Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 15:24

Anniversaire de Jim, hier : je passe lui déposer du chocolat à la maison de retraite. Il réclame toujours, par signes et grognements, une ceinture ou des bretelles, et c'est vrai qu'il perd son pantalon. Mais sinon, il est toujours au meilleur endroit possible pour lui. Même si j'apprends, à l'occasion de son anniversaire, qu'il est évidemment le plus jeune : 65 ans. Après lui, deux petites dames de 75 et 78, puis un grand saut et plus rien en-dessous de 85 ans...

 

Mais du coup, est-ce à cause de sa docilité, de son "jeune âge" ou des visites qu'il reçoit toujours, qu'il reçoit malgré tout  ? Je trouve que le personnel est vraiment charmant avec lui, et attentionné. Quand son cerveau, qui n'arrive plus à s'arrêter de se promener vaguement dans des endroits inconnus de nous, le lui permet, Jim a encore des regards pleins d'acuité, voire de tendresse. Au moins à mon égard. Je suis sûre que le personnel sent cette intelligence qui, par éclairs, brille encore devant nous...

 

Je ne m'y habitue pas, non, mais disons que  si je passe le cap du "bonjour" en arrivant à empêcher les larmes de me monter aux yeux, cela va à peu près. Et puis il y a des moments de grâce, comme hier : nous étions dans sa chambre, et je parlais de tout et de rien. J'avais remarqué, avec reconnaissance, que désormais il y a radio france musique en permanence dans cette chambre. Dans la salle commune, l'accordéon chromatique des années 50 est passé en boucle, et c'est encore plus lugubre...

 

J'ai dit, pendant qu'une musique commençait dans le poste, "tiens, écoute, on dirait du baroque". Jim a écouté et puis, d'un coup, lui qui ne parle plus sinon par grognements, qui a du mal à fixer son attention, dont la mémoire est "soi-disant" complètement détruite, il m'a rétorqué, sans aucune faute de prononciation, de sa voix d'autrefois : "non, tu te trompes, c'est bien plus tardif, je dirais Gounod".

 

J'étais absolument SCIEE, et j'ai cru, un quart de seconde, à un miracle... Mais non, les yeux de Jim se sont détournés, il s'est de nouveau affaissé un peu sur sa chaise en me souriant vaguement... Il était reparti à l'endroit où son cerveau malade l'emmène. Présent, et si absent à la fois.

 

La présentatrice a confirmé que c'était bien Charles Gounod. J'ai retenté le coup, une ou deux fois, mais le miracle ne s'est pas reproduit.

 

J'ai laissé la boîte de chocolat sur la table, en demandant à ce que le personnel  partage. J'ai dédicacé mon petit livre en ces termes : "au vieux Jim, avec gratitude : n'est-il  pas celui qui, autrefois, m'a ouvert les portes de l'intelligence ?"

 

Et puis je suis rentrée chez moi.

 

Mais, dans l'auto,  résolument, j'ai  fermé la radio.

 

 

 

Partager cet article

Published by clopine - dans Vies de Jim
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Clopine..Net !
  • Clopine..Net !
  • : bavardages, causeries, conversations, colloque, conférence, discussion, échange de vues, propos, causerie babillage, causette, palabre, commérage, conciliabule, jacasserie, parlote et autres considérations
  • Contact

Livre paru...

      Disponible sur amazon.com

1-2couv recherche finie

Livres à paraître...

Book-1 Carte*-copie-1

Archives