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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 10:07

J'aime mon garçon quand il chante à tue-tête dans la salle de bains, le matin, avant d'aller au lycée. 

Je l'aime aussi quand il prend le chat sous un bras, le neufchâtel fermier dans une main, le pain sous l'autre bras, une mandarine dans l'autre main, qu'il tente de fermer délicatement la porte de la salle avec son pied gauche et que bientôt, s'élèvent du canapé le gros et rond  ronronnement du matou, le bruit de mastication béate du garçon et le contentement conjoint des deux compères... (et tant pis si quelques menus morceaux de fromage tombent comme par hasard dans la gueule du félin). Certes, ce n'est pas bien, le côté vautré et patate de canapé, mais c'est tellement bon... 

Je l'aime encore quand il sort de chez le coiffeur et que, dans le miroir de courtoisie de la voiture, il détruit avec application l'ordonné de sa chevelure, pour revenir à la broussaille antérieure. D'accord, on pourrait se demander pourquoi, dans ces conditions, aller se faire couper les cheveux, mais je trouve ça touchant,  cette réappropriation de son moi  d'avant. Même si c'est moi qui paie ! 

Je l'aime toujours quand, revenant de sa première soirée en boîte de nuit, il admet fermement que l'endroit est nul à chier, que ça pue la sueur et que, franchement, la musique qu'on y écoute, enfin, si on peut appeler ça écouter, c'est de la merde. 17 ans d'efforts culturels pour en arriver là : ç'aurait pu être pire ! 

Je l'aime déjà moins quand, à la question "est-ce que tel prof est sympa ?", il répond "oh, lui, il ne sert à rien, c'est tout". L'obsession de l'utilité, le comptage des points ("putain le prof de sport il m'a mis 13 alors ma moyenne gé au lieu de 17,2 elle va être de 16,8 franchement c'est dégueulasse parce que notre équipe elle était meilleure que celle des filles honnêtement, sans rire, si les filles ont 12 nous on devrait avoir 16...."), la supputation de ce que tel effort va rapporter, ce que je dois bien me résigner à appeler par son nom : l'ambition sociale de Clopinou, qui le pousse à travailler certes dur mais surtout "utile", n'est-ce pas, c'est ce qui me plaît le moins chez lui. 

 

Mais je l'aime de nouveau quand, comme hier au soir, il oublie un peu l'utile pour commencer à divaguer sévère sur une "théorie de l'expansion de l'univers" à laquelle il a "pensé comme ça, hier au soir", "à cause de la théorie des cordes" (euh.. ben voyons...) Sur ce, il nous sort un discours scientifique,  dont je ne saurais apprécier la valeur : les références y abondent, mais ne me disent strictement rien. J'attrape le nom de Planck et d'Einstein, je vois passer la théorie du big bang et des neutrinos à la pelle, mais Clopinou lui aussi va plus vite que la lumière, me semble-t-il !  Je vois bien qu'il s'emballe, je me retourne vers Clopin, qui, aussi ébahi que moi, tente de suivre le raisonnement du garçon, et nous nous bornons à constater que la jeune tête chauffe rudement. 

 

Et puis je constate, un peu tristement, que cette tête qui chauffe rudement, la mienne  ne peut plus guère la suivre... C'est vrai qu'il est en terminale, et je me sens comme sur un quai de gare, à le voir partir sans pouvoir l'accompagner. Je suis encore dans le même compartiment que lui, sur certains domaines restreints, mais le voici qui me, qui nous dépasse désormais. En économie, je n'y comprends que pouic. La traduction du Songe d'une nuit d'été se fera sans moi... Bientôt, il me faudra le laisser partir :  Terminale, tout le monde descend ! (snif). 

 

 


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commentaires

paul edel 03/12/2011 11:20


quel beau texte.. clopine au meilleur. mais pourquoi ce masochisme cloopine en allant vous faire régulièrement  censurer  ou arquebuser sur le blog d'assouline? envie de trolls? 

clopine 03/12/2011 12:16



Meric, Paul, mais pour Assouline, c'est que vous y croise assez souvent, et même que c'est là que je vous ai rencontré - songez-y...


 


Bien à vous, mon cher. 



andrem 30/11/2011 23:34


J'avais commenté sur ce billet, mais le commentaire s'est retrouvé sous le billet suivant, où il est question de Planck et de Bang. Bon, le lecteur aura rectifié je suppose.

la bacchante 30/11/2011 07:34


Quand ton coeur de mère sur un quai de gare se serre, pense que toi et ton fils êtes des cordes oscillantes...

Dark Pioupiou 29/11/2011 22:48


Neufchâtel fermier = pléonasme !

paniss 29/11/2011 22:10


seriez vous "mère poule", Madame Clopine?

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