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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 07:47

C'est Clopin qui s'est occupé de nous trouver une chambre d'hôtes : s'appuyant sur notre expérience cornouaillaise de l'été dernier (nous avions vagabondé de beds and breakfeast fermiers, via une association régissant scrupuleusement les modalités d'accueil des visiteurs), il est passé par l' "accueil paysan".  Ce qui lui correspond bien, sans doute un peu moins en ce qui me concerne :  je suis plus friande d'"inconnu" que lui. Clopin aime reposer ses pieds là où il est déjà passé, et ne frétille jamais plus que lorsqu'il est en "terrain connu"; or, les problématiques du monde rural, c'est notre quotidien, à Beaubec. Etre accueillis par des hôtes paysans, cela n'allait guère nous surprendre...

 

Mais cela nous a au moins permis de vérifier, une fois de plus, que Bretagne, Normandie ou ailleurs, c'est la même merde partout. Nos hôtes ont arrêté leur exploitation agricole dès qu'ils l'ont pu, et aucun de leurs enfants ne va la reprendre. Le métier est certes dur, mais ce n'est pas cela qui a  motivé cet arrêt. C'est l'échec d'une exploitation de petite dimension ( polyculture et élevage traditionnel, 75 hectares, une cinquantaine de têtes de bétail), qu'on a tenté de gérer suivant la ligne adoptée par la majorité des Chambres d'Agriculture, et les formations dispensées par les lycées agricoles des années 60. Comme l'a résumé sobrement notre hôte : "Tout ce qu'on m'a appris était faux. Tout !"

 

Les techniciens agricoles (payés par l'agriculteur) leur ont délivré les pires conseils qui soient, et vendu, par exemple, du sperme de taureau  "sélectionné", qui n'a produit en fait que des veaux dégénérés et a décimé le troupeau, les vaches n'ayant plus de défenses immunitaires. Oh, ils ont bien essayé de repartir en adoptant des méthodes moins désastreuses, en passant au bio, mais là encore, les réglementations agricoles en vigueur les ont empêchés de prospérer, avec l'absurdité technocratique en plus (le taux de globule blanc dans le lait était "trop élevé", alors même que le premier troupeau avait été décimé par un manque d'immunité...). La survie de l'exploitation ne tenait plus qu'à l'activité de chambres d'hôtes, de gîtes ruraux : ils ont tourné la page.

 

Non sans l'amertume de l'échec, et non sans tenter de comprendre ce qui leur est arrivé. A savoir qu'ils n'étaient certes pas de taille à affronter l'industrialisation de l'agriculture. Et qu'ils étaient trop attachés, d'une part, à un monde paysan en voie de disparition, et d'autre part, à la qualité de leur vie et de leur environnement. La prise de conscience écologique, pour tardive qu'elle ait été, leur a néanmoins permis de découvrir d'autres discours, d'autres pratiques : notre hôte a même fait le voyage jusqu'au Larzac, pour rencontrer José Bové, et sa bibliothèque est remplie à ras bord d'ouvrages traitant de la question - de ce grand crime qui consiste à croire qu'une terre traitée chimiquement reste vivante, que des êtres vivants traités comme des objets restent sains, et qu'une nature considérée comme totalement maîtrisée, au mépris de ses rythmes propres, n'est pas camisolée comme dans un hôpital psychiatrique.

 

Certes, le défi était là : il s'agissait de nourrir une population humaine de plus en plus nombreuse, et d'éradiquer la famine. Or, ce défi, qui seul aurait pu justifier de telles pratiques agricoles désastreuses (en dehors des profits de l'agro-industrie, s'entend), n'a certes pas été relevé. Comment, pourquoi donc continuons-nous ainsi, alors ? J'ai entendu une comparaison bien "parlante" :  on pratique, vis-à-vis de notre agriculture, comme des parents qui, pour élever leurs enfants, leur donnerait tous les jours des antibiotiques, des traitements préventifs, des anti-dépresseurs et des anxyolitiques. Le bon sens, le simple bon sens, nous fait dresser les cheveux sur la tête...

 

Pour prenante que la conversation ait été, avec nos hôtes paysans, nous étions cependant en balade, et étions venus pour tester notre superbe canoë - mélange de flèche filant sur l'eau, volant presque comme un exocet, et de battement de rames alterné, tchac-tchac-tchac. Certes, nous avons eu froid, et nous nous sommes proprement fait "rincer" dans l'aber (pluie en pleine figure, vent tourbillonnant, jusqu'aux vagues qui commençaient à se creuser, à moutonner : nous avons poursuivi notre route en nous mettant à l'abri des berges, mais nous commencions à ne pas en mener large !) Mais cependant, j'ai adoré ça. Le canöe est minimaliste, l'équivalent du vélo sur terre, mais il permet d'être au plus près de l'eau, d'en voir tous les reflets, tous les changements ; et nous formons finalement une bonne équipe, Clopin et moi...

 

(la suite de la balade à plus tard)

 

 

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