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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 15:16

J'en ai poussé quelques unes, , donc j'estime avoir un avis autorisé sur la question. D'abord, il faut le dire tout de suite comme ça on est débarrassé :  la Chantier beaubecquois, c'est plutôt une affaire d'hommes. Oh, non que l'ambiance soit machiste, paternaliste ou phallocrate, hein. Nous sommes à Beaubec : une fille attraperait la truelle, l'équerre, la poutre ou le sac de ciment, elle serait parfaitement bienvenue. Mais d'abord, les filles en question sont rares, et ce n'est certainement pas moi qui irais (au choix) baguenauder sur une toiture, empoigner des instruments dont j'ignore l'usage, me coltiner des objets trop  lourds pour moi et décider du choix des matériaux pour des projets que je ne connais qu'en surface, et pour cause : j'en ignore le premier mot.

 

Clopin a acquis, avec le temps et le goût, une sorte d'excellence dans des domaines aussi variés que la charpente, la menuiserie, la maçonnerie, le carrelage, la peinture, le parquetage, la plomberie ou la toiture . Une vraie petite entreprise générale à lui tout seul. J'avoue : j'en profite éhontément pour ne rien faire...

 

Ce n'est pas tout à fait exact, évidemment. J'ai poussé mon compte de brouettes, passé des outils comme l'infirmière passe des instruments à son chirurgien (ou comme la Charité de Giotto passe un tire-bouchon à travers un soupirail...) , déplacé des tuiles, des briques, des bouts de bois, manipulé du torchis et tenu des poutres, comme tout un chacun sur les chantiers beaubecquois. Bref, je n'ai pas oublié de poser mon rôle de lapin...

 

Il n'empêche que,  sur  tous les chantiers (et il y en a eu au moins un tous les deux ans, depuis que j'habite ici, que ce soit la construction d'une étable ou d'un atelier, la réfection de la toiture ou la pose de carrelage ou de parquet, l'installation d'une chaudière à granulés, d'un chauffe-eau solaire ou d'une centrale photovoltaïque,  sans compter les allées empierrées et l'aménagement de chambres, et avant il y a eu  la "maison du voisin", un bâtiment  considérable,  j'en ai le tournis rien que d'y penser !), la modestie de ma participation m'empêche de m'en sentir redevable.

 

Mais pourtant, je joue moi aussi un rôle important, quoique caché et non valorisé, dans les chantiers beaubecquois. Comme la "mère" des Compagnons du Tour de France, j'assure l'intendance...

 

Ce n'est pas rien.

 

Ca commence le matin, tôt. Déjà, un, deux, trois potes, voire plus,  sont là...  On m'informe qu'il manque tel type de vis, qu'il faut une protection supplémentaire, que je dois aller chercher un coude de gouttière, ou n'importe quel autre truc ou bidule qui s'avère manquer.... On m'expédie, dûment lestée des informations techniques relatées en long et en large, sur un bout de papier, au magasin du coin. Je ne suis pas toujours digne de la confiance qu'on met en moi (je me plante dans les rayons fournitures des magasins de bricolage, où, bizarrement, je me sens comme qui dirait pas à ma place...) m'enfin j'assure...

 

Comme j'assure l'essentiel, c'est-à-dire la cuisine.

 

Avez-vous déjà cuisiné pour un Chantier beaubecquois ?  Non ? Alors, vous ne savez pas ce que c'est.

 

Alors, et d'un : vous doublez carrément les quantités habituelles. Faut pas hésiter. Chaque assiette doit ressembler à un terril, vous m'entendez ?

 

Et de deux : vous devez suivre le rythme du chantier. Pas question de dire "on mange à 12 h 30", d'une voix flûtée. On mangera à 12 h 30, SI. Si la benne est vidée, si le chantier a bien avancé, s'il n'y a a pas eu de lézard (ah ! Ces foutus lézards qui s'intersticent !), bref, SI  on peut  manger. J'ai vu un repas prévu à midi, commencer à 14 h 30.

Donc, vous avez tout intérêt à prévoir du  "possiblement qui se réchauffe"...

 

Et de trois : pas question de faire sa chochotte féministe, et de réclamer une participation à votre labeur. L'homme du Chantier Beaubecquois retrouve, d'un seul coup d'un seul, une légitimité mâle qui lui permet de s'asseoir, la conscience absolument limpide, et de tendre l'assiette aussi assurément que le bambin qu'il fut, au moment du dessert...

 

Et de quatre : l'homme du Chantier a BESOIN de lâcher quelques vannes lestes, quelques histoires de cul. Ca fait partie du chantier. Votre parade à vous, dans ces coups de temps-là, est d'en lâcher aussi quelques unes....

 

Et de cinq : n'oubliez jamais, pendant que vous débarrassez, remettez tout en place et recommencez instantanément à préparer le repas  suivant, que le Chantier finira un jour. Ca a été ma seule sauvegarde pendant le Chantier le plus terrible (celui de la toiture, ils étaient cinq ou six, voire plus,  qu'il fallait nourrir un maximum pendant un minimum de temps matin, midi et soir, et ce une semaine durant,  je me faisais l'effet d'être une machine à produire de la nourriture...) : penser très fort à la pluie sur les ardoises, et moi dessous, si bien à l'abri.

 

Et restez modeste, hein, à l'issue de tout ça. Quand les visiteurs s'exclameront sur la beauté du résultat, et féliciteront très fort les maîtres d'oeuvres, ne la ramenez pas. N'importe qui pourrait faire ce que vous avez fait. Seuls quelques uns pourraient mener à bien les Chantiers beaubecquois...

 

Celui du moment est moins enthousiasmant que ceux du passé : il ne s'agit pas de bâtir, mais de réparer les dégâts de la mérule, et Clopin ne voit pas, sans souffrir, son travail d'antan, lambris, parquet, partir au feu. N'empêche que j'ai bien retrouvé, moi, comme la saveur d'un Chantier Beaubecquois (et me voici fourbue !)

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