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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 07:10

Le matin, tout est noir. Sauf les yeux des chats, qui s'allument comme les lampes et me suivent pas à pas, une paire verte, une paire dorée, pendant que je descends à la cuisine. Le chien me fait sa première révérence et les bruits de la maison m'arrivent, comme accentués par ma solitude. Il y a la chaudière à granulés qui ronfle et gémit, à cause de la vis sans fin qui amène le pellet au fourneau -  on dirait une cuisinière qui bougonne et engueule les casseroles accrochées à l'étagère de l'évier, il y a le "tip tip tip" du téléphone qui s'autorégule à intervalles réguliers, et le petit ronronnement du frigo - la cuisine ne dort jamais, elle, nuit et jour elle bruisse doucement.

 

Je suis seule et les carreaux sont froids sous mes pieds, mais j'évite de piquer les mules de Clopin parce qu'il est si terriblement près de ses affaires ! J'allume dans la pièce - j' aime bien ce moment-là et aussi le bruit de l'eau qui chauffe près de la théière, mais à un moment il me faut bien ouvrir grand la porte de dehors - soit pour ceci, soit pour cela - et là le matin gris et mouillé me bouscule en  cherchant à entrer à toute force dans la pièce chaude. C'est si désespérément froid et humide, dehors, le bruit de la route enfle et renfle encore, à cause des camions, la chaudière a beau se faire entendre elle n'arrive pas à faire oublier le grondement, et le jardin s'étend, aussi morne et  sinistre que l'aube à Waterloo. Les poireaux  pendent comme des cheveux raides,   la terre gorgée d'eau n'est plus qu'une glaise de part et d'autre des pierres du chemin, les arbres sont tordus de froid.

 

Mais le pire, c'est le ciel. 

 

Dès qu'il fait un peu jour, il s'abat de tout son poids sur la maison et le jardin - avec, du côté de l'est,  une lueur jaune qui ricane par en-dessous le gris. C'est comme s'il se réjouissait du spectacle lamentable du jardin, comme si jamais jamais une seule aube bleue et fraîche ne devait revenir, et le vert des feuilles, et le blanc rosé des fleurs de pommiers - oubliés,  le ciel en rigole de ses dents jaunâtres.

C'est le moment où je dois aller ouvrir aux poules et traverser tout ça : comment faire ? 

Je glisse mes pieds froids dans les sabots de caoutchouc verts,  tout aussi froids, et puis zut, une seule chose à faire : enfiler ma parka inuit. 

Elle vient du biodôme de Montréal, et elle  brille  tellement que le ciel n'a qu'à bien se tenir. Elle est couleur framboise écrasée , avec des dessins du Grand Nord - grand ours blanc dans le dos, soleils en forme de marguerites, chiens Huskies, poissons et phoques, elle se ferme à glissière mais agrémentée de perles bleues et blanches, et elle est doublée d'une rayonne bleue-verte, si lumineuse qu'elle fait cligner des yeux, et en plus il y a de la (fausse) fourrure au col et aux poignets. 

C'est d'une splendeur éclatante, et c'est un cadeau de Clopin - qui me reproche toujours de m'habiller en "triste", comme il dit, c'est-à dire en noir. C'est comme ça : Clopin me rêve rutilante, alors que je cherche, depuis toujours, à m'atténuer, à cause de ma grosse voix qu'on me reproche si souvent, de mon gros rire, de mon encombrante personne. Il va sans dire que je vais avoir du mal à porter cet anorak-là en public, d'autant qu'il est si chaud que, pour bien faire, il faudrait que je sois toute nue par dessous - Clopin serait bien entendu d'accord, mais pas question !

Mais là, par les matins de janvier si désespérants, ma belle parka est parfaite pour traverser le jardin détrempé et aller ouvrir aux poules - elle est comme un poing levé contre le sourire jaunâtre du ciel, contre le gris de l'aube et le trempé du sol - je me blottis dans ses couleurs vives et c'est comme si j'emportais, pendant le court aller et retour, le chaud de ma cuisine et la lumière des yeux de mes chats, tout autour de moi. 

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Published by clopine - dans Vies de Bêtes
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commentaires

lizagrèce 09/01/2012 21:50


Et les poules que pensent-elles de ce vêtement du grand Nord ?


http://maisondeliza.over-blog.fr

clopine 10/01/2012 14:32



Ah, Lizagrèce, les poules en hiver ne pensent qu'à mettre leurs fesses au chaud. (2 oeufs par jour, pas plus, en ce moment : ce sont des paresseuses !)


Merci de votre visite


 


Clo


 



Clopine 08/01/2012 15:14


Je remercie de tout coeur mes visiteurs et visiteuses, et je m'en vais me mettre la tête sous la douche froide, histoire de la replacer sur mes épaules quand elle aura arrêté de tourner !


 


(non, je plaisante, une bise à vous tous...)


 


Clo 

Zoë 08/01/2012 12:46


Oui, il y a du Colette chez Clopine (y compris la grosse voix). A quand ces chroniques brayonnes ?


Quant au ciel plombé, je vous rassure, plus au sud, ce n'est pas plus réjouissant.

Zoë 08/01/2012 12:44


Oui, il y a du Colette chez Clopine (y compris la grosse voix). A quand ces chroniques brayonnes ?

paniss 08/01/2012 11:29


Tous mes voeux, madame Clopine.... 

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