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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 10:14

Mon garçon,

 

Tu as recours à mes services pour corriger tes dissertations juridiques ou économiques, et  j'y consens volontiers. D'autant plus que tu n'en as plus vraiment besoin : ton orthographe est devenue excellente, et à part quelques "s"' oubliés ici ou là, je n'ai pas grand'chose à faire. Quant au fond de tes devoirs, hélas, il m'échappe désormais - tu dois te débrouiller tout seul.

 

Cependant, j'ai repéré une faute si récurrente, chez toi, qu'elle ne peut s'expliquer par la simple erreur dactylographique. Il s'agit de l'usage que tu fais, un peu trop systématique et manquant de pertinence, du point-virgule. Aussi, prends le temps de lire mon mail jusqu'au bout : il pourra, je l'espère, te permettre d'échapper à  cette chausse-trappe.

 

Allons-y.

 

DU BON USAGE DU POINT-VIRGULE

 

Et tout de suite, une première remarque. Je ne suis pas savante. Mes notions de grammaire, de syntaxe, n'ont pas été acquises lors de cursus universitaires, mais un peu comme j'ai appris à cuisiner : sur le tas. Et au pif, en plus. Je sais que ce qui sort de mes casseroles a bon goût, mais je ne pourrais le démontrer de manière scientifique... Aussi, je ne vais pas recourir à des notions comme le paradigme, ou la métonymie, ni même ouvrir mon vieux Grévisse pour te convaincre. Mais j'ai confiance en toi : comme ce que je vais te dire est frappé du bon sens, tu adhéreras à mon propos.

Néanmoins, le sentiment de mon insuffisance me pousse à mettre un bémol à ma démonstration. Un peu de modestie ne peut pas nuire !  Recommençons :

 

 

DU BON USAGE DU POINT-VIRGULE

 

 

La coutume veut qu'on explique l'usage du point-virgule en s'appuyant sur la diction. Quand on lit un texte, on établit des pauses dans la lecture, grâce à la ponctuation :  la voix reste en l'air au moment de la virgule, et descend au moment du point. La suspension du point-virgule dure aussi longtemps que pour le point, mais la voix ne descend pas aussi bas. Une sorte de demi-palier, quoi.

 

Cette explication est parfaitement opérante pour éclairer le vrai '"sens" du point-virgule, mais comment faire pour un texte à lecture muette ? Par exemple, tes devoirs, ô Clopinou. On ne peut pas s'amuser à relire à haute voix, comme au théâtre, ces pages et ces pages, rien que pour vérifier la pertinence des temps de pause de la ponctuation. Comment faire, alors ?

 

Il faut recourir à l'analyse du propos. En tout cas, c'est ce que je fais, moi.

 

Comment procéder ? Eh bien, d'abord, se souvenir que la virgule juxtapose, dans la phrase, des éléments qui sont différents par la structure (juxtaposition d'adverbes et de propositions) et parfois par  le sens. Le point, lui, intervient quand une idée est finie d'exprimer, et qu'il convient de passer à une autre... Tout ceci est si parfaitement logique qu'en réalité, on n'aurait pas besoin de demie-mesure : pourquoi donc s'embarrasser de ce point-virgule, qu'on peut évidemment, suivant le propos, remplacer soit par la virgule, soit par le point ?

 

C'est d'ailleurs sans doute pour cela que le point-virgule tend à disparaître, comme les ours blancs de l'Alaska. On a même vu un comité de défense du point-virgule fleurir sur la Toile, c'est te dire. Et pourtant, c'est la classe folle, de recourir au point-virgule, ça t'avantage tout de suite dans le subsconcient de tes correcteurs... (et Houellebecq en fourre partout !)

 

Et, dans ton cas, cela a un autre avantage, non négligeable. Le point-virgule permet en effet d'alléger, autant que la margarine  à 5 % de matière grasse par rapport au beurre fermier, ton propos. Or, les matières que tu travailles, ce droit constitutionnel ou public, cette économie, sont lourdes, peu faciles à manier, générant des périphrases et de longues explications. Tout ce qui peut alléger ces pensums est bon à prendre !

 

En réalité, il suffit de comprendre que le point-virgule est l'ellipse d'un propos en plusieurs parties. Tu vas tout de suite comprendre.

 

 

Voici un texte décrivant une scène quotidienne.

 

"Comme il avait plu toute l'après-midi, on avait dû remiser les chaises du jardin."

 

Il y a un lien de cause à effet explicite : c'est parce qu'il avait plu qu'on a dû rentrer les chaises.

 

Le point-virgule te permet  de recourir à l'implicite :

 

"Il avait plu toute l'après-midi ; les chaises du jardin étaient  dans la remise. " (ou "remisées", au choix.)

 

Le lien existe toujours, qui implique qu'on ait une seule phrase et non deux. Mais il est implicite. Sens-tu comme c'est plus élégant, et surtout comme le propos est ainsi "resserré" ? La pluie, le jardin, les chaises, et plus de "on", ce "on" vague, imprécis, qui plombe la première phrase en introduisant un élément non défini...

 

Vois-tu l'usage que tu peux faire, dans tes si lourdes dissertations, de cet incomparable raccourci ? Prends donc l'habitude de tortiller cette petite vipère de virgule, et de l'attacher au point (comme chez Bazin, "Vipère au poing", ahaha), à chaque fois que tu peux alléger un lien touffu d'explicitation par ce si élégant  implicite...

 

A bon escient, bien entendu.

 

(note de la correctrice !)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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