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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 13:35

Chez Assouline, mon "ami-de-net" Jacques Barozzi m'a demandé, faussement innocent comme à son habitude, de faire preuve de "solidarité féminine" avec Valérie T., et voulait savoir si je considérais Julie G. comme une garce...

 

Je lui ai répondu ceci, qui est au moins sincère :

 

"

Jacky, je suis d’une génération où l ‘on lisait Willem Reich et son « écoute, petit homme », de Beauvoir et ses amours « nécessaires et contingentes », où l’on participait à des « cafés femmes » (non mixtes) et des « groupes femmes » où l’on discutait de « sexualité et politique », où l’on lisait sexpol, justement, où l’on descendait dans la rue pour défendre le droit à l’avortement en se faisant courser par des CRS fort peu galants (je me souviens d’une manif où j’étais allée, en portant les « sabots » à la mode en ce temps-là, qui sont évidemment restés au beau milieu de la rue Jeanne d’Arc, quand les flics ont attaqué. J’ai couru salement vite, mais je me suis blessée gravement la plante des pieds, sur les débris divers qui jonchaient la chaussée, comme une petite sirène du MLF, ahaha. Est-ce là que j’ai commencé à clopiner ? fin de la parenthèse), bref, une période où, non seulement le féminisme était un combat, voire parfois un combat de rue, mais encore où on tentait d’appréhender par la raison les rapports entre sexes, pour les faire évoluer.

 

Le sida n’avait pas encore étendu son ombre noire et glacée. Ca se faisait dans la joie et la bonne humeur, et nous expérimentions des relations que nous voulions basées sur la liberté et l’égalité, qu’il s’agisse de laver les chaussettes ou d’aimer sans entrave. (je dis bien « aimer », et non « jouir », car nous avions nuancé le message de 68, et sa brutalité consumériste, d’espoirs plus hédonistes).

 

Eh bien, dans ce mouvement d’idées, de révoltes et d’éclats de rire, (je croyais naïvement, comme tout le monde, que ce n’était qu’un début, qu’il fallait continuer le combat, et il fallut Coluche pour me désillusionner), on analysait le mariage comme une prostitution légale, la fidélité comme une réponse à un sentiment bien laid : la peste émotionnelle de la jalousie.

 

Bien sûr, cela débouchait sur une vaste pantalonnade : on en arrivait à considérer le « non » d’une fille comme l’expression d’un repli petit-bourgeois, d’une gêne de « coincée du cul »… Moi qui vous parle, j’ai ainsi eu un dialogue assez raide avec un étudiant africain, qui, devant mon refus d’aller au lit avec lui, m’a sorti que « si je disais non, c’est que j’étais raciste ». A quoi je lui ai répondu que « si je disais non, c’est surtout qu 'il é tait con », et j’ai haussé les épaules. Et  le concept de  "peste émotionnelle" ne tenait certes pas compte de l'inagalité devant la beauté physique, et était parfois bien commode pour se comporter comme des garces, ou des gentils petits salopards...

 

Il y avait donc de sérieuses dérives, comme à chaque fois qu’une théorie sociale, comportementale, apparaît : le « pied de la lettre » de la vulgate féministe amenait des excès, comme le « pied de la lettre » des théories de Françoise Dolto allait faire certains ravages dans le rapport mère-enfant, comme le « pied de la lettre » de la psychanalyse freudienne allait aboutir à des aberrations (je pense à la culpabilisation des mères d’autistes, par exemple).

 

Mais cependant, dans ce bouillonnement, il y avait bien une idée essentielle : à savoir que les rapports entre hommes et femmes pourraient peut-être, éventuellement, être débarrassés de toute la peste émotionnelle qu’une construction sociale comme le mariage engendre automatiquement.

 

Valérie T. est, d’après moi, atteinte de cette peste, qui contamine d’ailleurs toute la société. Je ne vois pas quelle « solidarité féminine » pourrait s’appliquer là. Julie G. en est éclaboussée également.  Et le seul message, fort peu réconfortant à mon sens, que j’aurais envie de leur délivrer, serait de vivre pour elles-mêmes, par elles-mêmes, et de reconsidérer attentivement leur  rapport à des hommes « de pouvoir ». . Même si ce pouvoir, d’après Eric Chevillard, n’a été acquis que pour permettre à « au moins deux types qu’il connaît, et au physique plutôt ingrat, d’enlacer de belles femmes… » (wouarf)!

 

 

un enfant si je veux quand je veux

 

 

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