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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 09:45

Hier après-midi, Clopin m'a offert le dvd du film  de Julie Taymor sur Frida Kahlo. Je l'avais "loupé" lors de la diffusion sur Arte, et Clopin tenait absolument à ce que je le voie : il faut dire que l'exposition à l'Orangerie nous a profondément marqués, cet hiver.

 

Le film est un enchantement, parce que les toiles de Frida sont utilisées comme des personnages, et que l'esthétique du film répond à l'esthétique mexicaine de Kahlo. Les couleurs, ah, comment les qualifier ? Elles ne sont pas "primaires", mais elles sont franches, profondes, terriennes, elles se répondent les unes et les autres : elles chantent. Tout l'imaginaire mexicain est mis à contribution, la bande-son est remarquable (ah ! les chansons !!!), l'interprétation géniale (l'actrice qui joue Frida est tout bonnement devenue elle !), les costumes, n'en parlons pas, ils reconstituent à eux seuls le génie de Frida : la scène où, pour son mariage, elle refuse la banale robe blanche en dentelle pour revêtir une robe somptueuse, des mêmes couleurs que tout son univers, une robe qui rappelle évidemment les costumes traditionnels mexicains, cette scène-là est proprement magnifique !

 

Tout est juste, et cela ne sent pas la sueur : c'est si aisé qu'on est emporté. Même l'arrière-plan historique (le communisme de Kahlo et Rivera, le passage de Trotsky - la scène de son assassinat est d'une telle force qu'elle diffuse une beauté plastique intense) tout est intéressant, tout m'a passionnée.

 

Et puis Frida est si... embrasée. Oui, c'est une femme embrasée, et pas seulement parce que le feu, associé à la mort, la délivre enfin. C'est que le film retrace parfaitement la force de ses désirs. Elle était bisexuelle, et parfaitement consciente du passage du désir, chez elle. Désirante, pantelante, et désirée.

 

C'est une drôle de chose, que le désir. La jeune fille blessée, la mouette ligotée qu'était Frida utilise cette force de l'eros pour survivre. C'est un des très rares films que j'ai vus où ce qu'on a communément l'habitude d'appeler "le cul" (alors qu'il peut exister du désir sans cul, mais pas de cul sans désir) a sa place propre : la nécessaire force vitale.

 

C'est une drôle de chose, que le désir, parce qu'on peut ressentir celui de l'autre. Personnellement, j'ai gardé un très net souvenir de la première fois où un garçon m'a regardée "de cette façon-là". J'avais douze ans et demi, et une robe jaune. Pour la première fois, des seins dessous (quelle étrange sensation !). Je suis entrée dans la pièce où une réunion quelconque de l'union des commerçants et artisans se tenait, dans l'ancienne abbaye de Bernay. Je n'ai pas "vu" le garçon, j'ai juste senti son regard sur moi, qui me forçait à me redresser. J'ai soigneusement évité de tourner la tête vers lui : je savais ce qui se passait. Quelle étrange sensation, que d'être désirée... Quand, en sortant, j'ai profité du brouhaha pour enfin , par en-dessous, lancer un bref regard vers  qui me regardait, je n'ai vu qu'un mince adolescent, brun, timide, avec de grands yeux sombres, comme andalous. IL ne me plaisait pas : j'ai secoué les épaules, pour me débarrasser de ce regard. Mais je n'étais pas en colère, ou agressée, comme je le serai plus tard, à Rouen. J'étais juste devenue une jeune fille : désirable.

 

 

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