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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 09:59

Parmi toutes mes mauvaises nuits (et j'en ai passé quelques-unes, en 58 ans, nom de zeus !), les plus éprouvantes n'ont pas été seulement celles qui débordaient de larmes. Ces nuits-là , j'en connais bien la saveur insomniaque   : la dernière du nom s'est déroulée quand j'ai dû laisser mon chat, tendrement aimé,  lutter contre la mort, toute une nuit,  à la clinique vétérinaire. Je l'avais empoisonné par erreur, il avait toutes les chances d'y passer,  et mes larmes, comme l'océan pour Lady Macbeth, ne suffisaient pas à laver mes mains. Tout juste les emplissaient-elles d'un sel amer...  

 

Mais il est d'autres souffrances nocturnes que celles engendrées par le remords. Ce sont ces nuits hachées d'insomnie, où l'on se réveille, le temps d'allumer la petite lampe, pour vérifier l'heure. 3 heures du matin, puis 4 heures 30, puis 5...  Juste le temps de vérifier les chiffres, sur le cadran, puis on referme la lampe, on se tourne et retourne sur l'oreiller, on soupire un peu. Quand donc le sommeil va-t-il arriver ? Il vous prend par surprise, vous croyez somnoler et puis non, vous voilà en plein rêve - mais le hachoir à nuits est là, en parfait état de marche  : le rêve ne finira pas, parce qu'en sursaut, vous allez vous réveiller, reprendre péniblement conscience, et tendre la main vers la loupiote, pour apprendre qu'il est, qu'il n'est, que six heures moins le quart, que six heures douze, que sept heures dix...

 

Cette nuit, est-ce parce que Clopin, parti à Paris, n'était pas là  ? -  j'ai ainsi interrompu cinq ou six rêves d'affilée, comme autant de films où je serais partie avant la fin, comme autant de livres ouverts et non refermés. Je crois que cette forme d'insomnie est encore aggravée par ce goût d'inachevé qu'elle procure : finalement, les ai-je achetés, ou non, les chaussures de mon rêve, celles qui devaient me permettre de gravir l'Everest ? Et cet aquarium bizarre, qu'un marchand à voix de perroquet installait sur la place Brévière, allait-il se remplir de poissons ?  Et cette Université bâtie comme un palais des mille et une nuits,  où l'on m'acceptait enfin, malgré mon âge, en aurais-je franchi la porte, si j'avais pu finir de rêver à mon aise ?

 

Le Hachoir à nuits est redoutable : quand enfin l'aube vous permet de vous lever, et de passer à autre chose, c'est son tranchant qui pèse et enserre  votre front, ce sont ses reflets métalliques qui empoisonnent votre bouche et   ses coups répétés qui vous emplissent encore d'une fatigue lasse d'elle-même.

 


 

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