulement elle sait compter, non seulement elle décide librement de vendre "son" lait, mais encore elle échafaude une stratégie commerciale, et tout cela aussi librement, aussi égoïstement, qu'une célibataire. Nous n'entendrons parler du mari, et du danger d'être battue, qu'à la fin de l'anecdote...

 

Oh, je la "sens" si bien, moi, cette Perrette. Elle a trait la vache, et elle s'est tout bonnement révoltée. Ce pot au lait, tiens, ce sera elle qui ira le vendre, et elle disposera de l'argent à sa guise, sans rien en dire à son mari. Pendant toute la fable, elle dira "je", "mon", "ma" (sauf pour l'étable :  "notre", mais elle seule, par contre, verra sauter le jeune veau) Et cette scandaleuse attitude lui procure tant de joie qu'elle en saute en l'air : "Perrette là-dessus saute aussi, transportée".

 

Evidemment, une telle prétention doit être punie : le lait sera répandu. Mais, Monsieur de La Fontaine, au-delà de votre sage morale, le mal est fait : Si le lait ("volé"  au ménage, pardine...) n'était pas perdu, la dame aurait gagné son pari, et le mari nous apparaîtrait comme assez inutile, non ? Comment réduire Perrette à une épouse soumise, après ça ? D'autant qu'il n'est même pas sûr qu'elle prenne des coups. Elle n'est qu'en "danger" d'être battue...

 

Je vais vous dire : je pense à Perrette à chaque fois que je consulte mon compte en banque. A Perrette, et à ma mère, qui n'a eu le droit d'ouvrir un compte bancaire seule qu'en.... 1965...

 

(à part ça, je continue à relire Proust et le livre de François Bon -passionnant, entre nous soit dit- sur le même Proust. J'attends avec impatience que Patrice Louis, le fou de Proust, m'en dise un peu plus sur les animaux dans la Recherche, tant ils me semblent, à moi, soit absents, soit  fantasmés, en tout cas jamais analysés comme le Narrateur analyse les rapports humains. Le Narrateur, par exemple, monte à cheval dans le passage où il  voit pour la première fois un aéroplane. Mais qui peut croire sérieusement que Proust montait à cheval ? Ce cheval-là n'est introduit que pour le besoin littéraire, pour l'image, pour la littérature. Chez Proust, tout doit plier devant l'oeuvre. Et s'il lui faut faire disparaître toute la gent animal dans ce but, il la sacrifie sans l'ombre d'une hésitation...)

 

Ah, et puis, j'ai décidé quel morceau serait, pour moi, la "petite phrase" de Vinteuil, l'hymne national de l'amour de Swann et d'Odette. Peu me chaut que cela soit vraisemblable, ou non. J'ai bien le droit, tout comme une autre, de m'approprier Marcel, non ?

 

Ce sera donc Fauré (que j'aime de plus en plus) !

 

 

 

 

 

 

 

 

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