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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 07:20

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S'il y a bien une chose que je partage  avec le Narrateur de la Recherche du Temps Perdu, c'est  cette propension à être incapable de goûter un plaisir, à force d'en avoir, par avance, épuisé toutes les possibilités. Certes, je n'ai pas la sensibilité exacerbée de celui qui, à force de tendre  toutes ses forces vers l'appréhension de l'avenir, s'empêche in fine d'aller voir La Berma, en "en tombant malade", littéralement. Mais enfin, mon imagination et mon peu d'assurance aidant, je me fais souvent une montagne des choses  les plus simples, les plus communes et banales, comme pousser les portes vitrées d'un Salon du Livre, par exemple. 

L'heureux corollaire à ce ridicule est que, une fois la décision prise et l'effort accompli, libérée de mes inhibitions, il peut m'arriver en fait à peu près n'importe quoi. Le premier pas est si difficile à faire qu'il est souvent ainsi suivi d'une course effrénée... 

Pour m'aider, hier, j'ai eu recours à un truc infaillible. J'ai mis mon chapeau, un grand feutre noir, persuadée qu'ainsi on verrait le chapeau, et non moi. Et je m'en fus gaillardement porte de Versailles, laissant ma petite famille (qui n'aurait pour rien au monde  perdu du temps  dans un endroit pareil !) arpenter  le quartier Latin, où Clopinou risque dès cet automne de résider, et dont Clopin connaît la géographie.

Entre parenthèses, un des charmes de Paris est cette sorte d'ubiquité, qui peut vous permettre d'être à 14 heures rue Montorgueil, à 17 heures porte de Versailles et à 20  rue de la Gaîté. Vous pouvez parcourir, en une après-midi seulement, grâce au commode et déchirant métro, comme autant de petits villages juxtaposés et offrant chacun leur ambiance... Les Parisiens recherchent-ils, ainsi, un temps mosaïqué ? Comme ma vie à Beaubec, à côté, paraît lisse, étale, non pas ennuyeuse mais d'un seul tenant, comme la grève d'une plage univoque...

Et puis j'arrivai au Salon du Livre. Jeune fille, j'ai un temps gagné un peu de sous en beurrant de mauvais sandwiches  à la grande  Foire Commerciale  de Rouen, et il m'est arrivé, par la suite, de tenir des stands à telle ou telle occasion, dans ce genre de manifestation. Le tapis aiguilleté par terre, les hôtesses comme des rochers bretons battus par le flot des visiteurs, la surabondance de signaux visuels qui vous rendent d'ailleurs partiellement aveugle, manquant ainsi superbement leur vocation, les Kakemonos flottant partout et d'énormes structures gonflables perchées dangereusement au-dessus des têtes, façon odyssée de l'espace, les visiteurs assis par terre sur le faux vert des espaces détentes, la queue aux toilettes   et puis cette sorte de fatigue du samedi soir, les poubelles débordant et les lumières un peu trop blanches, rien ne m'était en fait vraiment inconnu. IL n'y avait pas, dieu merci, d'autre ambiance sonore, (généralement parfaitement insupportable dans ce genre d'endroit) que celles émises ici ou là, au gré des stands, ici un air de flûte japonaise, là Finkielkraut débattant de l'écologie et arrivant à marteler des sornettes d'une belle ampleur, ma foi, en mélangeant tout, écologie fondementale et droits de l'homme (sa hantise)... Mais sinon, ce n'était qu'un salon commercial comme un autre...

J'ai parcouru les allées et tenté de me repérer, sur le plan fourni à l'entrée. Ce dernier, avec un sens optimiste de l'ellipse, ne prenait même pas la peine de mentionner toutes les lettres correspondant à l'abcisse des allées. Quant à l'ordonnée, les organisateurs avaient conçu les passages comme de vraies rues, avec numérotation paire et impaire, ce qui avait tout de la fausse bonne idée : les stands n'ayant hélas pas la symétrie des immeubles haussmaniens, je mis un long moment à chercher le "J56", qui était mon but, et je passai trois fois devant sans le voir, sautant du J57 au K46, et me demandant si je n'étais pas en partance pour Poudlard, à la recherche du  quai 8,5, invisible aux yeux bêtement humains. 

Une fois assurée de ma destination, mise au courant que le dédicataire, Pierre Assouline, pour lequel je venais serait bien là à 19 heures, je pus me détendre un peu. J'ai reconnu, dans l'ombre des stands, ces petits guéridons blancs où trois mauvaises chaises en plastique, du genre à vous scier le dos, recueillent les animateurs flottants d'égarement au milieu de la foule. IL m'a simplement semblé voir des bouteilles et des verres vides traîner dessus, en plus grand nombre qu'ailleurs... Mais les sourires fleurissaient plus qu'ailleurs aussi, et en plus chaleureux. En fait, il flottait  là une sorte de bonne humeur courtoise, qui semblait témoigner d'une sorte de... vaillance. Oui, c'est le terme : les exposants semblaient pleins de vaillance, n'avaient pas cette rapacité et cette manière de soupeser le client, de renifler le potentiel de tel ou tel portefeuille, que j'ai rencontrés dans d'autres salons. Etait-ce illusion ?

J'étais mandatée, par "Rose", une intervenaute passoulinienne, pour rendre compte  du salon. Je me suis donc mise consciencieusement à l'oeuvre, tentant de jauger la part respective des manuels culinaires (innombrables !), des spécialités jeunesse ou mécaniques autos, de celle de la littérature proprement dite, qui avait néammoins une plus large part que ce qu'on m'en avait dit. J'ai bavardé avec trois ou quatre éditeurs, personnes aimables et rondelettes,  par exemple sur  le stand régionaliste de la Normandie, où l'on m'assura que l'absence du Pays de Bray dans les publications était fortuite, ce que je fis semblant de croire. J'ai été jusqu'à compulser la carte du faux restaurant "huîtrier" du salon, avec ses assiettes de fruits de mer qui semblaient aussi déplacées, ici, qu'une moule sans son bouchot et dont les bouquets présentaient des carapaces d'un rose pâle strié de blanc, de fort mauvais augure. Ce n'était pas aussi cher cependant que je l'avais craint. Et ça restait une solution pratique, puisqu'on ne pouvait  sortir du Salon sans perdre les 9 euros 50 du droit d'entrée. 

J'en étais là, à la fois étourdie et blasée, lorsque...

(suite à un autre billet, un peu plus tard, je reviens de suite...) 

 

 

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commentaires

Cactus 19/03/2012 17:58


veinarde : ( tu n'es pas allé voir mon Ami Philippe ( Bilger ) il y était ! )

judith 18/03/2012 09:37


qu'on puisse trousser un billet aussi ressemblant aussi drôle et aussi vivant ,d'un seul jet , en si peu de temps ,vraiment ça m'epate !


 Quel journal aura le flair de solliciter clopine pour un billet d'humeur quotidien?

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