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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 09:24

Je crois bien, au vu des réactions indignées hier, chez Pierre Assouline (qui vient de publier un roman fichtrement bien fait, j'en reparlerai) que j'ai "mis le doigt" sur une problématique... Problématique. Victime une fois de plus d'un troll particulièrement hargneux, j'ai réagi "au second degré", pour tenter de démontrer ce qui, chez moi, peut indigner le plus ce genre d'individus. A savoir ma "prétention" à pénétrer "dans la cour des grands", qui m'est si souvent renvoyée à la figure.

 

J'ai donc  rappelé fermement  qu'une des caractéristiques d'internet est justement celle-là : à savoir que la "piétaille" (le vulgum pecus) est désormais chez elle un peu partout : sur twitter voire jusque dans les rédactions des journaux, bousculant les codes et les habitus.

 

Est-ce le mot "piétaille" ? Est-ce le phénomène "internet" ainsi rappelé ? Toujours est-il que mon message a d'abord été incompris (par un Paul Edel par exemple), puis a été abondamment commenté.

 

Il faut dire que le blog de Pierre Assouline (certains de mes potes ne comprennent absolument pas quel intérêt je trouve à aller là-bas) est un endroit fort particulier du web, où justement cette problématique de la piétaille se déploie.

 

Les billets de Pierre Assouline parlent du monde littéraire, sur un mode disons très intellectuel et très cultivé, mais aussi assez restreint - à l'image de l'intelligentsia parisienne, dirons-nous pour résumer un peu trop vite. J'en fais  très souvent mon miel, parce que j'ai besoin de "passeurs" comme Assouline ou Edel, n'ayant pas accès "naturellement" à cette vie intellectuelle-là, et y étant portée par mes goûts littéraires.

 

Mais les commentateurs passouliniens, eux, sont fort particuliers. Evidemment, il y a les trolls nuisibles, et des individus fort peu recommandables (notamment un certain Jcé qui écrit des posts à la limite du supportable, bien souvent dépassée, orduriers et trimballant des thèses d'extrême-droite planquées sous une posture provocatrice) tentent de transformer le lieu en tribune politique. Mais il y aussi d'authentiques érudits, et de très grands intellectuels.

 

 

Tout ce petit monde cohabite, mais a évidemment des préjugés tenaces. Le premier d'entre eux est que le savoir est incompatible avec l'émotion. Dès qu'un post se permet d'exprimer une émotion, il est immédiatement "taclé", sous le couvert de l'ironie. Cela va même si loin que, dernièrement, un troll est venu chercher ici, sur mon blog, une phrase que j'avais exprimée à l'occasion de la mort d'un ami, et l'a relayée sur la République des Livres. Immédiatement, cette phrase maladroite a été brocardée. Elle ne faisait rien d'autre, pourtant, qu'exprimer un chagrin dont je n'avais pas fait part là-bas. Mais !

 

Cette hantise de l'émotion concerne tout le monde, pas seulement moi. Certains des visiteurs souhaitent ouvertement que le blog s'en tienne à une posture intellectuelle, toute tissée de références et laissant apercevoir une culture universitaire, sans jamais montrer le moindre sentiment, et surtout sans jamais "parler de soi". C'est bien entendu totalement paradoxal : les passouliniens passent leurs temps à parler de livres, de textes, d'auteurs qui n'ont jamais rien fait d'autre que d'utiliser leurs propres vies et leurs propres personnalités pour nourrir leurs oeuvres : bref, qui n'ont jamais rien fait d'autre que "parler de soi". (Proust en tête, of course.) En quoi, d'ailleurs, exprimer sa personnalité serait si insupportable ? Je crois en fait que  certains passouliniens sont si imbus d'eux-mêmes, si assis sur leurs savoirs comme sur des bijoux de famille, si "rassis", qu'ils ne peuvent prendre la distance nécessaire pour parler d'eux-mêmes avec simplicité. D'où l'ukase...

 

... Que je  passe outre, d'un pied fort léger. Mais évidemment, un effet boomerang se produit alors. Je compare cela au chemin de fer. A l'arrivée du train, au 19è siècle : la trace tenace du train dans la littérature de ce siècle-là nous le démontre. Ca a été un beau "ramdam" social. Un wagon de chemin de fer (comme celui qui sert de cadre à la Sonate à Kreutzer de Tolstoï) était un endroit où différentes classes sociales pouvaient se côtoyer. Il a fallu adapter ce mode de transport à la réalité sociale : et très très vite, inventer les "classes". Mais regardez comme, dans la Recherche, le snobisme amène les personnages à d'infinies stratégies, dans le "petit tortillard" qui les emmène chez les Verdurin. Le code du chemin de fer, "la vie du rail" ahahah, n'a été écrit qu'à l'issue de multiples contorsions.

 

Je crois donc que, si le mot que j'ai employé : "piétaille", a été si vivement ressenti par les passouliniens, c'est à cause de contorsions de ce type. Je ne suis pas optimiste à ce sujet : je crains fort qu'internet ou pas, on ne cloisonne fermement les wagons, et qu'on interdise aux torchons de se prendre pour des serviettes. Finkielkraut et autres M. Court ne devraient pas être aussi effarouchés par d'humbles Clopinettes, même si elles prétendent, elles aussi, à monter dans leur wagon. Parce que leur but final est de supprimer les "classes" - et que ça, ce n'est certes pas demain que cela se produira !

 

 

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