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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 10:33

Je respecte beaucoup l'érudition, et je suis attirée par les discours des "passeurs" que sont les critiques d'art, comme Alain Jaubert et son solide "Palettes", Obalk et son brillant pathos (je suis "fan d'hector"), ou encore Korkos l'éclectique. Mais bien sûr, je ne les connais pas, je veux dire que je ne peux les traiter comme des amis à qui on pourrait téléphoner tout simplement pour poser une question ou vérifier une hypothèse,  : je reste donc dans l'incapacité de discuter avec eux du point de savoir si, oui ou non, l'intuition peut avoir sa place et une quelconque valeur,  dans le discours de déchiffrage qu'est la critique picturale.

 

Et puis je suis sans doute sous l'influence de ma cure de Tracy Chevalier. Comme Clopin avec la série Breaking Bad, je me suis goinfrée ces derniers jours des livres de cette dernière, avalant tout, de la "vierge bleue" à l"l'innoncence ", en passant par la "Jeune fille à la perle"... qui ouvre sur les tableaux de Veermer de Delft...

 

 

Mélangez à tout cela ma propension à la divagation, et bien entendu vous obtiendrez le résultat suivant. Comme Tracy Chevalier, qui traque de livre en livre les âmes soeurs, féminines  et humbles, perdues dans les sociétés englouties du passé, et leur accorde, à ces malheureuses, les outils des asservies, me voici en train d'échafauder des hypothèses, à chercher la sourde voix des bouches fermées par la main de l'oppression, à me pencher sur l'insondable continent noir de la féminité...

 

Et puis j'admire Chevalier, non seulement pour sa maîtrise de l'écriture et sa façon de la placer au service de l'histoire, qui plus est, en recomposant ces grands pans d'histoire (le suffragisme anglais, les luttes huguenottes en France au 17è siècle, la condition des servantes aux Pays Bas, le culte des morts en Grande Bretagne, etc.) pour une fois à travers des yeux féminins, mais encore parce qu'elle mélange  subtilement faits historiques avérés et fiction romanesque. Comment ne pas avoir envie de la suivre, et se "lâcher", au risque de se voir moquée ?

 

 

 

Oh, et puis après tout je suis chez moi, sur mon blog : je décore ma maison comme  je le veux. Na.

 

Toutes ces précautions... pour dire qu'après la lecture de la "Jeune Fille à la Perle", j'ai évidemment été faire un tour, merci Internet, sur les images représentant les tableaux de Vermeer. Bien entendu, c'est un exercice un peu vain, comparé à la confrontation directe avec les oeuvres. La Laitière, par exemple, qui sert aussi, hélas, aux publicités sur les yaourts, mesure une quarantaine de centimètres carrés : c'est un tout petit tableau, et j'ai du mal à me le représenter, justement parce qu'il a été quasiment autant pillé, détourné, reproduit, que La Joconde, et que cette prolifération s'accorde a priori mal avec la modestie des dimensions, et la rareté du sujet (une femme d'humble condition). Peut-être un jour irai-je à Amsterdam ?

 

280px-Johannes_Vermeer_-_De_melkmeid.jpg

 

 

 

 

En tout cas, j'ai bien divagué là autour... Et je me demande pourquoi tous ceux qui se penchent sur ce tableau n'ont pas, à ma connaissance, émis l'hyppothèse dont j'ai  l'intuition... A savoir que les critiques décèlent tous, sous le calme de l'humble scène ménagère, une puissante sensualité, qu'ils accordent aux formes pleines de la Laitière et aux canons de la mode du temps. Et il est vrai que  l'actrice  des yaourts télévisés, a, elle, au bas mot, dix bons  kilos de moins !

 

 

Mais il me semble, à moi (allez, Tracy, donne-moi du courage...) que la fascination du tableau ne provient pas simplement de l'identification du vulgus pecum à la paisible scène domestique représentée. Prenez le bleu du tablier drapé sur le ventre, par exemple. N'est-il pas à rapprocher du  manteau de la vierge enceinte, ou de son jupon, représenté tant et tant de fois, par exemple par Piero della Francesca ?

 

 

220px-Madonna_del_parto_piero_della_Francesca.jpg

 

 

Pourquoi donc, alors que tous s'accordent à trouver la Laitière désirable "par en-dessous",  n'ai-je jamais lu que l'attraction qu'elle nous procure provient peut-être de sa grossesse même ? Certes, les servantes solides, aux formes pleines, existaient. Mais celle-ci, j'en mettrais ma main à couper, attend un enfant : et le lait qu'elle verse sera bientôt le sien, d'où le regard intense qu'elle accorde  à sa cruche, une sorte de regard intérieur : on croirait presque entendre ses pensées - il lui faudra devenir bientôt nourrice, et dieu lui accordera-t-il l'abondance requise ? Si vous ajoutez à cela que Vermeer était catholique dans un pays protestant, et qu'il devait donc cacher peu ou prou sa dévotion à Marie...

 

 

Je suis sûre que mon intuition a déjà été partagée et discutée. Mais pas un mot en ce sens  sur Wikipédia, par exemple,  et je ne connais ni Jaubert, ni Korkos, ni Obalk, autrement que par les travaux de ces derniers. Et qui suis-je pour aller divaguer ainsi, moi qui ne connais ce tableau que grâce à mes yaourts ??? (ahaha).

 

 

 

 

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