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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 10:15

Souvent, j'ai cette impression  :  pendant les fêtes de fin d'année, à cause du passage, des va-et-vient, de l'énorme quantité de nourriture qui apparaît et disparaît de la table, eh bien la maison s'arrondit.

 

Elle se déforme même un peu, comme un visage reflété dans une boule de noël.

 

J'adore ça - même si cela représente pas mal de boulot, côté cuisine. Mais je ne sais guère faire que cela - et Clopin s'occupe du reste, alors...

 

Cependant, cependant, il y a comme un petit tréfonds chez moi qui s'agite et me pointe du doigt : 2014, je le sais d'avance, sera laborieux et mon temps redeviendra compté. Il faudrait que je profite du  loisir  qui me reste pour avancer un peu mes projets littéraires - surtout que je sais déjà ce que je veux faire.  Je culpabilise, quoi.

 

Il s'agirait de m'inspirer du si beau poème de Jules Supervielle : "la demeure entourée". Je sais, cela peut paraître diablement présomptueux. Mais pourtant : c'est un poème circulaire, articulé autour de la main du poète posée sur la feuille, pendant que le monde minéral et végétal, du plus loin au plus proche, se presse autour de lui en cercles concentriques, resserrés puis dessérrés. Et  la chute, mélancolique et frissonnante, est presque rimbaldienne ("j'ai tendu (...) des chaînes d'or de clocher à clocher, et je danse", et chez Supervielle "je tremble au bout d'un fil")

 

Je pourrais construire mon nouveau livre ainsi. Des petites histoires animales et quotidiennes, potagères et brayonnes, disposées en cercles concentriques, allant se resserrant, autour d'un des meilleurs textes que j'ai jamais écrits... Ce serait à ma portée.

 

Oui, mais : voici qu'on me demande de jouer au Toc, qu'une nouvelle caméra est le prétexte à faire jouer le chien, qu'il faut préparer les amuse-gueule et les rôtis, bref : que la vie s'arrondit, autour de ma demeure entourée...

 

Le corps de la montagne hésite à ma fenêtre :
" Comment peut-on entrer si l’on est la montagne,
Si l’on est en hauteur, avec roches, cailloux,
Un morceau de la Terre, altéré par le Ciel ? "
Le feuillage des bois entoure ma maison :
" Les bois ont-ils leur mot à dire là-dedans ?
Notre monde branchu, notre monde feuillu
Que peut-il dans la chambre où siège ce lit blanc,
Près de ce chandelier qui brûle par le haut,
Et devant cette fleur qui trempe dans un verre ?
Que peut-il pour cet homme et son bras replié,
Cette main écrivant entre ces quatre murs ?
Prenons avis de nos racines délicates,
Il ne nous a pas vus, il cherche au fond de lui
Des arbres différents qui comprennent sa langue. "
Et la rivière dit : " Je ne veux rien savoir,
Je coule pour moi seule et j’ignore les hommes.
Je ne suis jamais là où l’on croit me trouve
Et vais me devançant, crainte de m’attarder.
Tant pis pour ces gens-là qui s’en vont sur leurs jambes.
Ils partent, et toujours reviennent sur leurs pas. "
Mais l’étoile se dit : " Je tremble au bout d’un fil,
Si nul ne pense à moi je cesse d’exister"

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