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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 08:52

En 1986, quand Jim et moi avons acheté une petite maison, sur les hauteurs de Rouen, nous avions fait appel à M., une amie, pour qu'elle refasse les peintures des pièces du bas.

 

M. possède en fait un CAP de peinture et un CAP de menuiserie-ébenisterie, elle travaille vite, bien, est consciencieuse et tout-à-fait professionnelle. Autant dire qu'elle n'a JAMAIS pu trouver, dans sa branche, de postes stables, tant les préjugés sont tenaces, et tant le milieu du bâtiment développe un machisme virulent.

 

Mais c'est pourtant à elle que le frère-curateur de Jim a confié la rénovation de la maison. Jim m'a en effet racheté ma part, quand je suis partie habiter avec Clopin, il y a une bonne  vingtaine d'années de cela. Et il n'a jamais plus entretenu la maison, ni même passé le balai,  sitôt la porte refermée sur moi...  Alzeihmer et les cinq dernières et terribles années par là-dessus, plus un incendie accidentel : pour pouvoir vendre une maison que Jim ne pourra plus jamais habiter, et consacrer l'argent de la vente à la pension de la maison de retraite, un gros chantier de peinture était indispensable.La boucle est bouclée : c'est de nouveau M. qui s'en occupe...

 

Mais M. est également une amie qui fut très proche de Jim ; elle fait partie des (très) rares à continuer d'aller voir notre malheureux ami dans son "mouroir" ; et son courage m'étonne ! Comme nous tous, M. éprouve un respect très grand pour l'intelligence, aujourd'hui disparue, de JIm  : elle a donc parcouru, après son travail,  les quelques carnets de Jim qui sont restés là-bas. Et m'a téléphoné pour m'en parler...

 

M. a en effet été si sensible à la lecture des carnets de Jim qu'elle ne pouvait se résoudre à les voir enfermés, pour toujours, dans un carton quelconque, chez le frère-curateur. Notamment les analyses et commentaires musicaux que Jim a rédigés jour après jour, toute sa vie. Elle se demandait si on ne pouvait pas mettre les carnets à la disposition des élèves du Conservatoire de musique de Rouen (le même où Jim a décroché son premier prix de composition), tant la richesse des observations, et l'élégance du style de Jim, la frappaient. Et me demandait mon opinion.

 

Je suis très contente de la réaction de M., car elle conforte la mienne : oui, les carnets de Jim sont exceptionnels, je l'ai toujours su. Et oui, encore : Jim aurait sans aucun doute autorisé une diffusion "publique" de ses carnets, car il les laissait volontiers lire à ses proches, et en a légué (par prescience de sa maladie ?) la plus grande partie à une association de diaristes, qui s'est justement donné pour but la conservation et la mise à disposition des journaux intimes qu'on leur transmet.  Déjà, certains des carnets de Jim ont intéressé une universitaire de Montpellier, ce qui ne m'étonne absolument pas...

 

Plutôt qu'une mise à disposition des élèves du Conservatoire, qui me semble bien compliquée à mettre en place -et ni M. ni moi ne sommes vraiment qualifiées pour cela, il me semble plus intelligent de continuer à verser la totalité des carnets à l'association des diaristes, qui au moins les conserveront et les tiendront à la disposition du public. Je suis persuadée que c'est ce que Jim aurait voulu. Et je suis non moins persuadée qu'un jour ou l'autre, ces écrits seront "promus", ou au moins intelligemment exploités ; songez que ce n'est pas simplement un "journal" que tenait JIm : il avait également mis en place toute une architecture, commentant dix ans après tous les "mercredis" rédigés auparavant. Bref, c'est non seulement un témoignage exceptionnel, comprenant des analyses de livres, notamment philosophiques (Jim avait une maîtrise de philo), des analyses musicales d'oeuvres multiples et diverses, dans une quantité proprement incroyable, mais aussi le récit d'une vie paradoxale : d'une richesse intellectuelle étonnante, cachée dans un quotidien "cheap", qui mettait le boisseau sur les capacités de notre pauvre ami...

 

Mais évidemment, ce n'est que mon avis, et celui de M. Le seul qui peut désormais décider du sort des carnets de Jim, c'est son frère-curateur. Nous nous plierons bien évidemment à sa décision !

 

Je suis allée voir Jim, sur ce. J'avais apporté les préludes de Debussy : il les a écoutés avec tant d'intensité que ses main, inconsciemment, bougeaient, comme sur les touches de son cher piano "trois-quart de queue"... Ah là là.

 

 

 

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Published by clopine - dans Vies de Jim
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