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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 14:18

Baudruche est mort. Il avait 58 ans. Je ne sais rien faire d'autre que d'aligner des mots, alors, pour consoler ma peine, j'ai écrit à sa fille, qu'il adorait. Et si je mets cette lettre ici, c'est pour rendre hommage à mon ami.

 

Chère Leïla,

 

Je viens d'apprendre la mort de ton papa, et j'imagine ta peine. Ton père est parti si jeune, bien trop tôt, mais je voudrais te dire, si cela pouvait adoucir un peu ton chagrin, qu'il a néanmoins vécu intensément. Me permets-tu de l'évoquer, en ce jour si triste de sa mort ?  Il était parti bien loin de sa Normandie natale, il avait choisi de s'installer dans les gorges du Tarn, parce que c'était l'endroit où, enfant, il avait passé de bonnes vacances, où il avait des souvenirs heureux. Tu le sais sans doute, ton papa n'a pas eu une enfance très facile, mais c'est peut-être à cause de ces blessures d'enfance qu'il était si avide de bonheur, qu'il n'en laissait jamais perdre une miette.

 

Nous avons été, lui et moi, jeunes ensemble, et nous faisions partie d'une petite bande qui tentait, avec plus ou moins de succès, de "vivre autrement". Ton père a ainsi vécu dans quelques communautés où l'on réfléchissait sur les rapports des uns avec les autres, mais surtout où l'on  s'essayait à la générosité et au plaisir de vivre. Ton papa, qui pour nous, et pour toujours, était "Baudruche", à cause de son nom de famille, était bien souvent  l'énergie même de notre petit groupe.  Nous étions très jeunes, tous ; la plus âgée d'entre nous, Martine, avait à peine trente ans ! C'était avant son départ pour le Sud, avant ses ennuis de santé  : il avait un appétit formidable, nous régalait de plats fins, aimait rire, boire, chanter. Il était intensément vivant. Et c'était un ami incomparable. Quand il est parti pour le Sud, nous savions tous que nous pouvions, à n'importe quel moment,  débouler chez lui. Sa porte était toujours ouverte, aussi grande que son coeur.

 

Il aurait pu avoir des métiers bien plus gratifiants et rémunérateurs que ceux qu'il a tenus. Il avait réussi le concours de l'école normale, il avait aussi réussi un concours d'entrée à la SNCF. Insituteur, ou cadre supérieur...  Mais ses convictions politiques, et peut-être aussi le poids de son passé de petit garçon, le détournaient à chaque fois de chemins tracés trop droits pour lui. Ton papa était capable de s'embaucher comme casseur de pierres ! Et s'il avait parfois des emportements gargantuesques, des colères soudaines, c'est qu'il ne supportait pas l'ordre établi, la marche d'un monde injuste. Ses révoltes faisaient partie de sa générosité...

 

Bien sûr, le Baudruche que j'évoque ne doit pas correspondre à ton Papa, celui qui partageait ta vie. Mais je voudrais que tu saches que la grande affaire de la vie de ton père, ça été les sentiments. Baudruche aimait les autres, aimait le contact d'autrui, il était un très grand amoureux, il avait le sens de l'amitié... Au début, et toujours à cause de son enfance, il ne voulait absolument pas d'enfant. Et puis il a rencontré ta maman, et tu es venue au monde.

 

De ce jour, Baudruche n'a plus vécu que pour toi, Leïla, et tu peux être assurée que tu as reçu toute sa tendresse, toute sa compréhension, tout son amour. Tu les as pour toujours avec toi, et j'espère que ta vie sera aussi belle que ces sentiments-là, si sincères.

 

Quant à moi, l'image que je vais garder de ton père est celle d'un après-midi, que nous avions passé ensemble, à nous promener et à parler de nous, c'était il y a longtemps mais  j'ai encore l'impression que c'était juste hier, en fait.... Je ne lui ai jamais dit, mais j'ai toujours trouvé que ton papa était formidablement beau. Il avait des cheveux très blonds, très longs et soyeux, qu'il nouait négligemment. Il avait de si beaux yeux, il était mince, large d'épaules, grand, élancé. Il avait la voix un peu éraillée, à cause du tabac, mais cela faisait partie de son charme, comme son grand rire sonore, comme son infinie générosité.

 

Je suis sûre que toi aussi, tu vas garder le souvenir de bons moments passés avec lui. Tu étais sans doute trop petite, quand nous avons passé des vacances au bord du Luech, pour t'en souvenir. Mais moi, je sais que, quand il te regardait, quand il te souriait, il était intensément heureux. Tu as été la joie de ton papa, il était si fier de toi, ma foi, tu peux être à ton tour fière de lui...

 

Je t'embrasse petite Leïla, continue de grandir, et aime la vie, le plus fort possible, comme ton papa l'a aimée.

 

Une vieille amie de ton père,

 

Marie de Beaubec.

 

 

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