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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 17:24

De temps en temps, je repense à la "fête" de cet été  : j'étais allée là-bas avec ce qu'il faut d'insouciance et de légèreté pour m'adapter, enfin je le croyais, à toutes les situations. Je savais, par exemple, que j'y reverrai S. et J., et j'avais décidé que je ne m'en souciais guère. Un pas vers la sagesse, cette résolution. Car S. et J. ne m'apportent plus, (et m'ont-ils un jour apporté ?) rien de ce qu'on peut appeler "la chaleur de l'amitié". Cette sorte de bienveillante curiosité à l'autre, et à ce qu'il devient.

 

Bref, le contraire de ce que j'ai vécu chez eux, qui s'apparentait plus, (en crescendo avec les années d'ailleurs, ou bien est-ce ma capacité à encaisser qui diminue ?)  à une baignade à Dieppe. Vous savez, ces baignades dans la Manche, verte ou grise. On approche des vagues en se tordant les pieds sur les galets. Les orteils se recroquevillent, à cause de l'appréhension. On avance, cependant. Voyons, quand on avait dix ans, on se baignait bien là-dedans, encouragé par les sentences maternelles sur les bienfaits de l'iode, la salubrité océane et le plaisir des vagues...  Les jambes rentrent à peu près docilement dans l'eau - effectivement salubre, et plus que fraîche. Mais dès qu'il s'agit de remonter vers le centre du corps de la machine :  le bas-ventre, le ventre, , ah, toute la peau se recroqueville d'effroi sous l'élasthane du maillot de bain. La première grosse vague vous cueille à cinquante mètres de là, quand vous êtes suffisamment avancée dans l'eau pour vous dire "le plus gros est fait". Vous êtes alors giflée d'écume glacée, vos pauvres seins tièdes plongés dans une eau aussi coupante que les épées romaines pour Sainte Agathe. Vous voilà submergée, à la seconde ou troisième vague. Si vous ouvrez les yeux, le monde qui vous entoure est d'une opacité verdâtre remarquable. Il ne faut surtout pas penser, ni à la Méditerrannée, ni aux Caraïbes à ce moment-là. Vous seriez cuite, si j'ose dire -s'agissant d'une telle sensation de froid hostile. Il faut accepter et se mettre à battre la mer des bras et des jambes, avec autant de hargne qu'elle en met à vous balancer et vous rouler. En sortant, pour peu qu'il fasse beau et chaud, vous goûterez la douceur de la plage. Et plus tard, vous en viendrez à apprécier de retrouver un peu de sable dans vos chaussures, et de sel sur vos avant-bras, que vous lècherez d'un coup de langue rapide, histoire de vous prouver à vous-même que non, vous n'avez pas renoncé aux bains de mer...

 

Mes rencontres avec S. et J. ressemblent assez à ces séances, en imaginant qu'en plus, en sortant de l'eau, il pleuve. Cette fois-là n'a pas échappé à la règle. S. m'a juste demandé si la couleur de mes cheveux était naturelle, a conclu toute seule que non, a trouvé "le travail bien fait". J'ai failli lui dire que je transmettrai le compliment à la coiffeuse, ironiser sur "il te faut autre chose ?" (son inintérêt total sur ce que je deviens est quand même phénoménal, mais je le lui rends bien),  et puis je me suis tue. Je me tais toujours devant S. et J., même quand toute leur attitude signifie qu'ils n'en ont pas grand'chose à faire de moi. Je me tais, parce que Clopin tient à eux, par des fils qu'il a tissés sans mon aide, et que je ne veux pas briser. Mais enfin, je crois que je deviens un peu trop vieille pour certains bains de mer, voilà tout.

 

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