Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 15:17

(Attention : l'article du jour fait dans l'autosatisfaction !)

 

Clopin s'est mis à cravacher sur "des racines et des haies", parce que les échéances se rapprochent à toute vitesse. Je suis toujours là, évidemment, mais mon rôle est moins crucial que par le passé, et puis il y a des relais sérieux : copain de l'A.R.B.R.E. à même de cerner les messages "importants" et à rapprocher certaines scènes, technicien du pôle image qui ne laisse rien passer niveau montage final, et dont la méticulosité dépasserait presque celle de Clopin, c'est dire...

 

C'est un peu la même chose que lorsqu'un enfant entre au Collège. Jusque là, on le tenait par la main, et puis voici qu'il vit de sa propre vie.

 

Ce film, c'est pareil. Clopin, sournoisement, a obtenu de moi, petit à petit, tout  ce dont il avait besoin : note d'intention, définition écrite du sujet du film, sorte de "scénario" (normalement, pas de scénario pour un documentaire, mais j'ai cependant dû écrire une "trame" serrée !), description des plans et des séquences,  jusqu'aux plans de montage, toute seule comme une grande ! 

 

 

Si on ajoute que j'ai participé à la plupart des tournages, que j'ai accepté, malgré ma répugnance, à ce qu'on voit à l'image mon corps vieilli et épaissi, (et en plus j'étais vraiment  fringuée n'importe  nawak pendant les prises, parce que je n'avais pas conscience que j'allais apparaitre à l'écran !) , que j'ai choisi les musiques alors même que Clopin et son pote avait mis une grosse pression là-dessus ("la musique, c'est elle qui va rythmer l'image, faut pas se planter, et il la faut pour lundi"... ben voyons ! ) et que j'ai négocié les droits musicaux, avec un succès complet : c'est GRACIEUSEMENT que Deutsh Grammophon et Harmonia Mundi m'ont cédé les droits de Tharaud et Minkovski, excusez du peu !), ben franchement mon colon, je le dis ici tout haut mais je le pense tout bas  un peu quand même : c'est bien moi qui ai "tenu la main" du projet-gamin jusqu'à la porte du collège...

 

 

Pourtant,  me voici "toute chose", et je crois que je sais pourquoi. J'ai relu mes premières notes : Clopin a suivi fidèlement mon cahier des charges. Je voulais un mouvement de caméra  "en hauteur" qui partait des mains et allait vers les frondaisons ? je l'ai eu... Je voulais un final "choral" avec enfants plantant une haie ? Il  y est, etc. etc.

 

Mais je ne reconnais rien, parce que ce n'est plus moi qui fait vivre le film avec des mots écrits sur du papier, mais Clopin à sa table de montage, avec ses rushes. Ca fait une drôle d'impression, labyrinthique : les plans imaginés devenus réels, les mots s'effaçant complètement devant les images. Si vous ajoutez qu'au fur et à mesure, bien évidemment, le montage prévu se modifie et se transforme, que Clopin rajoute ici un prologue de toute beauté, là des images animalières qui étaient prévues, certes ("les plans de petits animaux vivant dans les haies" étaient déjà notés dans la toute première version !) mais non définies, et qu'on ajoute ceci, que l'on retranche cela, vous obtenez un très étrange sentiment. Celui d'avoir participé à la mise au monde d'un bébé qui n'est pas le vôtre...

 

C'est cela : je suis comme une "mère porteuse", pour ce film. Je reconnais bien, ici ou là, les intentions que j'ai voulu donner - mais c'est bien le film de Clopin, ce sont SES images et l'histoire, (encore une fois bonne ou mauvaise, là n'est pas la question), qui est racontée ici est SON histoire, pas la mienne.

 

Ce sentiment de "mère porteuse" n'est pas du tout douloureux, je l'avais pourtant craint mais  au contraire ! Ce que je vois à l'écran est si complètement "nouveau" que je ne peux, honnêtement, revendiquer quoi que ce soit dans le genre "droit parental". Pour de vrai, je le trouve super, le film de Clopin, et pour un peu, j'en pèterais de fierté qu'on soit arrivés, à Beaubec Productions, petit pays, à réaliser un truc pareil.

 

Evidemment, au fur et à mesure que le travail avance, et il avance bien ! Mes craintes augmentent et ma lucidité vacille. J'ai l'impression que telle partie est bien trop longue, que "les gens vont s'ennuyer", qu'il y a "des redites", alors même que je suis bien placée pour savoir qu'à un certain degré de visionnage, on ne "voit" plus rien. Quand vous avez regardé une centaine de fois cinq minutes de rushes, vous n'êtes plus capable, pour de vrai, de ressentir ce qu'un spectateur lambda va éprouver. D'où l'importance, pour nous, d'associer certains potes, et de tenir compte de leurs réactions...

 

Je crois que je vais quand même rester un petit peu à la porte du collège, histoire de voir, à travers les grilles,  le projet-gamin vivre sa vie et se développer comme un grand. Echec ou succès, après, c'est une autre histoire. Mais l'avoir porté jusque là, déjà, c'était chouette. Non. C'était bien.

 

 

 

 

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : Clopine..Net !
  • Clopine..Net !
  • : bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
  • Contact

Livre paru...

      Disponible sur amazon.com

1-2couv recherche finie

Livres à paraître...

Book-1 Carte*-copie-1

Archives